Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 32 sur 44

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Chaotic Mind

26. joyeux anniversaire

26.

joyeux anniversaire

 

Heath – 24 ans

— Allez… s’il te plaît, je serai sage, promis !

Scarlett papillonne des yeux, pensant m’amadouer. C’est un échec cuisant.

— Hors de question.

— Pourquoi ? rétorque-t-elle en croisant les bras contre sa poitrine. Donne-moi une seule bonne raison. Et par pitié, ne me sors pas l’excuse des tueurs à gages.

— C’est pourtant une excellente excuse, Scarlett.

Elle lève les yeux au ciel tout en soupirant exagérément avant de se laisser tomber sur le canapé. Les bras croisés contre sa poitrine, telle une ado en pleine crise de rébellion, elle me fixe comme si elle avait d’ores et déjà imaginé une multitude de scénarios pour me tuer et faire disparaître mon corps sans laisser de traces.

Il est tout bonnement hors de question que nous sortions ce soir. Pas même pour son anniversaire. Dans un club bondé, je ne serai jamais en mesure de la protéger. Bien sûr, Scarlett s’en fout comme de l’an quarante, elle aime peut-être ça d’ailleurs. C’est son trip après tout : lancer une allumette dans l’essence et observer les dégâts que ça cause. Les conséquences ? Elle s’en fiche, elle improvisera, comme toujours. Sauf qu’elle oublie que cette fois, elle risque un aller simple pour la morgue, pas un séjour de quelques heures chez les flics.

Actuellement, nous avons un avantage certain, personne ne se doute qu’elle est à New York. Tout le monde doit la chercher à Seattle et c’est parfait ainsi. Je n’ai pas encore de super- pouvoirs, je ne pourrais jamais affronter une dizaine de mecs armés jusqu’aux dents qui rêvent de se faire un max de blé. Dans un tel cas de figure, je mourrais, c’est certain. Et, par conséquent, Scarlett aussi.

Alors, bien que je comprenne parfaitement son envie de faire la fête pour ses vingt-deux ans, je ne peux pas prendre le risque. Impossible.

— Dans ce cas, je devrais peut-être me tirer loin, après tout, tu es aussi un tueur à gages, non ?

Elle affiche un sourire, satisfaite de sa répartie qui me laisse coi. Un instant, mon cerveau bugge : elle est sérieuse, là ? Parce que dès lors qu’on apprendra que je la protège, je deviendrai une cible pour ces types, l’homme à abattre pour l’atteindre. En bref, je mets ma vie en jeu pour la sauver. Et elle pense sincèrement qu’elle devrait me fuir ? Bordel, ce qu’elle peut être conne parfois.

— Et puis, après tout, reprend-elle, tu seras là, non ? Il ne peut rien m’arriver avec toi !

Typique de Scarlett Black : la manipulation par les compliments. Dommage pour elle, ça ne fonctionne plus avec moi. Je connais son mode de fonctionnement par cœur, encore plus lorsqu’elle est en phase maniaque. D’abord, elle demande en se servant de sa bouille d’ange. Ensuite, elle lance une pique qui frappe pile là où ça fait mal. Puis, elle tente les compliments. Et si ça ne marche pas… Elle utilise le chantage.

— De toute façon, j’irai, que tu le veuilles ou non.

Je disais quoi ?

Je lève les yeux au ciel tandis que Raf nous observe, appuyé contre la baie vitrée. Les bras croisés sur son torse, une jambe sur l’autre, un fin sourire amusé aux lèvres, il écoute les arguments de Scarlett avec la même nonchalance que moi.

Elle se lève avant de se diriger vers sa chambre, non sans taper exagérément des pieds, comme une gosse.

— Allez vous faire foutre ! déclare-t-elle en levant ses deux majeurs avant de disparaître.

Je me laisse tomber sur le canapé, la tête rejetée en arrière sur l’appuie-tête. Bien sûr, ça me fait chier de la priver d’une fête pour son anniversaire. Pour n’importe qui, ça peut paraître banal, mais lorsqu’on a eu l’enfance de Scar… ce n’est pas la même chanson. Comme elle me l’a dit une fois, tous ces jours « particuliers » n’étaient que des journées de plus en enfer, parfois même encore plus violents que des jours lambda. Vingt-quatre heures supplémentaires pour se souvenir qu’elle n’était pas aimée.

Ses parents ne se gênaient pas pour lui rappeler à quel point ils regrettaient ce jour. Lorsqu’elle est venue vivre à la maison, elle a passé ses trois premiers anniversaires enfermée dans sa chambre, refusant de sortir ou de manger. Même Owen ne pouvait pas l’approcher. Chaque fois, ça me brisait un peu plus le cœur. Et puis, pour ses treize ans, elle nous a demandé de rester avec elle. On a séché les cours et passé la journée à traîner, ici et là. Elle a pris sa première cuite sur les rails de la vieille voie ferrée désaffectée, à quelques miles de chez nous.

