Au risque de l'aimer - Etrange disparition
Chapitre 5
5
— Qu’évites-tu de me dire ?
Brock détourna le regard.
— Je ne suis pas certain de ce qui l’a fait changer. Elle prétendait que sa vie l’ennuyait, qu’elle souhaitait tenter de nouvelles expériences, s’amuser davantage et faire de nouvelles rencontres.
Une fois encore, Zoe ne put masquer sa surprise.
— Vous en aviez… discuté ensemble ?
— Nous vivions ensemble, Zoe. Et même si nous n’étions plus amoureux, nous sommes restés amis. En fait, en dehors de Cristine, je pense être celui qui la connaissait le mieux. Et je tenais à elle.
Un sentiment mitigé de soulagement et d’inquiétude étreignit Zoe.
— En bref, reprit-elle, nous n’avons aucune certitude, nous ne pouvons que faire des suppositions.
— Exactement. Nous ignorons si Shayna est partie de son plein gré ou pas.
— Pourtant, tout le monde en ville semble croire qu’elle est partie d’elle-même, sans plus s’interroger.
— Zoe, tu dois envisager que c’est tout à fait possible.
— Mais pourquoi aurait-elle fait cela ? Je ne comprends pas.
— Je te l’ai dit, elle ne cessait de clamer qu’elle voulait tout plaquer, changer de vie. Alors peut-être est-elle partie à la recherche d’exaltation.
Zoe réfléchit à cette possibilité.
— Selon Cristine, elle n’avait pas beaucoup d’argent. Alors où aurait-elle pu aller ?
Brock soupira et se laissa retomber au fond de son fauteuil.
— Peut-être est-elle partie te retrouver. Elle considérait que tu menais la vie à laquelle elle aspirait. Je ne sais pas si tu as conscience qu’elle était jalouse de toi.
— Roger, le shérif, m’a plus ou moins tenu le même discours.
Zoe se plongea de nouveau dans ses pensées. Pas une seule fois au cours de ces cinq années Shayna ne lui avait fait part de son mal-être. Et pas une seule fois elle n’avait évoqué la possibilité de venir lui rendre visite ou de quitter le Texas.
— Je doute fort que Shayna soit allée à New York, soupira Zoe. Shayna n’aurait eu qu’à me demander de l’accueillir, mais elle n’en a jamais rien fait, ajouta-t-elle avec amertume.
Brock devint blême.
— Eh bien, moi, j’ignorais que vous vous parliez régulièrement. Shayna m’avait affirmé que tu avais petit à petit coupé les ponts avec elle, comme pour te débarrasser définitivement de ce qui te rattachait à ton passé.
Encore des mensonges, s’emporta Zoe. A ne plus s’y retrouver. Shayna était-elle devenue une menteuse invétérée ou bien Brock proférait-il des contrevérités par vengeance ? Brock, tel qu’elle l’avait connu, n’en aurait pas été capable. Mais elle n’aurait jamais imaginé non plus Shayna devenir une menteuse.
— Cristine a une autre théorie, reprit-elle.
Elle lui parla du dénommé Mike et de sa jalousie.
* * *
Brock l’écouta en silence. Elle l’observa de près, à la recherche de réactions à ses paroles.
— Nous ne sommes pas beaucoup plus avancés, déclara-t-il quand elle eut fini.
— C’est pour cette raison que je suis venue te voir. Nous devons aller au Hitching Post et essayer de parler à ce Mike.
— Nous ? Pourquoi ne pas plutôt le suggérer à Roger ? C’est davantage du ressort du shérif et de ses hommes que du nôtre.
— Sauf que, quand j’ai discuté avec lui, il ne paraissait pas disposé à bouger le petit doigt.
— J’irai lui en toucher un mot et je te tiendrai au courant.
Que suggérait-il donc ? Que le shérif serait plus à même de l’écouter, lui que elle ?
Cela aurait dû la mettre dans une colère noire. Pourtant, à l’instant, elle avait envie de l’embrasser.
Qu’est-ce qui lui arrivait ?
— C’est ça, tiens-moi au courant, répliqua-t-elle sèchement.
Elle se leva et se dirigea vers la porte en prenant soin de ne pas le regarder.
Elle se sentait irrésistiblement attirée vers lui, elle aurait voulu sentir ses mains sur elle alors que toute son attention aurait dû être tournée vers Shayna.
Brock ne chercha pas à la retenir. N’était-ce pas mieux ainsi ?
