Chaotic Mind
10. comme ton ombre
10.
comme ton ombre
Heath – 24 ans
La brise océanique caresse mon visage, elle s’accompagne d’une douce odeur typique de l’air marin. Mon regard navigue sur les vagues qui se fracassent contre les falaises abruptes de la côte, ainsi que sur les quelques surfeurs téméraires qui affrontent sans rechigner la fraîcheur automnale de l’océan.
On dit souvent que le bruit des vagues a le pouvoir de calmer la plus sourde des colères. Ce n’est visiblement pas mon cas. Mes mains tremblent, mes jambes peinent à supporter mon poids. Je ne sais pourquoi je suis venu. Peut-être suis-je tout simplement incapable de me résoudre à la laisser mourir ainsi. Peut-être est-ce en mémoire de notre soi-disant amitié qui nous a liés durant de nombreuses années avant que la vérité ne nous éclate en pleine gueule comme une bombe nucléaire. Je n’en sais foutrement rien. Ce qui est certain, c’est que je me trouve à l’opposé de chez moi et que, quelque part dans mes tripes, je suis là pour la sauver. Encore une fois.
Lorsque Rafael m’a contacté pour me parler de ce nom de famille qui lui rappelait vaguement quelque chose, inscrit sur un contrat à beaucoup trop de zéros pour être refusé, mon quotidien, bien que novateur, a pris un tournant radical. Je ne pouvais me résoudre à rester sur la côte Est alors que dans quelques jours, peut-être quelques heures, tous les tueurs à gages sans morale du pays se trouveraient ici, à un mile du bar dans lequel elle travaille.
Il y a des personnes qui marquent nos vies. Généralement, elles n’en sont pas conscientes, elles nous balancent un regard qui ferait fondre une statue de glace, un sourire qui désarçonnerait le meilleur cavalier, une phrase qui réparerait une âme en perdition et elles n’en ont même pas le souvenir. C’est simplement… naturel pour elles.
Je pense qu’elle m’a sauvé la vie, alors que je n’avais que treize ans, ce jour où elle m’a lancé ce fameux sourire, ce regard et qu’elle a prononcé d’une voix si douce que la sensation de réconfort qui m’a parcouru le corps à cet instant, résonne encore en moi.
Les nuages cachent les étoiles parfois, pourtant, elles ne disparaissent jamais réellement, contrairement à la douleur. Un matin, tu souffres et puis le soir même, tu comprends que tout est éphémère. Comme les nuages qui cachent les étoiles, rien ne dure jamais éternellement, pas même la douleur.
Scarlett Black m’a appris une multitude de choses ce jour-là et par-dessus tout, elle m’a donné de l’espoir là où même le désespoir désespérait.
Elle travaille à quelques pas à peine de cette plage, dans un bar qui ouvrira ses portes aux visiteurs dans une demi-heure. J’aurais peut-être dû me rendre chez elle, lui expliquer la situation dans un endroit calme, pour qu’elle soit en mesure d’encaisser la nouvelle là où elle se sent en sécurité. Toutefois, je ne suis pas certain que je serai en mesure de l’approcher.
Il y a des histoires qui marquent, qui laissent des traces indélébiles dans un cœur, dans une âme. Je n’ai plus de point d’attache depuis bien longtemps, lorsque j’ai compris qu’elle ne reviendrait pas. Quelques semaines après son départ, j’ai moi-même quitté la maison familiale, erré sans réel but dans une ville qui ne me convenait pas. Qu’importe où j’allais, je la voyais, elle. Pourtant, j’étais bien conscient qu’elle était partie, par ma faute, sans aucun doute.
J’ai donc quitté le Dakota du Nord pour me rendre à New York, pensant certainement que l’air de la grande ville me permettrait de l’oublier. Sans un sou en poche, j’ai dû faire des choix, peut-être pas les meilleurs, je le reconnais, mais à cette époque, ils étaient les seuls à avoir du sens, et c’est ainsi que j’ai rencontré le père de Rafael, Michel. Il m’a appris toutes les ficelles du métier et mon âme en peine n’a eu aucun mal à se salir les mains pour survivre ou apercevoir un semblant de but à ma pitoyable existence.
