Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 35 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 13

13

 

 

Zoe prit une grande inspiration et se pencha vers Mama Bell.

— Il y a quelque chose que tu ne sais pas et que je dois te dire. Après le meurtre de ma mère, j’ai fui pour échapper aux menaces de son assassin. Mais j’ai également fui parce que Brock me mettait la pression et voulait qu’on se marie au plus vite. Bien sûr, j’étais certaine de l’aimer, mais nous étions très jeunes et j’aurais préféré attendre. Ensuite, j’ai appris que j’étais enceinte. A ce moment-là, j’étais déterminée à revenir pour tout avouer à Brock, j’attendais seulement la fin du procès du meurtrier de ma mère pour être certaine qu’il irait en prison et n’en sortirait pas.

Mama Bell l’écoutait avec une expression égale. Zoe marqua une pause.

— Continue, l’incita Mama Bell.

— Ma grossesse ne s’est pas bien passée et, à environ douze semaines, j’ai perdu le bébé.

Même si cinq ans étaient passés depuis ce douloureux épisode, en parler était toujours une épreuve. Heureusement, le regard de Mama Bell s’emplit de compassion.

— Je suis désolée, Zoe, soupira-t-elle.

— Moi aussi, répliqua Zoe, sans aller plus loin dans son récit.

— Mais je ne comprends pas, reprit Mama Bell comme le silence s’installait. Tu n’es pas revenue parce que tu as perdu l’enfant de Brock ? Pourtant, je le connais bien. Il a lui aussi vécu son lot d’épreuves et il en est ressorti plus fort. Il aurait pu t’aider à surmonter ta douleur et, à deux, ç’aurait été plus facile.

Zoe acquiesça, ce qui laissa Mama Bell perplexe.

— J’imagine que tu en étais toi-même consciente, alors qu’est-ce qui t’a retenue de revenir ?

Zoe fit une grimace de douleur et secoua la tête.

— Eh bien, après ma fausse couche, j’ai appris que… je ne pourrai plus jamais avoir d’enfants.

Spontanément, Mama Bell la prit dans ses bras et la serra fort contre elle.

— Je suis désolée, ma chérie, dit-elle en lui caressant les cheveux. Je sais combien tu avais envie d’avoir des enfants.

— Pas seulement moi, répondit Zoe, sans pouvoir retenir ses larmes. C’est pour cela que je ne suis pas revenue malgré l’incarcération de l’assassin de ma mère. Brock a toujours désiré avoir des enfants, encore plus que moi. Je n’avais le droit de le priver de cette envie.

— Alors tu as préféré rester loin de lui, répliqua Mama Bell en la couvant du regard. Tu as voulu lui épargner une vie sans enfants.

— Oui, exactement, acquiesça Zoe entre deux sanglots.

Un poids énorme la quittait. En parler lui faisait un bien fou, elle n’était plus seule avec son pesant secret. Et Mama Bell semblait la comprendre.

— Pourtant, aujourd’hui, Brock n’a toujours pas d’enfants, lui fit remarquer Mama Bell.

— C’est vrai, reconnut Zoe. J’aurais cru qu’il en aurait déjà deux ou trois.

Mama Bell laissa passer quelques secondes puis reprit :

— Zoe, as-tu pensé à laisser Brock choisir de lui-même ? Dis-lui la vérité, et laisse-le décider de ce qu’il désire en toute connaissance de cause.

— Non, je ne peux pas, répliqua Zoe. Brock a un cœur énorme, et je suis sûre qu’il prendrait sur lui pour ne pas passer pour un égoïste. Mais ce serait un sacrifice et je n’ai pas le droit de lui infliger cela.

— Oh ! ma chérie ! Je pense que tu te trompes. Laisse-lui une chance. Même s’il ne veut pas renoncer à son désir d’enfants, au moins, tu seras fixée.

Ses paroles étaient pleines de sagesse. Zoe acquiesça et promit d’y réfléchir, même si la perspective de tout avouer à Brock la terrorisait.

Ce serait plus facile pour elle de retourner à New York. Et plus lâche, surtout, lui glissa sa petite voix intérieure. Cependant, elle ne se sentait pas la force de tout dire à Brock, au risque de se voir rejetée. Elle finirait par s’en aller. C’était certain.

