Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 23 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Etrange disparition

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« Je regrette que tu ne sois pas là. »

Mentalement, Zoe se répétait les derniers mots prononcés par Shayna, sa meilleure amie, avant sa disparition.

« Ou alors, peut-être pourrais-je venir te rendre visite. J’ai vraiment besoin de toi. »

Zoe s’en voulait terriblement. Non seulement, elle n’avait pas quitté New York sur-le-champ pour se rendre au Texas. Mais elle n’avait même pas accepté que Shayna vienne la voir.

Au lieu de cela, elle avait écourté la conversation téléphonique et quasiment raccroché au nez de son amie pour aller prendre un verre avec un couple d’amis. Deux semaines plus tard, Mama Bell, la mère de Shayna, l’avait appelée : elle ne parvenait pas à joindre sa fille et était très inquiète.

Depuis, Zoe était dévorée par la culpabilité.

* * *

Elle prit sa valise, sortit de l’aéroport et fut assaillie par une bouffée d’air chaud. Dallas était telle que dans son souvenir : torride et triste.

Elle mit ses lunettes de soleil puis détailla la foule autour d’elle. Mamie Bell lui avait promis d’envoyer quelqu’un l’accueillir.

Mais Zoe ne repéra aucun visage connu, à sa grande surprise.

Finalement, elle redressa les épaules, reprit sa valise et se dirigea vers la file d’attente des taxis.

Elle s’efforçait de marcher d’un pas sûr, déterminée à afficher l’assurance qu’elle avait gagnée depuis son installation à New York.

— Zoe, appela alors une voix masculine.

Une voix familière qui résonna au plus profond d’elle.

— Je suis là, ajouta l’homme.

Elle se raidit. Brock McCauley. S’il y avait bien une personne qu’elle n’avait pas envie de revoir, ni maintenant ni jamais, c’était lui.

Un instant, elle voulut faire comme si elle ne l’avait pas entendu et s’éloigner le plus rapidement possible. Mais c’était ridicule.

Aussi, elle prit une grande inspiration, se força à sourire et se tourna pour faire face à Brock McCauley, l’homme qu’elle avait quitté juste avant leur mariage, quelques années plus tôt.

Il n’avait pas changé, et à cette vue, son pouls s’emballa. Brock était grand et large d’épaules, ses cheveux blonds ébouriffés lui donnaient un air terriblement sexy. Son regard était d’un bleu magnifique et… croisa le sien.

Aussitôt, elle vibra de tout son être, mais se contenta d’afficher une expression étonnée, sans un mot.

— Mme Bell m’a demandé de venir te chercher, expliqua-t-il d’une voix impassible.

De toute évidence, il avait accepté par devoir, pas par plaisir.

Elle acquiesça d’un signe de tête, incapable de trouver la moindre réponse. Que pouvait-elle dire à l’homme dont elle avait brisé le cœur ?

Il lui indiqua l’endroit où sa voiture était garée, une Chevrolet rouge flambant neuve. Elle songea alors au vieux pick-up qu’il avait auparavant et aux ébats qu’ils avaient partagés sur la banquette.

Le rouge lui monta immédiatement aux joues, et elle s’empressa de monter dans la voiture, faisant mine de s’intéresser à ce qui se passait dehors. Au diable la culpabilité ! Elle n’avait rien à lui dire, rien du tout.

Brock démarra et ils quittèrent l’aéroport pour prendre la direction d’Anniversary.

Brock semblait concentré sur la route et ne pas souhaiter combler par des paroles inutiles le silence pesant qui régnait dans la voiture. Elle aimait autant : de sombres pensées l’agitaient.

Elle n’était jamais revenue à Anniversary. C’était là, dans une sombre ruelle de cette ville, que sa mère était morte.

Zoe poussa un soupir, tentant de chasser ce terrible souvenir. Elle avait passé aussi de merveilleux moments ici, avec Shayna, son amie d’enfance.

Depuis son départ d’Anniversary, elle ne l’avait pas revue. Mais elles s’appelaient régulièrement. Dans son cœur, Shayna tenait toujours une place importante, et ce lien ne se dissiperait jamais.

