Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 29 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 7

7

 

Zoe jeta un bref regard à Brock puis retourna son attention sur Mike.

— C’est ma meilleure amie, dit-elle. Elle vous a emprunté de l’argent ?

Mike inclina la tête, son regard passant de Brock à Zoe, comme s’il se méfiait.

— Pourquoi me posez-vous ces questions au juste ? Vous êtes qui ?

— Je m’appelle Zoe. Et vous ?

— Mike.

Elle se pencha en avant, offrant à Mike une vue plongeante sur son décolleté. Brock détourna les yeux pour garder son calme.

— Laissez-moi vous offrir une autre bière, reprit Zoe d’une voix suave.

— D’accord, répliqua Mike, clairement sous le charme.

Discrètement, Zoe fit signe à Brock que, maintenant, il pouvait s’éloigner. Il obtempéra à contrecœur.

Il s’appuya à un pilier pour ne pas se trouver dans le champ de vision de Mike, tout en restant suffisamment près pour suivre la conversation, au moins en partie.

Zoe commanda deux bières, même si elle avait à peine touché à sa première.

— Mon amie vous devait beaucoup d’argent, Mike ?

Ce dernier secoua la tête et marmonna une réponse qu’il ne comprit pas.

— Je suis désolée, reprit Zoe. Elle fait cela pour s’amuser, vous savez.

— Ouais. Et vous ?

— Pardon ?

Mike se pencha sur elle, son visage à quelques centimètres du sien.

— Vous aimez faire la fête ?

— Oh ! répliqua Zoe avec un petit rire. De temps en temps. Mais quand avez-vous vu Shayna pour la dernière fois ?

Brock tiqua : Zoe ne se montrait pas particulièrement subtile. Mais Mike semblait captivé par sa beauté et ne prêtait plus attention au reste. Il se passa une main dans sa barbe puis répondit :

— C’était il y a une semaine. Nous nous sommes rencontrés ici et, après, nous sommes allés au lac pour prolonger la soirée.

— Au lac ? répéta Zoe, un peu trop fort.

Intérieurement, Brock lui intima de contrôler ses émotions. Sinon, Mike allait finir par trouver ses questions suspectes.

— Ouais, lâcha Mike.

Puis, il termina son verre d’un trait.

— Merci pour la mousse, mais il faut que j’y aille, ajouta-t-il en commençant à se lever.

Mince, s’agaça Brock. Il faillit s’interposer, mais il devait donner à Zoe une chance de le retenir.

— Oh non, ne partez pas, dit-elle en lui posant une main sur le bras. Buvez encore une bière, je vous l’offre.

Mike vacillait légèrement. Apparemment, l’alcool commençait à faire effet sur lui. Il hésita un instant puis sourit :

— D’accord, dit-il finalement en se rasseyant.

Zoe s’approcha tout près de lui et lui glissa quelques mots qui le firent rire.

Brock bouillait intérieurement. Il s’était préparé à passer un moment pénible en voyant Zoe user de ses charmes, mais c’était pire que cela. Il se connaissait vraiment très mal.

Soudain, Zoe lui fit signe de s’approcher.

— Brock, j’ai une question. A quelle heure Cristine a-t-elle dit que Shayna t’avait appelé le soir où elle a disparu ?

A côté d’elle, Mike se raidit.

— Vers minuit, répondit Brock.

— Eh bien, selon Mike, à cette heure-là, ils étaient ensemble au lac. N’est-ce pas, Mike ?

Mike se tourna pour faire face à Brock et croisa les bras.

— On y était vers 23 heures, et même un peu avant. Et alors ?

Brock le dévisagea.

— Shayna n’est pas réapparue depuis.

Le regard de Mike passa de Zoe à lui.

— Où voulez-vous en venir ? Shayna et moi, nous sommes allés passer un peu de bon temps là-bas et ensuite nous sommes partis chacun de notre côté. Je ne l’ai pas revue depuis non plus.

Brock avança d’un pas supplémentaire en prenant soin de garder les bras le long du corps pour ne pas paraître menaçant.

— Vous pouvez nous expliquer exactement comment s’est déroulée la soirée ? demanda-t-il d’une voix calme.

— Bien sûr, je n’ai rien à cacher, répliqua Mike. Nous nous étions installés au bord de l’eau, près de l’embarcadère. J’avais emporté une couverture. Nous avons discuté un peu, bu du vin puis…

Mike sourit avec un air entendu qui porta sur les nerfs de Brock.

