Au risque de l'aimer - Etrange disparition
Chapitre 21
21
Lara était assise sur la chaise près du lit d’hôpital de Pax. Les machines produisaient leur bip régulier, et l’écran de l’électrocardiographe s’animait par intervalles pour un nouveau test. Pax n’avait fait que dormir.
John avait tiré en tombant, et la balle était allée se ficher droit dans sa cuisse. Elle y était restée, et l’hémorragie avait mis un certain temps à s’arrêter, mais Pax allait s’en sortir. Davis était resté au chevet de son frère pendant des heures, et ne s’autorisait à présent que des allers et retours à la cafétéria pour un café infect.
— Tu peux rentrer à la maison.
Pax n’avait pas ouvert les yeux, et sa diction était alourdie par les médicaments.
Lara sursauta au son de sa voix, et elle lui serra la main, gagnée par un profond soulagement.
— Je suis très bien ici.
— J’avais espéré que tu irais dormir avec mon frère.
A peine eut-il formulé cette remarque qu’il se rendormit.
C’était parfait, car elle entretenait plus ou moins le même espoir.
Lorsque ses larmes avaient séché et que les élancements dans sa tête s’étaient calmés, elle avait repensé à leur dispute dans la chambre. Le choc de Davis était compréhensible. L’information qu’elle lui avait lâchée était dévastatrice. En contrepartie elle lui avait parlé de la lettre de sa mère, une mère qui n’en méritait pas le nom.
Après toutes ces morts, après avoir vu Nancy pleurer sur un homme qui se fichait totalement d’elle, Lara ne regardait plus les choses de la même manière.
Davis n’était pas parfait. Malgré les conditions dans lesquelles il avait grandi et qui avaient fait de lui un homme dur, il lui vouait un amour tel qu’il n’avait aucun scrupule à le lui déclarer. Il ne se cachait pas derrière la peur de s’engager ou Dieu sait quelle autre ânerie. Il l’aimait pour ce qu’elle était, et elle le lui rendait en lui demandant de devenir quelqu’un d’autre.
S’il revendiquait toujours le rôle joué dans leur passé, aussi complexe qu’il ait été, le voir encore menacé par une arme plaçait son univers dans une nouvelle perspective. D’une façon ou d’une autre, ils se retrouveraient. Il lui pardonnerait, et elle lui pardonnerait. Ils bâtiraient une vie ensemble, basée sur la confiance.
— Il t’aime. Il en est complètement idiot.
La tête de Pax s’était tournée de côté, mais il gardait les yeux fermés.
Lara lui tapota le bras.
— Je sais. Epargne tes forces.
— Je ne sais pas ce qui s’est passé…
Elle consulta les écrans pour être sûre que l’électrocardiogramme ne grimpait pas en zone dangereuse.
— C’est sans importance.
— Mais il…
— Ça ne brisera pas notre couple. Nous surmonterons l’épreuve.
Pour la première fois en un an, elle crut à ce qu’elle disait.
— Vraiment ?
Elle se retourna. Davis se tenait dans l’embrasure de la porte, une tasse de café dans chaque main.
Son cœur se mit à battre si fort qu’elle s’étonna que les bips des appareils n’en suivent pas le rythme.
— Oui.
D’attendre qu’il dise quelque chose, n’importe quoi, lui crispait le ventre. Elle voulait un nouveau départ avec lui. Mais il fallait qu’il le veuille aussi.
Ravalant sa fierté, elle envoya au diable son dernier atome d’instinct de conservation.
— Ou vais-je devoir lutter seule ?
Sans se presser, il posa les tasses sur le plateau, puis fit le tour de la chambre et vint se placer devant elle. Il ne la toucha pas, mais sa simple présence établissait un contact.
— Je n’ai jamais cessé de lutter.
Le cœur de Lara gonfla dans sa poitrine en comprenant qu’il disait vrai.
— Je suis partie. Je le devais parce que… En fait, je ne suis même pas sûre que ce soit important.
Il glissa le dos de ses doigts sur sa joue.
— Bien sûr que si.
Une peine soudaine lui fit fermer les yeux.
— S’il te plaît, Davis. Je ne veux pas me disputer.
Lorsqu’il leva son menton et pressa ses lèvres sur les siennes, elle rouvrit les paupières.
— C’est important, parce que je veux que tu saches que personne au monde ne compte plus que toi dans ma vie. Rien n’est au-dessus de toi.
Avec une infinie douceur, il lui prit les mains, les plaça autour de son cou puis l’attira contre lui.
— Je ne te l’ai jamais montré comme je l’aurais dû, mais si tu m’accordes une nouvelle chance, je le ferai.
Elle ravala un hoquet, et sa gorge se gonfla de larmes. Cet homme à la force délicieuse et à l’incroyable capacité d’aimer était là, devant elle, et lui offrait tout ce qu’elle avait jamais désiré.
— Oui.
— De penser que tu étais seule dans cet hôpital…
Sa voix se brisa.
— J’aurais dû te le dire, le partager avec toi…
Lorsqu’il baissa le front vers le sien, elle posa l’index sur ses lèvres et ferma les yeux. Son corps, elle le sentit, était agité d’un léger tremblement.
