Chaotic Mind
2. le chemin du retour
2.
le chemin du retour
Heath – 13 ans
La cloche sonne, signalant la fin du cours. Quand mes camarades sont pressés de ranger leurs affaires, je prends mon temps. Tant que je suis dans cette pièce, je ne risque pas grand-chose. À l’extérieur, en revanche…
Le prof de maths me lance un regard impatient, certainement car la salle est désormais vide. J’attrape mon sac et sors en quatrième vitesse.
J’ai tout essayé pour les éviter. Au début, j’étais le premier à sortir de la classe lorsque la sonnerie retentissait, espérant me fondre dans la masse. Ça a fonctionné une ou deux fois, mais finalement ils ont compris, et au lieu de m’attendre devant les grilles du collège, ils patientent désormais dans une ruelle non loin de chez moi.
J’aimerais pouvoir l’éviter, néanmoins c’est le seul chemin existant pour rejoindre ma maison. Désormais, j’utilise une nouvelle technique, j’ai des doutes sur les probabilités de réussite, mais tant pis, je suis à court d’idées. J’espère sincèrement que si je mets plus de temps que d’ordinaire pour rentrer chez moi, ils penseront m’avoir loupé et partiront sans m’attendre. Je me fais des films, je le sais. Kevin est beaucoup plus intelligent qu’il n’en a l’air, et bien que sa bande de copains soit aussi stupide que mes pieds, ils lui sont totalement dévoués. Si Kevin leur dit de ne pas bouger avant mon départ, ils ne bougeront pas comme des chiens bien dressés.
Je suis beaucoup plus petit que la moyenne, Owen a facilement deux têtes d’avance sur moi, et même Scarlett me rattrape alors qu’elle n’a que dix ans. Mon père dit qu’il était comme moi à mon âge, et un été, il a eu une poussée de croissance et a rapidement dépassé tout le monde. Certes, il est grand, toutefois il ne comprend pas que je n’ai pas besoin de celle-ci dans deux ou trois ans, mais aujourd’hui.
Alors que je franchis le portail, mon téléphone sonne. C’est un message de ma mère me demandant d’aller chercher Scarlett à l’école, car elle a pris du retard au travail et ne sera pas à l’heure. Une boule naît au creux de mon estomac quand je tourne à droite au lieu de prendre à gauche. Jusqu’à présent, j’ai réussi à cacher à tout le monde que j’étais la victime d’un groupe de lycéens m’ayant choisi pour une raison quelconque pour subir leur jeu stupide. Je ne sais pas si la présence de Scarlett les empêchera d’agir aujourd’hui.
J’aime vraiment beaucoup cette fille. Elle ne parle plus beaucoup depuis cette terrible nuit qui a bien failli lui coûter la vie. Autrefois, c’était une vraie pipelette. Ma mère dit qu’elle est traumatisée, je pense que ses cauchemars récurrents en sont la preuve. Elle vit à la maison depuis un an et parfois quand personne ne s’y attend, elle parle. Un mot par-ci, un mot par-là, jamais une phrase entière, juste assez pour être comprise ou s’annoncer si aucun de nous ne l’aperçoit.
Il est donc quasiment certain qu’elle ne répétera pas ce qu’elle pourrait voir si Kevin et sa bande décidaient d’agir en sa présence. Cependant, si comme ma mère le prétend, elle est traumatisée… je ne veux pas lui infliger ça.
Arrivé devant l’école de Scarlett, je reconnais rapidement sa petite tête blonde à l’écart des autres. Elle n’était plus allée en cours depuis ses sept ans, elle est donc un peu en retard par rapport à ses camarades. Owen l’aide avec les maths autant qu’il le peut pendant que je fais de mon mieux pour rattraper ses lacunes en langue. Elle écrit très bien, mais est dyslexique, donc la grammaire est encore difficile pour elle. J’essaie de lui donner des méthodes pour qu’elle s’en sorte plus facilement et visiblement, ça fonctionne. L’orthophoniste avec qui elle travaille depuis le début de l’année lui facilite aussi la vie. Comme en histoire, elle cartonne en anglais, ce sont les matières scientifiques qui lui font défaut. Et la sociabilisation. Ce n’est pas facile de se faire des amis, je suis le premier à m’en rendre compte, mais si on ne se parle même pas, c’est juste l’enfer.