Alors, quand Mama Bell lui avait téléphoné, espérant que Shayna serait chez elle à New York, elle avait paniqué et regretté sa légèreté lorsque son amie l’avait appelée quelques jours plus tôt. Elle aurait dû prêter plus d’attention aux propos de Shayna.

Il ne lui restait plus qu’à sauter dans le premier avion pour Dallas !

Mais Mama Bell s’était bien gardée de lui préciser que Brock l’attendrait à l’arrivée.

Zoe jeta un regard à son ancien fiancé. Elle n’avait jamais surmonté sa culpabilité de l’avoir si brutalement quitté. En revanche, lui, il avait refait sa vie. Avec Shayna…

Tout en fixant la route, Zoe se rappela l’appréhension dans la voix de Shayna quand celle-ci lui avait appris qu’elle sortait avec Brock : son amie avait si peur de la blesser. Mais Zoe ne lui en avait pas voulu. Elle était même heureuse pour eux deux. Après les remous provoqués par son départ d’Anniversary, ce n’était que justice si, finalement, Shayna et Brock avaient trouvé le bonheur ensemble.

Sauf que maintenant Shayna avait disparu. Et c’était avec Brock qu’elle devrait retrouver sa meilleure amie…

Elle n’osa le regarder de nouveau. Comment vivait-il la situation ?

Cinq ans plus tôt, c’était elle qui le quittait du jour au lendemain et partait loin de lui. Il devait avoir le sentiment que l’histoire se répétait.

Elle ne put s’empêcher d’avoir de la peine pour lui. Est-ce qu’il avait une idée de l’endroit où Shayna était partie ? Et pourquoi ?

Comment lui poser la question avec tact ?

Mais, alors qu’elle cherchait ses mots, Brock s’éclaircit la voix et brisa le silence :

— Maintenant que nous nous retrouvons de nouveau seuls, peux-tu m’expliquer pourquoi tu es partie ?

L’appréhension la gagna d’un coup. Pourtant, Brock méritait une explication. Cinq ans étaient passés, non ?

Elle prit une grande inspiration :

— Le soir où ma mère s’est fait tuer dans cette ruelle derrière son bar favori, elle m’avait appelée pour me demander de la rejoindre. En chemin, son dealer m’a appelée à son tour. Ma mère lui devait de l’argent. Il a déclaré que j’avais deux jours pour le rembourser, sans plus d’explications.

Sa voix faillit lui faire défaut, mais elle trouva la force de continuer :

— Quand je suis arrivée à l’endroit convenu, j’ai découvert le corps inanimé de ma mère. Son dealer l’avait assassinée.

Le souvenir de cette épouvantable nuit lui donnait la chair de poule.

Il tourna légèrement la tête vers elle.

— Je sais que ta mère a été victime d’un assassinat, mais je n’ai jamais su les circonstances précises. Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? J’aurais pu t’aider.

— Non, justement, je ne pouvais rien te dire. Ce type m’a donné quarante-huit heures pour trouver l’argent et m’a promis que si je n’y parvenais pas je ne ferais pas de vieux os. Je me suis enfuie parce que j’avais peur pour ma vie. Et puis, il y avait nous. Je ne savais pas comment gérer…

— Ce que nous vivions ? la coupa-t-il d’un ton blessé. Tu ne savais pas comment gérer notre histoire, c’est ça ?

— Nous étions tellement jeunes, Brock. Tu voulais absolument officialiser notre relation, alors que moi j’aurais préféré attendre. L’accumulation de ces deux événements, pour moi, c’était trop. J’étais désespérée, alors je suis partie pour New York et j’y suis restée.

Elle ne lui disait pas tout mais elle ne s’en sentait pas la force.

— Tu as fui loin de tout, Zoe. Loin de cette ville, de tes amis, de ta famille et de moi, dit-il d’une voix dénuée d’émotion.

Etrangement, cela lui donna du courage.

— Oui.

Il resta de marbre et ne répliqua pas.

