Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 2 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 2

2

 

Davis Weeks se frotta les yeux en sortant de sa salle de bains, rafraîchi par sa douche. Avec la chaleur poisseuse de cet été dans le Maryland, il ne prit pas la peine de s’habiller, gardant sa serviette autour des reins. Il fut tenté de la laisser tomber et de se placer nu devant son ventilateur, mais comme il avait vue sur la rue étroite, un étage plus bas, la réciproque était également vraie et il décida de la garder. Inutile d’effrayer la pauvre Mme Winston, sa voisine. Encore que… Malgré ses quatre-vingts ans bien sonnés, elle ne cessait de flirter avec lui, et il se demanda si elle ne se réjouirait pas au contraire du spectacle.

Après le simple trajet entre la salle de bains et la fenêtre de sa chambre, il avait déjà le dos couvert de sueur. Seigneur, qu’il faisait chaud ! Ça lui apprendrait à acheter une maison à retaper à Annapolis, sans y être assez souvent pour effectuer les travaux et concevoir un système de climatisation.

Entre les violents orages d’été et la tempête tropicale qui avait balayé la côte en début de semaine, le petit carré de terre derrière la bâtisse — qualifié de jardin sur le contrat de l’agence immobilière — s’était transformé en bauge à cochons. Il venait de brûler un peu de son trop-plein d’énergie à étendre du gravier sur la petite allée.

Qu’il ait choisi pour cela un après-midi humide tenait plus au fait qu’il était actuellement astreint à du travail de bureau qu’à autre chose. Rester assis n’était pas son genre.

A présent ses muscles lui faisaient mal et son dos criait grâce. A trois mois de son trente-cinquième anniversaire, ses articulations craquaient. Il mit ses nouvelles douleurs sur le compte de trop d’années de traques, de fusillades et de plongeons à couvert. D’habitude, il se remettait de ses missions en un jour ou deux. Cette fois, il en était au dixième, et ses côtes se souvenaient toujours de leur rencontre avec une voiture. Au moins avait-il eu le gars.

Il voulut étirer les bras au-dessus de sa tête, mais le mouvement lui arracha une grimace. Cherchant un T-shirt propre, son regard glissa sur le lit défait, puis s’arrêta sur la petite lumière verte de son téléphone. Son travail exigeait une disponibilité de chaque instant, ce qui d’une certaine manière le rassurait, mais il avait oublié de prendre son portable en sortant bricoler. Il avait été injoignable deux heures, ce qui ne lui arrivait jamais.

Jurant entre ses dents, il tendit la main vers l’appareil, pressa quelques touches, et une voix qu’il n’avait pas entendue depuis longtemps bourdonna dans son oreille. Onze mois et douze jours. Mais qui se souciait de compter ?

— Davis, c’est moi. Je suis dans un affreux pétrin. J’ai… J’ai besoin de toi. Je t’en prie, rappelle-moi.

Lara Bart, son ex-fiancée, et l’unique raison pour laquelle il s’était lancé dans une mission en solo qui s’était achevée par des côtes fêlées et une mâchoire en compote. Le temps écoulé ne comptait pas. Il connaissait bien cette voix. Il l’entendait chaque fois qu’il fermait les yeux.

Il savait aussi que Lara ne l’appelait pas pour des broutilles. Le tremblement, la diction saccadée. Ni l’un ni l’autre ne lui ressemblaient. Une voix rauque, oui. Effrayée, jamais.

Des jurons inédits s’ajoutèrent à ses marmonnements. D’un index brutal, il tapa la touche de rappel et faillit jeter son téléphone lorsque la boîte vocale s’enclencha.

Il venait de se retourner vers l’armoire lorsque la sonnette de l’entrée retentit. Sans attendre, il courut vers l’escalier et le dévala pieds nus.

A peine eut-il atteint le vestibule que des coups impatients résonnèrent à la porte. Oubliant les règles de sécurité élémentaires et le bon sens, il coupa l’alarme et ouvrit. Lara se précipita vers lui, lança les bras autour de sa taille et plaqua la joue sur son torse.

— Dieu merci, tu es là !

Elle était à bout de souffle, et tremblait de la tête aux pieds.