Quand mes parents lui demandent pourquoi elle n’invite pas une ou deux copines à la maison, elle hausse simplement les épaules et quitte la pièce. Owen aime être son seul ami, affirmant que de cette façon, il peut la protéger du reste du monde. Pour ma part, je ne considère pas Scarlett comme une amie, déjà parce qu’elle est petite et maintenant elle fait partie de notre famille, donc elle est un peu comme ma sœur. J’aimerais qu’elle soit plus ouverte aux autres. L’année prochaine, si tout se passe bien, elle entrera au collège, pile lorsque Owen et moi le quitterons, personne ne sera là pour l’aiguiller et les cours, sans amis, c’est insoutenable.
Quand elle m’aperçoit, Scarlett se précipite vers moi, un léger sourire aux lèvres. Elle a pris du poids depuis son arrivée, désormais, son état est moins alarmant. L’année dernière, elle était si maigre qu’on pouvait compter ses côtes, j’arrivais même à encercler son poignet avec mon pouce et mon index et il restait encore de la place. Elle avait toujours des cernes presque noirs sous les yeux et était constamment malade. Je me souviens que les premières semaines, elle perdait ses cheveux par poignées. Au début, mes parents refusaient de lui donner une part de nourriture supplémentaire, ils disaient qu’il ne fallait pas qu’elle reprenne du poids trop rapidement. Si ça n’avait tenu qu’à moi, elle aurait eu droit aux burgers les plus gras du monde le midi et des pizzas le soir, avec bonbons entre les deux. Toutefois, si elle mangeait beaucoup, elle passait sa soirée à vomir. Le chemin a été long parce que, parfois, elle refusait de se nourrir, sans donner d’explications.
Finalement, elle a repris du poids, elle ne ressemble plus à un squelette. Elle tombe moins souvent malade aussi, et ne perd plus ses longs cheveux blonds.
Scarlett s’approche de moi, ses yeux couleur océan écarquillés de surprise. C’est la première fois que je viens la chercher. D’ordinaire, lorsque mes parents ont un empêchement, c’est Owen qui passe la récupérer après les cours, car je ne veux pas prendre le risque qu’elle croise Kevin. Mais mon frère est malade comme un chien ces derniers jours, si bien qu’il ne dort même plus avec Scarlett.
Elle n’arrive pas à trouver le sommeil seule. Elle n’a même jamais réussi depuis qu’elle est arrivée à la maison. Alors, Owen a élu domicile dans sa chambre. Sauf que ces derniers jours, il passe la quasi-totalité de ses nuits à vomir, mes parents lui ont interdit de dormir avec Scarlett. Elle a tendance à mal réagir aux maladies, même à une simple gastro. Ma mère affirme que cela est dû à son enfermement total pendant deux longues années, alors que nous la pensions à New York. Son système immunitaire est pourri. Du coup, depuis trois jours, elle passe ses nuits dans mon lit.
— Salut Scar, ta journée s’est bien passée ? demandé-je tandis qu’elle réajuste les bretelles de son sac à dos.
Scar est le personnage préféré de Scarlett dans le dessin animé Le Roi Lion. Elle ne fait jamais rien comme les autres enfants de son âge, elle n’aime pas du tout Simba. Lorsque je lui avais demandé lequel elle aimait le plus, elle n’avait pas hésité avant de me montrer Scar, j’ai tellement ri que j’en avais mal au ventre. Depuis, c’est resté. Qui plus est, cela raccourcit son prénom.
Dans un roulement d’yeux, elle hoche la tête avant d’attraper la main que je lui tends. C’est dingue qu’une gamine qui a – visiblement – fait vœu de silence soit aussi insolente. Je retiens un léger ricanement. Un jour, mon père m’a expliqué que le plus dur lorsqu’on élève un enfant est de ne pas rire aux bêtises que nous avons nous-mêmes faites au même âge. Avec Scarlett, c’est d’autant plus vrai. Bien sûr, ce n’est pas moi qui l’éduque, mais j’ai le devoir de lui montrer l’exemple, d’après mes parents. Pourtant, parfois, elle a des réactions qui me font penser à moi, et je dois avouer qu’il est difficile de ne pas en rire.
— Tu as réussi ton évaluation ?