* * *
Elle avait vraiment besoin de se remettre les idées en place. Elle ne savait plus à qui se fier, tous ceux qu’elle pensait connaître lui apparaissaient désormais comme des étrangers.
En particulier Shayna.
Elle remonta en voiture et prit quelques instants pour réfléchir. Quelle hypothèse devait-elle privilégier ? Shayna avait-elle tout quitté pour démarrer une nouvelle vie ? Etait-elle partie avec Mike ?
Elle prit la direction du lac, se gara à l’ombre puis fit quelques pas et s’assit sur un banc au bord de l’eau. A cette heure matinale, il n’y avait guère que quelques pêcheurs.
Elle avait besoin de calme et de silence pour digérer son entrevue avec Brock et démêler l’écheveau complexe qu’était devenue la vie de Shayna.
Cristine lui avait appris qu’elle avait contracté des dettes auprès d’un dealer. Elle avait fréquenté des hommes différents et, par jalousie, l’un d’entre eux aurait pu s’en prendre à elle. Enfin, selon Brock, Shayna voulait quitter Anniversary. Ce qui ne collait pas avec la dernière discussion qu’elles avaient eue toutes les deux au téléphone : Shayna lui avait fait part de son intention de se marier avec Brock.
Zoe soupira. Elle n’avait pas envie de soupçonner Brock. Mais s’il avait voulu la dissuader de poursuivre les recherches, il ne s’y serait pas pris autrement.
Il était certainement incapable d’avoir fait du mal à Shayna, mais elle ne pouvait exclure cette hypothèse.
Et puis, il y avait la piste du Hitching Post. Cristine ne semblait pas vouloir l’y accompagner. Et Brock non plus. Elle haussa les épaules. Au pire, elle s’y rendrait toute seule.
* * *
Sa décision prise, elle se leva pour retourner à sa voiture. Elle devait avertir Mama Bell qu’elle restait quelques jours de plus chez elle. Elle pourrait très bien travailler à son blog d’ici.
Son blog ! Pourquoi n’y posterait-elle pas une photo de Shayna en relatant sa disparition, sans entrer dans les détails ? Bien sûr, ce serait un formidable coup de chance que quelqu’un tombe sur l’article, reconnaisse Shayna et sache où elle se trouvait, mais il ne fallait se priver d’aucune ressource.
Pressée de rentrer, elle démarra. Elle avait recouvré un peu de moral. Prendre une initiative, même modeste, était toujours mieux que ne rien faire du tout.
* * *
Même après son départ du magasin, Zoe hantait toujours les pensées de Brock.
Cinq ans étaient passés depuis qu’elle l’avait quitté. Elle ne l’avait jamais appelé, elle ne lui avait jamais écrit pour s’excuser ou s’expliquer sur ses motivations. Et, même s’il avait voulu croire le contraire, il en souffrait encore. Il s’était toujours dit qu’un événement précis l’avait poussée à fuir loin de lui et de tous ceux qu’elle aimait. Apparemment, il ne s’était pas trompé.
Mais elle ne lui avait pas tout révélé. Sinon, après avoir appris l’arrestation de l’assassin de sa mère, rien ne l’aurait empêchée de revenir ou, au minimum, de reprendre contact avec lui. Or, elle n’en avait rien fait.
Quant à Shayna, elle avait disparu du jour au lendemain sans prévenir quiconque. Si elle avait souhaité prendre modèle sur Zoe, c’était réussi.
Zoe. Il en revenait toujours à elle. Et son retour bouleversait son existence.
A cause d’elle, il avait cessé de croire au grand amour et s’était mis à vivre au jour le jour.
Depuis qu’elle était revenue, elle le traitait comme une simple connaissance parmi d’autres, ce qui aurait dû lui convenir. Sauf qu’il ne le supportait pas.
Il avait besoin d’elle. Pire, il la désirait plus que tout.
Comment cette envie de la posséder pouvait-elle être aussi prégnante ? C’était d’autant plus pénible à vivre que, cette fois-ci, il était bien décidé à ne pas laisser Zoe lui faire du mal. Elle était dangereuse et il devait la tenir à distance. Mais c’était plus simple à dire qu’à faire.
Il se leva pour sortir de son bureau. A ce moment-là, son téléphone sonna. Il consulta l’écran et resta interdit une seconde. Shayna.
— Allo ? dit-il d’une voix rauque, le cœur battant.