— Parle-moi de Shayna et toi, reprit-elle.

Quand Shayna lui avait avoué avoir toujours eu un faible pour Brock, elle avait passé plusieurs mois à se faire à l’idée que sa meilleure amie était en couple avec son ex-fiancé.

— Shayna était sur le point de déménager, déclara-t-il de but en blanc. Ces derniers mois ont été… difficiles pour nous deux.

Zoe tenta de dissimuler sa surprise. Jusqu’à récemment, chaque fois qu’elle parlait au téléphone avec Shayna, son amie était pleine d’enthousiasme et disait être impatiente de se marier. Ce n’est que lors de son dernier coup de fil que Shayna avait déclaré avoir besoin d’elle.

— Elle allait déménager ? répéta Zoe. Mais que s’est-il passé ? Je croyais que vous projetiez de vous marier.

Brock tourna la tête vers elle, l’air sidéré.

— Shayna et moi n’avons jamais parlé mariage !

Zoe se contenta d’acquiescer. Pour le moment, la priorité était de retrouver Shayna. Ensuite, ils pourraient tout tirer au clair.

— Quand l’as-tu vue pour la dernière fois ? s’enquit-elle.

Il soupira et tapota nerveusement le volant.

— C’était il y a quelques jours. Vendredi dernier, nous avons parlé de son projet de déménagement et je lui ai proposé de l’aider à trouver un endroit où s’installer. Le soir, elle est sortie avec son amie Cristine et elle n’est jamais rentrée.

Zoe s’efforça de rester impassible mais les questions se bousculaient dans sa tête. Brock lui disait-il la vérité ? En savait-il davantage sur la disparition de Shayna ?

— Où aurait-elle pu aller à ton avis ?

Il secoua la tête.

— Aucune idée. J’ai tenté à maintes reprises de la joindre, tout comme ses parents et ses amis. Elle ne s’est pas présentée à son travail et son portable est coupé.

La mère de Shayna et lui tenaient le même discours, songea Zoe. Ce qui ne signifiait pas forcément qu’il n’en savait pas plus qu’il ne le prétendait.

— Elle va revenir, reprit-elle avec le maximum de conviction possible. Elle a sans doute éprouvé le besoin de faire une coupure pour prendre du recul. Mais dès qu’elle saura que je suis en ville, elle cherchera à entrer en contact avec moi.

— Tu en es sûre ? demanda Brock d’un ton dubitatif.

Ses doutes étaient logiques, pensa Zoe : il ignorait ce que Shayna et elle s’étaient dit lors de leur dernière conversation téléphonique.

— Il le faut, insista-t-elle.

De tout son être, elle voulait y croire. Les fantômes de son passé n’avaient pu rattraper son amie. Cela faisait cinq ans maintenant. Et puis, l’assassin de sa mère était toujours en prison. De toute façon, il ne connaissait certainement pas Shayna.

* * *

Le silence s’abattit de nouveau sur la voiture. Bizarre pour deux personnes qui n’avaient jamais manqué de sujets de conversation, se dit-elle. Mais ça, c’était avant, avant qu’elle ne décide de partir et de couper les ponts avec Anniversary. Elle ne pouvait en vouloir à Brock de se montrer distant.

Toutefois, elle s’était attendue à un autre comportement de sa part. Elle s’était préparée à des reproches, des accusations, tout ce qui lui aurait rappelé la passion qui les avait animés.

Mais cinq années s’étaient écoulées et l’amour n’était plus qu’un souvenir. Brock s’était manifestement fait une raison, tout comme elle s’était appliquée à le chasser de ses pensées. Au départ, elle en avait beaucoup souffert. Puis, petit à petit, elle s’était convaincue d’aller de l’avant.

Le jour où Shayna l’avait appelée, la voix à la fois pleine de joie et d’inquiétude, pour lui demander si ça la dérangeait qu’elle sorte avec Brock, elle avait spontanément répondu que non, qu’elle n’y voyait aucun inconvénient, que son amie devait saisir le bonheur à deux mains et ne plus le lâcher. C’était une philosophie qu’elle avait faite sienne.