Cette étreinte bouscula les neurones de Davis, et il lui fallut une bonne seconde pour que les différentes pièces forment un tout cohérent. Les beaux cheveux châtains de Lara se paraient de touches blondes, mais avaient gardé toute leur douceur. Et son désir d’elle était demeuré si puissant qu’il en avait le vertige.

Refusant d’y prêter l’oreille, il écarta la jeune femme de lui et, veillant à ne pas montrer son trouble, l’examina à la recherche de blessures.

— Tu as mal quelque part ?

Elle secoua la tête.

— Enfin, sauf au genou.

Baissant les yeux, il nota le bas de la jupe craqué et le genou contusionné.

— Qu’est-il arrivé ?

Il allait poser un genou au sol pour jeter un coup d’œil à sa jambe, mais sa réponse le figea net.

— J’ai été agressée.

— Quoi ?

Le métier de Lara était de mener des enquêtes d’habilitation, mais il était normalement sans danger. Davis le savait, parce que lors de son recrutement il s’était renseigné sur la société qui l’employait et ses liens avec le département de la Défense. Cela, elle l’ignorait.

Qu’ils ne soient plus ensemble ne changeait rien. Il continuait à veiller sur elle comme il l’avait toujours fait.

— J’aurais dû appeler la police, mais je n’avais qu’une idée en tête : m’adresser à toi.

Elle était encore en état de stress. Tout en écartant d’une main nerveuse ses cheveux coupés à longueur d’épaules, elle dardait les yeux partout dans la pièce.

— Tu as bien fait.

Très bien, même. Il s’en réjouissait, mais il fallait qu’elle se calme.

— Respire à fond.

Elle obtempéra, et il vit sa poitrine se soulever et s’abaisser. Mais ses mains continuaient de trembler.

— Il y avait du sang partout…

Une onde glacée lui parcourut la nuque. Il semblait donc que l’événement, quel qu’il fût, ne s’était pas produit à son bureau. Il dut faire appel à tout son sang-froid pour contenir son énergie intérieure.

Il voulait des informations claires, précises et immédiates, mais n’étant pas agent de terrain Lara n’en avait pas la capacité. Du reste, elle peinait à articuler ses mots.

Posant une main sur sa joue, il lui releva la tête jusqu’à ce que son regard noisette croise le sien. Même terrifiée, elle restait la plus belle femme qu’il eût jamais vue. Grande, mince, les pommettes hautes, elle possédait un visage qui même sans maquillage méritait de figurer à la une des magazines.

Mais en cet instant rien de tout cela n’importait, songea Davis. Il avait besoin de faits concrets. Sans cela, il ne pouvait rien faire.

Laissant de côté la remarque au sujet du sang, il tâcha d’obtenir un tableau d’ensemble.

— Si tu me disais ce qui s’est passé ?

Une lueur de panique dans les yeux, elle regarda autour d’elle en agitant les mains.

— Ma veste ! Elle est restée dans ma voiture… Ma serviette aussi.

Elle pivota pour aller les chercher.

Qu’elle retourne dehors avant qu’il n’ait pu se faire une idée précise de la situation était la dernière chose qu’il souhaitait.

— Attends…

Une ombre bougea dans l’ouverture de la porte. En une demi-seconde, les faits s’emboîtèrent dans l’esprit de Davis, et un brutal flot d’adrénaline l’envahit. Jean et blouson. Trop chauds pour cette saison. Quant au pistolet muni d’un silencieux, inutile de demander à quoi il servait.

Il réagit sur-le-champ. Saisissant Lara par le bras, il la fit passer derrière lui. Elle vola presque tandis qu’il la projetait dans l’étroit espace entre l’escalier et la penderie. Son dos heurta le mur, mais il n’avait pas le temps de s’en occuper. Toute son attention se concentra sur l’homme massif au crâne rasé qui le visait de son arme.

Lorsque celui-ci pénétra dans le vestibule, une tension électrique satura l’air. Davis shoota dans la porte, dans l’espoir que l’homme la prenne en pleine figure et lâche son pistolet. Mais l’intrus fut plus rapide. Il la bloqua de la main et la claqua derrière lui.