— Brock, c’est Cristine.
Cristine ? Il poussa un juron.
— Mais qu’est-ce que tu fiches avec le portable de Shayna ?
Elle s’excusa plusieurs fois. Elle paraissait agitée.
— Elle l’a oublié dans un bar où nous allons parfois. J’y suis passée et le propriétaire, qui l’avait retrouvé, me l’a donné.
Il fut effondré. Shayna avait toujours son portable sur elle, elle était incapable de s’en passer.
— Pourquoi m’appelles-tu, Cristine ?
— J’ai consulté la liste des derniers numéros appelés…
Elle marqua un temps d’hésitation.
— Shayna a essayé de te joindre, Brock !
Il fronça les sourcils.
— Et alors ? Elle m’appelait tout le temps.
— C’est vrai. Mais ça fait de toi une des dernières personnes à lui avoir parlé le soir de sa disparition, répliqua-t-elle d’un ton étrange.
— Qu’est-ce que tu sous-entends ? la pressa-t-il avec impatience.
— Rien, rétorqua-t-elle laconiquement. Je vais te laisser, il faut que j’appelle Zoe.
Elle raccrocha avant qu’il ne puisse répondre.
Il resta immobile quelques secondes, son appareil en main. Cristine suggérait-elle qu’il avait un rapport avec la disparition de Shayna ?
* * *
Le nom de Shayna apparut sur l’écran du téléphone de Zoe, et celle-ci faillit en laisser tomber l’appareil. Elle prit l’appel avec des doigts tremblants et inspira profondément.
— Tu as de sérieuses explications à me donner, ma belle !
— Hé, doucement, Zoe, c’est Cristine. Désolée.
Zoe faillit lâcher le téléphone une seconde fois. Comment Cristine pouvait-elle avoir la maladresse de lui donner de faux espoirs ?
Elle écouta avec difficulté le récit de celle-ci.
— Où Shayna a-t-elle oublié son portable ? demanda-t-elle sèchement quand Cristine eut terminé.
— Au Hitching Post.
— Mais enfin, je croyais que tu ne pouvais pas y retourner pour le moment !
— Mon salaire a été viré sur mon compte, se justifia Cristine, alors j’ai pu me munir de liquide. J’ai également téléphoné à Brock, et il n’a pas été ravi.
— Ça, je m’en doute, rétorqua Zoe. Il a probablement eu la même réaction que moi en croyant que c’était Shayna qui l’appelait. Mais dis-moi, tu n’as pas téléphoné à Mme Bell au moins ?
— Mais bien sûr que non !
Cristine semblait outrée qu’elle puisse l’en croire capable. C’était vraiment un comble.
— Ecoute, Zoe, je t’appelle parce que, la nuit de sa disparition, Shayna a passé un appel depuis le bar. Elle a téléphoné à Brock, vers minuit.
La migraine s’empara d’un coup de Zoe.
— Tu n’insinues pas que…
— Je n’insinue rien du tout, je ne fais que te tenir au courant des faits. Si tu veux vraiment découvrir ce qui est arrivé à Shayna, tu dois tout savoir.
* * *
Le lendemain matin, Zoe rejoignit à l’entrée de Turner’s Park les équipes de recherches formées par Cristine. Toute la ville semblait s’être donné rendez-vous pour retrouver Shayna.
Zoe s’approcha de la foule et Cristine vint vers elle, en lui tendant un sifflet.
— Tiens, prends ça.
— Pour quoi faire ?
— Je te désigne chef d’équipe. Par conséquent, si quelqu’un de ton groupe trouve quoi que ce soit, c’est à toi de prévenir d’un coup de sifflet.
— Je comprends, c’est une bonne idée. En revanche, pourquoi démarrer les recherches ici ? s’enquit-elle en désignant le parc. Shayna détestait se promener en forêt.
Du moins, c’était le cas avant. Peut-être Shayna avait-elle également changé à cet égard.
— Il faut bien démarrer quelque part, répliqua Cristine en haussant les épaules.
— Bien sûr.
— Merci, reprit Cristine en la serrant brièvement contre elle. J’apprécie beaucoup ce que tu fais pour Shayna. Je lis ton blog, tu sais, et j’ai vu que tu avais rédigé un article sur sa disparition. Etant donné que tu as énormément de lecteurs, ça peut vraiment nous aider. D’ailleurs, j’ai partagé l’article sur Facebook et Twitter.
