Chaotic Mind
6. les nuances de la colÈre
6.
les nuances de la colÈre
Heath – 18 ans
— Alors, Heath, tu ne dis pas bonjour à ton vieux pote ?
La bouche entrouverte, les yeux légèrement écarquillés, je regarde Kevin, ébahi. Depuis qu’il est entré à l’université, il n’a plus remis les pieds à la maison, du moins, je ne l’ai plus croisé. Son départ a été pour moi une réelle bouffée d’oxygène.
Évidemment, il a transmis le flambeau, le harcèlement n’a pas cessé après son départ, mais les choses avaient considérablement changé. Owen est intervenu dès que sa copine est entrée au lycée, certainement qu’il ne voulait pas qu’elle soit témoin de son manque de considération à mon égard. Les regards noirs persistaient dans les couloirs, les murmures – pas si silencieux que ça – également. Toutefois, lorsque mon frère m’a défendu, il n’y a plus eu d’attaque de front.
Ma fierté en a pris un sacré coup, mais il a aussi forcé Victoria à avouer qu’elle était consentante lors de notre rapport sexuel, et ce fut une libération. Je peux encaisser les coups, même les insultes, cependant, passer pour un violeur auprès des autres, je ne pouvais pas le tolérer.
Il y avait sans cesse ce doute dans mon esprit, bien sûr, j’étais certain qu’elle était consentante, mais… il restait également cette petite voix insupportable au fond de mon esprit. Ce léger « et si… » qui me tourmentait. La haine des autres, le doute de mes parents… c’était insoutenable.
— Tu as perdu ta langue ? poursuit-il.
Je détourne un instant les yeux, observant le parking désert. Les cours ont commencé il y a dix minutes, je me suis mis en retard ce matin lorsque mon regard a croisé celui de Scarlett, toujours aussi froid. Il y a un an, nous nous disputions à la sortie du skatepark abandonné qu’elle fréquente avec mon frère. Il y a un an, elle l’embrassait pour la première fois, quelques semaines seulement après m’avoir avoué qu’elle m’aimait.
Cette nuit-là, j’ai ri. Lorsqu’elle est entrée dans ma chambre, qu’elle s’est assise sur mon lit comme elle le faisait régulièrement, je ne me suis douté de rien. Je n’ai pas imaginé un seul instant qu’elle allait me dire qu’elle était amoureuse de moi. J’avais des doutes, évidemment, depuis la dernière fois où j’avais joué de la guitare pour elle – et seulement pour elle. Je n’y voyais qu’une petite attirance enfantine. Il était inimaginable que cette amourette perdure dans son esprit plus de quelques semaines.
J’avais beaucoup de mal à voir Scarlett autrement que comme une enfant. Aujourd’hui, alors qu’elle a fêté ses quinze ans il y a à peine quinze jours, je culpabilise de la trouver de plus en plus attirante. Elle a grandi, son corps se transforme, Scarlett devient d’une beauté sans faille. Une perfection. Un péché originel, celui pour qui les hommes traverseraient l’enfer en chantant. Celle qui embrasse mon frère du matin au soir et se glisse dans ses draps à la nuit tombée.
Sa beauté, qui s’accentue chaque jour un peu plus, n’a d’égale que le mépris qu’elle m’accorde et la froideur qu’elle affiche au quotidien avec tout le monde. Depuis son entrée au lycée, Scarlett a considérablement changé, pas seulement physiquement, non, elle est devenue… quelqu’un d’autre. Une peste, voilà tout. Son cœur semble forgé dans la pierre et ses humeurs, autrefois changeantes, stagnent de plus en plus dans le blanc. Et que tous les dieux m’en soient témoins, Scarlett est une vraie connasse dans ces phases-là. Owen tente de l’intégrer, mais elle refuse de se sociabiliser. La seule personne encore capable de l’approcher sans recevoir son regard aussi sombre qu’une nuit sans lune, c’est mon frère.
