Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 26 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 4

4

 

 

Zoe quittait le poste de police quand son téléphone sonna. Elle ne reconnut pas le numéro mais décrocha quand même.

— Zoe, c’est Cristine, se présenta son interlocutrice, qui semblait nerveuse. Je dois te parler.

— D’accord, répondit Zoe en regardant sa montre. Je sors du poste de police, je serai de retour au lycée dans quelques minutes.

— Oh ! non ! Pas ici, répliqua Cristine. Il y a trop de monde, je préférerais un endroit plus tranquille.

Manifestement, c’était important, songea Zoe. Mais elle souhaitait d’abord en savoir plus.

— Est-ce à propos de Shayna ?

— Oui. Ecoute, je suis coincée ici jusqu’en fin de journée. Nous avons déjà commencé à organiser les recherches, même si nous commencerons réellement samedi, quand tout le monde sera en week-end. Que dirais-tu de nous retrouver demain matin pour le petit déjeuner ? Chez Joe’s ?

— Joe’s existe toujours ?

La famille Bell et elle avaient l’habitude d’y bruncher le dimanche.

— Mais si c’est toujours comme avant, ça risque d’être bondé, non ? objecta Zoe.

— Le week-end, c’est toujours plein, oui. Mais demain, nous sommes vendredi. Donc si nous arrivons après le rush du matin, disons vers 8 h 30, nous devrions être tranquilles.

— Alors c’est d’accord.

Zoe mit fin à la communication.

Comme elle n’avait pas besoin de retourner au lycée, elle envoya un message à Mama Bell :

Je rentrerai par mes propres moyens, inutile de m’attendre.

Puis, soulagée d’être un peu seule, elle se mit en route dans l’intention de rentrer tranquillement à pied. Ça ne lui ferait pas de mal et lui permettrait de réfléchir.

Elle pensa à Shayna. Son amie lui avait toujours paru fragile. Désormais, si tout ce qu’elle avait entendu sur elle était vrai, Shayna était plus vulnérable que jamais.

Mais qu’avait-il bien pu lui arriver pour qu’elle change autant ? Etait-ce à cause de Brock, comme l’avait suggéré Cristine ? Etait-ce parce qu’elle en avait marre de vivre dans une petite ville, comme le pensait le shérif ? Ou bien était-ce encore pour une autre raison, une raison qui avait poussé Shayna à lui dire qu’elle avait besoin d’elle, la dernière fois qu’elle l’avait appelée ? Elle devait le découvrir. C’était la clé pour comprendre ce qu’était devenue son amie.

* * *

Brock se dirigeait vers le TJ’s, le pub du coin, en proie à une foule d’émotions. Il avait laissé Zoe entrer seule dans le poste de police et se répétait leur conversation. Elle avait admis avoir besoin de son aide et, la minute d’après, elle voulait parler seule au shérif. Jouait-elle avec lui ?

Elle lui avait également dit qu’ils devaient « mettre leurs différends de côté ». Comme si ce qui s’était passé entre eux n’était qu’un incident, une péripétie !

Etait-elle consciente qu’elle lui avait brisé le cœur ? Que, chaque fois qu’il la voyait et qu’elle lui souriait, même si ce sourire était forcé, il avait envie de la prendre dans ses bras, de l’embrasser passionnément, puis de la mettre au défi de lui dire qu’il ne lui faisait ni chaud ni froid ?

N’avait-elle pas compris que, s’il s’était montré incapable d’aimer Shayna, c’était à cause de ce qu’elle avait représenté pour lui, et que Shayna l’avait deviné ?

Mais il ne pouvait pas lui en parler de vive voix. Car si Zoe était revenue, c’était précisément à cause de Shayna, certainement pas pour lui.

Cette dernière réflexion lui fit mal. Et, le pire, c’était que Zoe ne s’était même pas rendu compte qu’il y avait de fortes chances pour que Shayna ait agi de la même façon qu’elle cinq ans auparavant.

Quand elle était partie, il avait remué ciel et terre pour tenter de comprendre. Il avait posé des questions à Shayna, aux Bell, il avait même prévu de partir à sa recherche puis, après l’avoir retrouvée, de lui demander les yeux dans les yeux de lui affirmer qu’elle ne l’aimait pas et ne voulait pas devenir sa femme.