Son blog, se répéta Zoe. Au départ, elle l’avait lancé pour évacuer un peu la pression de sa profession de secrétaire de direction. Petit à petit, il était devenu très populaire au point qu’elle avait pu abandonner son métier pour s’y consacrer entièrement.
Shayna était la seule personne à Anniversary à qui elle en avait parlé. C’était leur secret.
Après quelques mois, Shayna lui avait demandé si elle pouvait en parler à sa mère, Mama Bell. Zoe avait bien sûr accepté. Mais Shayna n’était pas censée en avoir parlé à qui que ce soit d’autre. Alors comment Cristine était-elle au courant ?
Zoe faillit le demander à Cristine, et lui recommander de ne pas divulguer ce secret. Mais cela pouvait très bien avoir l’effet inverse de celui désiré.
Elle resta donc silencieuse et leva la tête pour observer la foule rassemblée. Brock s’avançait vers elles.
Cristine le vit également.
— Le voilà, fit-elle. Brock fait partie de ton équipe. J’espère que ça ne t’ennuie pas.
— Non, pas du tout, répliqua Zoe, même si, en vérité, elle était très agitée.
— Parfait. Alors nous allons pouvoir commencer, dit Cristine qui s’éloigna et donna un coup de sifflet strident pour attirer l’attention de tous.
Quelques minutes plus tard, tout le monde se déployait dans diverses directions et se mettait en marche. Zoe prit la tête de son groupe et Brock se plaça juste derrière elle. Au bout de quelques mètres, elle demanda à tous de se disperser et leur fixa rendez-vous dans deux heures au même endroit.
— Je reste avec toi, déclara Brock sur un ton sans appel.
Elle acquiesça, le cœur battant, et ils entamèrent leurs recherches.
Elle y mit le plus de bonne volonté possible, mais elle ne parvenait pas à chasser son appréhension. Ils ne trouveraient probablement rien. Mais si jamais elle se trompait, alors cela signifierait certainement que Shayna était morte. Et ça, elle ne voulait pas y penser.
— Zoe ? intervint soudain Brock. Tu te sens bien ?
— Oui, oui, ça va, répondit-elle en évitant de croiser son regard. Je cherche seulement à comprendre comment Shayna a pu autant changer. Je ne sais plus qui était ma meilleure amie, et ça me fait mal.
Elle était au bord des larmes et Brock s’en aperçut. Il lui posa la main sur le bras pour la réconforter et elle eut envie de se retourner et de se laisser aller contre lui. Mais elle n’en avait pas le droit. Elle essuya ses larmes du revers de la main et continua à avancer.
— C’est possible qu’elle ait changé à cause de moi, reprit Brock d’une voix teintée d’émotion. C’est après notre rupture qu’elle a commencé à sortir avec Cristine et à parler de son envie de quitter la ville.
Zoe s’arrêta net.
— Tu te sens coupable ? Mais qu’as-tu fait exactement ?
Brock baissa les yeux.
— Je lui ai dit que je ne pourrais jamais l’aimer autant qu’elle l’espérait. J’avais compris que, pour elle, notre relation, c’était du sérieux. Je n’avais pas le droit de lui laisser croire que je nous voyais passer le reste de notre vie ensemble. Il fallait que je sois sincère avec elle. Elle le méritait.
Le cœur de Zoe se serra dans sa poitrine.
— Mais si, pour toi, ce n’était pas important, pourquoi vous êtes-vous installés ensemble ?
— Au départ, nous étions de véritables colocataires, nous avions chacun notre chambre. Mais elle se sentait seule, moi aussi, alors… Une chose en entraîne une autre.
— Je vois, fit Zoe.
— J’en doute. Au départ, tant que nous vivions au jour le jour, sans trop nous poser de questions, tout allait bien. Mais ensuite, elle a commencé à faire des projets, à souhaiter donner un tour plus officiel à notre relation. Alors je n’allais pas faire semblant simplement pour lui faire plaisir. Encore une fois, Shayna méritait mieux que ça. Pour moi, me montrer sincère était une marque de respect envers elle, mais je doute qu’elle l’ait vécu comme ça.
Zoe se sentit de nouveau au bord des larmes.
— Nous devons aller par là, dit-elle en pointant la direction.
Puis, elle se remit en marche pour recouvrer le contrôle de ses émotions.