La vie continuait. Les vieilles blessures, les amours défuntes ne s’oubliaient jamais complètement, mais il fallait apprendre à faire avec. Et, aujourd’hui, Brock et elle n’avaient aucune raison de ne pas se parler poliment, sans rancœur. Après tout, ils avaient le même objectif : retrouver Shayna.

Zoe l’observa discrètement. A en juger par ses bras puissants et son large torse, il n’avait pas cessé de faire de l’exercice. Si quelqu’un avait fait irruption dans l’appartement qu’il partageait avec Shayna pour s’en prendre à elle, il aurait su la défendre.

A vrai dire, elle n’était jamais parvenue à se représenter Brock et Shayna ensemble. Quand elle était en couple avec lui, elle pensait même que lui et Shayna s’appréciaient sans plus.

* * *

— Pourquoi Shayna souhaitait-elle déménager ? demanda-t-elle soudain, brisant le silence.

— C’est personnel et ça ne te regarde pas, répliqua Brock en regardant droit devant lui.

La fermeté de sa réponse lui fit mal.

— Peut-être que, pour le moment, ce n’est pas mon affaire, mais s’il s’avère que ses motivations ont un rapport avec sa disparition, prépare-toi à me voir revenir à la charge.

— Entendu,

Cette fois-ci, il la dévisagea. Ses yeux bleus limpides lui provoquèrent des frissons dans le bas-ventre. Aussitôt, elle repoussa cette sensation. Elle n’avait pas été capable de l’oublier complètement, mais elle avait appris à ne plus être amoureuse de lui.

Quelques minutes plus tard, il quitta la nationale et s’engagea sur des routes familières. Elle se redressa sur son siège. Elle n’était pas revenue là depuis son départ précipité.

Entre-temps, elle était devenue une autre. Elle avait changé de coiffure et de couleur de cheveux, modifié sa façon de s’habiller et s’était efforcée de perdre son accent du Texas pour que personne ne puisse soupçonner d’où elle venait.

Elle avait d’abord envisagé de venir s’excuser auprès de Brock et de s’expliquer. D’autant que, quelques semaines après son départ, elle avait appris être enceinte.

Hélas, peu après, elle avait fait une fausse couche, et son médecin lui avait annoncé qu’elle avait subi des lésions qui l’empêcheraient d’avoir un autre enfant à l’avenir. Elle en avait éprouvé un immense chagrin et n’avait pas eu le courage de revenir à Anniversary tout confier à Brock.

Il avait donc fallu que Shayna disparaisse pour que, enfin, elle fasse son retour au Texas. Là où les meilleurs moments de son existence avaient cédé la place à ses pires souvenirs.

Elle frissonna. Avait-elle sincèrement cru qu’elle ne remettrait jamais les pieds à Anniversary ?

Et qu’elle ne se retrouverait plus jamais face à Brock McCauley ?

Evidemment, elle n’avait pas imaginé devoir revenir dans de telles circonstances.

Ils se garèrent devant la maison en brique blanche où elle avait grandi, même si ce n’était pas celle de sa famille, et la tension monta en elle d’un cran. Elle fixa la façade et inspira doucement pour se détendre. Une bouffée de nostalgie s’empara d’elle et lui serra le cœur, les larmes lui montèrent aux yeux.

Brock s’éclaircit la voix.

— Ça va ?

Elle prit soin de ne pas le regarder et acquiesça d’un signe de tête : la boule qu’elle avait dans la gorge l’empêchait de parler. Et puis, elle ne voulait pas lui montrer son émotion, ce serait faire preuve de faiblesse, ce qu’elle ne pouvait se permettre. Encore moins avec lui.

Au bout de quelques secondes, elle parvint à reprendre le dessus.

— Je vais bien, répondit-elle d’un ton ferme et assuré.

Elle redressa les épaules et descendit de voiture.

Tête haute, elle se dirigea vers l’entrée de la maison. Les fleurs étaient toujours aussi bien entretenues. De nouveaux souvenirs l’envahirent, des souvenirs agréables cette fois-ci.