— Ensuite ? intervint Zoe pour l’inciter à continuer.

— Ensuite, nous avons encore bavardé un moment puis elle est partie.

— Comment ça ? demanda Zoe. Pourquoi ?

Mike haussa les épaules.

— Aucune idée, je ne sais pas ce qui s’est passé dans sa tête.

— Mais comment est-elle rentrée ? s’enquit Zoe.

— Bonne question. Je lui ai proposé de la raccompagner, mais elle a dit qu’elle préférait marcher et peut-être se baigner. Elle avait bu. Alors je l’ai avertie que ce n’était pas une bonne idée, mais elle m’a rétorqué de ne pas m’en faire pour elle.

— Vous l’avez écoutée ?

— Ouais. J’ai attendu un moment puis je suis rentré. A minuit, j’étais chez moi. Mon colocataire était là, il pourrait vous le confirmer.

— Vous avez suggéré tout à l’heure qu’elle vous devait de l’argent.

Le regard de Mike s’assombrit et il mit quelques secondes à répondre.

— Ouais. Elle voulait que je lui laisse un peu d’herbe. Elle m’a promis de me la payer dans les jours suivants. Mais je ne l’ai pas revue.

Sur ce, il se leva.

— Cette fois, il faut que j’y aille.

Zoe le retint par le bras.

— Puis-je avoir votre numéro, au cas où j’aurais d’autres questions à vous poser ?

Mike lui retourna un regard hostile.

— Non, je ne crois pas.

Il fit un bref signe de tête à Brock et tourna les talons.

— Passez une bonne soirée, tous les deux.

En silence, ils le regardèrent traverser la salle et sortir.

— Nous devons parler de lui à la police pour qu’ils l’interrogent, lança Zoe.

— Du calme, la coupa Brock. Nous n’avons aucune preuve que Mike ne nous a pas dit la vérité.

— Mais tu l’as entendu ! rétorqua Zoe en élevant la voix. C’est la dernière personne à l’avoir vue et il prétend l’avoir laissée au lac. Tu ne trouves pas cela bizarre ?

Des regards se tournèrent vers eux, et Brock la prit par le bras, la tirant vers la sortie. A son grand soulagement, elle ne résista pas. Il était temps de quitter ce bar.

Une fois qu’ils furent dehors, elle se libéra de son emprise et le fixa droit dans les yeux.

— Enfin, Brock, pourquoi refuses-tu que je parle de lui à la police ?

— Je n’ai pas dit que je refusais, seulement qu’il ne fallait pas tirer de conclusions hâtives. Franchement, Zoe, si Mike avait fait du mal à Shayna, tu crois qu’il aurait avoué s’être rendu au lac avec elle ?

Zoe resta plantée face à lui, mains sur les hanches, d’un air buté.

— C’est la meilleure piste que nous ayons. Et nous l’avons obtenue à notre première visite ici.

Son regard brillait de détermination. Elle était tellement belle que Brock dut résister de toutes ses forces pour ne pas la serrer contre lui et l’embrasser.

Soudain, il leva les yeux : quelques clients étaient sortis du bar et les observaient.

— Hé, ce type vous ennuie, ma belle ? les héla un des hommes.

Zoe battit des paupières et se retourna. Elle parut hésiter un instant puis passa les bras autour du cou de Brock et se plaqua contre lui.

— Oh ! non ! Il ne m’ennuie pas du tout, au contraire.

* * *

L’excitation saisit brusquement Brock. Mais les types qui s’étaient rassemblés le regardaient toujours avec suspicion et, pour appuyer ses propos, Zoe l’attira à elle et l’embrassa. Même s’il fut bref, ce ne fut pas un baiser chaste.

Après quelques secondes, Zoe inclina la tête, le regarda et déclara, tout fort, pour que les types à l’entrée l’entendent :

— Viens, mon chéri, j’ai hâte d’être à la maison.

Ils se dirigèrent vers la voiture sous les rires et les sifflements suggestifs. Mais Brock n’y prêta pas attention, occupé qu’il était à recouvrer une respiration normale.

Une fois qu’ils furent à l’intérieur du véhicule, il poussa un long soupir.

— C’était quoi, ça ?

— De la simulation pour t’éviter de te retrouver dans de sales draps. Je m’en suis bien sortie, non ? répliqua Zoe avec un sourire.