— Et toi, Zoe ? reprit Brock d’une voix grave. Vas-tu me dire toute la vérité sur les raisons de ton départ ? Certes, il y a eu le meurtre de ta mère, mais ce n’est pas tout. Il y a autre chose.
Elle en arrêta de respirer.
— Tu ne crois pas que le moment est venu de me dire la vérité ? insista Brock.
— Je ne peux pas.
Elle leva la tête avec détermination et ajouta :
— Nous sommes ici pour Shayna, pas pour moi.
— Mais moi je te parle de nous. Tôt ou tard, tu devras tout me dire. Je le mérite.
Elle ne répondit pas et reprit sa marche, sans vérifier s’il la suivait.
* * *
Deux heures plus tard, trois coups de sifflet consécutifs annoncèrent le rassemblement. A la fois dépité et soulagé, Brock fit demi-tour en même temps que Zoe. Mais dès qu’ils furent de retour au point de ralliement, Zoe s’éloigna.
— Brock ! l’appela alors Mme Bell.
Elle revenait avec un autre groupe et se dirigeait vers lui à grands pas.
— Marshall est venu te voir l’autre jour au magasin ? reprit-elle quand elle fut à sa hauteur. Tu lui as parlé, n’est-ce pas ?
— Oui, je lui ai parlé, concéda-t-il, redoutant la suite de la discussion.
— Marshall quitte la ville. Il souhaite partir à la recherche de Shayna de son côté. C’est du moins ce qu’il prétend, ajouta-t-elle d’une voix pleine de chagrin.
— Je suis désolé, répliqua-t-il en la prenant dans ses bras. Je ne sais pas quoi vous dire.
Elle leva la tête pour croiser son regard.
— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé l’autre soir au dîner ?
— Ce n’était pas à moi de le faire, se justifia-t-il sans hausser le ton.
Elle lui adressa un signe de tête : elle comprenait.
— Je n’en ai pas encore parlé à Zoe, poursuivit-elle. Elle vient juste de revenir, Shayna a disparu et maintenant, ça… J’ai l’impression que mon univers s’écroule.
Brock la serra plus fort contre lui.
— Je suis désolé. Si je peux faire quoi que ce soit, n’hésitez pas. Moi, je ne vais nulle part et j’aurai toujours du temps pour vous.
— Merci, répondit Mme Bell, visiblement touchée par sa sollicitude. Bien, je ferais mieux d’essayer de trouver Cristine pour savoir si par hasard quelqu’un a découvert un indice. Je n’y crois pas trop, mais on ne sait jamais.
Elle s’éloigna, les épaules affaissées sous le poids de l’accablement.
Zoe la rejoignit. Il n’entendit pas ce qu’elles se dirent, mais Zoe faisait de grands gestes, comme si elle était agitée. Mme Bell l’écouta et acquiesça à ses paroles. Puis Zoe lui déposa un baiser sur la joue et tourna les talons.
Il la suivit du regard, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus la voir. Dès qu’elle sortit de son champ de vision, ce fut comme si le paysage n’avait plus de couleurs, comme si tout était fade et triste.
Il secoua la tête, agacé, et se dirigea vers le parking. Shayna devait revenir. Non seulement pour le bien de tous, mais également parce que, ensuite, Zoe retournerait à New York. Alors, il pourrait recouvrer une vie normale. Ce qui était exactement ce qu’il voulait.
* * *
Mama Bell pleurait tous les soirs. Sans doute ignorait-elle que Zoe l’entendait de l’autre côté de la cloison, mais ces sanglots brisaient le cœur de Zoe. C’était comme si Mama Bell pensait que sa fille chérie était morte.
Et cela, Zoe refusait de l’envisager.
Hélas, plus elle en apprenait sur le tournant qu’avait pris l’existence de Shayna, plus le risque qu’il lui soit arrivé malheur était grand.
Zoe ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur le rôle de Brock dans tout cela. Il prétendait s’être montré d’une honnêteté totale envers Shayna, mais alors pourquoi celle-ci avait-elle menti sur l’évolution de leur relation ? Cristine semblait soupçonner Brock d’être directement lié à sa disparition, mais ça, Zoe n’arrivait pas non plus à y croire. Il avait toujours été droit et d’une grande douceur.
Elle se retourna dans son lit et aplatit l’oreiller. Elle devait retrouver son amie, ne serait-ce que pour Mama Bell. Ensuite, elle pourrait retourner à New York et ne plus jamais revenir.
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