Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 28 sur 44

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Chaotic Mind

22. dÉtruis-moi pour me sauver

22.

dÉtruis-moi pour me sauver

 

Heath – 24 ans

Un cri me tire de mon sommeil. Le genre de cri qui glace le sang et active toute l’adrénaline présente dans un corps humain. Il me faut tout de même quelques secondes pour remettre la situation dans son contexte.

Je me saisis de mon arme, jusqu’ici sur la table de nuit, et réfléchis. Il est trois heures du matin. Porte d’entrée fermée. Alarme activée. Rafael est parti depuis longtemps. Conclusion ? Scarlett et moi sommes sans aucun doute seuls. À pas de loup, je me dirige vers la chambre d’amis. Flingue chargé, j’ouvre doucement la porte pour trouver Scarlett assise sur le lit.

La petite lampe de chevet éclaire suffisamment la pièce. Assez, du moins, pour que je puisse constater qu’elle est bel et bien seule. Je range mon arme dans mon caleçon et observe un instant Scarlett. Sa peau brille d’une fine couche de sueur, ses cheveux sont en bataille et son souffle est chaotique. Sa main presse fermement sa poitrine, juste au niveau de son cœur. Seulement vêtue d’un débardeur au décolleté ravageur, mon regard glisse sur le galbe de ses seins.

Je devrais avoir honte de la trouver bandante, alors qu’elle semble au plus mal… mais rien. Absolument aucune gêne ne me taraude tandis que je la mate sans vergogne. Ses longues jambes toniques, légèrement bronzées, sont étendues sur le lit. Son débardeur est remonté sur son ventre, me laissant le loisir de découvrir sa peau laiteuse et son nombril percé. Elle est peut-être un peu trop maigre. Sa poitrine monte et descend rapidement, suivant l’allure de son souffle irrégulier. Sa bouche, entrouverte, recherche l’air que ses poumons lui réclament. Ses cheveux, emmêlés, pourraient laisser sous-entendre qu’elle vient de vivre un super moment de baise intense.

Tout chez elle est un cri à la luxure. Tout chez elle éveille mes plus bas instincts.

Avoir eu Owen au téléphone n’a rien arrangé. Mon frère, égal à lui-même, a grandement apprécié mon appel à l’aide. Évidemment, il se réjouit de mes échecs et de mon incompétence à secourir Scarlett sans lui. Bien sûr, tel un chevalier servant, il n’a pas hésité avant d’affirmer qu’il ferait tout pour protéger sa Scarlett.

Une colère que je pensais éteinte s’est alors réveillée. Il n’a jamais été réellement question d’Owen et Scarlett, j’ai été dans l’équation à chaque instant. Scarlett n’a jamais aimé Owen comme elle m’a aimé moi. C’est moi, ça a inlassablement été moi et jusqu’à son dernier souffle, ce sera moi.

Owen n’est qu’un substitut. Un pansement qui camoufle la vilaine blessure qu’a laissée l’amour que me portait Scarlett.

Oh, dans tous les domaines, mon frère a toujours été meilleur que moi. J’étais bon à l’école ? Il était excellent et ramenait à nos parents les félicitations des professeurs. Je faisais de mon mieux ? Il restait dans son coin pour finir par être parfait. J’avais quelques amis ? Il était ultra-populaire et adulé de tous. L’adolescence a accentué cette différence entre nous. Toutefois, il y a bien une chose face à laquelle il n’a jamais fait le poids : l’amour de Scar.

Elle l’aimait ? J’étais son monde.

Elle avançait à ses côtés ? J’étais son oxygène.

Elle dormait lovée dans ses bras ? Elle rêvait de moi.

Il la réconfortait ? Elle m’appelait à l’aide.

Elle l’embrassait ? Elle me regardait.

Elle était avec lui ? Elle pensait à moi.

Elle se refusait à lui ? Elle n’a pas hésité à s’offrir à moi.

J’étais le feu, la passion qui s’emparait de son corps, qui brûlait chaque parcelle de ses courbes parfaites. Moi seul lui permettais de respirer lorsqu’elle était à bout de souffle. J’étais l’interdit, celui qui l’aurait entraînée dans les déboires de la vie, sans aucun remords et qu’elle aurait suivi, sans aucun regret. J’étais le noir, elle aimait ça, ça l’attirait comme un aimant. Ça la rendait folle de désir. C’était intense alors qu’avec Owen, c’était platonique.

Oh oui, Scarlett a toujours été à moi.

— Tu vas bien ? demandé-je finalement.

— Oui, chuchote-t-elle, le souffle court.

Je hoche doucement la tête pour seule réponse. Je ne sais plus réellement quoi faire. L’ancien moi aurait trouvé les mots pour soigner ses maux, aujourd’hui, je me sens totalement dépassé par la situation. Dans un sens, ça m’arrange. Je ne pense pas être en mesure de supporter ses tourments ; chaque fois qu’on s’est retrouvés dans ce cas de figure, j’ai toujours donné un peu plus de ma personne au point de m’oublier pour elle. Cela fait certainement de moi un être égoïste, j’en suis conscient et étrangement, ça ne me pose pas de réel problème.

