Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 30 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 8

8

 

Zoe eut envie de pleurer. Personne, pas même Shayna, n’avait su qu’elle était enceinte quand elle était partie d’Anniversary. Et nul n’avait su non plus qu’elle avait fait une fausse couche au bout d’à peine trois mois de grossesse et qu’elle ne pourrait certainement plus jamais avoir d’enfants.

Brock méritait d’avoir une femme qui lui donnerait des enfants, s’était-elle dit à l’époque. Quand ils étaient ensemble, ils avaient maintes fois discuté avec des étoiles dans les yeux de leur désir d’en avoir. Plus que tout, Brock voulait devenir père.

Alors comment aurait-elle pu lui annoncer qu’elle avait perdu leur enfant ?

* * *

Elle avait donc entamé une nouvelle vie, changé de personnalité et tenté d’aller de l’avant. De temps en temps, l’amertume revenait, mais c’était le prix à payer.

Brock lui saisit le bras pour l’obliger à lui faire face.

— Tu ne vas pas me répondre ? Pourquoi n’es-tu pas revenue à Anniversary ? Pourquoi n’es-tu pas revenue me voir ?

Elle leva les yeux vers lui, le fixa et s’arma de courage pour répliquer :

— Parce que j’avais changé de vie, Brock. J’étais heureuse à New York. Cette ville est tellement différente d’ici ! Je ne veux pas perdre ce que j’ai découvert là-bas.

— New York, répéta-t-il. Alors tu as choisi une ville au détriment de ceux que tu aimais ? C’est ça ?

Elle était au supplice mais fit tout son possible pour ne pas flancher.

— Assez. Nous devons en revenir à ce qui nous occupe. C’est Shayna qui compte.

— Mais oui, c’est pratique de se servir d’elle pour éviter d’assumer tes actes, n’est-ce pas ?

— Non, rétorqua-t-elle en soutenant son regard. Le passé est le passé, nous ne pouvons pas revenir en arrière. En revanche, nous pouvons encore changer l’avenir. Car si par malheur nous ne retrouvions pas Shayna, Mama Bell aurait beaucoup de mal à s’en remettre. Et je n’ai pas envie que cela se produise.

Brock tourna la tête vers les eaux du lac, la mâchoire contractée.

— Franchement, Zoe, que crois-tu qu’il lui soit arrivé ? Pourquoi t’obstines-tu à refuser de croire qu’elle ait pu faire comme toi et partir du jour au lendemain ?

Zoe soupira. Elle n’en pouvait plus, elle ne voulait pas poursuivre cette conversation. Ce serait continuer à mentir.

— Ramène-moi à l’embarcadère, s’il te plaît.

— Avec joie, répliqua-t-il sèchement en remettant le moteur en marche.

Cette fois-ci, la vitesse ne procura aucun plaisir à Zoe. Elle garda les yeux fixés devant elle, pressée d’être de retour sur le rivage.

Quand ils approchèrent du ponton, Brock ralentit.

— Je vais te laisser ici, déclara-t-il. Je m’occuperai de charger le bateau sur la remorque tout seul, il n’est pas lourd.

Elle acquiesça sans un mot. Elle avait mal, mais mieux valait qu’il lui en veuille. Ainsi, elle souffrirait moins d’avoir encore envie de lui.

Elle posa le pied sur le ponton et s’éloigna sans se retourner.

* * *

Brock se sentait déchiré. Il aurait voulu noyer son chagrin dans l’alcool, mais il ne le ferait pas, non.

Une fois le bateau chargé sur la remorque, il rentra chez lui. D’une manière ou d’une autre, il devait chasser Zoe de son esprit et s’occuper de lui-même.

Arrivé à son appartement, il se laissa tomber devant la télévision et tenta de ne plus penser à rien.

* * *

Le lendemain matin, Cristine se présenta au magasin. A priori, ce n’était pas pour faire des achats. Que venait-elle faire là ?

— Je dois te parler, lui annonça-t-elle avec une expression troublée.

— De Shayna ? s’enquit-il.

— Oui. Cela me tracasse depuis des jours, reprit-elle avec un soupir. Je sais que Shayna et toi vous aviez des problèmes et…

— Des problèmes ? la coupa-t-il en croisant les bras, irrité. De quoi parles-tu exactement ?

Cristine rougit et baissa les yeux.

— Allons, Brock, Shayna et moi, nous étions les meilleures amies du monde. Tu dois te douter qu’elle n’avait pas de secrets pour moi.