Son inquiétude se dissipa et, quand la porte s’entrouvrit, elle hâta le pas.

— Zoe !

Mama Bell apparut sur le seuil, les bras grands ouverts. Elle était toujours la même. Ses cheveux avaient un peu blanchi et elle les avait attachés en queue-de-cheval. C’était le seul changement notable.

Zoe lui tomba dans les bras et la serra fort. C’était sa maman. Certes, elles n’étaient pas liées par le sang. Mais quand sa mère biologique s’était retrouvée en prison, c’était Mama Bell qui l’avait recueillie, élevée et aimée. Et, même après la libération de sa mère, elle avait passé davantage de temps chez les Bell que chez elle. C’était chez les Bell qu’elle avait l’impression d’être à la maison.

Elle s’était retrouvée dans la même classe que Shayna quand toutes deux avaient cinq ans. Elles étaient très vite devenues inséparables et Mme Bell avait visiblement senti que l’amie de sa fille souffrait d’un grand manque d’affection et d’une véritable vie de famille. Elle lui avait offert tout cela et l’avait toujours traitée comme sa propre fille. Ainsi, pour Zoe, Mme Bell était devenue Mama Bell.

— Viens vite à l’intérieur, lui lança Mama Bell, les larmes aux yeux. Je suis tellement heureuse de te revoir.

Elle aperçut alors Brock qui restait pudiquement en retrait et lui sourit.

— Brock, ne reste pas planté là. Entre également.

Mais celui-ci secoua négativement la tête. Bien sûr…, songea Zoe.

* * *

— Je dois retourner au magasin, expliqua Brock. A bientôt, madame Bell.

Il posa brièvement les yeux sur Zoe puis tourna les talons et remonta en voiture.

Zoe le suivit du regard. Puis, à l’invitation de Mama Bell, elle entra et se dirigea vers le salon, toujours aussi chaleureux avec ses meubles rustiques. Mama Bell referma la porte et la rejoignit.

— Assieds-toi, assieds-toi, proposa-t-elle en désignant le canapé.

Le grand canapé à motifs floraux occupait toujours le fond du salon, face à la télévision. Cette vision toucha Zoe. Elle était vraiment de retour à la maison.

Emue, elle s’installa.

— Tu veux boire quelque chose ? Un soda ? Un thé vert ?

— Non, merci, répondit Zoe en s’efforçant de sourire. Je t’en prie, viens t’asseoir et parle-moi de Shayna.

Mama Bell acquiesça et vint s’installer sur le canapé. Elle était vêtue d’un pantalon de toile, d’un T-shirt et d’une paire de baskets. Cette tenue simple et décontractée avait toujours été sa favorite quand elle était à la maison. Elle portait également une paire de boucles d’oreilles qui étaient sa seule coquetterie.

— Tu n’as pas changé, déclara Zoe en lui passant un bras autour des épaules. C’est tellement bon de te revoir.

— Merci, répondit Mama Bell avec un sourire timide. J’ai perdu un peu de poids depuis que Shayna…

Son sourire s’effaça et elle se mordit la lèvre inférieure.

— Raconte-moi, reprit Zoe en lui posant une main sur le bras. Sur le chemin, j’ai un peu parlé avec Brock, mais j’aimerais entendre ta version. Que se passe-t-il avec Shayna ?

— C’est bien là le nœud du problème. Je n’en sais rien, répondit Mama Bell en secouant la tête de dépit. Depuis quelques mois, elle avait changé de comportement. J’ai essayé de comprendre pourquoi, mais elle s’est mise en colère et m’a demandé de ne pas me mêler de ses affaires.

Zoe battit des paupières.

— Cela ne lui ressemble guère.

— Je sais, répliqua Mama Bell, ses grands yeux bleus pleins de détresse. Ma fille et moi, nous avons toujours été très proches.

— Alors que s’est-il passé ? la pressa Zoe. Pourquoi a-t-elle changé ?