Je ne l’ai jamais oubliée. Je pense que c’est impossible avec une femme comme Scarlett Black. Elle est une survivante qui a su trouver dans ses nombreuses failles, la force nécessaire pour atterrir, ne laissant pas le gouffre l’englober dans son intégralité. Elle est une leçon pour toutes les personnes qui, comme moi, ont un jour décidé d’abandonner au lieu de se battre, et ce genre de fille marque une existence, aussi merdique soit-elle.
Comme une plaie béante, incapable de se refermer sans sa présence, son souvenir perdure dans mon cœur enfantin. Elle était pourtant mon pire cauchemar. La seule capable d’anéantir toutes mes défenses. Elle m’a mis à genoux, faible que j’étais sous le poids de son regard aussi colérique que l’océan. Elle a fait de moi un pantin, usé par ses sentiments destructeurs – et les miens qui ne valaient pas mieux.
Je suis toutefois parvenu à vivre sans elle, m’auto-affirmant que nos vies seraient meilleures l’une sans l’autre. J’avais sans aucun doute raison. Depuis cinq ans, elle a fait son bout de chemin et, d’après les informations que m’a fournies Rafael, elle s’en sort plutôt bien. De ce que j’ai pu en voir, je le pense aussi.
Je tire mon téléphone de ma poche lorsque celui-ci sonne. Je n’ai pas besoin de regarder le numéro appelant, j’ai évincé tout le monde de ma vie après mon départ du Dakota, et les seules personnes ayant mon numéro sont Rafael et Michel. Ce dernier étant, actuellement, six pieds sous terre, je serais surpris qu’il ait trouvé du réseau en enfer.
— Tu es arrivé ? demande-t-il sans prendre la peine de me saluer, comme toujours.
Le jour où il prendra le temps de me lancer un simple « bonjour », je devrai réellement m’inquiéter pour lui. Raf n’est pas du genre impoli, loin de là, il fait seulement partie des personnes qui, comme il le dit si bien, n’aiment pas perdre leur temps avec des banalités sans importance.
— Oui.
— Tu as trouvé le bar ?
— Oui.
Lorsque j’ai appris qu’elle était à Seattle, il me semble que j’ai ri. Je pensais sincèrement qu’elle avait mis bien plus de distance entre nous. Puisqu’elle avait décidé de me fuir comme la peste, j’aurais davantage parié pour dix ou douze heures à vol d’oiseau afin qu’elle soit sûre que je ne la retrouverais pas.
Dire que je ne l’ai pas cherchée serait un mensonge, mais si quelqu’un est capable de disparaître dans la nature en étant certain que personne ne mettra la main sur elle, c’est bien Scarlett. Elle s’est tout simplement volatilisée de la surface du globe. J’ai fini par abandonner ma quête, persuadé qu’elle avait changé d’identité. C’était son genre, après tout. Rafael a eu plus de chance, ou alors elle n’a pas pris en compte mon cercle amical avant de me bloquer sur les réseaux sociaux. Il n’a fallu que quelques secondes à mon ami pour croiser son profil sur Instagram. Déterminer où elle se planquait fut ensuite une formalité pour Raf. Ce mec trouverait une aiguille dans une botte de foin, les yeux bandés et les mains liés. C’est un génie de l’informatique, un dieu d’internet et un chaman du traçage. Personne n’a de secret pour lui.
— Bien. Tu as un plan ?
Je pince les lèvres, un peu inquiet. Mes habitudes se retrouvent chamboulées. D’ordinaire, je ne pars jamais sans être parfaitement organisé. Dans mon domaine, être pris au dépourvu est le meilleur moyen de finir une balle entre les yeux. Je possède donc un plan de base, puis un autre si le premier foire, voire deux ou trois derrière.
Pas cette fois.