Mais les ennuis de santé puis le décès de son père l’avaient retenu à Anniversary. Et Eve, sa sœur, l’avait empêché de sombrer. Elle avait besoin de lui et il avait fait tout son possible pour lui apporter son affection et qu’elle ne manque de rien. Au fil du temps, il avait cru qu’il avait, sinon guéri, au moins cicatrisé.

Mais il s’était trompé.

Revoir Zoe avait rouvert toutes les plaies, et elles étaient toujours aussi profondes.

Il poussa un juron. Comme tout le monde, il souhaitait de tout cœur qu’on retrouve Shayna. Mais, s’il ne voulait pas y laisser sa santé mentale, il devait éviter Zoe au maximum.

Il entra au TJ’s et, bien qu’il n’y ait pas mis les pieds depuis des mois, voire des années, Jason, le serveur, l’accueillit comme un vieil ami.

Ce qu’ils étaient plus ou moins quand ils étaient ensemble au lycée.

— Qu’est-ce que tu prends ? lui demanda Jason d’un air inquiet, comme s’il redoutait la réponse.

— Un club soda, répondit Brock. N’aie crainte, je ne fais pas une rechute.

Après le départ de Zoe, il avait noyé son chagrin dans l’alcool. Depuis cette période, il n’avait plus retouché un verre.

— J’en suis ravi, déclara Jason. J’avoue qu’en te voyant entrer ici j’ai eu un peu peur, même si ça me fait plaisir de te revoir.

— C’est une façon de tester ma résistance, expliqua Brock. Et puis, l’atmosphère me manque.

Jason acquiesça puis se pencha vers lui et reprit tout bas :

— J’ai entendu dire que Zoe Onella était de retour en ville. Qu’est-ce que ça te fait ?

Brock réprima un grognement. Décidément, impossible d’échapper à Zoe.

— Rien, ça ne me fait rien du tout.

A son grand soulagement, Jason dut aller servir un autre client et le laissa seul.

Après le départ de Zoe, songea Brock, même s’il avait vécu de sales moments, il avait remonté la pente. Peut-être n’était-il pas totalement épanoui, mais il était content de ce qu’il avait : le magasin, sa sœur, son émission de radio le week-end…

Pourquoi avait-il fallu que Zoe revienne et avec elle toutes ces envies d’obtenir davantage ?

* * *

Zoe s’étira en sortant de son lit. A Anniversary, la journée commençait toujours silencieusement, contrairement à Manhattan. Là-bas, dès les premières lueurs de l’aube, la ville commençait à bruisser de sons en tout genre qui allaient crescendo. Zoe avait toujours trouvé cela revigorant et ça lui donnait l’énergie pour attaquer la journée.

Ici, pour sortir de sa torpeur, elle avait besoin de café. De café fort. Elle en prit donc une tasse, puis partit à son rendez-vous avec Cristine.

A sa surprise, le centre-ville était assez animé et elle dut tourner quelques minutes avant de repérer une place libre.

Elle descendit de voiture, se dirigea vers le coffee-shop et, en y entrant, crut faire un bond dans le passé. Rien n’avait changé depuis l’époque où elle y venait, notamment les banquettes en skaï rouge sur lesquelles elle avait passé tant d’heures.

— Bonjour, c’est pour… Oh ! Zoe Onella ?

Une cafetière à la main, Patsy O’Brien écarquillait les yeux.

— Je t’en prie, Zoe, va t’asseoir. Laisse-moi deviner, tu prendras des crêpes fourrées à la myrtille, c’est bien ça ?

Zoe acquiesça, même si, au départ, elle avait prévu de commander un petit déjeuner classique avec œufs brouillés et bacon. Mais elle ne pouvait résister à l’envie de retrouver les saveurs de sa jeunesse.

— Zoe, par ici, intervint alors Cristine en lui faisant signe depuis le fond de la salle.

Zoe la rejoignit et s’installa sur la banquette en face d’elle.

— Café ? lui proposa Cristine en lui tendant une tasse.

Elle accepta et Patsy s’empressa de venir la lui remplir.

— Ça me fait plaisir de te revoir, s’exclama la serveuse. Tu es superbe, franchement ! Je vous laisse, j’aurai peut-être un peu plus de temps pour bavarder plus tard.

Patsy s’éloigna pour s’occuper d’autres clients.

