Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 13 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 13

13

 

 

— Greg est en danger ?

Lara était restée en haut aussi longtemps qu’elle avait pu le supporter. Un pistolet dans une main, et un portable où le 911 était déjà saisi dans l’autre, elle descendit l’escalier. Elle percevait un murmure de voix graves, dont une qu’elle ne connaissait pas. Arrivée à la porte du salon, elle entendit clairement les derniers mots.

Davis la vit, et la colère déforma son visage.

— Reste en haut ! cria-t-il.

— C’est un peu tard, tu ne crois pas ? intervint Connor.

Avisant le pistolet dans sa main, elle se demanda combien il y en avait dans la pièce. Elle espérait qu’un au moins était pointé sur ce type qu’elle ne connaissait pas.

Le type en question se leva et lui tendit la main.

— Je suis Ben Tanner.

Elle regarda sa main, mais ce n’est que lorsque Davis approuva de la tête qu’elle la lui serra.

— J’ai entendu. Et non, je n’ai tué personne.

— J’enquête sur l’affaire Wasserman, et j’essaie de voir s’il y a un lien avec la mort de ce Dwyer, à la marina.

Le gars ignorait à quoi il était confronté. Il évoquait deux morts, et en omettait une qu’elle ne pouvait pas oublier.

— Pour votre information, le nombre de morts est trois.

Ben fronça les sourcils.

— Je vous demande pardon ?

— Un tueur est venu chez moi juste après la visite de Lara chez Wasserman, dit Davis. Il a raté son coup.

Il avait énoncé cela sans une once d’émotion dans la voix.

— Mes hommes se sont occupés du corps, expliqua Connor en s’asseyant sur l’accoudoir du canapé, le pistolet reposant délibérément sur sa cuisse.

— Je suis curieux de savoir comment, s’étonna Ben.

Connor haussa les épaules.

— Il est très facile de faire disparaître les gens, surtout quand personne ne se soucie d’eux.

Lara en avait assez de cette conversation. Des morts, encore des morts… Elle en avait assez vu pour toute sa vie.

— Aviez-vous déjà vu cet individu chez vous ? demanda Ben en se rasseyant sur le canapé.

Davis poussa un long soupir.

— Non. Mais l’homme qui a tué Wasserman est aussi celui qui a tué Dwyer et fait exploser le bateau de mon frère. Et celui-là, il court toujours.

— C’est l’unique raison pour laquelle vous êtes ici, intervint Connor. Quelqu’un a renseigné ce type au sujet du yacht. Quelqu’un qui a accès aux dossiers confidentiels.

Ben plissa les yeux.

— Seules quelques personnes sont dans ce cas.

— Parmi lesquelles le sous-directeur du NCIS.

— Exactement.

Lara avait perdu le fil. A un moment donné, Davis et Connor avaient partagé leurs informations avec cet homme, ce qui constituait une surprise de taille. En tout état de cause, ouvrir leur cercle à un étranger était prendre un gros risque. S’ils le faisaient, cela signifiait que la situation était beaucoup plus grave qu’elle ne l’avait cru. Ce qu’elle peinait à imaginer.

Si Davis ne l’avait pas rejointe dans son lit cette nuit, elle n’aurait sans doute pas dormi dix minutes. Elle ne voulait pas chercher à analyser le réconfort qu’il lui avait procuré. Une journée de confusion de plus… A condition de ne pas mourir et d’éviter la case prison.

Dans les deux cas, le meilleur moyen d’y parvenir était de mettre fin à toute cette affaire. Elle commença à parler, ne laissant pas à Davis le temps de la chasser.

— Steve Wasserman n’a rien dit. Il m’a donné un verre d’eau glacée, puis a reçu un appel sur son portable, qu’il a pris dans sa cuisine. Comme après un temps interminable il ne revenait pas, j’y suis allée et l’ai trouvé mort sur le sol. C’est là que les festivités ont commencé.

— Comment vous a-t-il paru ?

Elle s’installa dans le siège voisin de celui de Davis, et soupira de soulagement lorsqu’il posa la main sur son genou. Sa chaleur lui donna l’énergie dont elle avait besoin pour continuer.

— Nerveux.