— Sauf que je ne vois pas ce qu’elle aurait bien pu te confier de tellement secret.

Elle le dévisagea avec colère.

— Arrête, Brock. Je sais que tu la frappais. J’ai vu les marques sur son corps.

Il fut complètement abasourdi.

— La frapper ? répéta-t-il, sous le choc. Mais jamais je n’ai frappé une femme de ma vie !

— Tu me le jures ?

— Mais évidemment ! s’exclama-t-il.

Cristine recula de quelques pas, comme si elle avait peur.

— Tu… tu es en colère, Brock. Je vais te laisser.

Il s’efforça de recouvrer son calme. Il se sentait extrêmement mal à l’aise.

— Cristine, attends, s’il te plaît.

Elle avait déjà tourné les talons et s’arrêta net. Elle semblait hésiter entre prendre ses jambes à son cou et rester.

— Cristine, insista-t-il, tu sais que je ne suis pas ce genre d’homme.

Elle pivota sur elle-même et le regarda avec méfiance.

— Brock, j’essaie seulement d’obtenir des réponses, comme tout le monde.

— Je sais.

Elle restait près de la porte, comme pour pouvoir fuir à tout moment. Mais que se passait-il ? Est-ce que tout le monde perdait la tête ? Il ne comprenait plus rien.

— Je suis venue pour une seule raison, reprit Cristine. Je veux savoir si tu as fait du mal à Shayna.

Cette fois, c’était la parole de trop.

— Sors d’ici, Cristine ! Maintenant.

A son grand étonnement, elle ne détala pas. Au contraire, elle releva la tête et esquissa même un demi-sourire.

— Sinon, quoi, Brock ? Tu me feras disparaître à mon tour ?

Sur ces paroles, elle s’en alla.

Il était consterné. Cristine avait-elle perdu l’esprit ? Comment pouvait-elle croire qu’il ait brutalisé Shayna ? Tout le monde le connaissait, il avait passé sa vie entière à Anniversary.

Il se mit à faire les cent pas. Cristine allait certainement faire part de ses doutes à Zoe.

* * *

Il prit le téléphone et composa le numéro des Bell. Mais il se ravisa aussitôt et raccrocha.

Pourquoi se souciait-il autant de ce que Zoe pouvait penser de lui ? En outre, si elle croyait aux allégations de Cristine, alors c’était qu’elle ne le connaissait plus du tout.

Quelques minutes plus tard, il ferma le magasin et partit déjeuner.

De retour l’après-midi, il eut affaire à un flot ininterrompu de clients.

Mais peu avant la fermeture, Mme Bell pénétra dans le magasin. Elle vint droit vers lui, l’air déterminé.

— Bonsoir, Brock. J’aimerais te dire un mot, si ça ne t’ennuie pas.

— Bien sûr, répondit-il avec un sourire, même s’il redoutait le sujet qu’elle souhaitait aborder.

Il s’assura que sa sœur Eve gardait un œil sur la boutique, puis se tourna vers Mme Bell :

— Suivez-moi.

* * *

Il la fit entrer dans son bureau et lui proposa un siège.

— Tout va bien, madame ?

— Pas vraiment. Mais je ne suis pas venue pour parler de moi, mais de toi.

Génial.

— Vous avez discuté avec Cristine ? s’enquit-il.

— Certainement pas, répliqua Mme Bell avec une moue de dégoût. Je ne la supporte pas. Shayna a changé après avoir commencé à la fréquenter. Attends, laisse-moi deviner, elle cherche à te rendre responsable de la disparition de Shayna, c’est ça ?

Il acquiesça. L’appréhension le quittait.

— Cette fille n’a pas toute sa tête, reprit Mme Bell en posant une main sur la sienne, dans un geste de sollicitude. N’aie crainte, Brock, je sais que jamais tu n’aurais fait le moindre mal à ma petite fille.

— Merci, répondit-il, sincèrement touché. Alors de quoi souhaitiez-vous me parler ?

— De Zoe et toi, déclara-t-elle en le fixant droit dans les yeux. Je sais que vos rapports sont difficiles, mais je vous implore de vous entendre. Je suis persuadée que seuls vous deux pouvez retrouver ma fille.

Brock déglutit. Sans doute avait-elle raison, mais elle lui en demandait beaucoup.