Lançant la main vers son arme, Davis se rendit compte qu’il ne portait toujours que sa serviette de bain. Son arme la plus proche se trouvait à quelques mètres, près de la cheminée, ce qui laissait peu d’options.

Il plongea vers l’estomac de l’homme. Celui-ci s’écrasa contre la porte en poussant un grognement. Davis lui saisit la main et la frappa contre la poignée.

Des ahanements lourds ponctuèrent chaque coup de poing et de pied. De par sa position et la nécessité de dévier l’axe de l’arme vers le centre de la pièce, Davis manquait de liberté d’action.

Il plaqua le type une fois, puis deux, contre le lourd battant de chêne, mais son adversaire parut à peine ébranlé et ne lâcha pas son pistolet.

Sans le voir arriver, Davis se prit soudain un genou dans la mâchoire. Sa tête partit en arrière, et une vive douleur irradia dans sa nuque. L’homme avait de la technique, mais lui-même était meilleur. Déplaçant le torse, il lui expédia un brutal coup de coude dans la tête et entendit un craquement.

Son adversaire déséquilibré, titubant, Davis poursuivit par un direct à l’estomac puis un uppercut au menton. L’homme tomba à genoux en poussant un cri. Le pistolet vola à travers la pièce et finit sa course sous la table basse.

Davis se précipita pour le récupérer, mais le gaillard ne s’avoua pas vaincu. Il rampa sur les coudes et les genoux, le sang coulant sur le sol depuis sa lèvre fendue.

Sachant que ça allait faire un mal terrible, Davis plongea sur lui et atterrit en lui plantant un genou dans le dos. Hurlant de douleur, l’homme renversa la tête en montrant les dents.

Davis n’attendit pas. Ignorant la sensation de déchirure dans ses côtes, il redressa le buste et tendit la main. Un éclair de douleur lui fit fermer les yeux, mais il les rouvrit. Il ne pouvait s’arrêter. La moindre hésitation signifiait la mort pour Lara, et cela n’arriverait pas tant qu’il serait là.

Alors que, rassemblant ses forces, il s’approchait du pistolet, le malfrat lui saisit la jambe, la tordit et se mit à lui marteler l’arrière du genou. Une spirale de souffrance se propagea dans tout son corps, lui coupant la respiration, mais il refusa de céder.

Ses doigts effleurèrent du métal. Encore quelques centimètres, et il l’aurait. S’appuyant de son autre main sur le sol, il souleva tout son corps. Dans sa vision périphérique, il vit Lara bouger. Elle se glissa derrière eux tandis qu’ils se battaient, armée de la lourde lampe de verre qui se trouvait normalement sur la petite table près des doubles-fenêtres en façade. Celle qu’elle avait achetée juste après leur offre d’achat pour la petite maison.

Percevant quelque chose, ou peut-être lisant son déplacement dans les yeux de Davis, l’intrus se retourna et se jeta sur elle. Prise de panique, Lara sauta de côté et lui lança la lampe. Elle le rata de quelques centimètres, mais cela offrit à Davis la diversion qu’il lui fallait. Etirant le bras, il referma la main sur le pistolet et pivota sur lui-même.

Il occulta tout, Lara, les élancements de douleur qui lui vrillaient le corps, et se concentra sur sa cible.

— Hé !

L’autre se retourna et ses yeux s’agrandirent. Rugissant de fureur, il tenta un plongeon désespéré vers l’arme.

Davis n’hésita pas. Le « pop ! » du coup de feu coupa net les bruits de bagarre. Lara s’étrangla de surprise, tandis que l’individu s’affaissait sur le flanc, bloquant sous son poids l’une des jambes de Davis.

Le sang se mit à couler, imprégnant le petit tapis, et un silence sépulcral tomba dans la pièce.

Repoussant du pied sa victime inerte, Davis se redressa sur ses genoux. Après lui avoir tâté le cou, il soupira, puis effectua une fouille rapide de ses poches. Lara se tenait à deux mètres, les deux mains sur la bouche.

— Il est mort ? murmura-t-elle entre ses doigts.

Davis vérifia de nouveau le pouls de l’homme, qui s’affaiblit pour s’éteindre tout à fait.