* * *

Le lendemain, Brock fut constamment occupé au magasin. Il avait eu l’intention de lire le blog de Zoe, mais pas l’occasion. Le papier sur lequel Marshall Bell avait noté l’adresse traînait à côté de l’ordinateur du magasin.

Et puis, avait-il vraiment envie de lire les articles de Zoe ? Un blog, c’était un peu comme un journal. Elle avait commencé à le tenir à son arrivée à New York. Soit après son départ d’Anniversary. Ce blog, c’était le symbole de sa vie là-bas, sans lui. Est-ce que ça n’allait pas le faire souffrir de s’y plonger ?

Il préféra se concentrer sur son quotidien, son travail, sur tous les aspects rassurants de sa vie. Il en avait besoin.

Heureusement, les gens lui parlaient normalement et ne cherchaient pas à l’éviter même si, inévitablement, la rumeur de son interrogatoire par le shérif s’était répandue en ville. Il y avait certainement une minorité de gens qui le considéraient comme suspect, voire coupable, mais ça, il n’y pouvait rien.

Tant que les personnes qu’il appréciait, qu’il considérait comme ses amis, ne changeaient pas d’attitude à son égard, il pouvait faire avec.

Dans la journée, certains clients étaient même allés jusqu’à l’assurer de leur soutien en souhaitant que l’enquête progresse vite et que le meurtrier soit mis sous les verrous.

Mais peu avant la fermeture, alors qu’il commençait à compter la caisse, Zoe pénétra dans le magasin. Il fit comme si de rien n’était, même s’il aurait préféré éviter de la voir.

— Salut, dit-elle doucement. Comment ça va ?

— Bien, mentit-il en gardant les yeux baissés sur le tiroir-caisse.

— Tu sais, après avoir dîné avec le shérif…

Elle s’interrompit, comme si elle ne savait pas comment tourner sa phrase.

— Enfin, ce que je voulais te dire, Brock, c’est que tu ne dois pas t’inquiéter. Il ne te considère pas vraiment comme suspect et il ne s’acharnera pas sur toi.

Du calme, McCauley, se dit-il. Des émotions contradictoires le traversaient. Il était toujours en colère qu’elle soit sortie avec Roger Giles et, en même temps, il avait envie de la prendre dans ses bras, de l’embrasser pour lui prouver qu’il n’y avait qu’avec lui qu’elle devrait aller dîner, lui et aucun autre.

— Va-t’en, dit-il, incapable de gérer ce qu’il ressentait.

— Brock, je voulais seulement…

Son cœur battait très fort, il commençait à transpirer. Il fallait qu’elle s’en aille, sinon il ne répondait plus de ses actes.

— Zoe, va-t’en, s’il te plaît. Maintenant.

Au lieu de lui obéir, elle avança de quelques pas et se campa face à lui, mains sur les hanches.

— Je ne comprends pas ton attitude. Pitié, ne sois pas comme ça.

— Et comment suis-je censé me comporter, alors ? s’emporta-t-il. Tu débarques dans le bureau du shérif, soi-disant pour m’aider, alors que je t’avais demandé de ne pas le faire et, finalement, quand tu repars, c’est avec la promesse d’un dîner en tête à tête avec Roger. Et tu attends de moi que je le vive bien ?

— Un dîner en tête à tête ? répéta-t-elle, sidérée. Enfin, tu crois sincèrement que je suis sortie avec lui pour passer un moment en toute intimité, parce qu’il me plaît ? Tu me fais une crise de jalousie, c’est ça ?

— Non, pas vraiment, prétendit-il, se sentant stupide. Je suis bien conscient que je n’ai pas le droit de te reprocher quoi que ce soit puisque nous ne sommes pas ensemble.

Elle lui retourna un regard blessé qu’il eut du mal à supporter.

— Brock, je préférerais de loin être en termes amicaux avec toi.

Amicaux. Il commençait à détester tous les mots qui se rapportaient à l’amitié. Il n’avait pas envie d’être son ami.

— Tu crois vraiment que c’est facile d’oublier ce que tu m’as fait ? lui asséna-t-il.

Le regard de Zoe brilla de colère et elle s’avança encore plus près de lui.

— Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait parce que je n’avais pas le choix. Je suis partie pour protéger ma vie et ne pas mettre les Bell en danger.

Il n’y avait pas que cela, il en était désormais convaincu, mais elle s’obstinait à le lui cacher.