Je la revois encore, dans sa petite robe blanche, essayer de garder l’équilibre sur les rails, une bouteille à la main. Elle riait chaque fois qu’elle trébuchait et pinçait ses lèvres lorsqu’elle se concentrait. Owen et moi n’étions pas aussi bourrés qu’elle. Je pense que, lui comme moi, nous voulions garder l’esprit assez clair pour agir en cas de problème.

J’ai toujours préféré qu’elle fasse ses premières expériences avec moi. Dans tous les cas, un jour ou l’autre, elle aurait pris une cuite, comme tout le monde. Toutefois, j’étais présent au cas où ça tournerait mal. À l’instar de son premier joint.

Là encore, je me souviens de ce soir-là comme si c’était hier. Elle avait quatorze ans, me semble-t-il. Elle a débarqué dans ma chambre un bout de shit entre les doigts et m’a demandé avec toute sa nonchalance comment on roulait un joint. Je crois que j’ai éclaté de rire et puis nous sommes montés sur le toit de la maison. Très mauvaise idée avec du recul.

Scar n’a pas forcément écouté mes conseils et a tiré dessus comme s’il s’agissait d’une clope, résultat ? Elle a tapé un sale bad trip. Passant d’abord par la fameuse étape du chaud-froid. Évidemment, avec sa fierté mal placée, elle n’a pas osé me le dire. Malgré tout, je m’en suis rendu compte assez rapidement. Plutôt évident puisqu’elle a tout d’un coup cessé de rire pour un oui ou pour non. Aussi pâle qu’un cadavre, j’ai tout juste eu le temps de l’aider à descendre du toit qu’elle courait déjà aux toilettes pour vider l’intégralité de son estomac. Elle s’est même endormie sur la cuvette. Je me souviens de l’avoir portée dans sa chambre.

Avec du recul, elle a fait toutes ses premières expériences avec moi. Face à ce constat, une certaine fierté m’envahit. Simplement parce qu’elle avait assez confiance en moi pour me remettre une partie d’elle entre mes mains. Elle savait que je serais là pour l’empêcher de boire jusqu’au coma ou que je l’empêcherais de faire une connerie. Elle était consciente que je l’aiderais si son expérience avec la drogue tournait au carnage. Elle m’a aussi fait confiance pour sa première fois, certainement à tort pour le coup, puisque j’y suis allé comme un bourrin. Pour ma défense, je n’aurais pas pu deviner qu’elle ne baisait pas avec mon frère. Et j’étais bourré. Beaucoup.

— Si on va au bar de Jay, on pourra la protéger, suggère Raf.

— Ne te laisse pas avoir par sa bouille d’ange et ses promesses, mon pote. Elle disparaîtra de notre champ de vision en un clignement de paupières.

— C’est quoi le réel problème ?

Je soupire en tirant mon paquet de clopes de ma poche. Le vrai souci, hein ? Eh bien, je ne veux pas voir un fils de pute s’approcher d’elle. Je ne veux pas qu’elle déverse sa frustration en s’envoyant en l’air dans les chiottes d’un bar ou d’un club. Je la connais. Elle en serait parfaitement capable.

— Je ne veux pas attirer l’attention sur nous.

— Menteur. Tu sais très bien que personne ne la cherche à New York. C’est son anniversaire, gros. Et on sera deux pour la garder à l’œil.

Je pousse un long soupir avant de jurer dans ma barbe. Je me lève finalement, ma clope coincée entre mon index et mon majeur. Devant la porte close de Scarlett, je repense à ses doigts, caressant son corps nu allongé dans les draps rouges. Son regard plongé dans le mien, provocante jusqu’au bout des ongles. Sa manière de me détailler, comme si elle s’imaginait mes mains à la place des siennes. Son léger sourire arrogant, sachant l’effet qu’elle me fait. La façon dont son corps s’est arc-bouté lorsqu’elle a joui… C’était trop pour moi. Trop intense. Trop sexy. Trop excitant. J’ai dû fuir tel un lâche par peur de rompre les engagements que j’ai pris. Je ne peux pas me permettre de mêler le sexe avec le boulot. Pas avec Scar.

Elle est un peu comme une drogue. Tu la consommes, encore et encore, même si tu sais qu’elle te bute à petit feu, tu n’arrives pas à t’en passer. Tu prends ta dose, vis ton meilleur trip et quelques heures plus tard, tu es déjà en manque. Scarlett, c’est ma drogue, la pire de toutes parce qu’elle seule est capable de me mettre à genoux. Il n’y a que pour elle que j’accepterais l’overdose. Crever pour Scarlett ? Je détesterais ça, mais je le ferais, sans la moindre hésitation.