— Oui.

Elle balaya la pièce des yeux, survolant les journaux empilés sur le bord du canapé et les quatre mugs de café alignés sur la table basse.

— Il faut appeler une ambulance.

— C’est trop tard.

Un bras serré sur ses côtes, il se releva avec peine. S’écartant des fenêtres, il longea le mur et l’attira hors de portée d’un éventuel tireur à l’extérieur. Puis, le dos contre la porte, il avança la tête et inspecta la rue. La présence d’un comparse était la dernière chose dont ils avaient besoin.

Se retournant vers Lara, il se rendit compte qu’elle observait chacun de ses gestes. Mieux valait orienter son attention sur autre chose qu’un nouveau danger.

— C’est celui qui t’a agressée ?

Elle ne baissa même pas les yeux sur l’homme.

— Je ne sais pas…

Davis lui tendit la main, mais c’était comme si elle ne le voyait pas. Prostrée, les bras croisés devant sa poitrine, elle mordait sa lèvre inférieure et oscillait de droite à gauche, évitant soigneusement de regarder l’un et l’autre.

La douleur qu’il éprouva ne tenait plus au combat qu’il venait de livrer, mais à elle. A la tristesse qu’il lisait sur son visage, à son profond état de stress lorsqu’elle avait franchi la porte pour se jeter dans ses bras.

En raison de la nature de son travail, la mort lui était familière. Celui de Lara était d’interroger les gens, de rédiger des rapports. Elle était une femme normale. Ce qui se passait était pour elle un absolu cauchemar, avec sang et cadavre.

— Je sais que c’est dur.

Elle baissa brièvement les yeux sur l’homme à terre.

— Non.

— Pardon ?

— Ce n’est pas lui. C’est un autre type.

Ça, ce n’était pas une bonne nouvelle. Davis poussa un soupir et tenta de mettre de l’ordre dans ses questions. S’il les lui posait toutes en même temps, elle se braquerait. Il la connaissait assez pour savoir qu’elle réagissait mal aux interrogatoires, fussent-ils bien intentionnés.

— Tu ne l’as jamais vu auparavant ?

— Non. Jamais.

Voyant qu’elle évitait de vraiment regarder l’homme, il insista.

— Tu en es sûre ?

Elle laissa retomber ses bras et ses joues s’enflammèrent.

— Comment peux-tu rester aussi calme ?

Il n’était pas surpris de la voir ainsi. Comme toujours, la colère finissait par remplacer les autres émotions en elle, et elle la lui exprimait sans détours. L’avantage, c’est que cette colère prenait le pas sur sa peur, mais pour le moment elle devait demeurer concentrée afin qu’il puisse la sortir de là.

— L’habitude.

Il jeta un coup d’œil à la porte de derrière, inspecta une nouvelle fois la rue, puis consulta l’horloge sur la cheminée, calculant le temps qu’il leur faudrait si leur assaillant avait un complice.

— C’est tout ce que tu trouves à dire ?

Bien. Cette réaction-là, il pouvait la gérer.

— Je suis sincère.

Elle renifla et, contournant la victime, s’approcha de lui.

— Parfait.

Et voilà. Elle était passée en mode furibard. Il l’avait vu venir. Dans un sens il s’en réjouissait, mais il savait aussi qu’il allait bientôt devoir s’asseoir.

Il avait pris un violent coup au corps et cette bagarre n’avait rien arrangé. Son souffle commençait à siffler. Craignant que ses côtes, déjà douloureuses, n’aient été brisées, il s’avança vers le canapé plié en deux.

La couleur reflua aussitôt des joues de Lara.

— Davis ?

— Un instant.

Il avait besoin de réfléchir. Une fois encore, son boulot avait interféré avec la sécurité de Lara. Elle ignorait jusqu’à l’existence du caïd qui l’avait menacée des mois plus tôt et avait fini à la morgue. Voilà ce qu’il en coûtait de s’en prendre à l’ex-fiancée d’un ex-agent de la DIA — Defense Intelligence Agency.

Le temps qu’il cligne les yeux, elle s’était assise à son côté et lui caressait les cheveux, l’air inquiet.

