Au risque de l'aimer - Etrange disparition
Chapitre 11
11
Sans se soucier de ses propres larmes, Zoe se précipita vers Mama Bell et la prit dans ses bras.
— Viens, Mama, retournons à l’intérieur.
Avec l’aide du shérif, elle la soutint jusqu’au canapé. D’abord, son mari l’avait quittée. Maintenant, elle apprenait que sa fille adorée était morte.
Zoe la serra longuement contre elle. Puis elle se força à regarder le shérif.
— Expliquez-nous ce qui s’est passé. Où l’avez-vous trouvée ?
Le shérif arpenta la pièce, comme pour se donner du courage, puis déclara enfin :
— La tempête a fait chuter des arbres sur l’ancienne route près du lac. Nous avons dû employer un engin de chantier pour la dégager. C’est pendant les manœuvres que nous l’avons retrouvée. Elle avait été sommairement enterrée juste en retrait de la route. Nous avons pu l’identifier grâce à ses papiers qui étaient toujours sur elle, même si le légiste devra confirmer qu’il s’agit bien de Shayna.
Zoe en eut la nausée. Cette ville était maudite. Après sa mère, son amie venait elle aussi d’y trouver la mort.
— Comment est-elle morte ? demanda-t-elle.
— Pour le moment, nous n’en savons rien, répondit Roger. Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous nous acheminons vers l’ouverture d’une enquête pour homicide.
Homicide. Meurtre.
Encore un acte de violence dans cette ville d’apparence si paisible.
Mama Bell tressaillit.
— Où est ma fille ? Je veux la voir !
— Elle est à la morgue du comté d’Henderson, indiqua le shérif, l’air de plus en plus mal à l’aise. Madame Bell, je dois vous avertir que la voir risque d’être une très pénible épreuve car…
— Assez, nous avons compris, le coupa Zoe. Merci beaucoup d’être venu. Je m’occuperai de prévenir le reste de la famille…
Le shérif et son adjoint acquiescèrent, présentèrent une fois de plus leurs condoléances et s’en allèrent.
Après les avoir raccompagnés à la porte, Zoe s’essuya les yeux et rassembla ses forces. Elle avait des appels à passer, à commencer par Marshall.
Les mains tremblantes, elle composa son numéro de portable et, quand il décrocha, elle lui répéta ce que le shérif leur avait appris.
— J’arrive tout de suite, répondit-il d’une voix étranglée.
La seconde personne qu’elle appela fut Brock. Elle avait besoin d’entendre sa voix, besoin de lui. Dès qu’il décrocha, elle ne put se retenir d’éclater de nouveau en larmes et elle lui apprit avec difficulté la terrible nouvelle.
Il lui promit d’arriver sans tarder, à son grand soulagement. Elle le remercia, raccrocha et retourna s’asseoir, trop éprouvée pour en faire davantage.
La mort de Shayna, ou plutôt son assassinat, changeait tout. Jusque-là, à peu près tout le monde s’était fait à l’idée qu’elle avait quitté la ville. Désormais, ils devaient retrouver son meurtrier.
Quelques minutes plus tard, Marshall pénétra dans la maison et, sans hésiter, se dirigea droit vers son épouse pour la prendre dans ses bras.
Zoe ne put retenir un soupir. Les voir de nouveau réunis dans de si affreuses circonstances était une épreuve supplémentaire.
Dix minutes plus tard, Brock, qui devait avoir bravé les limitations de vitesse, arriva à son tour. Son expression était un mélange de profonde tristesse et de colère.
— Une enquête pour homicide ! tonna-t-il en entrant. Alors maintenant que c’est trop tard, ils prennent l’affaire au sérieux ? Bon sang, chaque fois que j’ai parlé à Roger, il me répétait que Shayna était partie d’elle-même, il n’émettait aucun doute. Il était même parvenu à me convaincre.
— Quasiment tout le monde pensait la même chose, lui rappela Zoe.
— C’est vrai. Mais qui a pu la tuer, et pourquoi ?
Il s’exprimait avec fureur et semblait prêt à frapper dans les murs pour se calmer. Elle eut envie de le réconforter, de se serrer contre lui pour qu’ils se consolent mutuellement, comme le faisaient les Bell. Comme l’aurait fait un véritable couple. Ce qu’ils n’étaient pas, hélas. Elle resta sur place, les bras ballants.