Mâchoire serrée, Brock chercha les bonnes paroles mais n’en trouva pas. Alors il exprima ce qu’il ressentait :

— Refais cela encore une fois et je t’arrache sur-le-champ tes vêtements pour te faire l’amour.

Elle poussa un gémissement de surprise.

— Enfin, Brock.

— Si je te choque, tant pis, tu n’avais qu’à réfléchir avant d’agir.

— Mais…

— Laisse-moi quelques minutes, d’accord ? la coupa-t-il.

Elle se tut et changea de position, mais sans lui tourner le dos.

— Je suis désolée, dit-elle enfin.

— Moi aussi, admit-il.

— Essayons d’oublier ce qui s’est passé, d’accord ? suggéra-t-elle, tête basse.

— Je serais ravi d’en être capable.

— Je ne pense pas que ces types s’en seraient pris à toi. Mais je ne voulais pas prendre de risques.

Il ne répondit pas.

— Ce baiser ne signifiait rien d’autre, ajouta-t-elle. Rien du tout.

Voilà, c’était bien là le problème, pensa-t-il. Mais ça non plus, il ne pouvait pas le dire.

— Puis-je te poser une question ? lui demanda-t-elle après quelques instants de silence.

— Oui, tant que ça n’a pas de rapport avec ce baiser.

— Pourquoi ne bois-tu plus d’alcool ?

Aïe.

— J’ai arrêté, c’est tout, je te l’ai déjà dit.

— Mais pourquoi ? insista-t-elle.

Une vieille douleur remonta en lui. Il avait besoin de penser à autre chose pour repousser son désir pour Zoe et, avec cette question, elle lui rappelait exactement pourquoi il ne devait plus la désirer. Car c’était après son départ qu’il avait bu plus que de raison. Certes, d’autres événements difficiles, comme la mort de son père, n’avaient rien arrangé à l’affaire, mais quand même.

— Ça ne te regarde pas, c’est mon problème, répondit-il sèchement.

— Désolée, dit-elle.

Elle leva les mains, paumes ouvertes, pour appuyer ses paroles.

— J’avais oublié que nous n’étions pas amis, reprit-elle.

Amis. Effectivement, il avait du mal à la voir comme une amie.

Mais il ne répliqua pas. Il n’avait pas la force de se lancer dans une discussion pour définir leur relation. Il était épuisé de lutter contre son désir.

— J’irai parler à la police, déclara-t-il pour changer de sujet. Je connais bien Roger et je pense qu’il m’écoutera.

— Merci, répondit-elle doucement. S’il pouvait faire en sorte que le lac soit fouillé, nous saurions une fois pour toutes si Shayna s’est noyée ou pas.

Il y avait de la douleur dans la voix de Zoe, mais il ne dit rien. Toute tentative pour la rassurer serait vaine.

— Je te tiendrai au courant de sa décision.

— D’accord. Avant que tu me déposes chez les Bell, tu veux bien que nous nous arrêtions dans un fast-food en centre-ville pour que je puisse me changer et remettre ma robe longue ?

Il avait complètement oublié cela.

— Oui, bien sûr. Tu veux qu’on en profite pour manger un morceau ?

Elle tourna la tête vers lui, visiblement surprise par sa proposition.

— Pourquoi pas, je crois que manger un peu me ferait du bien.

Il était près de 23 heures.

Mais quel mal y aurait-il à partager un repas rapide avec elle ? Aucun.

Il se gara devant un fast-food ouvert et, une fois à l’intérieur, Zoe fila directement aux toilettes.

Il n’y avait pour seuls clients qu’une femme avec deux enfants. Brock se laissa tomber sur une banquette.

Zoe revint quelques minutes plus tard et s’installa en face de lui.

— Le dîner est pour moi, dit-elle.

* * *

Ce matin-là, le soleil faisait scintiller les eaux du lac. Une magnifique journée de printemps s’annonçait, idéale pour une ballade et un pique-nique. Mais l’humeur de Zoe n’était pas au diapason de la météo.

Elle s’était levée très tôt pour rédiger un nouvel article sur son blog, volontairement léger pour se remonter le moral. Elle s’était amusée à y comparer les hommes du Texas et ceux de New York. Une heure après la publication, elle avait déjà reçu de nombreux commentaires, preuve que le ton qu’elle avait adopté plaisait.

Mais, au bord du lac, elle avait le cœur lourd. Des plongeurs étaient censés explorer l’étendue d’eau, à la recherche du corps de Shayna.

Brock avait parlé à Roger Giles, et le shérif était convenu que ces recherches méritaient d’être entreprises.