— C’est vrai que tu es superbe, renchérit Cristine. Tu as toujours été jolie mais, maintenant, tu es tellement… sophistiquée.

Zoe se contenta d’acquiescer en buvant une gorgée de café. Ce commentaire était-il vraiment un compliment ? Désireuse d’en venir plutôt à l’objet de leur entrevue, elle se pencha en avant et demanda à Cristine :

— Parle-moi du comportement de Shayna ces dernières semaines. Etait-elle différente ?

— Tu veux savoir si j’avais senti qu’elle envisageait de partir ?

Cristine pinça les lèvres et réfléchit.

— Elle était inquiète depuis un moment. Elle devait de l’argent à un type qui lui avait vendu un peu d’herbe, ce qui n’est jamais bon.

Zoe ferma les yeux et déglutit pour digérer la nouvelle. Ce comportement lui rappelait encore une fois celui de sa mère, qui en avait payé le prix de sa vie.

La colère monta en elle, et Cristine dut s’en apercevoir :

— Ça va, Zoe ?

— Oui, oui, cette histoire me rappelle de mauvais souvenirs, c’est tout. Et tu es sûre que Shayna devait de l’argent ?

— Certaine. Mais je lui avais avancé du liquide et elle avait déjà commencé à me rembourser, donc il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de ce côté-là.

A ce moment-là, Patsy arriva avec leurs assiettes.

— Et voilà, dit-elle en déposant devant Zoe une grande assiette garnie de trois crêpes à la myrtille. Et n’en laisse pas une miette, car tu m’as l’air d’avoir maigri depuis l’époque où tu venais souvent ici.

Zoe ne put se retenir de sourire. A New York, avoir la ligne était une obsession.

Elle se mit à manger et, après quelques secondes, Cristine s’attaqua à ses œufs brouillés.

Zoe l’observa à la dérobée. Pourquoi avait-elle tellement tenu à la rencontrer ce matin ? Elle décida de la presser un peu.

— Cristine, as-tu autre chose à me dire ?

Cristine se pencha en avant et haussa les sourcils.

— Oui, Zoe. Je suis désolée de tourner autour du pot, mais ce n’est pas facile pour moi.

Zoe se contenta de la regarder et attendit qu’elle continue.

— Je crois savoir ce qui est arrivé à Shayna, même si j’ignore si elle est partie d’elle-même ou si elle a été enlevée.

— Enlevée ?

Zoe eut besoin d’un instant pour digérer la nouvelle, puis reprit à voix basse :

— Et tu me dis ça à moi ? Tu ne penses pas que tu devrais plutôt en parler à la police ?

— Je n’ai pas de preuves formelles, se justifia Cristine, visiblement mal à l’aise. Seulement des soupçons.

— Dis-moi ce que tu sais, la pressa Zoe. Ensuite, nous irons peut-être voir le shérif ensemble.

— D’accord, répliqua Cristine, qui semblait soulagée. Shayna fréquentait pas mal d’hommes, tu le sais.

— Continue.

— Dernièrement, elle fréquentait un motard qui, de temps en temps, nous fournissait un peu d’herbe.

Zoe redoutait le pire mais garda son aplomb.

— Comment s’appelle ce motard ?

— Mike. Je ne l’ai plus revu depuis la disparition de Shayna. Il est très mignon, mais également très jaloux. Et, comme je te l’ai déjà dit, Shayna n’était pas du genre à s’engager sérieusement.

— Et Brock, alors ? Shayna s’est installée avec lui.

— Oui, mais quand elle a compris que leur relation ne menait nulle part, elle s’est lassée. Elle aime rester libre. Tout comme moi. Ce que nous voulons, c’est avant tout prendre du bon temps.

— Et tu penses que Mike est parti avec Shayna ?

— Parti ? répéta Cristine, les yeux humides. C’est possible. Mais, encore une fois, Shayna ne voulait pas se lier à un homme sur le long terme.

— Nous devons en parler au shérif, lança Zoe. Même si tu n’as pas de preuves, il doit être mis au courant.

— En fait, je lui ai déjà raconté une version édulcorée de ce que je viens de t’apprendre. Je ne pouvais pas lui parler de notre consommation d’herbe, pour ne pas créer d’ennuis à Shayna.

Ou éviter de s’en attirer à elle-même, songea Zoe.

— Qu’a-t-il dit ?