Il frotta sa tête contre la sienne.
— Tu ne seras plus jamais séparée de moi.
— Et nous aurons d’autres bébés, grands, potelés, en bonne santé.
Il s’écarta et la regarda dans les yeux.
— Tu es sûre ?
— Je veux tout découvrir avec toi. La famille que nous n’avons jamais eue, le foyer plein d’amour auquel nous avons toujours aspiré.
— Pour ma mère…
Il déglutit.
— Je ne pouvais pas.
— Je sais, dit-elle en l’embrassant. Ce point-là aussi, nous le réglerons.
— Je t’aime.
— Moi aussi je t’aime.
Puis sa bouche se referma sur la sienne, et tous ces mois de séparation disparurent. Elle ne ressentait plus que de l’amour, de l’engagement, des promesses et de la dévotion.
Leur baiser fut ardent et profond. Il emplissait tous ces jours vides et apportait de l’espoir pour ceux à venir.
— C’est bientôt fini, tous les deux ?
Ils se séparèrent à la question inopinée de Pax.
— Comment te sens-tu ? demanda Davis, du rire dans la voix.
Son frère ouvrit un œil.
— Bien. Vous êtes de nouveau ensemble ?
Lara ignorait qu’il était possible d’être aussi heureux, de se sentir aussi libre. Elle voulut hocher la tête, mais le torse de Davis l’empêchait de la bouger.
— Oui.
Il l’embrassa sur le front.
— Absolument.
— Alors, sortez de ma chambre et laissez un grand blessé se reposer.
Pax referma les yeux en terminant sa phrase.
Lara ne put s’empêcher de rire. Les yeux de Davis pétillaient d’amusement.
— Tu l’as entendu ?
— Il a suggéré que je t’emmène au lit.
— Excellente idée. Mais avant cela, allons chercher ta bague de fiançailles. Je veux la revoir sur ton doigt.
Une larme coula sur sa joue. Il l’effaça d’un baiser.
— Et qu’elle n’en disparaisse plus.
Elle acquiesça.
— Plus jamais.
* * *
Connor entra dans la salle de conférences, et posa deux bouteilles de bière sur la table avant de s’y installer face à Ben.
— Pax va s’en sortir, annonça-t-il.
Ben était déjà au courant par Joel, mais était heureux de l’entendre de nouveau.
— Il sait comment attirer l’attention sur lui.
— Vous n’avez pas idée.
Connor tapota des doigts le plateau de la table sur un rythme de boogie-woogie.
— Vous avez fait du bon boulot ici.
Une bouffée de satisfaction envahit Ben, et il se demanda s’il en connaîtrait une autre un jour.
— Peut-être que ça m’aidera lors de mon audition au NCIS.
Connor haussa les épaules et avala une longue gorgée de sa bière.
— Je crois que tout se passera bien.
— Vous allez tirer des ficelles pour moi ? plaisanta-t-il.
Connor conserva un visage sérieux.
— Je connais certaines personnes.
Ben éprouva de l’humilité, de la reconnaissance et un tas d’autres choses qu’il n’avait pas ressenties depuis longtemps. Ces hommes formaient une bonne équipe. Une équipe honnête. Il avait cru trouver cela au NCIS, mais ces jours-là appartenaient au passé. Même s’ils décidaient de le garder, il n’était pas sûr de le vouloir.
— Ce n’est pas nécessaire.
Connor cessa de jouer avec sa bouteille et leva les yeux.
— Oh si. Vous auriez pu jouer cette partie de diverses façons, mais vous avez pris le parti de l’intégrité. Je vous ai déjà dit qu’un tel choix n’est pas aussi bien vu qu’on pourrait le penser.
— Et ce n’est pas une caractéristique dominante au NCIS ces derniers temps.
Saisissant sa propre bouteille, Ben se renversa contre son dossier.
— Je sais que ça peut paraître ingrat, mais l’idée d’y retourner ne m’excite pas outre mesure.
— Alors, n’y retournez pas, dit Connor en déchirant l’étiquette de sa bouteille.
— C’est vous qui allez payer mon loyer ?
Encore une fois Ben plaisantait, et encore une fois son vis-à-vis afficha le plus grand sérieux.
— Oui. Je vous offre un job.
Ces mots se frayèrent un chemin jusque dans l’esprit de Ben et y restèrent.
— Ici ?
— Vu que c’est la seule entreprise que je dirige, oui.
Posant les mains sur la table, Connor se pencha en avant.
— Vous connaissez le travail. Vous avez rencontré une partie de l’équipe. Je ne peux pas vous promettre que chaque affaire se terminera bien, mais je peux vous garantir que nous ferons tout pour cela.
— Je ne…
— Et nous avons un service dentaire.
Ben leva les deux mains.
— Alors dans ce cas…
— Réfléchissez-y, suggéra Connor, avant de frapper du poing sur la table et de se lever.
Ben l’arrêta avant qu’il n’ait atteint la cuisine.
— Je commence quand ?
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