Ces questions-là, Davis les lui avait déjà posées, et la manière professionnelle dont Ben l’interrogeait avait quelque chose de familier. Il était bref et précis. Le regard plongé dans le sien, il n’autorisait aucun répit, aucune hésitation. Davis s’était ici ou là servi de ces techniques sur elle, même si elle doutait qu’il en ait jamais eu conscience.

L’un des griefs constants dans leur relation était sa propension à la traiter comme une personne à interroger. Il ne s’en rendait jamais compte. Elle, toujours.

— Y avait-il des papiers ou autre chose dans la maison ? demanda Ben, comme s’il suivait une liste mentale.

— Seulement mon…

Elle eut un hoquet et sa voix s’étrangla.

Davis serra les doigts sur son genou et se pencha vers elle.

— Qu’y a-t-il ?

Le sang reflua de son visage, et un vertige la saisit.

— J’ai laissé mon dossier. Mon dossier de travail. Il contenait des renseignements sur Wasserman et quelques-uns sur moi.

Grave erreur. Avec toutes les autres choses horribles qui étaient arrivées, c’était sans doute mineur, mais ça ne lui ressemblait pas. Elle devait être dans un sérieux état de panique lorsqu’elle s’était enfuie de la maison.

D’un autre côté, une pièce du puzzle trouvait sa place. Pour qu’on puisse l’attaquer d’abord à Capitol Hill, puis quarante-cinq minutes plus tard à Annapolis, il fallait un plan élaboré. Ce qui la confortait dans son idée première que l’homme était remonté jusqu’à elle via son travail, et non celui de Davis. La clé était peut-être là. Si ce type connaissait sa vie, peut-être y en avait-il un autre, quelque part, qui observait les choses à distance et plaçait ses pions là où il en avait besoin.

Davis devait avoir pensé la même chose.

— Cela explique comment il a trouvé ton nom puis est venu aussi rapidement chez moi.

Ben se pencha en avant, les coudes sur les genoux. Sa voix demeura posée, mais l’air vibrait littéralement autour de lui.

— Wasserman n’a pas essayé de vous remettre ou de vous montrer quelque chose ?

— Nous venions tout juste de commencer quand son portable a sonné.

Il baissa les yeux, avant de redresser vivement la tête.

— L’avez-vous récupéré ? Car il n’y en avait pas dans la maison.

— Il y en avait un lorsque j’ai pris la fuite en laissant mon agresseur par terre, répondit-elle avec un petit rire qui tomba à plat.

Ben regarda Davis avant de poursuivre.

— Eh bien, vous avez laissé beaucoup de choses lorsque vous avez pris la fuite.

Une onde glacée lui parcourut la nuque.

— Je vous demande pardon ?

— Des objets personnels. Quelqu’un veut à tout prix faire croire que vous aviez une aventure, tous les deux.

— Mais c’est faux !

Elle ne se rendit compte qu’elle avait bondi que lorsque ses pieds touchèrent de nouveau le tapis. Son regard vola vers Davis.

— C’est faux ! répéta-t-elle.

— Nous le savons, mon cœur.

Il lui saisit la main, la fit rasseoir sur le canapé, puis glissa les doigts dans les siens.

— Pourquoi Greg Parker est-il en danger ?

— En apprenant l’existence de cette enquête d’habilitation, Steve l’a contacté, répondit Ben. Il est possible qu’il lui ait dit quelque chose. Mais même s’il n’en est rien, ajouta-t-il en soupirant entre ses dents, quelqu’un peut le penser.

Connor se leva. Il tenait toujours son arme, mais visiblement sa cible n’était plus la même.

— Allons-y. Venez.

La mâchoire de Ben s’affaissa.

— Quoi, moi ?

— Vous êtes venu chercher de l’aide, dit Davis. Vous êtes collés à nous, maintenant. D’autant plus que je ne suis pas convaincu que ce n’est pas vous qui êtes derrière tout cela.

Ben déglutit avec peine.

— C’est réconfortant.

Le sourire de Davis était presque sauvage.

— Tant que nous savons de quel côté nous sommes, les uns et les autres.