Nous nous arrêtons au passage piéton et Scarlett en profite pour sortir sa copie de son sac. Je ne sais même pas pourquoi je pose la question. Son contrôle portait sur Le Petit Prince, livre qu’elle a dû parcourir quelques jours auparavant. Elle l’a lu trois fois et chacune de ses lectures s’est soldée par des larmes. Elle a perdu des points en orthographe, néanmoins Scarlett a obtenu un A-. Lorsqu’il s’agit d’écrire, elle est dans son univers et, même si elle ne donne jamais son avis à l’oral, elle a de quoi argumenter sur le papier.
— Bien joué, Scar.
Elle m’offre un sourire éclatant, tandis que nous reprenons notre chemin. La boule dans mon estomac n’a de cesse de grossir à mesure que nous approchons de la ruelle où Kevin et sa bande m’attendent habituellement.
Pourquoi moi ? J’ai, évidemment, fait des conneries, mais je ne m’en suis jamais pris à qui que ce soit, on peut me qualifier comme quelqu’un de gentil, alors pourquoi ? Je ne sais pas si je trouverai un jour la réponse à cette question, toutefois ça me taraude depuis que Kevin s’en est pris à moi pour la première fois, et je suis certain qu’elle ne me quittera pas tant que je n’aurai pas eu de réponse. La cruauté de ce type et de sa bande, je ne la tolère pas avec ou sans explications. Elle me met hors de moi. Néanmoins, quitte à me faire casser la figure quotidiennement, j’aimerais connaître le pourquoi du comment.
Cependant, je sais que chaque jour est marqué par une angoisse presque tangible qui m’assaille à la simple idée de voir la journée se terminer. Il y a cette peur, cette panique qui me submerge comme un putain de raz-de-
marée, lorsque je m’imagine rentrer au lycée l’année prochaine.{2}
Kevin est en sophomore year, ce qui signifie que l’année prochaine, il y sera encore. Mon enfer s’étendra sur toutes les journées, sur chaque heure, et non pas que quelques minutes le soir. Ma vie sera couronnée de ténèbres constantes, sans un brin de lumière. Affirmer que je n’ai pas peur serait un mensonge qui me dépasse. Je devrais en parler avant que tout ce bordel ne m’échappe entièrement – si tant est que ce ne soit pas déjà le cas. Mais cela ferait de moi un lâche, une balance, un faible incapable de gérer la situation par lui-même. Je ne veux pas de ça.
Nous ne sommes désormais plus qu’à deux pas de la ruelle. Ma main se resserre autour de celle de Scarlett. Pour seule réponse à mon geste ridicule, elle me lance un regard en biais. Je tente un sourire rassurant qui, j’en suis certain, ressemble davantage à une grimace qu’à autre chose.
Je me crispe quand je vois la tête brune de Kevin dépasser de la ruelle. Il me regarde de haut en bas, comme si je le dégoûtais, avant de constater que je ne suis pas seul. Lorsqu’il aperçoit Scarlett, un sourire méprisant étire ses lèvres. La boule dans mon ventre remonte jusqu’à ma gorge. La petite ne remarque rien, elle balance mon bras d’avant en arrière, sans se douter une seule seconde de mon état de panique. J’ai presque envie d’appeler Owen pour lui demander de venir la chercher. Je peux encaisser les coups, j’ai l’habitude maintenant, mais je ne veux pas que Scarlett se retrouve de nouveau face à la violence.
— Bah alors, Heath, tu n’as rien trouvé de mieux qu’une gosse pour te protéger ? ricane Kevin.
Autrefois, je répondais à ses piques. J’ai toujours une ou deux répliques en tête pour le laisser coi. Cependant, même si ma répartie est légendaire, je ne fais pas le poids contre lui, physiquement parlant, encore moins face à cinq lycéens. Malgré tout, parce que je ne compte pas me laisser faire devant Scarlett, je lui lance un regard noir, signe d’avertissement. Il tire sur sa clope en grimaçant. Kevin est le genre de mec qui fume pour se donner un style, mais qui, en réalité, n’aime pas du tout ça. Dans une autre situation, son comportement puéril m’aurait certainement arraché un rire, je n’ai jamais compris le principe de faire quelque chose qu’on n’apprécie pas pour être comme les copains ou pire encore, pour entrer dans une case prédéfinie. Si je pouvais être parfaitement honnête avec lui, sans risquer de me prendre la dérouillée de ma vie devant une enfant, je lui dirais qu’il est purement et simplement pitoyable.