— Il m’a promis de noter ces informations.

— Et maintenant, tu m’en parles. Pourquoi ?

— Parce que quelqu’un doit interroger Mike. Et également les autres hommes que Shayna voyait.

Par quelqu’un, Cristine semblait vouloir dire elle.

— Cristine, tu les connais aussi, tu sais à quoi ils ressemblent. Qui pourrait être mieux placé que toi pour s’en charger ?

— Mais justement, je ne peux pas. Je t’ai dit que j’avais avancé de l’argent à Shayna. Mais, pour le faire, j’ai dû moi aussi en emprunter, pensant qu’elle me rembourserait rapidement. Mais elle a disparu. Alors…

— Tu souhaites éviter de te retrouver face aux types à qui tu dois de l’argent.

— Oui, car, pour le moment, je ne peux pas les rembourser. Mais toi, personne ne te connaît, là-bas, tu serais parfaite. Il y a un bar en particulier où nous allions souvent et que Mike fréquente également. D’ailleurs, nous y étions le soir où Shayna a disparu.

— Où est-ce ?

— Le Hitching Post.

Zoe voyait parfaitement où c’était, dans un quartier à la réputation sulfureuse. Un quartier qu’elle ne connaissait que trop bien. C’était là-bas que sa mère avait été assassinée. L’idée d’y retourner la révulsait.

Mais elle n’avait pas le choix. Si elle voulait savoir ce qui était arrivé à Shayna, elle devrait retourner dans ce quartier de malheur.

Toutefois, elle ne pourrait pas s’y rendre seule. Il faudrait qu’elle demande à Brock de l’accompagner, même s’il lui dissimulait manifestement quelque chose.

Cette perspective ne l’enchantait pas du tout. Mais, pour son amie, elle le ferait.

— Je te tiens au courant, répondit-elle à Cristine.

Une fois sortie, au lieu de retourner à la maison, elle prit la direction du magasin de Brock, où elle était sûre de le trouver.

Elle se gara à proximité, inspira longuement pour se donner du courage et descendit de voiture.

Quand elle poussa la porte du magasin, elle fut ébahie. Dans son souvenir, l’établissement était un joyeux désordre où tout était empilé à droite et à gauche de manière aléatoire. Désormais, tout était rangé de façon logique et fonctionnelle par familles de produits. Elle consacra quelques secondes à détailler les lieux puis chercha Brock du regard. Un client leva la tête du rayon devant lequel il était et la fixa.

— Hé, je vous connais.

Son visage lui était vaguement familier, mais elle n’aurait pas su lui mettre un nom.

— Je suis désolée…, commença-t-elle.

— Marvin Smith, la coupa l’homme qui s’approcha et lui tendit la main. J’étais deux classes au-dessus de vous au lycée.

— Ah oui. Heureuse de vous revoir.

Un second client, qui avait suivi l’échange, s’approcha à son tour.

— Ce n’est pas vous qui avez plaqué Brock quelques semaines avant votre mariage ?

— Si, c’est elle, répliqua le dénommé Marvin. Toute la ville en a parlé pendant plusieurs mois. Allez, dites-nous, pourquoi êtes-vous partie ?

L’angoisse envahit Zoe et elle chercha un moyen de mettre fin à cette conversation. Brock arriva alors. A son expression, il avait tout entendu.

— Zoe, qu’est-ce que tu fais là ? lui demanda-t-il d’un ton sec.

— Je dois te parler, répondit-elle. En privé, précisa-t-elle comme les deux hommes qui l’avaient abordée n’en perdaient pas une miette.

Brock acquiesça.

— Quand j’aurai le temps. Pour l’instant, j’ai des clients.

Marvin émit un petit rire.

Zoe l’ignora et s’efforça de sourire à Brock.

— Bien sûr, j’attendrai que tu sois disponible.

Avant même qu’elle ait terminé, Brock s’était détourné. La partie était loin d’être gagnée.

* * *

Au moins vingt minutes étaient passées, durant lesquelles elle avait détaillé les diverses sections du magasin, quand une voix féminine résonna derrière elle.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

Elle reconnut immédiatement la voix d’Eve, la sœur de Brock, et se retourna pour lui faire face, heureuse de la revoir.

— Eve ! s’exclama-t-elle en prenant la jeune fille dans ses bras. Ça me fait tellement plaisir.