Je n’ai rien eu le temps de préparer. Le contrat m’est tombé dessus, comme il a été envoyé à tous les tueurs à gages du pays. Peut-être même du continent entier. Je devais arriver à Seattle avant eux.
Qui plus est, je suis émotionnellement impliqué. Mauvaise idée, j’en suis parfaitement conscient. La plupart du temps, lorsque ma conscience accepte de coopérer, je déshumanise mes cibles, espérant ne pas devenir complètement taré. Cette fois-ci, cela m’est impossible. Pas avec elle.
Et pour finir, Scarlett est la personnification de l’imprévu. J’ai beau la connaître depuis toujours, je suis incapable de déterminer comment elle va réagir. Elle est du genre à prendre ses cliques et ses claques au beau milieu de la nuit sans un dollar en poche. Elle est du genre à se mettre en couple avec le frère du mec qu’elle aime. Elle est du genre à te coller une droite et t’embrasser la seconde qui suit. Imprévisible, je disais, et légèrement instable aussi. Toutefois, celui qui ose lui jeter la première pierre n’a aucune idée de l’enfer qu’elle a traversé.
— Absolument pas. Je verrai bien en temps voulu.
C’est-à-dire dans moins de cinq minutes, mais je tais ce point. J’allume une clope en attendant le reproche de Rafael. Son père nous a transmis les règles que nous devons respecter pour éviter plusieurs situations, disons-le franchement, bien merdiques. À commencer par notre mort, en passant par la case prison ou encore l’échec d’une mission. Conseils que j’ai toujours appliqués à la lettre. Jusqu’ici du moins.
Règle numéro une : les cibles sont des cibles. Rien d’autre. Déshumaniser la cible est une obligation si on ne veut pas hésiter au moment d’appuyer sur la détente.
Règle numéro deux : agir vite, partir vite. La rapidité va de pair avec l’absence d’hésitation, qui s’acquiert avec la règle une. Plus on sera rapide, plus vite on aura disparu, plus ce sera dur de nous associer directement à un meurtre.
Règle numéro trois : Ne jamais accepter un contrat où l’on peut nous relier à la cible ou un lieu. En réalité, cette règle devrait être la première, puisque quatre-vingts pour cent des tueurs en série se font attraper ainsi. C’est avec cette méthode que les agents du FBI, et en particulier les profilers, relient les victimes au tueur. Il est donc primordial de ne jamais accepter un contrat si on connaît la cible ou le lieu où le crime doit se dérouler.
Règle numéro quatre : Le client est roi. S’il souhaite que la mort ressemble à un suicide, elle doit correspondre à un suicide. S’il veut que la cible souffre avant de rendre son dernier souffle, elle déguste.
Règle numéro cinq : Ne jamais partir en mission sans plan parfaitement préparé. On doit avoir un plan A, B, C et même un putain de plan Z s’il le faut. Anticiper permet de ne pas se retrouver devant le fait accompli et donc de commettre une erreur.
Règle numéro six : Je suis un fantôme, sans nom, sans visage, sans adresse, sans passé et encore moins avec un avenir. Je n’existe pas. On n’arrête pas quelqu’un qui n’existe pas.
Règle numéro sept : Aucun lien, avec personne. Pour ma part, seul Rafael doit compter, les autres ne sont que de passage pour une courte durée. Les femmes, c’est une nuit, tout au plus. Les liens entraînent les trahisons.
Règle numéro huit : « Les émotions sont une aberration, fils, si tu n’es pas capable de les faire taire, alors trouve au moins le moyen pour qu’elles ne s’immiscent pas dans une mission » avait déclaré Michel.
Ces huit règles sont devenues, avec le temps, la seule chose en mesure de me garder sur le droit chemin, si on peut appeler ça ainsi. Avec du recul, il est certain que jamais je ne me serais imaginé tueur à gages. Jamais.
— L’improvisation, murmure Rafael, c’est le début d’un échec.
