Chaotic Mind
36. le feu rencontre l’essence
36.
le feu rencontre l’essence
Heath – 25 ans
Nos bouches scellées, Scarlett me pousse vers son salon. Je n’arrive pas à croire qu’elle ait refusé de rester à New York, et qu’elle ait souhaité revenir ici. Contrairement à elle, je ne suis pas parvenu à totalement disparaître. Je n’étais pas là physiquement parlant, mais à travers Raf, je m’assurais que tout était sous contrôle ici.
J’ai su que je devais revenir quand j’ai appris pour la libération de ses parents. Jusqu’ici, je voulais qu’elle évolue pour elle et seulement pour elle. Qu’elle avance en étant parfaitement consciente qu’elle pouvait y arriver seule. Je suis parti pour elle, car je la connais mieux que quiconque. Je savais que les paroles de mon frère auraient tourné encore et encore dans sa tête. Parce qu’elle est ce qu’elle est, elle se serait remise en question et, à travers moi, elle aurait essayé de devenir une perfection qui ne lui ressemble pas.
Scarlett est comme ça et je pense qu’elle ne changera jamais, qu’importe le nombre de thérapies qu’elle mettra en place. Je sais que c’est parfaitement inconscient, mais elle veut plaire à ceux qu’elle aime. Parce qu’elle n’a pas su plaire à ses parents. Être parfaite. Sauf avec moi, elle sait aussi qu’elle peut être qui elle veut. En revanche, les paroles d’Owen auraient tout remis en question. Je devais me tenir éloigné pour qu’elle devienne une meilleure version d’elle-même, seulement pour elle.
Je m’en fiche de sa bipolarité, j’ai appris à vivre avec, j’ai appris à aimer ses noirs et à ne pas la tuer durant ses blancs. J’ai compris que ce n’était pas la bonne façon d’agir. Parce que même si ça n’avait plus d’importance pour moi, ça avait un impact dévastateur sur elle. Scarlett devait reprendre son traitement, recommencer une thérapie, mais elle devait le faire pour les bonnes raisons.
Gamine, elle l’a fait pour se faire « accepter » par mes parents, par Owen et par moi. Nous, on l’aimait, avec ou sans son trouble et, quelque part, sa bipolarité, en particulier les épisodes de manie, la rassurait. À cette époque, elle ne voulait pas réellement changer. C’est semblable à un fumeur qui arrête de fumer, il y a deux possibilités : soit il veut arrêter et il y arrive, soit on veut qu’il le fasse et il n’y parvient pas. Comme pour beaucoup de choses, une thérapie fonctionne seulement si on a vraiment envie de changer les choses.
Aujourd’hui, je suis certain que Scar a réellement envie de changer. Il n’y a qu’à voir les courses étalées sur le sol : des légumes frais, des fruits, de la viande, du poisson… Autrefois, elle se nourrissait de pâtes. Quand elle pensait à manger. Il n’y a pas une seule bouteille d’alcool et Raf m’a assuré qu’elle refusait même une bière. Sa consommation de cigarettes a considérablement augmenté, mais pour le coup, je ne peux que la comprendre. Entre le stress, l’arrêt de drogue et d’alcool, possiblement la peur, elle compense par autre chose.
— H, murmure-t-elle contre mes lèvres.
Je souris doucement avant de la soulever. Elle enroule ses jambes autour de mes hanches alors que j’avance vers le canapé. Elle m’a manqué. Beaucoup. Terriblement. Plus d’une fois j’ai cru craquer, à un cheveu de quitter le chalet de mes parents dans le Montana pour la rejoindre et simplement la prendre dans mes bras, en lui assurant que tout irait bien. J’ai toujours eu ce besoin quasi viscéral de la rassurer, de la protéger.
La savoir avec Raf me mettait hors de moi. Je savais qu’il ne tenterait rien, par respect pour moi. Mais je connais aussi Scarlett et sa manière de se venger. Elle est comme ça : Scarlett se venge de tout et de rien, à des échelles différentes, en fonction de la trahison en face. Pour l’avoir abandonnée, elle n’aurait pas hésité à s’envoyer en l’air avec mon meilleur pote. Je ne sais pas si Raf aurait franchi le pas, mais il reste, lui aussi, comme il est et face à une Scarlett séductrice, je ne connais aucun homme qui garderait sa queue dans son froc.