Mes parents tentent de se rassurer, affirmant qu’elle traverse seulement la fameuse crise de l’adolescence, cependant avec son passé, quels dommages cette période si particulière peut-elle avoir sur elle ? Il y a beaucoup à redire sur Scarlett, mais derrière cette force inébranlable qu’elle affiche depuis de longues années, elle n’en reste pas moins cette gamine qui a traversé l’enfer dès son plus jeune âge.
Prétendre que je ne suis pas inquiet serait un mensonge. Malgré nos différends, j’ai grandi avec cette fille, comme si elle était ma propre sœur, bien que mes intentions et mes pensées ne soient pas aussi pures que je l’aimerais. Je tiens à elle, qu’importe ce qu’elle devient au fil des années, elle sera toujours, au fond de mon cœur, cette petite fille terrifiée arrivée chez nous une nuit d’été, formatée pour se penser monstrueuse. J’éprouverai éternellement une profonde affection pour elle et ce, même si un désir, jusqu’ici insoupçonné, se glisse dans la course. Quoi qu’il en soit, je ne peux décemment pas ne pas être inquiet à son sujet.
Scarlett est… étrange. Derrière les regards noirs qu’elle me lance, je vois toujours l’étincelle dans ses yeux, la même que la nuit où elle m’a avoué son amour. Elle n’observe pas mon frère ainsi, en réalité, sa vision de lui n’a jamais changé, pas même lorsqu’ils sont passés d’amis à couple. Ressent-elle encore des sentiments pour moi ? Je n’en ai pas la moindre idée, mais ses yeux… ils ne trompent personne, pas même Owen, avec qui mes relations se sont considérablement dégradées. Désirer la même fille nous cause bien des torts.
Je sors de mes songes lorsque Kevin fait claquer sa langue contre son palais. Mon sang se glace au son de ce tic qui le poursuit depuis des années dès lors qu’il perd patience. J’ai changé, mentalement parlant. Physiquement, je suis toujours une brindille – je prie encore pour que cela évolue un jour – mais je suis plus fort que jamais dans ma tête. Affronter son regard sombre ne me terrorise plus autant, bien au contraire, une colère froide irradie mon être à la vue de ses yeux rieurs qui m’ont tant humilié à travers le temps.
Des flashs de ses sévices s’imposent dans ma mémoire. J’entends encore son rire méprisant, tandis que je me roulais sur le sol, priant, suppliant pour qu’ils cessent de me frapper. Je ressens toujours le frisson de terreur qui hérisse mes poils à la vue de la ruelle dans laquelle il m’attendait avec ses potes. Je revois son sourire lubrique quand ses chiens de garde se jetaient sur moi dans le seul but de me briser.
Je me rappelle cette nuit d’été, avant son départ pour l’université, dans les moindres détails. J’étais sorti après une nouvelle engueulade avec Scarlett, le cœur en peine, l’âme en perdition. J’avais couru jusqu’à ne plus sentir mes muscles. Jusqu’à ce que marcher soit aussi douloureux que de rester debout. Jusqu’à ce que mon souffle soit désordonné et que mes poumons me brûlent. Que les battements de mon cœur ne soient que chaos et vide, dans l’espoir d’oublier la brûlure du regard de Scar sur ma peau.
Affaibli. Anéanti. Je n’avais décidément aucune chance quand ils me sont tombés dessus. Ils avaient bu, mais ils n’en étaient pas moins redoutables et surtout, bien plus nombreux que moi. Ils riaient lorsqu’ils m’ont encerclé. Pris au piège comme une antilope entourée de lions, mon seul réflexe a été de protéger mon visage, espérant qu’ils soient encore assez lucides pour savoir quand s’arrêter. Et j’ai encaissé. Ce furent les plus longs instants de ma vie, aujourd’hui encore je ne saurais dire si ça a duré cinq minutes ou des heures. Le temps s’écoulait avec lenteur, comme si même lui avait décidé de se jouer de moi.
Lorsque les coups ont enfin cessé, je n’étais plus qu’une coquille vide, attendant que la mort m’attrape. Je ne sais pas ce qui était le plus terrible : la douleur qui semblait lacérer la totalité de mon corps ou l’humiliation d’avoir été incapable de me protéger, de leur porter le moindre coup.