— Oui, je sais, tu me l’as déjà dit, Zoe. Mais il y a autre chose, pas vrai ? Que refuses-tu de me dire ?

Elle resta interdite. La colère refluait d’elle, laissant place à de la peur. Mais que redoutait-elle qu’il apprenne ?

— Tu as raison, acquiesça-t-elle, je ferais mieux de m’en aller.

Elle tourna les talons, mais il fut plus rapide qu’elle et se posta devant la porte pour lui bloquer le passage.

— Zoe, franchement, est-ce que je ne mérite pas la vérité ?

Elle baissa la tête et, quand elle la releva, ses yeux étaient luisants de larmes.

— Il n’y a rien à raconter, affirma-t-elle. Le passé, c’est le passé.

— Sauf que si tu me racontais tout je comprendrais enfin pourquoi tu n’es pas revenue, ce que j’ignore, aujourd’hui comme hier, rétorqua-t-il du ton le plus ferme possible, refusant de se laisser attendrir par ses larmes.

— Non.

Elle prononça ce mot sur un ton définitif et, avec détermination, le poussa pour l’écarter du passage et s’en aller.

Il ne trouva pas la force de l’arrêter et, le cœur lourd, la suivit du regard. Elle courut jusqu’à sa voiture, mit le moteur en route et démarra.

A cet instant, il se fit le serment que, d’une manière ou d’une autre, il percerait le secret de Zoe. Quand le meurtrier de Shayna aurait été arrêté, elle souhaiterait repartir à New York mais, cette fois, il ne la laisserait pas s’en aller sans explications. Si elle devait lui briser le cœur une seconde fois, au moins, il saurait pourquoi.

* * *

Après l’humiliante entrevue avec Brock au magasin, Zoe fit tout son possible pour l’éviter quand il était chez les Bell. Chaque fois qu’elle le voyait se garer devant la maison, elle s’enfermait dans sa chambre et sautait même le dîner, prétendant travailler. Ce qui était vrai dans la mesure où elle se consacrait à son blog, rédigeait des articles et programmait à l’avance leur publication. Au moins, ainsi, elle ne culpabiliserait pas de négliger son travail pendant qu’elle cherchait des indices pour remonter au meurtrier de Shayna.

Elle était toujours déterminée à atteindre cet objectif. Mais, pour cela, elle devait se remettre les idées en place. Il y avait tant de problèmes non résolus autour d’elle. Non seulement le meurtrier de Shayna était toujours libre, mais le mariage des Bell était menacé et sa relation avec Brock toujours tendue. Tout cela lui provoquait trop d’émotions qu’elle ne parvenait plus à gérer. Elle en avait la nausée.

Pour ne pas exploser, elle s’appliqua à traiter les problèmes les uns après les autres. Elle ne pouvait pas faire grand-chose pour les Bell, c’était avant tout à eux de décider s’ils avaient envie de se donner une seconde chance ou pas. Quant à ses rapports avec Brock, elle préférait ne pas y penser pour le moment.

Cela lui laissait donc un seul sujet sur lequel se concentrer : la mort de Shayna.

Il serait probablement utile de retourner au Hitching Post. Shayna s’y rendait régulièrement, c’était là-bas qu’on l’avait vue en vie pour la dernière fois. Et même si Mike disait la vérité, rien ne prouvait que d’autres clients n’avaient pas des informations à lui transmettre, d’autant que Shayna n’était plus une personne disparue et que tout le monde savait qu’elle avait été tuée.

Sa décision était prise. Cependant, elle se voyait mal y retourner seule. Et il n’y avait que deux personnes à qui elle pouvait demander de l’accompagner : Cristine ou Brock.

* * *

Brock ne s’attendait pas du tout à ce que Zoe vienne frapper à sa porte au petit matin. Après la scène du magasin, il avait remarqué son petit manège pour l’éviter, et il n’avait rien fait pour que ça change.

Pourtant, quand il lui ouvrit la porte, un soulagement mêlé d’excitation le saisit.

— Bonjour, Brock, lui dit-elle avec un sourire.

— Bonjour, répliqua-t-il en cherchant à adopter un ton sec, sans vraiment y parvenir. Qu’est-ce que tu veux ?

— Ne t’inquiète pas, je te jure que ça n’a rien de personnel, l’avertit-elle en entrant dans la chambre sans même y être invitée.

Il se fourra les mains dans les poches pour se donner une contenance et attendit qu’elle développe.