Je la dépose sur le canapé, sans détacher ses lèvres des miennes. Notre baiser est fort, intense, violent, certainement à la hauteur de notre manque. Rapidement, nos fringues s’échouent sur le sol alors qu’elle ondule son bassin sur ma queue tendue.
Mon regard tombe sur son corps nu, ses seins ronds, son ventre plat… Elle n’est plus aussi maigre qu’avant. Elle est mince, certes, mais je ne vois plus ses côtes. Ses tatouages ont également évolué. À côté du prénom d’Owen, un ange est apparu. D’une beauté fascinante, ce dernier est divisé en deux : un côté angélique avec un demi-cercle au-dessus de sa tête et une aile en plumes. Son visage est souriant, doux. L’autre côté est plus sombre, une corne sur le crâne, un rictus méchant, méprisant, un regard dur, une aile en pointe comme les démons dans les films et séries. Le bien et le mal dans un dessin. La partie la plus sombre et la plus lumineuse d’Owen. Il est parfait.
De l’autre côté, mon prénom est toujours inscrit, sans grande modification, si ce n’est cette phrase, juste sous mon prénom : « Fire Meet Gasoline. » Je souris doucement en embrassant sa peau. Mes lèvres glissent sur sa bouche, son cou, ses seins, son ventre… Elle se cambre sous chaque baiser, son épiderme se couvre de frissons. Lorsque j’atteins ses cuisses, je mordille celle de gauche pour l’inciter à écarter les jambes.
Elle n’hésite pas et l’instant d’après, ma langue cajole son clito. Elle se cambre, gémit, glisse ses doigts dans mes cheveux. J’aime sa façon d’onduler et de me repousser en même temps. Sa façon de balancer sa tête en arrière, la bouche entrouverte. J’aime son goût, ses gémissements et sa manière d’enrouler ses jambes sur mes épaules pour me plaquer contre son intimité alors que, de ses mains, elle tire mes cheveux en arrière.
Je la pénètre de mon index tout en continuant à jouer avec ma langue sur son bouton de chair plus que réceptif. Elle arque ses hanches, plaquant son pubis trempé contre ma bouche avide. Sa respiration est chaotique, je sens les prémices de l’orgasme lorsque son vagin se contracte autour de mon doigt. Mon majeur rejoint mon index alors que j’accélère la cadence dans la moiteur de sa chatte tout comme les cercles que j’impose avec ma langue sur son clitoris. Mes dents la mordillent et elle jouit. Le dos cambré, la tête rejetée en arrière, la bouche ouverte et le souffle court.
Lorsque les tremblements de son corps se calment, je me redresse. Mes bras encerclent son visage tandis que ma langue glisse sur mes lèvres humides. Je prends un instant pour contempler sa beauté : ses yeux d’un bleu si foncé qu’il tourne presque au noir lorsqu’elle est en colère, son petit nez percé, sa lèvre inférieure elle aussi, légèrement plus charnue que la supérieure. Ses joues rouges, cette mèche blonde qui colle à son front… Même si la coloration lui allait à merveille, je l’ai toujours préférée avec sa couleur naturelle. Ainsi, haletante, un léger sourire aux lèvres, je crois que je ne l’ai jamais vue aussi belle.
— J’ai envie de toi, murmure-t-elle.
Je souris, doucement. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas taquinée, non ?
— Hum, vraiment ? demandé-je en faisant mine de me relever. Moi, j’ai une petite faim. Pas toi ?
Je fais mine de me relever, mais Scarlett se redresse vivement et enjambe mes cuisses. Son intimité trempée frôle ma queue tendue à l’extrême, alors qu’elle plante un regard noir dans le mien.
— J’ai dit : j’ai envie de baiser.
— Tant de vulgarité, chuchoté-je, mes lèvres à quelques centimètres des siennes.
— Tu adores ça, rétorque-t-elle en se laissant glisser le long de mon érection.
Mes mains sur sa taille, je ne retiens pas un soupir de plaisir. Elle lâche un cri lorsqu’elle atteint la garde, ses bras entourant ma nuque. Un instant, elle ne bouge pas, puis entame de lents mouvements de hanche. Je la laisse prendre les commandes, quelques secondes seulement avant de me redresser.
Mes doigts s’enfoncent dans sa peau et je commence des va-et-vient secs, brutaux. Je sais ce qu’elle aime et elle me le confirme lorsque ses gémissements résonnent dans la pièce. Ma bouche rencontre son téton que j’aspire, la faisant gémir un peu plus fort.