— Nous parlerons de cela plus tard, reprit-elle en désignant les Bell de la tête. Pour le moment, nous devons penser à l’organisation des obsèques.
— Pas encore, intervint Mama Bell, d’une voix tremblante mais ferme. D’abord, je veux la voir. Je veux être certaine que ce n’est pas une épouvantable erreur.
Marshall releva à son tour la tête.
— Je suis d’accord, dit-il. Mais je me chargerai moi-même de l’identifier, Eunice.
Mama Bell ne protesta pas.
— Nous devrions prévenir le reste de la famille, proposa Zoe.
— Pas avant que nous l’ayons identifiée, insista Mama Bell.
Mais, cette fois-ci, elle ne put retenir ses larmes.
Zoe, qui luttait contre son chagrin, craqua à son tour. Brock fit un pas vers elle, mais elle le repoussa et quitta la pièce. Elle avait besoin d’être seule.
* * *
Le lendemain, Brock reçut un appel de Zoe : elle accompagnait les Bell à la morgue. Immédiatement, il lui proposa de les accompagner. Après une brève hésitation, elle accepta.
La veille, après être parti de la maison des Bell, il avait téléphoné à Roger Giles. Celui-ci lui avait affirmé que Shayna avait pu être identifiée avant tout grâce à ses vêtements et son permis de conduire.
Il se rendit chez les Bell, qui se tenaient côte à côte dans le salon, silencieux et prostrés. Apparemment, ils s’en étaient complètement remis à Zoe pour organiser ce déplacement à la morgue, même si c’étaient eux qui avaient insisté pour s’y rendre. Il était impressionné par sa force de caractère : pour elle aussi, c’était un coup terrible. Il était déterminé à rester près d’elle et à l’épauler du mieux possible.
Ils partirent tous quatre pour le bureau du shérif, Roger leur ayant promis de mettre une escorte à disposition pour les emmener à la morgue du comté de Henderson. Les Bell les attendirent dans la voiture pendant qu’ils se rendaient à l’intérieur. Dès qu’ils passèrent la porte, un agent que Brock connaissait bien vint à leur rencontre.
— Salut, Brock, le salua-t-il. Roger est en déplacement mais il m’a chargé de vous escorter à la morgue. Vous êtes prêts à partir ?
— Oui, nous le sommes, intervint Zoe. Nous vous suivons.
Le policier acquiesça et tous trois sortirent.
Sur la route, Brock réfléchit. Même si Mme Bell avait insisté pour voir Shayna, ils devraient faire leur possible pour lui éviter une vision traumatisante. Un peu plus tôt, Marshall l’avait d’ailleurs pris à part : il pourrait avoir besoin de son aide.
A la morgue, ils furent reçus par le médecin légiste.
— Shana a été formellement identifiée grâce à ses empreintes dentaires, leur apprit celui-ci.
Mais, au lieu de s’effondrer, Mme Bell insista de nouveau pour voir sa fille.
Le médecin leur présenta alors le corps, et Marshall et Brock durent maintenir fermement Mme Bell pour qu’elle tienne le coup.
Sur le chemin du retour, elle s’enfouit le visage dans les mains et sanglota en les ignorant tous.
De retour à la maison, Marshall s’enferma dans la chambre avec elle.
— Mieux vaut que nous les laissions seuls, soupira Zoe à l’intention de Brock.
— Je sais que nous sommes ébranlés et que ma proposition peut paraître déplacée, mais ça ne te dirait pas d’aller manger un morceau ? proposa-t-il alors.
Elle réfléchit un instant avant de répondre.
— Eh bien, c’est étrange mais j’ai tellement de chagrin que j’ai envie de me rouler en boule et de pleurer et, en même temps, je me dis que manger un morceau ne me ferait sans doute pas de mal. Tu avais un endroit en tête ?
Elle adorait le poisson grillé, se rappela-t-il soudain. Depuis qu’elle était revenue à Anniversary, des souvenirs de ce genre remontaient à la surface à l’improviste, sans prévenir.
— Que dirais-tu d’aller chez Sue’s ? lança-t-il.
Le visage de Zoe s’éclaira.
— Chez Sue’s ? Avec grand plaisir, je m’y suis toujours régalée.