— Je vais retourner au Hitching Post, dit-elle en le fixant droit dans les yeux, comme pour le mettre au défi de protester. Et j’aimerais que tu viennes avec moi.

Même si l’idée lui déplaisait, il admirait sa ténacité. Sauf qu’il n’y avait probablement plus grand-chose à découvrir là-bas.

* * *

Comme il ne disait rien, elle haussa les épaules.

— Si tu ne veux pas m’accompagner, tant pis, j’irai seule.

Elle n’avait pas besoin d’en dire davantage pour le prendre au piège. Jamais il ne la laisserait retourner toute seule dans ce bar. Elle le savait pertinemment.

Sa dernière chance, c’était de la raisonner.

— Allons, Zoe, tu sais que la police s’y est déjà rendue pour interroger les gens qui connaissaient Shayna.

— Je sais, oui. Tout comme je sais qu’il y a des gens qui, par principe ou pour d’autres raisons moins avouables, refusent de collaborer avec les autorités.

Evidemment, ce n’était pas faux.

— Et tu penses que toi, en revanche, tu seras plus à même de les faire parler ?

— En quelque sorte.

Elle faisait preuve d’une telle conviction qu’il n’était pas loin d’être convaincu.

* * *

Ils restèrent quelques instants silencieux à se dévisager et une force intangible lui sembla circuler entre eux. Il n’aurait pas su en expliquer la teneur mais elle avait dû la ressentir également, car son regard s’agrandit légèrement.

Il n’osa pas bouger ni s’approcher d’elle et continua de la fixer, mains dans les poches. Elle finit par pousser un petit soupir et tourna les talons, prenant manifestement son silence pour un refus.

— Désolée de t’avoir dérangé, déclara-t-elle.

— Attends, s’écria-t-il alors qu’elle avait déjà la main sur le bouton de la porte. Je viendrai avec toi, Zoe. Je me maudis de te désirer encore, mais je me maudirais davantage si jamais il t’arrivait quoi que ce soit.

— Merci, répondit-elle, la main toujours sur le bouton. Ça me touche énormément. On se retrouve ici vers 19 heures.

Il acquiesça. Au temps pour sa résolution de ne plus la voir.

Quand il quitta la maison des Bell, il fit un crochet par son immeuble pour s’enquérir de l’avancée des travaux de déblaiement. Après réfection, son appartement serait de nouveau habitable mais, pour le moment, il était toujours inaccessible.

Il prit ensuite la direction de la marina, accrocha son bateau à sa Chevrolet et prit la direction du lac pour aller pêcher. Se retrouver seul au calme lui avait toujours fait du bien. Chaque fois qu’il pensait à Zoe et à la soirée à venir, il se forçait à songer à autre chose.

Quand il retourna chez les Bell, il alla droit dans sa chambre, sauta sous la douche puis passa un jean et une chemise propres. Il était prêt.

Il se prépara à devoir se retrouver face à Zoe en tenue sexy et fut complètement pris de court quand il entra dans le salon. Elle était vêtue d’un simple jean et d’un chemisier uni.

— Quoi, pas de minijupe ni de talons hauts, ce soir ? lui demanda-t-il, faisant de l’humour pour dissimuler sa déception.

Mais il était soulagé, très soulagé, même. Il aurait moins de difficultés à réfléchir normalement.

— Inutile, répliqua-t-elle. Ce soir, je ne compte pas camper un personnage. Je vais là-bas dans le seul but de poser quelques questions.

— Des questions que la police a certainement déjà posées, lui fit-il remarquer.

Elle haussa les épaules.

— Possible, mais on me parlera peut-être plus facilement.

— Et pourquoi donc ? s’enquit-il en inclinant la tête.

— Parce que Shayna était mon amie, déclara-t-elle solennellement.

Il ne trouva rien à répondre et n’insista pas.

— Bien, alors allons-y, déclara-t-il en lui tendant spontanément la main.

Quand elle la prit, une sensation familière de bien-être le réchauffa. Il avait envie de la serrer contre lui. Cela le contrariait, mais c’était ainsi.

Ils montèrent en voiture. Puis il démarra et mit la radio : il n’avait pas très envie de faire la conversation.

A son grand soulagement, elle tourna la tête pour regarder par la vitre et écouta la musique. Mais quand un standard de blues démarra, des larmes perlèrent à ses yeux noisette, remarqua-t-il.