Je secoue doucement la tête et pousse la porte. Je la retrouve assise sur son lit, les écouteurs enfoncés dans les oreilles, une feuille de papier face à elle. Je l’observe un instant dessiner, sans être en mesure de distinguer son tracé. Elle finit par sentir ma présence, levant les yeux vers moi.

— I can barely breathe, when you’re here loving me{9}chantonne-t-elle sur le rythme de la chanson.

Je ferme les paupières. Comme toujours, elle vise pile au bon endroit. Cette chanson, évidemment, elle nous ramène bien des années auparavant. Elle le sait, elle revoit ce même jour que moi. Aujourd’hui, avec un nouveau regard, je me rends compte que c’est ce jour-là qu’elle m’a avoué ses sentiments. C’est la première fois que j’ai ignoré son amour. C’est ce jour-là que le jeu a réellement commencé. Une partie qui n’a aucun sens, si ce n’est de nous faire souffrir.

— Prépare-toi, on sort, déclaré-je froidement avant de quitter la pièce.

Devant le bar de Jay, j’observe une nouvelle fois Scarlett, vêtue d’une robe noire relativement simple, mais au décolleté ravageur. Elle s’arrête au milieu de ses cuisses, si moulante que je devine qu’elle porte un string.

Sexy.

Beaucoup trop sexy.

Elle a remonté ses longs cheveux rouges en une queue-de-cheval haute. Elle a maquillé ses yeux à l’aide d’un liner noir, mettant en valeur leur beauté et ses lèvres sont colorées d’un vermeil sang foutrement attirant.

— Répète les règles, Scarlett, ordonné-je.

— J’ai plus dix ans, Heath.

— Je peux aussi te traîner à l’appartement par la peau du cul.

Elle soupire en levant les yeux au ciel avant de répéter les règles que j’ai fixées dans la voiture.

— Je ne sors pas de ton champ de vision. Je ne bois pas à outrance. Je n’accepte aucune conso qui ne vient pas de toi ou de Raf. Je garde toujours mon verre à l’œil. J’ai quand même le droit de respirer ?

— Scarlett, grondé-je.

Elle jure en secouant la tête.

— Je ne danse pas avec des inconnus. Je ne vais pas pisser sans vous prévenir. Je ne me drogue pas. Je ne donne mon prénom à personne. Mieux, je ne parle avec personne. Bref, je passe la pire soirée de ma vie.

— On peut rentrer si tu préfères.

Elle marmonne avant de lever son majeur. Scarlett tourne les talons sous le sourire de Raf. On pénètre dans le bar bondé. Comme tous les samedis soir, Jay, le proprio, a transformé sa grande salle en piste de danse. Les tables sont repoussées contre le mur, laissant la place nécessaire aux danseurs.

On se fraie un chemin vers le bar, slalomant entre les clients. J’ai choisi cet endroit pour plusieurs bonnes raisons. Premièrement, je connais l’établissement par cœur. La sortie de secours au fond à gauche, l’autre en passant par les cuisines, donnant sur une ruelle et l’entrée principale. Deuxièmement, je connais le propriétaire et j’ai confiance en lui. Troisièmement, le bar n’est pas trop mal fréquenté, Jay y fait le tri sans hésitation : il ne veut pas voir les flics ici. Pour finir, il fait les meilleurs mojitos de la ville et je connais le faible de Scar pour cette boisson.

Mes yeux chutent sur le cul de Scarlett, moulé dans cette robe. Je ne retiens pas un soupir appréciateur qui n’échappe pas à Raf, malgré la musique. Il éclate de rire face à mon regard noir.

Je fais signe à Jay lorsqu’on arrive près du bar. L’Irlandais nous sourit avant de nous rejoindre.

— Salut les gars. Mademoiselle…

— Juliet, annonce rapidement Raf, ma petite sœur.

Scar l’observe de la tête aux pieds avant de hausser un sourcil. Il est clair que ça ne tient pas la route. Pour le coup, l’improvisation de Raf n’est pas à la hauteur de son talent. Je veux bien que des frères et sœurs ne se ressemblent pas, la preuve entre Owen et moi, c’est mon jumeau et pourtant nous n’avons que très peu de similitudes physiques. Toutefois, Scarlett est l’opposée de Raf. Jay aussi n’y croit pas. Heureusement, Raf n’est pas le seul ayant un talent pour le mensonge improvisé. Scarlett prend le relais.

— Du moins, c’est tout comme. On se connaît depuis toujours.

— Oh ! Je me disais bien que Rafael était fils unique. Je vous sers quoi, les jeunes ?