Et puis, ils ont baissé la braguette de leur jean. Mon visage, que j’avais tenté, en vain, de défendre, était si tuméfié que je ne pouvais plus ouvrir les yeux. Aujourd’hui encore, je remercie les cieux de m’avoir épargné cette vision d’horreur. Leurs rires gras, alcoolisés, résonnent chaque nuit dans mon esprit, tout comme la chaleur immonde de leur urine sur ma peau recouverte de plaies. J’aurais voulu hurler, j’en avais été incapable, et avec du recul, c’était une fois de plus, un cadeau des cieux.
Ils m’ont abandonné là, couvert de pisse, de sang et de boue, seul au milieu de ce parc. Je ne sais plus combien de temps j’ai pleuré avant de perdre connaissance. C’est mon père qui, après avoir géolocalisé mon téléphone, m’a retrouvé. J’ai passé deux semaines à l’hôpital, à fixer le plafond trop blanc sans accepter de prononcer le moindre mot. Dans cette chambre, j’ai compris les longs mois sans mots de Scarlett. Parler sans pleurer m’était impossible, et je ne voulais pas m’humilier, encore une fois.
Que le silence est reposant, bien qu’il soit porteur de tous les maux.
Lorsque je suis rentré chez moi, je suis monté dans ma chambre et n’en suis pas sorti de tout l’été. Scarlett passait une fois par jour et me répétait cette phrase qu’elle avait prononcée des années auparavant. Elle ne disait rien d’autre, quelquefois, elle ne me regardait même pas.
Les nuages cachent les étoiles parfois, pourtant, elles ne disparaissent jamais réellement, contrairement à la douleur. Un matin, tu souffres, et puis le soir même, tu comprends que tout est éphémère. Comme les nuages qui cachent les étoiles, rien ne dure jamais éternellement, pas même la douleur.
Lorsque je suis enfin sorti de ma léthargie, après m’être remémoré cette nuit des centaines de fois, sous le soleil ou tapi derrière les étoiles, elle m’a expliqué qu’elle n’aurait pas supporté le moindre mot après le passage de ses parents. Puis elle a planté son regard dans le mien, si lumineux, mais semblant pourtant mener tout droit dans les tréfonds de l’enfer, et elle m’a répété cette phrase, encore. J’ai explosé et, pour la première fois depuis des mois, j’ai pleuré. Scarlett est restée, assise dans l’ombre, sa main délicate passant avec douceur dans mes cheveux, des heures durant, jusqu’à ce que mes larmes soient asséchées. Je n’ai jamais eu honte de pleurer devant elle, il y a même quelque chose d’apaisant à le faire. Comme si elle aspirait mes peines et nos démons, peut-être pour y faire face avec nous… Ce fut le dernier moment agréable que j’ai passé avec elle.
À cette époque, mes parents se sentaient si impuissants. J’avais prétendu avoir été agressé par des inconnus, incapable d’avouer l’identité de mes bourreaux de toujours. J’ai fait jurer à Scar de garder le secret, elle l’a fait, non sans jugement. Owen… il n’en avait rien à foutre.
Ma mère m’a traîné au commissariat où j’ai balancé mon faux témoignage : je n’ai pas reconnu mes agresseurs, mes souvenirs sont vagues et il faisait de toute façon trop sombre pour que je reconnaisse qui que ce soit.
Par la suite, mes parents ont insisté pour que je rencontre Charlotte, la psychologue de Scarlett. Ça m’a aidé, un peu. Mais au fond, la seule personne capable de me sortir du brouillard, c’était Scar. Parce qu’elle savait. Oui, elle savait ce que je ressentais.
Mon regard rencontre celui de Kevin. Il a toujours cette lueur nonchalante qui y brille, comme si rien n’avait d’importance si ce n’est lui et sa monstruosité. Une haine profonde remonte de mes entrailles et se diffuse dans mon corps à l’instar d’une traînée de poudre. Mon sang se réchauffe jusqu’à devenir brûlant, alors que les battements de mon cœur s’alourdissent. Étrangement, mon souffle est calme, posé, semblant hermétique au chaos qui domine mon être.