— Oh mon Dieu… Ton côté est tout violacé. Il faut t’emmener à l’hôpital.

Il gémit entre ses dents lorsqu’elle tenta de se glisser sous son épaule pour l’aider à se lever.

— Aïe, chérie…

— Je vais appeler la police.

Avant qu’elle ne puisse s’élancer vers le téléphone, il la saisit par la taille. A travers la soie du chemisier, il sentit la chaleur de sa peau et ses doigts se crispèrent.

Sa température grimpa lorsque son regard s’attarda sur ses seins. Il tenta de justifier le désir qui grondait en lui par le contrecoup de l’afflux d’adrénaline, même s’il n’avait jamais eu envie d’embrasser une autre femme après l’exécution d’un travail. La vue de ses grands yeux, de son visage sublime, lui volait tout son bon sens.

Ç’avait toujours été ainsi entre eux. Brûlant, palpitant, chacun ne songeant qu’à emmener l’autre au lit. Ils communiquaient très bien entre les draps. Le problème, c’était la vraie vie.

— Les côtes sont le résultat de ma dernière mission.

Et il doutait qu’elles guérissent avant longtemps.

— Tu as été bousculé.

Il couvrit sa main de la sienne, l’emprisonnant sur son flanc.

— Bousculé ?

Cette fois, il crut qu’elle allait lever les yeux au ciel, ce qui était un tic chez elle. Mais elle se retint.

— Davis, ne me fais pas le coup de répéter ce que je dis dans le seul but d’éluder une discussion sérieuse.

Le plus important pour lui fut qu’elle ne retira pas sa main. Même lorsqu’il glissa ses doigts entre les siens.

— Tu me connais bien, n’est-ce pas ?

— Oh oui.

— Alors tu sais ce que je vais dire.

Il l’attira un peu plus vers lui. L’ambre de ses iris brillait d’un éclat qui lui étreignait le cœur.

— Il faut que j’appelle mon équipe et que nous partions d’ici.

Elle se raidit.

— La police.

— Pas avant que les miens…

— Tu as des « tiens », maintenant ?

— … n’aient procédé à l’identification et étudié les rapports pour savoir par quel trou de mon passé ce type a pu se faufiler jusqu’à moi.

Elle baissa les yeux sur leurs mains jointes, et il crut voir un sourire sur ses lèvres. Quant à savoir ce que la situation avait de drôle, il n’en avait aucune idée.

— Tu n’as jamais fait allusion à tes collègues de la DIA sous ce terme.

— Je ne suis plus à la DIA.

Le sourire s’évanouit aussi vite qu’il était apparu.

— Pardon ?

Il comprenait cette soudaine tension sur son visage. Son travail avait toujours constitué un profond fossé entre eux. La vérité, c’était que l’actuel était encore plus dangereux que l’ancien, et elle n’avait jamais caché que ce dernier la rendait malade d’anxiété.

— Je t’expliquerai plus tard. Mais l’un des « miens » que je veux appeler en premier lieu est Pax. Comme il est mon frère, il pourrait constituer une cible, tout comme toi.

— Tu crois que cette attaque te visait ?

— Quoi d’autre ?

Avec l’équipe Corcoran, une structure non officielle qui opérait des missions de libération de personnes kidnappées pour des agences gouvernementales et certaines sociétés privées, les méchants étaient tout sauf des enfants de chœur.

Son équipe et lui travaillaient en free-lance, acceptant des engagements que d’autres ne pouvaient assumer parce que sortant du cadre légal. L’inconvénient, c’est que cela leur collait une grosse cible dans le dos, et il semblait bien qu’aujourd’hui quelqu’un était venu régler un compte.

La question était : pourquoi inclure Lara ? Connaître l’identité du malfrat et de son commanditaire apporterait peut-être la réponse. D’ici là, il ne la quitterait pas des yeux, quelles que soient ses protestations. Car il était clair qu’elle refuserait.

— Tu oublies une chose. Le meurtrier de cet officier de la Navy ignorait que j’étais dans la maison.

De quoi parlait-elle ? Elle énonçait cela comme si c’était la clé de tout.

La muraille mentale de Davis se fissura. Alors qu’il venait d’élaborer un plan, voilà qu’elle lui balançait ce fait nouveau, et pas des moindres.