* * *

Zoe traversait Anniversary en voiture. Quand Cristine lui avait proposé de la retrouver pour dîner, elle n’avait pas franchement été emballée, mais elle avait décidé d’y aller au cas où il y aurait du nouveau. En revanche, elle avait été agréablement surprise que Cristine lui suggère d’aller chez Papa’s Pasta, une petite pizzeria où elle allait avec Brock quand ils étaient ensemble. Dans son souvenir, on y mangeait très bien.

Brock. Tout la ramenait à lui. Il fallait vraiment qu’elle boucle cette affaire pour pouvoir retourner au plus vite à New York. Au moins, là-bas, elle pouvait passer des journées entières sans penser à lui.

Elle se gara devant le restaurant et y pénétra. Cristine était déjà arrivée. Zoe s’assit en face d’elle, et à peine fut-elle installée que Cristine déclara sans préambule :

— Je pense avoir fait une percée décisive.

Cristine avait un don pour donner un tour dramatique à ses propos et il ne fallait pas forcément les prendre au pied de la lettre, songea Zoe. Aussi, elle demanda simplement :

— Que se passe-t-il ?

Une serveuse s’approcha pour prendre leur commande, et Cristine parut avoir du mal à attendre qu’elle soit partie pour reprendre le fil de la conversation.

— Je suis allé voir Brock, aujourd’hui, annonça-t-elle finalement, et je lui ai posé des questions directes.

— A quel sujet ?

Cristine se pencha en avant, comme pour éviter que quiconque ne surprenne ses propos.

— Shayna m’a dit que, de temps en temps, il la frappait.

— Brock ? C’est impossible ! s’exclama spontanément Zoe.

— Oui, il a nié également et je dois avouer qu’il a paru sincère. Mais, un jour, j’ai vu Shayna avec des bleus et un œil enflé, et elle m’a expliqué ce qui s’était passé.

Abasourdie, Zoe resta silencieuse.

— J’ai cru comprendre que, dernièrement, Shayna ne disait pas toujours la vérité, reprit-elle prudemment après quelques secondes.

Cristine ouvrit la bouche pour répondre puis se ravisa.

— Peut-être… je ne sais pas, dit-elle finalement.

— Tu dois bien en avoir une idée, insista Zoe. C’est toi qui la voyais le plus fréquemment.

Cristine haussa les épaules.

— Oui, c’est vrai, mais je ne cherchais pas toujours à vérifier tout ce qu’elle me racontait. Enfin, je veux dire, pour quelle raison aurait-elle menti ?

— C’est bien la question que je me pose. Pourtant, à moi, elle a affirmé que Brock et elle étaient fiancés.

— Quoi ? s’exclama Cristine, manifestement déstabilisée. Mais elle ne m’en a jamais parlé !

— Ce n’était pas vrai, précisa doucement Zoe. Du moins c’est ce que répètent Brock et la mère de Shayna. Mais le pire, c’est que Shayna a persisté dans le mensonge. Chaque fois qu’elle me téléphonait, elle revenait sur le sujet. Elle me racontait que Brock et elle étaient allés choisir une bague, qu’elle était à la recherche de la robe qu’elle porterait à son mariage, et j’en passe.

Cristine semblait blessée par ces révélations.

— Tu n’en savais rien, n’est-ce pas ?

— Non, avoua Cristine. Et dire que, ce matin, j’ai accusé Brock d’avoir porté la main sur elle…

— Vraiment ? Comment a-t-il réagi ?

— Il s’est mis en colère et m’a accusée d’être une menteuse. Il semblait choqué, ce qui peut se comprendre. J’imagine que je lui dois des excuses.

— Oui, c’est ce que tu as de mieux à faire, renchérit Zoe.

Cristine soupira.

— Tu as raison. Pourtant, même s’il ne l’a pas frappée, il lui a fait du mal.

— Qu’entends-tu par là ?

— Shayna était très amoureuse de lui, même si elle refusait de l’admettre.

— Oui, à moi, elle me l’a dit également. Mais Brock m’a appris qu’après quelques mois ils étaient redevenus de simples colocataires. Shayna aurait souhaité qu’ils deviennent plus que des amants, mais Brock ne s’y sentait pas prêt.

— Peut-être qu’au départ elle envisageait d’officialiser sa relation avec lui, répliqua Cristine, mais elle a changé d’avis. Et je t’assure que, même s’ils étaient de soi-disant simples colocataires, ils étaient toujours amants. J’ai lu sur le portable de Shayna des messages sans équivoque qui le prouvent.

Zoe fut de nouveau consternée. Qui mentait, cette fois-ci, Cristine ou Brock ?