Lara ne comprenait rien à ce qui se passait. La pièce bourdonnait d’énergie et de tension. C’était comme si une haute concentration de testostérone menaçait d’exploser. Si en cet instant quelqu’un débarquait par surprise, il serait aussitôt confronté à un mur de colère masculine, dont celle de Ben. Car il était clair qu’à un certain moment il avait été ajouté à l’équation Corcoran. Il ne cessait de cligner les yeux depuis que Davis l’avait accepté dans l’expédition.

Ce qui laissait une personne en plan. Elle.

— Je viens.

— Non, répliqua Davis.

Il pouvait crier autant qu’il voulait. Elle ne lui demandait pas la permission.

— Ça ne se discute pas, déclara-t-elle.

— En effet !

Il lâcha sa main et se leva. S’il avait eu la moitié d’une chance, il l’aurait enfermée dans un placard.

— Ça peut être dangereux.

Elle essaya la seule chose qui pouvait marcher : la logique. Et, par précaution, c’est à Connor qu’elle s’adressa.

— Nous sommes en dehors des heures de bureau. Vous n’entrerez pas sans ma carte électronique.

Davis lui lança son sourire « bien essayé ».

— Nous y allons quand même, dit-il.

Décidément, cet homme n’apprendrait jamais.

— Steve sera au travail. Il vit quasiment là-bas. Tu devrais apprécier, puisque vous êtes pareils tous les deux. Le travail avant tout.

Davis fronça les sourcils, mais ne répondit rien.

Connor était déjà en mouvement. Il se dressa devant Ben.

— Donc, voici le marché : vous ne faites rien concernant Davis et moins encore Lara, et en contrepartie nous vous associons à notre enquête.

— O.K. Mais si je découvre que je me suis trompé et qu’elle est coupable, je la remettrai moi-même à la police.

Vu qu’elle n’avait rien à se reprocher, cela ne l’inquiéta pas. Elle avait brisé une règle professionnelle, certes, mais elle doutait que quiconque lui en fasse le reproche sachant qu’à ce moment-là elle était attaquée par un tueur à gages. Un dossier oublié ne pouvait avoir autant d’importance.

Davis secoua la tête.

— Connor, nous devrions…

— Partir sans tarder pour Georgetown, le coupa-t-elle.

Elle tâcha d’injecter dans ses mots une note d’urgence, parce que la boule d’angoisse dans son ventre lui disait qu’ils n’avaient pas une seconde à perdre.

Connor lui jeta un bref regard, mais resta concentré sur Ben. Il était clair qu’il avait réintégré son rôle de chef.

— Vous pourriez avoir de gros ennuis pour cela.

— Nous serons tous en danger si je ne le fais pas, répondit Ben. Vous croyez que celui qui a tué un officier de la Navy restera sans rien faire ? Et puis j’estime que Lara ne doit pas payer pour un crime qu’elle n’a pas commis, ajouta-t-il avec un haussement d’épaules.

Ce fut ce qui sauva sa tête.

Connor acquiesça.

— L’intégrité. J’aime ça.

— Ce n’est pas seulement un concept romanesque.

— Exact. Et c’est pourquoi vous avez décidé de quitter votre emploi gouvernemental lorsque tout cela sera fini.

Connor donna l’impression de vouloir le frapper sur l’épaule, mais il se contenta d’un hochement ferme du menton. Puis il se tourna vers Davis.

— Lara vient. Elle sera plus en sécurité avec nous que seule ici à attendre le retour de Pax et Joel.

Davis ferma les yeux une longue seconde.

— Nous pourrions attendre.

Ben secoua la tête en même temps que Connor.

— Ce ne serait pas intelligent, dit ce dernier.

— Merci, dit Lara avec un sourire.

Il la regarda en fronçant les sourcils.

— Ne me faites pas le regretter.

Davis posa sur les trois un regard noir.

— Très bien. Allons-y. Nous avons de la route à faire, et j’ai l’intention de la couvrir aussi vite que possible.

* * *

Clive s’avança vers la fenêtre du bureau de Greg Parker. Les hauts panneaux de verre offraient une vue imprenable sur le Potomac et la Virginie de l’autre côté. Sur sa gauche se dressait le célèbre Kennedy Center. Des bateaux voguaient sous le soleil, et les gens circulaient dans toutes les directions dans les rues et allées en contrebas.