Trois plongeurs venus de Dallas, en combinaison noire, se tenaient sur le rivage, prêts à entrer dans l’eau. Ils avaient étudié la force du vent et des courants pour déterminer où chercher en priorité.

Brock apparut devant elle.

— Salut, Zoe.

Elle lui répondit d’un petit signe de tête.

— Je vais mettre mon bateau à l’eau, indiqua-t-il. Tu veux m’accompagner ?

Cette perspective lui fit peur.

— Tu as averti la police ?

— Oui. Tant que je reste à bonne distance des plongeurs, je peux y aller. L’un d’eux m’a d’ailleurs dit qu’ils pourraient avoir besoin de mon aide.

Elle hésita. Non seulement, elle craignait une macabre découverte, mais en plus, ce n’était pas très raisonnable de passer du temps avec Brock. D’un autre côté, rester seule à attendre et redouter le pire ne l’enchantait pas. Comme s’il avait lu dans ses pensées, Brock reprit :

— Allez, viens, tu n’as pas envie de rester là à te ronger les sangs.

Pour accompagner ses paroles, il lui tendit la main. Elle hésita quelques secondes puis l’accepta. Dès que ses doigts se refermèrent autour des siens, une douche chaleur la traversa. Elle s’efforça de l’ignorer et suivit Brock en direction de l’embarcadère. Un hors-bord flambant neuf était accroché à sa Chevrolet.

Il surprit son regard et esquissa un petit sourire.

— Il est très rapide sur l’eau. Tu veux bien t’occuper de garer ma voiture une fois que j’aurai décroché le bateau ?

— Bien sûr, pas de problème.

Il décrocha la remorque, la poussa jusqu’au bord de l’eau puis défit les sangles pour laisser le hors-bord glisser. Il faisait tout cela avec une aisance et une facilité qui forcèrent son admiration.

Puis il lui lança ses clés de voiture et elle gara le véhicule sur une place de stationnement.

Quand elle revint, il avait solidement arrimé son bateau à un ponton et l’attendait. Elle monta à bord sans son aide et s’installa au bout de l’embarcation. Il détacha le lien d’arrimage et fit démarrer le moteur, qui se mit en marche au premier essai.

Très vite, ils s’éloignèrent du ponton.

Sentir le soleil et le vent sur son visage lui fit un bien fou. Elle n’était plus remontée sur un bateau depuis le lycée et avait oublié à quel point elle aimait ces sensations. Mais soudain le visage de Shayna s’interposa, et l’idée de trouver son corps dans le lac la glaça d’effroi.

Elle se força à chasser cette pensée et releva la tête, laissant le vent lui fouetter de nouveau le visage.

Brock décrivit un arc de cercle pour contourner la zone des recherches, ralentit progressivement puis s’arrêta complètement et coupa le moteur. Dans le soleil, ses cheveux scintillaient, sa peau prenait une belle teinte hâlée et, à chaque mouvement, ses muscles se contractaient et se détendaient divinement.

Même sans le toucher, son désir pour lui la transportait.

Il fallait qu’elle bouge.

Elle se leva, se protégea les yeux de la main et regarda en direction du bateau des plongeurs. Tous trois étaient sous l’eau, et elle attendit avec appréhension.

— Mme Bell n’est pas au courant des recherches d’aujourd’hui, n’est-ce pas ? intervint Brock derrière elle.

— Non, je ne voulais pas qu’elle se fasse de souci.

— C’est sans doute mieux.

— Oui, répliqua-t-elle, concentrée sur la surface de l’eau. Je souhaite vraiment qu’ils ne trouvent rien.

— J’en suis intimement persuadé, rétorqua-t-il avec certitude.

Elle en fut étonnée. Lui cachait-il quelque chose pour être si sûr de lui ?

Quelques heures plus tard, les trois plongeurs rejoignirent le rivage et Brock s’approcha aussi près que possible d’eux avec son hors-bord.

— Vous avez trouvé quelque chose ? leur lança-t-il.

L’un des trois hommes secoua négativement la tête.

— Non, rien du tout. Nous avons fait le maximum et, étant donné que nous n’avons pas de preuves que la personne recherchée est bien entrée dans l’eau, je pense que nous allons en rester là.

Brock acquiesça puis se tourna vers Zoe. Elle ne sut que lui dire. Devait-elle être soulagée ? Inquiète ? La journée avait été si difficile.

Brock remit le moteur en route et prit la direction du ponton.