L’enfer s’abat dans mon esprit lorsqu’un sourire lubrique étire sa bouche. Bientôt, il se retrouve plaqué sur le sol, sa tête heurtant le bitume sans ménagement tandis que j’appuie tout mon poids sur son abdomen. Un grognement quitte ses lèvres à l’instant où un cri rempli de haine franchit les miennes. Une vague de toute-puissance me prend les tripes et déferle en moi lorsque mes phalanges s’écrasent avec force dans sa mâchoire saillante. Une fois. Deux fois. Trois fois. Et peut-être davantage encore.
J’ai cette sensation étrange de ne plus être parfaitement maître de mes gestes. Ma rage, trop longtemps passée sous silence, se libère sans hésitation sur son visage, ne lui laissant guère le temps de riposter. Une joie si intense qu’elle pourrait presque ternir ma colère se répand dans mon être lorsqu’une première supplication franchit ses lèvres sanglantes. Puis une seconde. Et encore une autre.
— Pitié…
Mon poing s’arrête à quelques centimètres de son visage quand ce mot, que j’ai tellement prononcé, quitte sa bouche. Je me relève doucement, non sans prendre appui sur son plexus pour y parvenir.
Le dominant de toute ma hauteur, je penche légèrement la tête sur le côté pour admirer son corps étendu sur le sol, le visage ensanglanté. Ses larmes coulent sur ses joues alors qu’il répète inlassablement ce mot qui accentue davantage ma colère.
— Pitié, soufflé-je dans un murmure. En as-tu eu pour moi lorsque je n’avais que treize ans ?
Mon pied s’enfonce dans ses côtes, le faisant geindre.
— M’as-tu accordé ta pitié quand je suis arrivé au lycée ?
De nouveau, j’envoie la pointe de mes semelles dans ses côtes à plusieurs reprises. Mes mains, abîmées par les coups, tremblent comme une feuille au vent, tout comme le reste de mon corps. L’adrénaline qui déferle en moi me donne une impression de pouvoir intense, d’être invincible.
J’ai souvent recherché ce sentiment. Cette sensation – ou cette réalité – d’avoir la totalité d’une situation sous contrôle. De ne plus être un simple spectateur mécontent du film qu’est ma vie. Reprendre le pouvoir sur mon existence, trop longtemps passée au second plan. Je ne suis plus une chose. À ce moment précis, je ne suis le jouet de personne, je suis le joueur. Non, je suis le vainqueur.
— Que dirais-tu si je te rendais la monnaie de ta pièce ? Si je baissais mon jean et te pissais dessus ?
Un rire méprisant m’échappe lorsque ses yeux s’écarquillent et qu’il tente, vainement, de se redresser. Je pose mon pied sur son torse, l’obligeant à se rallonger. Mon regard plonge dans le sien. Étrangement, il n’y a plus d’amusement. Le cœur battant comme après un marathon, j’envoie un ultime coup sur son menton.
— Tu ne mérites même pas ma pisse, conclus-je avant de reculer, alors qu’une voix m’interpelle.
Je récupère mon sac que j’avais laissé tomber au moment de me jeter sur lui, tourne les talons et prends la fuite, tandis que le surveillant navigue entre les voitures. Je prends soin de placer ma capuche sur mon crâne et cours aussi vite que possible, sans prendre la peine de jeter un regard derrière moi.
Une fois à bonne distance, je jette un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule. Kevin, mon bourreau, la personnification de mon enfer, roulé en boule sur le bitume brûlant, le surveillant penché sur lui, son téléphone à l’oreille. Je devrais fuir, mais je prends quelques secondes pour déguster cette libération. Un poids immense quitte mes épaules avant que je n’inspire une longue bouffée d’oxygène. Je n’en ai jamais savouré d’aussi bonne, comme si j’avais arrêté de respirer depuis cinq années interminables. Le bourreau n’est plus. Je l’ai vaincu. C’est la tête haute que je prends la direction de la maison, sans craindre l’ombre dans la ruelle.