Jay prend nos commandes avant de s’effacer. Scar colle une claque derrière la tête de Raf qui hausse les épaules avec nonchalance.

— La prochaine fois, laisse faire les professionnels, grogne-t-elle.

— Il n’a pas à être aussi curieux, marmonne-t-il.

La musique couvre pratiquement sa voix, légèrement honteuse. Scarlett l’ignore, concentrant son attention sur la salle. Le jeu de lumière cache le visage des clients. Ça ne me plaît pas. Sur mes gardes, ce point m’inquiète.

Jay nous apporte nos verres, un whisky sec pour Raf ainsi que pour moi et, sans surprise, un mojito pour Scar. Elle lâche un gémissement appréciateur lorsqu’elle avale une longue gorgée après avoir agilement remué le fond sucré de son verre, et happé la paille de sa langue. Un gémissement qui réveille pratiquement ma queue. Bordel.

J’avale mon verre cul sec, espérant chasser le désir de mes pensées. Échec cuisant. Mon regard tombe sur son décolleté. Je devine le galbe de ses seins. Elle n’a pas mis de soutien-gorge, bordel ! Sur son sein gauche, je revois le tatouage que j’avais déjà remarqué lorsqu’elle s’était masturbée devant moi. Une suite d’hirondelles qui s’envolent vers son épaule. Je sais aussi que ses tétons sont percés. Je le devine également à travers le fin tissu de sa robe.

— On va danser ? propose Scar.

— Non.

Si elle a le malheur de se frotter à moi, je ne pourrai plus contenir mon désir. J’ai envie d’elle, elle le sait et elle en jouera. Je la connais. Hors de question que son corps m’approche.

— Tsss… Raf, tu danses avec moi ? demande-t-elle d’une voix suave.

Je lance un regard d’avertissement à mon ami. Toutefois, il n’a pas le temps de répondre. Une jolie brune se place entre Scar et moi. Je me tends avant de regarder rapidement autour de nous, cherchant un éventuel complice. Du coin de l’œil, je vois Raf coller Scar à lui. Une sensation étrange s’empare de moi : j’ai envie de le buter et en même temps de le remercier.

— Salut beau gosse. Tu me remets ?

Un instant, j’examine son visage. Dire qu’elle est laide serait un mensonge. Ses traits féminins, des lèvres pulpeuses, des yeux de biche… on a certainement baisé ensemble. Je n’en suis pas certain. Toutes les femmes qui finissent avec ma queue en elles ont le même visage. De jolies nanas, certes, mais qui n’ont aucune importance. Mon esprit divague toujours vers Scarlett. C’est ainsi, personne ne lui arrive à la cheville. Aucune n’a su attirer mon attention assez longtemps pour que je retienne son prénom.

— On a couché ensemble, quand même… murmure-t-elle.

Ses joues rougissent légèrement, malgré son approche audacieuse. Derrière elle, Scarlett la fusille du regard. Un fin sourire étire mes lèvres, ravi de sa réaction. Peut-être pour me venger de sa scène beaucoup trop sexy de l’autre jour, je décide de jouer avec sa jalousie.

Mauvaise idée, souffle une petite voix dans ma tête que j’ignore sans mal.

Scarlett plante ses yeux remplis d’espoir dans les miens. Là encore, je l’ignore. Si elle me déteste assez fort, alors, peut-être arrêtera-t-elle de jouer avec mon désir.

— Bien sûr que je me souviens, affirmé-je. J’ai ton prénom sur le bout des lèvres.

— Camille.

Elle répond, un immense sourire aux lèvres alors que j’observe la déception naître dans le regard de Scarlett. Une boule me noue la gorge lorsqu’elle hoche doucement la tête en se dégageant de la prise de Raf, comme si son toucher la brûlait. Elle se pince les lèvres avant d’avaler son verre cul sec et de le claquer sur le comptoir.

Le regard qu’elle me lance ensuite me fait froid dans le dos. Une promesse de guerre, une déclaration de haine et… une certitude que je viens de la blesser. Vraiment. Camille me parle, mais je ne l’écoute aucunement.

Mon regard reste focalisé sur Scarlett qui rejoint la piste de danse sans me porter plus d’intérêt. Il ne me faut pas plus de quelques secondes pour regretter ma décision. Elle aurait pourtant dû s’en douter. Entre nous, c’est coup pour coup depuis toujours. Elle s’amuse de mon désir, je me joue de sa jalousie. C’est à celui qui frappera le plus fort. C’est à celui qui souffrira le moins. Et on se brise encore et encore, jusqu’à en avoir des hématomes sur le cœur, parce que c’est ainsi qu’on se rappelle notre amour.

Et comme cadeau d’anniversaire, bébé, quoi de mieux qu’une déclaration d’amour qui te détruit ?

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