Elle recula d’un pas pour la contempler de la tête aux pieds.

— Qu’est-ce que tu as grandi. Je n’en reviens pas !

— J’ai dix-neuf ans, maintenant, rétorqua Eve, qui se tenait avec la même raideur que son frère. Tu es venue voir Brock ? Il sait que tu es là ?

Eve paraissait légèrement inquiète.

— Oui, oui, je l’ai vu, la rassura Zoe d’un ton amical et léger. J’attends qu’il ait terminé avec ses clients pour lui dire un mot.

Eve fronça les sourcils et regarda autour d’elle.

— Il n’y a plus personne, lui fit-elle remarquer. Peut-être que Brock n’a pas envie de te parler. Tu ferais mieux de t’en aller.

Zoe déglutit. Quand Brock et elle étaient ensemble, Eve l’adorait et la suivait partout. Mais, quand elle était partie à New York, Eve n’avait que quatorze ans. Elle n’avait probablement pas digéré la façon dont son frère avait été plaqué juste avant le mariage.

— Ecoute, Eve…

— Zoe, je suis à toi, la coupa alors Brock qui surgit de l’arrière-boutique. Viens, allons dans mon bureau, je n’ai pas beaucoup de temps. Eve, tu gardes un œil sur la boutique, s’il te plaît ?

— Bien sûr, répliqua Eve.

Zoe lui adressa un petit sourire puis suivit Brock. Elle ne put s’empêcher d’observer sa silhouette : il portait à merveille son jean et la ligne de ses épaules était un spectacle dont elle ne se lassait pas.

Elle pénétra dans le bureau qui, auparavant, était celui du père de Brock. Là aussi, le désordre qui y régnait n’était plus de mise.

Brock s’installa dans le fauteuil et désigna la chaise face à lui.

— Je t’en prie, assieds-toi et explique-moi la raison de ta visite.

Il parlait d’un ton sec. Mais après tout, pensa Zoe, mieux valait qu’il ne fasse pas semblant de se montrer amical. Au moins, ainsi, les choses étaient claires.

— J’ai besoin de ton aide, annonça-t-elle sans préambule.

Brock resta impassible.

— Pour quoi faire ?

— Pour retrouver Shayna.

— Mais encore ? s’enquit-il avec impatience.

— J’ai parlé à Cristine. Selon elle, tu savais qu’elles sortaient souvent faire la fête ensemble.

— Oui, je le savais.

Il haussa un sourcil et attendit qu’elle poursuive. Malgré son expression fermée, ses traits ciselés lui donnaient une apparence incroyablement sexy, songea Zoe. Elle dut rassembler ses forces pour garder une contenance.

— D’après elle, il leur arrivait de… faire des rencontres d’un soir.

— Je suis désolé que tu aies appris cela sur Shayna dans de telles circonstances.

— Alors tu savais absolument tout ? s’étonna-t-elle.

— Oui, répliqua-t-il avec un geste d’impuissance. Shayna ne faisait rien pour dissimuler ses actes et toute la ville en parlait.

— Vraiment ? J’imagine que tu l’as très mal vécu.

— A vrai dire, je me suis surtout senti embarrassé pour elle car, même si nous vivions toujours sous le même toit, nous n’étions plus ensemble. Nous étions pour ainsi dire des colocataires.

Il le lui avait déjà dit, mais elle avait du mal à se faire à cette idée.

— Des colocataires ? Si je me fie à ce que Shayna me disait sur vous au téléphone, pour elle, c’était bien plus que de la colocation.

— Pourtant, c’était cela. D’ailleurs, nous payions chacun la moitié du loyer.

Une fois encore, Zoe fut déstabilisée par le décalage entre les propos de Shayna et la réalité décrite par Brock.

— Bien, si tu le dis, je suppose que je dois te prendre au mot. Mais depuis combien de temps Shayna était-elle devenue une… fêtarde ?

Une ombre de culpabilité passa sur le visage de Brock.

— Depuis quelques mois. Depuis que Cristine et elle ont commencé à passer du temps ensemble.

— Donc, avant, elle avait un comportement… normal ?

L’expression de culpabilité rejaillit.

— On peut dire cela.

Zoe crut bon d’insister.

— Sais-tu ce qui a provoqué ce changement d’attitude ?

Il resta silencieux, mais de toute évidence il détenait la réponse.

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