— Alors allons-y, répliqua-t-il en résistant à l’envie de lui prendre la main.
Quand ils pénétrèrent dans le restaurant, d’autres réminiscences lui revinrent. Depuis le départ de Zoe, il avait dû se rendre une fois ou deux chez Sue’s mais, en règle générale, il évitait de fréquenter les lieux chargés de souvenirs.
— Hé, Zoe ! s’exclama Tina, une des serveuses, qui vint vers eux et leur donna l’accolade. On m’avait dit que tu étais revenue et je me demandais si tu passerais ici.
— Eh bien, tu vois, je n’ai pas pu résister, répondit Zoe, qui tenta de sourire, sans vraiment y parvenir.
Tina la serra de nouveau contre elle.
— J’ai appris pour Shayna. Je suis sincèrement désolée, j’espérais qu’elle était partie et qu’elle allait bien.
— Oui, moi aussi.
Tina leur chercha une table à l’écart où ils seraient tranquilles. A peine installés et sans même ouvrir le menu, ils commandèrent deux verres de thé glacé et deux filets de poisson grillé.
Une fois que Tina fut repartie, Brock décida d’aborder une question qui le taraudait.
— A propos de ce qui s’est passé l’autre soir…
Zoe lui retourna un regard troublé.
— Enfin, Brock, tu souhaites vraiment parler de cela maintenant ?
— Pourquoi pas ?
— Ce n’est vraiment pas le moment. Et puis, tu as convenu toi-même que c’était une erreur.
Certes, parler de cela dans de telles circonstances était déplacé. Mais, justement, ce chagrin lié à Shayna pourrait prochainement en entraîner un autre.
— Et selon toi, reprit-il, pourquoi était-ce une erreur ?
— Parce que nous avons tous deux éprouvé le besoin de raviver les bons moments que nous avons vécus ensemble.
— Je vois. De toute façon, je suppose qu’après l’enterrement tu vas t’empresser de rentrer à New York.
A son grand étonnement, Zoe le fixa comme s’il venait de déclarer une énormité.
— Je n’irai nulle part tant que nous ne saurons pas qui a tué Shayna, rétorqua-t-elle.
Il déglutit, ébranlé par cette nouvelle.
— Mais le shérif a affirmé qu’une enquête allait être ouverte.
Zoe renifla de dédain.
— Cet idiot que tu appelles le shérif serait incapable de retrouver sa voiture sur un parking de supermarché. C’est un incompétent.
— Je comprends que tu lui en veuilles, d’ailleurs moi aussi je suis en colère contre lui. Mais il ne faut pas le juger trop vite et, de toute façon, nous devons respecter sa fonction.
— Respecter sa fonction ? Enfin, Brock, le shérif est sorti avec Shayna, je te rappelle.
Il haussa les épaules.
— Il est célibataire, il n’a commis aucune faute morale.
— Et tu ne trouves pas que le fait qu’il se retrouve chargé de l’enquête sur sa mort constitue un conflit d’intérêts ?
Il ne répondit pas tout de suite et observa Zoe, les yeux plissés.
— Tu ne sous-entends quand même pas que Roger aurait pu tuer Shayna ?
— Je ne ferais pas de lui le suspect principal mais je considère que tout est possible. Et je compte m’assurer qu’il mènera l’enquête en respectant la procédure et en interrogeant tous les hommes que Shayna…
— Zoe, la coupa-t-il en lui prenant la main. Roger s’est trompé en croyant que Shayna avait quitté la ville, c’est entendu. Mais il connaît son boulot. Alors maintenant qu’il sait qu’un crime a été commis, il va mettre les bouchées doubles. Et il n’est pas tout seul. Mac Riordan, par exemple, l’homme qui nous a escortés à la morgue, a travaillé pendant des années à Los Angeles. Ce n’est pas le premier venu.
Zoe parut se détendre légèrement mais n’en démordit pas.
— Le shérif doit interroger Cristine au plus vite.
— Je suis sûr qu’il le fera.
Soudain, il fixa la main de Zoe qu’il tenait dans la sienne et la lâcha comme si elle était brûlante. Si jamais quelqu’un les avait vus, on croirait qu’ils avaient renoué pour de bon. Il n’était pas certain d’avoir envie que des ragots soient colportés à droite et à gauche.