Ses potes ricanent, amusés par la moquerie ridicule de Kevin. Je l’ai connu plus imaginatif, ce mec a BAC + 15 en langue de vipère. Pire que la plus peste de mon collège.
Scarlett, qui remarque enfin que nous ne sommes pas seuls, relève le menton et observe Kevin, la tête légèrement penchée sur le côté comme si elle le jaugeait. Il a fallu plusieurs semaines pour qu’elle comprenne qu’il n’y a aucun mal à regarder les autres, même droit dans les yeux. Comme pour tout le reste, elle ne nous a jamais expliqué pourquoi elle se refusait à le faire, mais je suppose que son passé y est pour beaucoup. Désormais, elle n’hésite plus à plonger dans le regard des autres et, soyons honnêtes, ses iris sont une arme de destruction massive.
Il y a quelque chose d’inquiétant dans ses prunelles. Celles-ci donnent l’impression que Scarlett nous pénètre entièrement. Parfois, j’en viens à penser qu’elle peut découvrir le moindre de nos secrets simplement en nous fixant quelques secondes. Comme si nos âmes étaient une serrure et ses iris, la clef. Le bleu de ses yeux n’est pas étranger à cette situation. Leur couleur est si intense que l’eau de l’océan paraît fade à côté. Mon père n’a de cesse de répéter, aussi bien à Owen qu’à moi, que nous devrions faire attention lorsqu’elle sera en âge de fréquenter des garçons, ils tomberont tous comme des mouches. J’ai la sensation d’avoir passé ma vie à essuyer des coups, mais si un mec a le culot de la faire pleurer, j’apprendrai à en donner. Scarlett est… trop bien pour le reste du monde. Qui plus est, elle a déjà bien assez souffert, pour cette vie, la seconde et celle qui suivra. Je ne laisserai jamais quiconque lui faire du mal. Jamais.
— Bah quoi ? Tu ne réponds pas, tapette ?
Mon souffle se coupe, alors que Scarlett resserre ma main. Elle y met tellement de force qu’elle me fait presque mal. Du coin de l’œil, je vois son visage passer de Kevin à moi tandis que je suis incapable de détourner mon regard de celui de mon assaillant. Je l’implore, sans un mot, de ne rien faire de stupide en présence de Scarlett. Je ne l’ai jamais supplié, même lorsque j’étais à terre et fatigué, mais aujourd’hui, je me mettrai à genoux devant lui s’il le faut. J’ai promis à mes parents de toujours protéger Scarlett. Elle est fragile. Je refuse de la revoir comme à son arrivée à la maison. Le chemin a été trop long pour elle, désormais, elle doit juste… souffler.
Doucement, Scarlett tire sur mon bras pour que nous avancions, mais je suis comme cloué au sol. Ici, la distance entre Kevin et moi nous protège, elle et moi. Si j’avais ne serait-ce qu’une once de confiance en Kevin et ses potes, je dirais à Scarlett de rentrer, les choses seraient plus simples. Toutefois, pour que cela soit possible, elle doit forcément passer devant eux et rien ne me garantit qu’ils ne s’en prendront pas à elle. Après tout, j’ai deux ans de moins qu’eux et ça ne les a jamais empêchés de me taper.
— On peut rentrer à la maison, s’il te plaît, H ? Je n’aime pas ce garçon, il n’est pas gentil. Et en plus, c’est un lâche, ajoute-t-elle en se tournant vers Kevin.
Ma bouche s’entrouvre, autant de surprise que d’inquiétude. Voilà désormais un an que nous attendons qu’elle nous parle. Je veux dire qu’elle parle vraiment, et pas uniquement un mot par-ci par-là. Aujourd’hui, elle prend la parole pour… balancer à Kevin qu’il est lâche.
— Répète un peu, gamine, grogne-t-il.
Je m’apprête à répondre et affirmer que ce n’est qu’une enfant, qu’elle ne comprend pas réellement ce qu’elle dit, mais une fois de plus, Scarlett me surprend. Elle redresse la tête et bombe la poitrine avant de déclarer, d’une voix assurée, bien que légèrement enrouée :
— Tu es un lâche. Tu penses que je suis bête ? Je vous vois très bien depuis ma chambre. Je ne suis pas douée en mathématiques, mais je sais compter, et vous êtes cinq contre un, c’est ce que mon père qualifiait de lâche. Et madame Cross m’a dit que les lâches, c’était aussi les plus grands qui s’en prennent aux moins âgés. Donc vous êtes tous faibles, conclut-elle en tirant sur mon bras pour m’inciter à la suivre.