Mince.

Il se gratta la nuque et lui jeta un nouveau regard.

— Euh, Zoe, ça va ?

— Oui. Enfin, non, dit-elle en reniflant. C’était la chanson favorite de Shayna.

— Ah, désolé, répliqua-t-il en coupant la radio.

Il n’eut pas le cœur de lui avouer la vérité : Shayna avait depuis longtemps cessé d’écouter du blues et de la country. Elle préférait le hard-rock.

— Quelles questions comptes-tu poser exactement ? Le shérif a déjà interrogé Mike. Nous savons que c’est la dernière personne à avoir vu Shayna vivante mais nous n’avons aucune preuve qu’il lui a fait du mal. Shayna a été retrouvée près du lac mais le colocataire de Mike a témoigné qu’il était rentré chez lui au moment où Shayna a passé un appel. Donc, à ce moment-là, elle était encore en vie.

— Je sais. Mais nous ignorons si elle a appelé quelqu’un d’autre que toi pour qu’on vienne la chercher. Comme tu n’as pas répondu, c’est fort possible. L’autre soir, je n’ai pas pensé à demander au shérif si Cristine lui avait remis le téléphone de Shayna.

— Si, elle l’a fait. Mais je suis le dernier qu’elle a appelé et c’est en partie pour cela qu’il a souhaité m’interroger. Il voulait savoir si j’étais allé chercher Shayna ou pas.

Zoe soupira.

— Quelqu’un est certainement allé la chercher. Il a toujours le téléphone ?

— Je pense, oui. Mais tu sais, si Shayna était ivre, elle a très bien pu faire du stop et tomber sur un déséquilibré.

— J’y ai songé, admit-elle en se mordant la lèvre inférieure.

Ils se garèrent devant le bar. Il était tôt mais le parking était déjà bondé.

— Ils doivent faire des happy-hours pour qu’il y ait autant de monde, suggéra Brock en se garant.

— Oui, j’imagine. Vas-tu m’expliquer pourquoi tu ne bois plus une goutte d’alcool ? lui demanda-t-elle en lui adressant un regard en coin.

Il poussa un long soupir. Il en avait assez des secrets. Mais lui parler de cela…

Il déglutit et se lança.

— A une époque, je m’étais mis à boire trop et c’était devenu un problème.

Il ne précisa pas pourquoi il s’était mis à boire. Zoe devinerait sans problème…

— Quand j’ai compris que j’étais sur la mauvaise pente, je suis allé voir un médecin pour obtenir quelques conseils et j’ai réussi à redevenir sobre. Depuis, je ne me risque plus à tenter le diable.

Dans son esprit, il n’y avait rien de plus à ajouter, et à sa grande satisfaction, Zoe ne posa pas d’autre question. Elle ouvrit sa portière sans un mot.

Il s’empressa d’en faire de même, sortit, contourna le véhicule et l’aida à descendre. D’où ils étaient, la musique à l’intérieur du bar résonnait déjà.

Mais tandis qu’ils se dirigeaient vers l’entrée, Zoe lui demanda :

— N’est-ce pas difficile pour toi de te rendre dans un bar et de te retrouver entouré de gens qui boivent de l’alcool ?

— Si, avoua-t-il sans s’étendre.

Elle acquiesça.

— Je comprends. Si j’avais su, jamais je n’aurais osé te demander de m’accompagner.

— Non, ne dis pas ça, s’empressa-t-il de répliquer. Je n’ai aucune envie d’être traité différemment des autres.

— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé avant ?

Aussitôt elle se mit à rougir, comprenant certainement le piège qu’elle venait de se tendre.

— Pour la même raison que toi tu ne me dis pas tout, je suppose, rétorqua-t-il sans hésiter.

Elle détourna le regard et il poussa un soupir las. Il aurait aimé savoir ce qu’elle lui dissimulait, mais ce n’était pas du tout le moment.

Ils atteignirent la porte du bar, et il la tint ouverte pour elle.

Cette fois-ci, personne ne prêta attention à leur arrivée. Quelques types observèrent Zoe mais Brock leur retourna un regard sévère et ils n’insistèrent pas.

Mike était installé à la même place au bout du comptoir que le premier soir et Zoe se dirigea droit vers lui.

Quand Mike l’aperçut, il parut avoir envie d’être ailleurs. Leur avait-il caché quelque chose ? se demanda Brock.