Mes coups de reins sont rapides, à l’instar de ses hanches qui ondulent. Nous cherchons à nous soulager, vite. En somme, on baise. Nous aurons tout le temps de faire l’amour le reste de notre vie.
Elle jouit la première, le corps presque renversé en arrière. Il me faut quelques allers-retours supplémentaires pour la rejoindre.
Assise sur l’îlot de la cuisine, Scarlett me regarde couper les poivrons, tout en mangeant une carotte.
— Tu étais où ? me demande-t-elle finalement.
— Dans le Montana.
— Au chalet ?
Je hoche la tête tout en repensant à tous les Noëls que nous avons passés là-bas. Mes parents ne l’avoueront jamais, mais ils l’ont acheté seulement pour les vacances de Noël. Il n’y a pas d’hiver plus beau que dans les forêts du Montana, lorsque la neige recouvre le sommet des résineux et tapisse le sol.
— Je me souviens des soirées que nous passions au coin du feu à jouer à des jeux débiles, ricane-t-elle.
— Ils étaient débiles parce que tu perdais, la taquiné-je.
Plus mauvaise joueuse qu’elle, tu meurs. Scarlett est du genre à envoyer un plateau de Monopoly dans les flammes parce qu’on lui vole sa rue de la paix. On l’a appris à nos dépens. Après cet épisode, les deux cases bleu foncé lui étaient réservées. Je revois les regards noirs qu’elle nous lançait lorsqu’on tombait sur ces cases avant elle. Même le Diable en personne n’aurait pas osé les acheter.
— Vous trichiez ! s’insurge-t-elle.
Non, nous étions juste plus malins, mais j’acquiesce, un sourire aux lèvres.
— Tu te souviens lorsqu’on se racontait des histoires flippantes avant de dormir ? me questionne-t-elle.
Je hoche une nouvelle fois la tête. Il n’y a que deux chambres au chalet : celle de mes parents et celle que nous partagions Scar, Owen et moi. Souvent, avant de nous endormir, on s’amusait à se conter des histoires horrifiques. Résultat ? Personne ne passait une bonne nuit, encore moins Owen. Il était doué pour les raconter, mais bordel, il les encaissait tellement mal...
— J’aimerais y retourner, murmure-t-elle.
Je détourne mon regard du poivron pour porter mon attention sur elle. Seulement vêtue de mon tee-shirt, elle fixe ses pieds qu’elle balance d’avant en arrière. Je pose le couteau sur le plan de travail et m’avance vers elle. Je me fraie une place entre ses cuisses puis attrape son menton entre mon index et mon pouce. Je souris doucement face à son air presque enfantin.
— On y retournera, affirmé-je. À Noël, comme avant, vendu ?
Elle hoche lentement la tête sans détourner son regard du mien.
— On fait quoi, maintenant ? me questionne-t-elle.
— On va commencer par manger…
— Je ne parle pas de ça, H. Je parle de nous deux.
— Oh, ça, dis-je avant de l’embrasser. On se donne enfin une chance d’être heureux. On le mérite.
Elle acquiesce un faible sourire aux lèvres.
— Ça ne va pas être facile tous les jours, me prévient-elle.
— C’est ce qu’on appelle couramment la vie, Scar. Ce n’est jamais simple, mais elle mérite qu’on se batte un peu, tu ne penses pas ?
— H…
— Je sais, Scar, la coupé-je. Parfois, on va tellement se détester que l’un de nous deux fera mal à l’autre. De temps en temps, je rêverai de te tuer et toi aussi. Et alors ? C’est comme ça qu’on s’aime, non ? Nous n’avons pas besoin d’être comme les autres pour être heureux. Et puis, si c’était trop facile, tu aurais déjà pris la porte. Et moi aussi.
— Je crois qu’on aime bien se compliquer la vie, ricane-t-elle avant de prendre un air plus sérieux. Je t’aime.
— Je sais. Redis-le pour voir.
— Va te faire prendre.
— Je préférerais te prendre.
Elle éclate de rire puis me pousse gentiment.
— T’es nul.
— Mais tu m’aimes.
— Paraît-il. Mais ne prends pas trop confiance, Heath Cross, à tout moment je te casse les dents.
Je l’embrasse en étouffant mon rire. Je crois que je suis, pour la première fois de ma vie, vraiment heureux.
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