A Georgetown, l’immobilier était hors de prix sur les rives du fleuve. Louer tout un étage coûtait une somme faramineuse chaque mois. Apparemment, fouiller dans la vie d’autrui était une activité très rémunératrice.

L’indiscrétion payait bien — mais pas assez pour garantir la totale inviolabilité du système de sécurité. Une fois le garde tué, il n’avait eu qu’à se servir de ses empreintes et de sa carte, et la porte s’était ouverte comme par magie.

Clive posa les mains sur l’appui de la fenêtre. La vue le laissait indifférent. Il préférait les montagnes à l’eau, et aussi peu de monde que possible. C’est ainsi qu’il avait grandi, loin de ses semblables, apprenant à tirer et à subsister grâce aux produits de la nature. Ecoutant son père affirmer que l’Etat était l’ennemi avec un grand E, et qu’un soulèvement général était inévitable.

Enfermez Clive quelque part, et l’hypocrisie et la veulerie des hommes l’étouffaient. Seule l’intéressait la possibilité de se déplacer et de vivre dans un endroit où il connaissait chaque pierre. Une fois son travail terminé, il regagnerait sa cabane en Virginie. Là-bas, personne ne le connaissait. Personne ne le dérangeait.

Mais d’abord, il devait éliminer Greg Parker.

Se retournant, il considéra le genre d’homme qui le dégoûtait le plus. Il ne produisait rien, n’apportait rien à la société. Il passait des coups de fil et tenait des réunions. Un animal bien dressé pouvait faire la même chose.

Mais les crimes de Greg allaient bien au-delà de la paresse. Il restait dans son bureau et on le payait pour juger les autres.

A présent c’était au tour de Clive de juger.

Debout de l’autre côté de l’immense table de travail, il regarda Greg remuer les mains pour se libérer. Il pouvait toujours rêver. Il avait solidement ligoté le vieil homme à son siège de cuir. Le sang coulait encore de l’estafilade sur sa poitrine sous la chemise lacérée. La piqûre de lame sur le haut de son bras n’avait pas meilleur aspect.

La seule inquiétude de Clive était que son cœur ne lâche avant qu’il n’ait craché ce qu’il savait. C’était le problème lorsqu’on torturait des sexagénaires. Ils risquaient de mourir de peur.

Les poings posés sur le plateau, Clive se pencha vers lui. Les yeux de Greg s’écarquillèrent de terreur.

— Ce serait plus facile si vous me disiez ce que je veux savoir.

Non qu’il pût dire grand-chose, bâillonné comme il l’était. Le couteau ensanglanté posé entre eux était là pour appuyer son propos. Un seul geste, et il se planterait dans sa chair.

Clive le ramassa, et du bout du doigt toucha le fil de la lame. Greg secoua la tête et marmonna sous son bâillon.

— Un aveu rapide aurait signifié une mort rapide. Mais vous avez tendu la main vers le bouton d’alarme. Tss-tss. Je suis sûr qu’à présent vous regrettez de m’avoir fait perdre mon temps.

Greg tendit les bras sous ses liens. La sueur lui tachait les aisselles et perlait sur son front. Son regard fouilla la pièce, et ses contorsions sur son siège produisaient des petits bruits de succion.

A l’évidence, il pensait pouvoir s’en sortir.

Clive trouva l’idée amusante.

Contournant la table, il vint se placer près de lui. Greg se ratatina. Il lui empoigna la nuque.

— Voilà ce qui va se passer. Je vais fouiller chaque centimètre carré de ce bureau. Pour chaque tiroir où je ne trouverai rien sur Wasserman, vous aurez droit à une coupure.

Greg se mit à geindre.

— Après quelques essais, peut-être vous offrirai-je une nouvelle chance de parler. Tout dépendra de votre attitude pendant que je travaille.

Le geignement se mua en sanglots.

Ce bruit pitoyable ne fit qu’accentuer le désir de Clive de faire durer le jeu. Il s’accroupit pour placer son visage à la hauteur de celui de cette loque humaine.

— Dans votre intérêt, j’espère que je trouverai quelque chose qui en vaille la peine, ou la journée sera longue et douloureuse.

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