— Je n’en sais rien, répliqua Mama Bell en se tordant les mains. Quand elle s’est installée avec Brock, elle paraissait plutôt contente, mais je crois qu’ils avaient des soucis. Lorsque j’ai abordé le sujet, elle m’a répondu qu’elle n’avait pas envie d’en parler.

— Tu dis que cela remontait à plusieurs mois ? Mais pourquoi ne m’as-tu pas appelée à ce moment-là ?

— Je n’ai pas osé. Shayna me reprochait déjà de trop me mêler de sa vie, alors si je t’avais appelée, ç’aurait été encore pire. Elle a même cessé de nous rendre visite chaque semaine, comme elle le faisait toujours. Et, quand elle a disparu, je ne l’ai pas su immédiatement. Cela faisait près d’un mois que je ne lui avais plus parlé.

Zoe était abasourdie. Près d’un mois ? Et Mama Bell n’avait pas jugé pertinent de l’appeler ? Cette pensée la blessa.

— Moi, je l’ai eue au téléphone pour la dernière fois il y a deux semaines, dit-elle en prenant soin de garder une voix calme. Elle m’a appris que Brock et elle étaient fiancés.

— Quoi ? s’exclama Mama Bell. Elle n’aurait quand même pas pu se fiancer sans me le dire !

Zoe lui caressa le bras pour l’apaiser.

— Non, justement, Brock m’a certifié qu’ils n’étaient pas fiancés et qu’ils n’ont jamais envisagé de se marier.

Elle prit une grande inspiration et ajouta :

— Et il m’a appris que Shayna comptait déménager.

Mama Bell poussa un gémissement plaintif.

— Hélas, tout cela ne me surprend qu’à moitié, et c’est également cela qui m’inquiète. A plusieurs occasions, Shayna m’a menti.

Zoe eut un mouvement de recul.

— Shayna aurait menti au sujet de son prochain mariage ?

— Il ne peut en être autrement. Brock est quelqu’un d’honnête et droit. Il n’a aucune raison de ne pas dire la vérité.

Sur ces mots, elle soupira.

— Je me fais tellement de souci, Zoe. Et je ne sais vraiment pas quoi faire.

— Je comprends, mais je suis là, maintenant, et je te promets de t’aider du mieux possible. As-tu contacté la police ?

— Oui, bien sûr mais, apparemment, Shayna avait fait part à beaucoup de monde de son intention de quitter la ville, alors on ne peut pas réellement considérer sa disparition comme suspecte et mobiliser tous les moyens pour la retrouver. Toutefois, le shérif l’a portée sur la liste des personnes disparues. Son compte en banque a été examiné, mais aucun mouvement d’argent n’a été repéré. En revanche, elle n’a plus utilisé son téléphone portable depuis sa disparition.

Zoe se mordit la lèvre inférieure et réfléchit.

— Et quand l’a-t-on vue pour la dernière fois ? Brock m’a dit ne plus avoir de nouvelles depuis qu’elle est partie de chez eux vendredi dernier.

Mama Bell acquiesça.

— Oui, elle est sortie avec Cristine Haywood, à ce qu’on m’a dit. Ces derniers temps, elles se voyaient beaucoup et fréquentaient les bars jusque tard dans la nuit. Je sais bien que c’est une adulte, mais cela ne me plaisait pas.

Zoe comprenait parfaitement la réaction de Mama Bell. Ce genre de comportement ne cadrait pas avec la Shayna qu’elle connaissait.

— Tout ce que tu peux m’apprendre sur sa façon d’être m’aidera, reprit-elle.

— Eh bien, Shayna était devenue irritable, nerveuse. Elle se postait sans arrêt aux fenêtres pour regarder dehors.

— Pourquoi donc ? Tu crois qu’elle avait quelque chose à se reprocher ?

— Je… Non.

Mama Bell se leva et croisa les bras.

— Je pense qu’elle avait peur, dit-elle après quelques secondes. Tu sais, elle m’a souvent parlé de ce qui était arrivé à ta mère et du fait que tu avais craint pour ta vie. Et même si l’assassin est toujours en prison, je crois qu’elle se sentait elle aussi en danger.

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