— Shayna t’a montré ces messages ?

— Non, pas exactement, répondit Cristine, en rougissant légèrement. Mais tu sais que j’ai retrouvé son téléphone… Je n’ai pas pu m’empêcher de regarder ce qu’il y avait dedans, et c’est là que j’ai lu ces messages.

— Mais tu n’as plus son portable, tu l’as transmis à la police, j’espère.

— Oui, oui, je vais le faire mais, avant, je voulais ton avis. Faut-il que j’efface ces messages ou pas ?

C’était un dilemme, reconnut Zoe en elle-même. Ces messages pourraient constituer une preuve, mais ils risquaient aussi de causer des ennuis à Brock.

— Je ne sais pas, reprit-elle finalement. Ces messages pourraient être importants. Ou pas. Je devrais d’abord parler à Brock. Mais sais-tu si quelqu’un d’autre que toi a pu les lire ? S’ils sont d’ordre intime, c’est ennuyeux.

— Je ne sais pas, avoua Cristine.

Zoe soupira. Cette histoire devenait de plus en plus compliquée.

— Brock est-il au courant de leur existence ?

— Je ne sais pas, répéta Cristine.

Brock avait déclaré que sa relation avec Shayna était devenue platonique mais, apparemment, ce n’était pas le cas. Zoe repoussa la pointe de jalousie qui naissait en elle et réfléchit. Pourquoi Brock avait-il menti sur ce point ?

— Je vais tirer les choses au clair, dit-elle avec détermination.

— Que comptes-tu faire ?

— Avoir une discussion avec Brock, répondit-elle en se levant de table.

— Maintenant ? s’exclama Cristine, sidérée. Mais tu n’as même pas dîné !

— Désolée, mais j’ai perdu l’appétit, répliqua-t-elle en posant un billet de vingt dollars sur la table. Mais je t’en prie, toi, ne te prive pas.

Sur ce, elle traversa la salle à grands pas et sortit avec l’intention d’aller trouver Brock sans attendre. Il y en avait assez des mensonges.

A cette heure, le magasin était fermé et elle se rendit directement chez lui. Elle ne savait pas exactement où se situait l’entrée de son immeuble et, après s’être garée, chercha son nom sur les sonnettes. Elle le découvrit rapidement. Elle pressa l’Interphone et il répondit après quelques secondes. Quand elle s’annonça, elle perçut sa surprise mais il lui ouvrit sans hésiter.

* * *

Brock rangea en vitesse les restes de son dîner. Zoe ne venait certainement pas passer une nuit torride avec lui, mais son pouls s’emballait à l’idée de la voir. Il ne parvenait pas à se maîtriser.

On sonna à la porte, et il lui ouvrit. Elle portait un jean moulant délavé avec un T-shirt noir ajusté. Franchement, elle n’avait pas le droit d’être aussi sexy.

— Salut, dit-il, incapable de trouver autre chose.

— Puis-je entrer ? lui demanda-t-elle, comme il n’avait pas bougé d’un centimètre.

Elle avait l’air presque en colère.

— Bien sûr, répondit-il en s’écartant. Qu’est-ce qui t’amène ?

— Pourquoi ne m’as-tu pas avoué que Shayna et toi n’aviez jamais cessé d’être amants ?

Amants ? Il la fixa d’un air idiot, complètement perdu. Toute la ville était en train de perdre la tête, ça se confirmait.

Le regard noir, Zoe semblait bouillir de colère.

— Calme-toi, répliqua-t-il pour ne pas laisser la discussion s’envenimer. Je t’ai dit que Shayna et moi nous avions rompu et étions redevenus de simples colocataires.

— Colocataires avec quelques compensations ? rétorqua-t-elle en croisant les bras.

Qu’elle puisse penser cela le scandalisait. Mais il s’efforça de rester calme.

— Non, des colocataires. Pourquoi ces questions, Zoe ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Je viens de parler à Cristine. Elle m’a dit avoir lu des messages explicites de vous deux sur le portable de Shayna.

Cristine, pesta-t-il intérieurement. Il aurait dû deviner qu’elle était derrière ces nouvelles calomnies.

— Des messages explicites, répéta-t-il. C’est-à-dire ?

— Des messages qui ne laissent pas de doute sur le fait que Shayna et toi faisiez plus que vivre sous le même toit.

Il mit quelques secondes à répondre.

— Elle ment. Shayna et moi n’avons jamais échangé ce genre de messages, je peux te l’assurer.

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