En tout cas, Mike se leva, termina la bière qu’il avait devant lui et posa un billet sur le comptoir. Mais Zoe le retint par le bras. Il fit alors volte-face et leva la main, comme s’il s’apprêtait à la frapper.

Brock s’empressa de se poster à côté de Zoe.

— Encore un geste comme celui-ci et vous le regretterez.

— Alors dites à votre copine de ne pas me toucher, riposta Mike, nullement impressionné.

— Excusez-moi, intervint Zoe, je souhaitais seulement vous dire un mot.

— Je vous ai déjà dit tout ce que je savais, répliqua Mike, sur un ton définitivement hostile. J’ai dû m’expliquer plusieurs fois à la police. A cause de cette femme, c’est le bazar dans ma vie !

— Vous parlez de Shayna ? s’indigna Zoe. La femme avec qui vous avez passé la soirée, que vous avez laissée partir et qui s’est fait assassiner ? C’est elle que vous appelez cette femme ? Ma meilleure amie ?

Mike baissa les yeux, visiblement conscient d’avoir été maladroit.

— Ecoutez, je suis désolé pour votre amie, mais je vous jure que je ne suis pour rien dans ce qui lui est arrivé. La police m’a innocenté.

— Je sais. Je voulais seulement savoir si un détail de ce qui s’était passé ce soir-là vous était revenu.

Mike secoua négativement la tête.

— J’ai déjà tout dit à la police, je n’ai rien à ajouter.

— Je vous offre une bière, proposa Brock. Vous comprenez, Shayna était non seulement la meilleure amie de Zoe, mais c’était aussi ma colocataire.

Mike avait apparemment du mal à résister quand on lui offrait une bière. Il acquiesça et répliqua :

— Très bien. Mais vite. Après, il faut vraiment que j’y aille.

Un quart d’heure plus tard, ils laissèrent Mike terminer son verre et s’éloignèrent.

— C’était une totale perte de temps, déclara Brock.

— Pas tout à fait, contra Zoe. Il a répété plusieurs fois que Cristine suivait Shayna partout. Alors où était-elle le soir de sa disparition ?

— Je suppose que Roger lui a posé la question mais, effectivement, j’aimerais bien le savoir.

A ce moment-là, Zoe tressaillit.

— Eh bien, le moment est peut-être venu d’en avoir le cœur net. Regarde qui vient d’entrer.

Il le devina avant même de se retourner. Cristine traversait la salle à grands pas.

— Tu vois, nous ne sommes pas venus pour rien, reprit Zoe, il y a plein de monde à qui parler.

— Allons-y, lança-t-il, résigné.

Mais Zoe le retint.

— Attends un peu. Elle ne nous a pas vus et j’aimerais d’abord regarder comment elle va se comporter.

Cristine approcha du bar et s’adressa au serveur. Elle ne cessait de se lisser les cheveux et d’adresser des sourires aux hommes qui passaient près d’elle. Soudain, elle repéra Mike, qui n’était finalement pas parti et était toujours installé sur son tabouret. Sans hésiter, Cristine se dirigea vers lui et le salua en lui déposant un baiser sur la joue. Mike lui dit quelques mots. Cristine se retourna vivement et se mit à regarder de tous côtés. Fatalement, elle finit par les voir.

Son expression changea radicalement et elle s’avança vers eux.

— Qu’est-ce que vous faites là, vous deux ? leur demanda-t-elle.

Brock répliqua le premier.

— Qu’est-ce qu’il y a, Cristine ? Zoe et moi, nous sommes venus boire un verre, c’est tout. Pourquoi ?

Cristine les observa alternativement en plissant les yeux et semblait chercher ses mots.

— C’est seulement qu’ici c’était notre endroit favori, à Shayna et moi. Alors vous y voir me fait un peu bizarre.

— D’accord, mais il y a assez de place pour tout le monde, nous ne te dérangeons pas, insista Brock.

— Non, répliqua Cristine, mais Mike m’a dit que vous lui aviez cassé les pieds avec des questions.

Zoe lui opposa un sourire.

— Nous ne resterons pas longtemps, n’aie crainte. Mais puisque tu es là, j’aurais une seule question à te poser. Apparemment, Shayna et toi, vous sortiez toujours ensemble. Alors, où étais-tu le soir de sa mort ?

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