Il repensa ensuite aux paroles de Zoe. Un détail lui échappait.
— Tu dis que Roger doit interroger Cristine et, évidemment, je suis d’accord. Mais pourquoi, selon toi, doit-il le faire sans attendre ?
Zoe soupira et retira ses mains de la table.
— Avec l’enchaînement des événements, je n’ai pas eu le temps de t’en parler.
— Me parler de quoi ?
Zoe se pencha vers lui.
— Marshall a eu une aventure avec Cristine.
Il en resta bouche bée.
— Quoi ? Tu en es sûre ?
— Oui. Il l’a avoué à Mama Bell l’autre soir, avant que la tempête éclate. Mais le pire, c’est qu’il est persuadé que Shayna l’avait découvert.
— Quand ?
— Quelques semaines avant sa disparition. Marshall m’a dit que Shayna a commencé à l’éviter à peu près au moment où il a eu cette aventure avec Cristine. Cette liaison n’a pas duré et, apparemment, Cristine non plus n’était pas très fière de ce qui s’était passé. Mais, avec elle, on ne sait jamais trop à quoi s’en tenir.
— Je ne te le fais pas dire. Et donc, maintenant, Mme Bell est au courant ?
— Oui, et ils étaient sur le point de se séparer pour de bon avant que…
Elle dut s’y reprendre à deux fois pour finir sa phrase.
— … le corps de Shayna soit découvert.
Brock était complètement abasourdi. Avant la disparition de Shayna, la vie à Anniversary lui semblait tranquille, voire un peu morne. Comment avait-il pu passer à côté de tout ce qui se tramait sous la surface ?
— C’est bien triste, souffla-t-il. Je me sens désolé pour les Bell.
— Moi aussi. Et j’imagine ce que Shayna a pu ressentir si elle a bel et bien découvert que son père avait une liaison avec son amie. Je suppose que c’est Cristine qui lui en a parlé, mais elle n’en a jamais rien dit.
— Maintenant que nous savons que Shayna a été assassinée, je suis d’accord avec toi, il faut que Cristine vide son sac au plus vite.
— Absolument. Et avant l’enterrement, si possible.
* * *
Le dimanche suivant fut celui de la cérémonie. En attendant de se rendre au cimetière, Zoe fixa le ciel depuis la fenêtre du salon. Pourquoi était-il si radieux alors qu’on allait enterrer sa meilleure amie ? Le temps était aussi clair que l’atmosphère chez les Bell était sombre.
Marshall était revenu vivre à la maison, même si, implicitement, ce n’était que provisoire. Le soir, il discutait jusque tard dans la nuit avec Eunice. Il y avait encore beaucoup de reproches et d’amertume entre eux. Pour le moment, seul le chagrin les unissait. Zoe serra les poings. Certes, elle ne pouvait plus rien pour Shayna, mais elle pouvait encore faire quelque chose pour les Bell et pour elle-même. Elle retrouverait le meurtrier de son amie, même si elle ignorait comment s’y prendre.
Que sa meilleure amie ne soit plus de ce monde ne lui semblait toujours pas possible. La culpabilité la dévorait. Elle aurait dû lui rendre visite, ou bien faire en sorte qu’elle vienne la voir à New York. Si elle ne s’était pas montrée aussi passive, Shayna serait peut-être encore en vie.
Elle ressassait en boucle le fil des derniers jours. Quand le shérif était allé annoncer la nouvelle de la mort de Shayna à Cristine, cette dernière avait failli s’évanouir. Mais Roger Giles lui avait tout de même annoncé qu’elle devrait être interrogée. Il faisait son travail. Brock avait peut-être raison.
* * *
Elle-même avait essayé de joindre Cristine plusieurs fois. Mais, à chaque appel, elle était tombée sur le répondeur, et Cristine n’avait jamais rappelé. D’une manière ou d’une autre, elle avait dû apprendre que Marshall était revenu chez lui et deviné qu’il avait tout avoué à son épouse. Elle ne devait pas se sentir très fière. Mais il lui faudrait bien un jour ou l’autre assumer ses actes, s’agaça Zoe.
De leur côté, les Bell étaient enfermés dans leur douleur et leurs problèmes de couple. Elle n’arrivait presque plus à communiquer avec eux.