J’avance tel un automate, incapable de détourner mon regard de la petite blonde qui se dirige d’un pas déterminé vers la maison. Un instant, je lève les yeux vers la façade blanche de cette dernière et tombe directement sur la chambre qu’occupe Scarlett. En effet, elle a une vue dégagée sur la ruelle où Kevin et sa bande m’attendent chaque jour. Mes joues rougissent de honte lorsque je comprends que c’est une gamine qui jusqu’ici ne parlait pas, qui vient de me sauver d’une situation compliquée.
Ma fierté mise à mal, j’ai presque envie de l’engueuler, mais alors qu’on monte les marches du perron, elle s’arrête pour se tourner vers moi.
— Les nuages cachent les étoiles parfois, pourtant, elles ne disparaissent jamais réellement, contrairement à la douleur. Un matin, tu souffres et puis, le soir même, tu comprends que tout est éphémère. Comme les nuages qui cachent les étoiles, rien ne dure jamais éternellement, pas même la douleur.
Surpris par la beauté et la profondeur de sa phrase, je la fixe, toujours aussi ahuri. Pour seule réponse, elle hausse les épaules et se tourne pour entrer. Je reste un instant immobile, me demandant si j’ai rêvé ce qu’il vient de se passer. Mon regard divague vers la ruelle où je vois Kevin glisser son pouce sous sa gorge comme ultime menace. Mon sang se glace et je me précipite pour me mettre en sécurité chez moi.
Un instant, je me demande si Scarlett me trouve lâche, moi aussi. Je compte bien lui poser la question lorsque la main de mon père se dépose sur mon épaule et m’oblige à me diriger vers le salon. Je suis surpris de le voir à la maison, je pensais que nous serions seuls avec Owen et Scar, puisque ma mère n’a pas pu aller la chercher.
— Les bagarres, ça allait encore parce que le directeur ne nous a jamais contactés, commence mon père. Les mauvaises notes ne sont sûrement qu’une passade, du moins je l’espère pour toi, si tu ne veux pas passer ton été à travailler. Mais que tu nous voles ? Non. Ta mère et moi faisons tout ce que nous pouvons pour vous, on se démène pour que vous ayez absolument tout ce que vous voulez. Jamais nous ne vous avons refusé le moindre centime, si c’était justifié. Alors, quelle est ton explication, jeune homme ?
J’ouvre puis referme la bouche, surpris. Je ne me suis jamais bagarré, hormis quand j’étais encore à l’école où est Scarlett. Toutefois, c’est la seule logique qui tienne la route pour expliquer mes blessures lorsque je reviens à la maison après que Kevin et ses potes me sont tombés dessus. Pour les mauvaises notes, je pense que je n’ai aucune excuse. J’ai tellement peur de rentrer chez moi que je fais exprès de rater mes contrôles dans l’espoir que mes professeurs m’imposent des cours de soutien. Ce n’est pas une solution, j’en suis conscient, mais c’est la seule que j’ai trouvée. Mais jamais, ô grand jamais, je n’ai volé ma famille, ni personne d’ailleurs.
J’ai les parents les plus cools du monde. Si j’ai besoin d’argent, ils m’en donnent toujours, ils me disent rarement non. Je pense que c’est une manière de compenser le temps qu’ils passent avec Scarlett pour la « remettre en société » comme dit ma mère. Je ne leur en veux pas, je sais que Scar a besoin d’attention et de soutien, bien plus qu’Owen ou moi.
— Quoi ?
C’est le seul mot que je suis capable de formuler.
— Et maintenant, tu me mens ! s’énerve-t-il. De mieux en mieux, Heath. Nous ne t’avons pas élevé comme ça ! C’est la dernière fois que tu touches au portefeuille de ta mère ou le mien, même pour un dollar. La prochaine fois, c’est la pension ! Dans ta chambre.
— Mais…
— J’ai dit, dans ta chambre ! Je ne veux pas te voir avant le dîner.
Mon père quitte le salon et, alors que je m’apprête à en faire de même, choqué par la menace et les accusations de mon père, je tombe sur les grands yeux bleus de Scarlett.
Et si les nuages ne disparaissaient jamais, Scar ?
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