— Nous sommes obligés de rentrer maintenant ? lui demanda-t-elle.

— Non, pourquoi ? lui répondit-il, l’air méfiant.

Elle haussa les épaules.

— Cela fait des années que je n’ai pas fait de bateau. J’aimerais bien en profiter un peu pour me détendre.

Brock sembla hésiter quelques secondes.

— Très bien, dit-il finalement. Tu veux que nous restions tranquilles ou que je pousse une pointe de vitesse ?

— Allons-y pour une pointe de vitesse, répliqua-t-elle sans hésiter.

Brock ne passerait certainement pas à côté de l’occasion de tester la puissance de son embarcation. Et en effet, une fois qu’ils furent au milieu du lac, il accéléra.

Elle crut s’envoler et savoura les gouttelettes qui lui fouettaient le visage, la sensation grisante de vitesse. Toutes les tensions de son corps et de son esprit semblaient s’évanouir.

Après avoir effectué quelques virages, Brock ralentit et coupa de nouveau le moteur.

— Ça va ? s’enquit-il.

— Oui, merci beaucoup. J’en avais besoin. C’est la première fois depuis mon retour à Anniversary que, pendant quelques minutes, je cesse de m’inquiéter pour Shayna.

Elle ferma les yeux et inspira profondément.

— Nous devons la retrouver, Brock.

— Je sais. Et j’avoue que, plus le temps passe, plus j’ai du mal à croire que Shayna soit partie de son plein gré.

— Quelque part, ça me soulage que tu penses cela car moi, je suis persuadée qu’elle n’est pas partie d’elle-même. Elle n’a pas emporté d’argent liquide et ses cartes de crédit n’ont pas été utilisées. Et elle ne serait pas partie non plus sans son téléphone.

Brock réfléchit quelques secondes puis répliqua :

— Je vais me faire l’avocat du diable, mais peut-être s’était-elle constitué une réserve d’argent liquide. Peut-être que, tout comme toi, elle a souhaité s’en aller sans laisser de traces. Et elle a pu s’acheter un téléphone à carte prépayée.

Zoe soupira.

— Non, c’est différent car moi j’ai toujours envoyé des nouvelles à Shayna et Mama Bell, même si, pendant quelques mois, elles ignoraient où je me trouvais exactement. C’était plus sûr pour tout le monde, vu les menaces que j’avais reçues.

— Et pourquoi n’es-tu pas allée voir la police ?

— Je ne pouvais pas courir ce risque. La seule personne que j’ai avertie, c’est Shayna, et c’est elle qui m’a aidée à quitter la ville.

— Et tu n’as jamais envisagé de t’adresser à moi ? rétorqua-t-il, l’air infiniment triste.

Cela lui fit mal de le voir si affecté. Elle s’en étrangla presque.

— C’était trop risqué, Brock.

Manifestement, il ne comprenait toujours pas son choix. Mais elle ne lui en voulait pas. Elle s’était résignée à vivre avec ce fardeau.

— Pourtant, ensuite, le type qui a assassiné ta mère a été arrêté, insista Brock.

En effet, un témoin de l’homicide s’était manifesté auprès de la police et, grâce à lui, l’assassin avait été arrêté puis incarcéré, et il était toujours derrière les barreaux.

— Oui, souffla Zoe. Et je vérifie régulièrement qu’il n’a pas obtenu de liberté conditionnelle.

— Mais même après cela tu n’as pas jugé opportun de reprendre contact avec moi.

Elle releva la tête : il semblait terriblement peiné.

— Je ne pouvais pas le faire, Brock. Sinon, tu aurais tenté de me retrouver et tu te serais mis en danger. J’ai jugé que mieux valait que je ne te dise rien.

— Non, Zoe, ce n’est pas ce que je te demande, rétorqua-t-il avec véhémence. Une fois que l’assassin de ta mère a été arrêté, rien ne t’empêchait de revenir puisque le danger était écarté. Pourquoi n’en as-tu rien fait ?

Elle resta silencieuse et serra les poings pour ne pas pleurer. Comment avait-elle pu croire qu’avec le temps Brock ne souffrirait plus, qu’il aurait tout oublié et qu’ils pourraient devenir de simples amis ?

Elle réprima un soupir. Elle ne pouvait pas lui dire la vérité, lui expliquer pourquoi elle était restée à New York. Elle avait bien envisagé de revenir, mais la perte du bébé qu’elle portait lui avait rendu ce retour impossible.

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