Je hoche gravement la tête et soupire, observant la fumée de ma clope rejoindre les cieux. Nous savons à quel point les choses peuvent déraper lorsqu’elles sont improvisées.
Cependant, la situation est différente aujourd’hui. Scarlett n’est pas ma cible, mais bel et bien celle que j’ai l’intention de sauver. Sans parler du fait que je vais à l’encontre de la totalité des règles en m’engageant dans cette mission de sauvetage. Celles qui m’ont permis, jusqu’ici, de ne pas finir en taule. Ou à la morgue.
— On parle de Scarlett, Raf, si je n’improvise pas, elle sera morte dans les prochaines vingt-quatre heures.
Et je me refuse totalement à cette option. Même si je dois l’enfermer dans mon coffre pour l’obliger à se mettre en sécurité, je n’hésiterai pas une seule seconde. Je préfère mille fois la savoir en vie, même si elle me déteste, plutôt que morte. C’est un choix que j’assumerai éternellement et j’en payerai le prix chaque jour s’il le faut.
Je n’entretiens plus les mêmes sentiments à son égard que ceux que je lui portais, mais j’ai toujours un profond respect pour elle et puis… nous avons grandi ensemble. Elle fait partie de ma famille, qu’elle m’ait fui ou non. Elle me déteste, c’est un fait, et des années durant, ce fut également mon cas. Je l’ai détestée de s’endormir dans les bras de mon propre frère. Je l’ai abhorrée de ne pas assumer ses sentiments. Je l’ai haïe de m’avoir laissé lui faire l’amour cette nuit-là et je l’ai haïe d’être partie. Aujourd’hui, elle n’est qu’un fantôme d’hier que je me dois de sauver, espérant ainsi réparer mes erreurs d’antan et l’oublier une bonne fois pour toutes.
Scarlett représente un passé aboli depuis longtemps. À elle seule, elle est capable de faire réapparaître chacun de mes cauchemars, de mes démons et des tonnes de souvenirs que j’ai profondément enfouis en moi. La revoir représente un risque. Énorme. Elle peut, inconsciemment ou non, remettre en question tout ce que je suis parvenu à construire.
J’accepte de tout mettre en danger. Pour elle. Toujours.
— Tu as pu trouver qui a mis sa tête à prix ? demandé-je froidement, faisant mine de gérer la situation.
Ce n’est pas le cas, absolument pas, d’ailleurs, c’est même l’absolu contraire. Plus mes pas me mènent vers le bar où elle bosse, moins je gère cette putain de situation. L’appréhension, sensation que je n’ai pas ressentie depuis des lustres, provoque une boule de nervosité dans mon estomac. Je ne parviens pas à enfiler le masque de froideur qui me poursuit depuis tant d’années, seul capable de me préserver.
— Non. J’essaie de remonter la source, mais je ne trouve absolument rien. Ce mec est un as de l’informatique.
Je jure dans ma barbe. Il est primordial que nous mettions rapidement la main sur celui qui propose un beau pactole pour que Scarlett meure dans d’atroces souffrances. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, seules deux
personnes enfermées en QHS{4} depuis trois ans et derrière les barreaux depuis près de treize piges, seraient capables de mettre une prime sur la tête de Scarlett. Elle n’a jamais été du genre à s’attirer des ennuis, enfin, pas de façon assez violente pour qu’on ordonne qu’elle soit tuée, encore moins dans d’atroces souffrances.
Scarlett est instable, c’est un fait, et personne ne peut le nier, pas même elle. Elle change d’humeur tous les quatre matins et peut avoir des réactions légèrement excessives. Comme la fois où elle a explosé toutes les vitres de la maison voisine de la nôtre parce qu’ils faisaient une soirée et que la musique l’empêchait de… m’entendre jouer de la guitare. Ou encore lorsque, au lycée, elle a massacré la voiture du prof de maths parce qu’il avait oublié de lui compter 0.25 sur sa note finale.
Dire qu’elle agit raisonnablement serait un mensonge, c’est évident, mais aucune maison, vitre, ou véhicule ne mérite de finir ainsi, si ?