Lorsque j’arrive chez moi, je suis immédiatement frappé par les cris de Scarlett qui, comme mon frère, n’a pas cours avant le début d’après-midi. Il est habituel qu’elle se dispute avec Owen, au fil du temps, leurs embrouilles sont devenues une seconde mélodie dans cette maison. Scar règle ses conflits en criant, certainement pour se faire entendre, comme elle n’a pas pu le faire pendant des années, et chaque fois, mon frère tente d’égaler les octaves de sa copine. Peine perdue, Scarlett hurle assez fort pour couvrir la voix de dix hommes.
Le sujet de leurs disputes n’est donc jamais un secret pour personne. Généralement, le comportement antisocial de Scar dérange Owen, qui ne manque pas de le lui dire et l’histoire dégénère. Parfois, j’en suis convaincu, elle déclenche volontairement des disputes futiles afin, certainement, de laisser échapper son trop-plein de colère. La dernière fois, c’était pour une chanson dans la voiture, le matin. Owen avait eu le malheur de changer de station alors que Fire Meet Gazoline de Sia y passait. Le pauvre en a entendu parler jusqu’au lever de la lune.
Aujourd’hui, la dispute est tout autre. Rien de fictif, et les paroles d’Owen me font froid dans le dos.
— Ça fait un an qu’on est ensemble, Scarlett, ne te plains pas si je m’impatiente. J’ai besoin de baiser.
— Pas moi, crache-t-elle. Je ne suis pas prête.
— Bébé… j’en ai marre d’attendre, j’ai envie de toi.
Outré par ses paroles et bien qu’en froid avec Scar, je monte doucement les escaliers pour rejoindre l’étage. Je n’interviens jamais dans leur histoire, en revanche, les mots d’Owen me scandalisent.
J’ai toujours sincèrement cru qu’il serait capable d’attendre qu’elle soit prête avant de passer à l’acte. Scarlett n’a que quinze ans, et cela depuis quelques semaines à peine. Je ne la jugerais pas si elle se pensait prête, mais visiblement, ce n’est pas le cas et je n’accepte pas l’insistance de mon frère.
En se mettant en couple avec elle, il savait que ça ne se déroulerait pas comme avec les filles qu’il fréquentait au lycée. Évidemment, Scar n’allait pas écarter les cuisses pour son beau sourire ou pour être dans ses bonnes grâces.
— Je suis désolée, murmure-t-elle.
— Allez bébé… insiste-t-il.
— J’ai dit non !
— Très bien, je vois. Je pensais sincèrement qu’avec les années, tu me ferais davantage confiance. Je ne suis pas ton ennemi, je veux simplement explorer toutes les facettes de notre amour, tu comprends ? Je souhaite… t’aimer avec mon corps.
Je pousse la porte de leur chambre sans plus attendre. Les deux paires d’yeux convergent vers moi dans une parfaite synchronisation et un instant, je me demande ce que je fous là. Scar a assez de caractère pour imposer son « non » et faire fermer son clapet à mon frère. Je n’ai jamais voulu interférer dans leurs problèmes, bien que je juge leur relation toxique. J’aime à croire qu’Owen a assez de respect à l’égard de Scarlett pour ne pas dépasser les limites de l’entendement.
Owen lâche un rire méprisant en m’observant de la tête aux pieds. Pour ma part, mon regard reste focalisé sur Scarlett. Elle glisse ses doigts dans ses longs cheveux blonds, rejetant quelques mèches rebelles sur l’arrière de son crâne. Ses yeux couleur océan fixent un point invisible derrière moi et, comme souvent ces derniers temps, je n’y vois que le néant.
— Le grand chevalier servant volant au secours de la princesse, ricane Owen. J’me tire, amusez-vous bien.
Sur ces mots, il quitte la pièce, non sans me bousculer au passage. Lorsque la porte claque, une larme roule sur la joue de Scarlett. Sans hésitation, oubliant nos différends, je fonce sur elle pour la serrer dans mes bras.
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