Elle essuya une larme. Sans Brock, elle se serait sentie bien seule ces derniers jours. Il ne l’avait pas laissée tomber. Au contraire. Il était toujours là pour la consoler, prêt à l’aider, notamment pour l’organisation des obsèques.
Deux heures plus tard, elle était au cimetière avec lui et les Bell. Presque toute la ville s’était rassemblée pour rendre hommage à Shayna. C’était à la fois émouvant et très éprouvant.
Brock se tenait près d’elle, et elle lui jeta un regard. Il avait l’air si sombre. Il devait être dans le même état d’esprit qu’elle, résolu à retrouver l’assassin. Au fond, c’était la seule chose qui la retenait encore ici. Sinon, elle aurait immédiatement plaqué cette ville maudite.
Après l’enterrement, tout le monde se retrouva pour une collation dans la sacristie de l’église. C’était une tradition à Anniversary. Zoe avait toujours trouvé cela bizarre, et les Bell s’y étaient résignés par souci de remercier tous ceux qui les avaient soutenus.
* * *
Mais après tout, se dit Zoe, c’était une occasion de rencontrer les gens qui connaissaient Shayna, de leur parler et, qui sait, de faire avancer l’enquête. Car le meurtrier avait forcément commis une erreur. Le crime parfait n’existait pas.
Elle s’approcha de Brock :
— J’aimerais parler au shérif. Je ne l’ai pas vu à l’enterrement.
— Il est là-bas, lui indiqua-t-il d’un mouvement de la tête. Il connaissait Shayna, il ne pouvait pas manquer d’être présent aujourd’hui.
— Il connaissait Shayna, en effet, au point d’avoir été intime avec elle. J’ai entendu dire qu’il avait commencé ses interrogatoires. Mais lui, qui va l’interroger ?
Brock ne répondit pas tout de suite.
— Je ne pense pas que Roger aurait pu faire du mal à Shayna, mais effectivement, nous ne devons négliger aucune piste.
— Il n’est pas moins suspect qu’un autre, tempêta Zoe. A ce que j’ai compris, Shayna passait d’une relation à une autre. Mais il y a des hommes qui ne supportent pas de se faire jeter du jour au lendemain.
— Je vois où tu veux en venir. Je le garderai à l’œil et j’essaierai moi aussi de lui parler.
— Très bien.
— J’ai repéré Cristine devant le buffet, reprit-il. C’est peut-être également le bon moment pour l’approcher.
— Tu as raison, allons-y.
Ils s’avancèrent doucement et Zoe s’installa sur une chaise libre à côté de Cristine. Celle-ci tenait une tasse de café à la main et, même à l’intérieur, conservait ses grosses lunettes de soleil.
— Je ne sais pas comment je vais supporter cela, déclara-t-elle d’une voix plaintive.
Elle empestait l’alcool, et Zoe eut un mouvement de recul.
— Cristine, tu as bu ? lui demanda directement Brock.
— Evidemment, répliqua-t-elle en leur adressant à tous deux un sourire amer.
Elle sortit une flasque de son sac à main et en versa ostensiblement une rasade dans sa tasse.
— Comment voulez-vous que je tienne autrement ?
Elle semblait sincère.
Brock fronça les sourcils.
— Tu es consciente que ce n’est pas une solution, dit-il avec sollicitude mais néanmoins fermement. Tu devrais en parler à un médecin.
Cristine lui retourna un geste agacé.
— La ferme, Brock McCauley. Depuis que tu ne touches plus une goutte d’alcool, tu es devenu d’un ennui mortel, alors épargne-moi tes sermons. Ce n’est pas le moment. Nous devons affronter cette épreuve du mieux possible, et moi je n’ai pas trouvé de meilleur moyen.
Brock acquiesça, la mâchoire serrée.
— Je te présente mes excuses, déclara-t-il d’un ton qui indiquait tout le contraire.
Puis, il s’éloigna vers la foule des invités.
— Il s’en va, tant mieux, lâcha Cristine à voix basse en se penchant vers Zoe. Je voulais te parler de lui, ajouta-t-elle.
— Cristine, peut-être serait-il préférable d’attendre que tu sois… sobre.
— Non, ça ne peut pas attendre. Je crois que Brock est coupable.
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