— Attends une seconde. Quelqu’un a été tué ?

— Je t’en ai déjà parlé.

— Euh, non. Je m’en serais souvenu.

— Je ne vais pas me disputer avec toi sur ce point.

Sa main gauche quitta son flanc, et elle se mit à marcher de long en large dans la pièce. S’arrêtant soudain devant le corps inanimé de l’intrus, elle regagna aussitôt sa place près de Davis.

— Pendant un instant, j’avais oublié qu’il y avait un cadavre par terre. Qu’est-ce que cela révèle de moi ?

La conversation menaçait une nouvelle fois de dériver, aussi la remit-il sur son axe.

— Tu parlais du meurtre d’un officier de la Navy.

— Disons que c’est la deuxième fois aujourd’hui que je me bats contre un type avec une lampe.

Le cœur de Davis s’arrêta de battre. L’image d’elle blessée ou terrorisée le secoua avec la force d’un ouragan, laissant un vide déplaisant dans son estomac. Elle s’était trouvée dans une situation où elle avait été forcée de se défendre, et la fureur que cette idée déclenchait en lui faisait battre ses tempes avec violence.

Bon sang, il avait besoin de détails.

— Lara…

— Nous y reviendrons lorsque nous parlerons de ton nouveau job.

Glissant une main sous son menton, elle lui caressa les lèvres de son pouce, coupant court à ce qu’il voulait dire.

— Et oui, je sortirai d’ici sous ta protection. Après tout, c’est toi l’expert.

Ne sachant si elle se moquait de lui ou pas, il fronça un sourcil et l’étudia avec attention.

— Bon à entendre. Un peu surprenant, mais exact.

— J’ai appris certaines choses depuis notre rupture…

Son pouce effectua un dernier passage, et elle laissa retomber sa main.

— Mais ne jubile pas, elles n’ont rien de séduisant.

Les mots se bloquèrent dans sa gorge. Il ne savait plus que dire. Dans sa tête, la réponse était claire : il devait la sortir d’ici au plus vite. Le reste de son corps ne voyait pas les choses sous le même angle.

— Je vais appeler Pax et les autres pour qu’ils fassent le nécessaire avec cet homme et commencent les recherches.

— Le nécessaire… Comme si un mort était un vase brisé ou une machine en panne. C’est un être humain, et de me trouver aussi près de lui me fiche tellement la nausée que j’ai envie de vomir.

Davis pesa soigneusement sa réponse parce qu’ils s’étaient déjà disputés sur ce sujet et qu’il avait perdu. Très gros.

— Il a essayé de te tuer. Quand un homme franchit cette ligne, je me moque de savoir qui il est ou ce qu’il est.

Voyant qu’elle gardait les yeux fixés sur lui, il ramena la conversation où elle devait être.

— J’ai besoin du téléphone.

Elle se pencha pour attraper l’objet sur la table.

— Le voilà.

Il glissa la main dans son dos pour la poser sur la petite dépression sexy au-dessus de ses fesses.

— Tout va bien se passer.

— Il y a une dernière chose que tu devrais faire avant que la cavalerie ne débarque.

Ça ne pouvait pas être plus important que de les mettre tous les deux à l’abri.

— Nous serons partis depuis longtemps.

— Oui, eh bien, il serait peut-être utile que tu enfiles quelque chose, observa-t-elle, les yeux baissés sur ses cuisses. Tu es nu comme un ver.

Il sursauta. Une rapide vérification confirma ses paroles et justifia l’amusement dans sa voix.

— Nom d’un… ! Quand ai-je perdu ma serviette ?

— Au tout début de la bataille.

— Je ne m’en suis même pas aperçu.

— Impressionnant, cela dit. Jamais je n’aurais cru que tu savais te battre en tenue d’Adam.

Cette fois, elle pressa le dos de sa main sur sa bouche pour dissimuler son sourire.

Elle pouvait regarder ce qu’elle voulait, ça ne le dérangeait pas.

— Je t’ai déjà dit que mes talents étaient sans limites.

Ses yeux firent un nouvel aller et retour vers son entrejambe.

— Je vois ça.

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