Rafael est un crack de l’informatique, s’il ne parvient pas à remonter la trace de l’homme – ou la femme, pas de sexisme dans la mort – c’est que ce dernier est vraiment, vraiment bon et surtout, qu’il ne veut pas qu’on le trouve. Ce n’est pas rassurant, je ne peux pas prétendre connaître celle qu’elle est devenue, mais la Scarlett qui faisait autrefois partie de ma vie n’a jamais reculé devant aucun danger. Même si je parviens à la convaincre de se mettre en sécurité quelques jours – ce qui est loin d’être gagné – elle ne supportera pas cette situation bien longtemps.
— Tiens-moi au courant, conclus-je avant de raccrocher sans attendre sa réponse.
Après une longue inspiration, je pousse la porte du bar. Instantanément, le refrain de Dear Maria, Count Me In de All Time Low, retentit dans mes oreilles. La grande salle aux murs rouges est décorée d’affiches de différents groupes de rock allant du mondialement connu, aux petits inconnus au bataillon. Plusieurs tables sont déjà occupées, alors que le bar vient seulement d’ouvrir ses portes. Dire qu’il rencontre un franc succès dans la ville serait un doux euphémisme.
Mes yeux fouillent la salle jusqu’à tomber sur le bar où deux barmans semblent en pleine discussion. Lorsque mon regard percute la silhouette svelte de la femme derrière le comptoir, l’ensemble de mon corps est persuadé de la reconnaître même si mon esprit doute. La dernière fois que je l’ai vue, elle n’avait que seize ans, aujourd’hui, elle en a vingt-et-un. Je l’ai quittée – enfin, elle nous a quittés – adolescente, elle est une jeune femme à présent.
Toutefois, si elle a pris des formes, qu’elle n’a plus les cheveux blonds comme les blés, mais teints en rouge, elle reste la même. Ses yeux sont toujours d’un bleu profond, reflétant toute la beauté du monde et toute sa laideur en même temps. Elle a toujours cette fichue fossette sur la joue droite. Sa bouche charnue – même si un piercing traverse désormais sa lèvre inférieure – son nez fin, toujours percé, et ses traits féminins. Bien que sa peau soit recouverte de tatouages, je distingue encore la fine cicatrice qui barre son cou d’une extrémité à l’autre, stigmate de son passé bien trop lourd. Je me demande pour quelle raison elle ne l’a pas couverte d’encre.
Le doute n’est plus permis et, soyons honnêtes, il ne l’a jamais été. Je reconnaîtrais Scarlett Black entre mille. Quoi qu’il arrive, qu’importent les années qui passent, j’ai son visage tatoué sous mes paupières pour l’éternité. Je l’ai observée durant des heures, comme on regarde un joyau rare et tellement précieux. Je me suis noyé dans ses yeux couleur océan un nombre incalculable de fois. J’ai fixé ses lèvres avec envie, je dirais même besoin, pendant des mois, si ce n’est des années. Je connais le visage de cette femme comme si je l’avais dessiné des centaines de fois.
Un coup violent percute mon cœur, entache mon âme. Mon passé m’explose à la gueule avec une telle animosité que j’en reste un instant cloué sur place. Un instant seulement. Lorsque je reprends le contrôle de mes jambes, je recule doucement jusqu’à rejoindre la porte sans détourner mon regard d’elle.
Oui, il y a des personnes qui nous marquent, des histoires qui nous chamboulent et des sentiments qui, même abstraits, restent en quelque sorte concrets. Toutefois, tout le monde le sait, le passé appartient au passé et généralement, lorsqu’un sourire nous rappelle l’amour, un regard nous souffle la douleur.
Puisque l’approcher sans me rappeler m’est impossible, et comme la laisser mourir m’est insupportable, je deviendrai son ombre. Avant que le feu ne rencontre l’essence et nous explose en pleine tête, comme cinq ans auparavant.
Jusqu’à brûler ma chair d’un trop-plein de souvenirs.
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