Tout au long de ma vie, je me suis sacrifié pour Scarlett.

Ne pas élever la voix pour éviter les situations qui pourraient la propulser directement à l’époque de son enfance.

Ne pas parler de mes problèmes afin qu’elle reste une priorité absolue pour mes vieux.

Ne pas lui en coller une quand elle jouait avec mon frère et moi.

Ne pas exploser lorsqu’elle s’amusait avec mes sentiments comme elle l’aurait fait avec une poupée.

Fermer ma gueule quand elle me provoquait.

Ne pas la baiser contre le mur lorsqu’elle me faisait du rentre-dedans.

Ne pas l’abandonner lorsqu’elle me repoussait encore et encore comme si je n’avais aucune putain d’importance à ses yeux.

Ne rien laisser paraître face à ses sautes d’humeur.

Accepter ses épisodes maniaques, sa confiance en elle si débordante qu’elle en devenait méchante.

L’aider quand moi-même j’avais besoin d’aide.

Aujourd’hui, je pense que j’en ai marre d’être le second choix. J’ai le droit d’être, pour une fois, égoïste. Penser à moi. Et comme autrefois, Scarlett me fait plus de mal que de bien. Elle est toujours ma pire ennemie. Finalement, ça a toujours été ainsi entre Scar et moi : on se fait du mal, mais aucun de nous n’est capable de lâcher prise. Aujourd’hui, je décide qu’il est temps de mettre un point final à cette relation plus que malsaine. Elle s’en sortira, après tout, elle le fait depuis cinq ans. Je la sauverai du grand méchant loup anonyme que mon frère traque et ce sera fini. Un cadeau d’adieu avant de disparaître.

Je sors de la chambre après un dernier regard enflammé sur ses courbes. Évidemment, je ne suis qu’humain, si elle veut baiser, elle sait où me trouver, mais je ne serai plus l’épaule sur laquelle elle peut pleurer.

— H ? m’interpelle-t-elle alors que je referme la porte.

Je suspends mon geste. Elle prend plusieurs petites inspirations qui finissent par canaliser son souffle chaotique.

— Parle-moi de ta vie. Dégoûte-moi de toi. Parle jusqu’à m’en rendre malade. Parle jusqu’à ce que ta seule présence me donne la gerbe. Fais-moi souffrir, je ne veux plus que tu hantes mon esprit. Alors, détruis l’image que j’ai de toi. Détruis-moi pour que je puisse me reconstruire.

Dans mon dos, je sens le poids de son regard. La morsure de ses mots se répercute dans tout mon corps. Un frisson désagréable traverse mon échine tandis que, paralysé, je suis incapable de me retourner. Il y a des choses que j’ai faites, des trucs monstrueux qui ne me ressemblent pas, qui me donnent envie de vomir.

Certains diront qu’il s’agit de survie et, quelque part, ils auraient peut-être raison. Déshumaniser les autres m’a permis de retrouver un semblant de cohésion dans ma vie. Je ne peux pas l’expliquer, le comprendre est déjà relativement compliqué. C’est comme si j’avais vendu mon âme au diable et que, désormais, je n’avais plus rien à perdre. C’est reposant, hormis quand Scarlett revient en force dans ma vie et qu’elle me demande de la blesser dans le seul but de m’oublier alors que je ne suis qu’à quelques centimètres d’elle. Comme si je n’avais aucune putain d’importance.

Ma mâchoire se serre, à l’instar de mes poings. Je me retourne et avance doucement vers son lit. Scarlett ne me quitte pas des yeux, l’espoir qui y brille me démolit le crâne. Je plonge dans la profondeur de ses iris, plus sombres que d’ordinaire, jusqu’à ce que mes tibias percutent le lit. Je la domine de toute ma hauteur tandis qu’elle ramène ses genoux contre sa poitrine. Volontairement, j’empiète sur son espace vital en m’asseyant sur le lit. Elle souhaite être détruite ? Soit, lorsque je sortirai de cette pièce, il ne restera plus que des miettes. Toutefois, contrairement à autrefois, je ne serai pas là pour recoller les morceaux.

— Je suis tueur à gages, balancé-je sans crier gare. Je tue des êtres humains pour payer le pieu dans lequel tu dors.

Ses yeux s’écarquillent alors qu’elle amorce un mouvement de recul. Je me rapproche sans hésitation, si bien que, rapidement, un simple filet d’air sépare nos visages. Son souffle chaud, encore légèrement plus lourd que d’ordinaire, s’écrase sur ma bouche entrouverte.

Elle ne parvient pas à affronter mon regard, provoquant un plaisir malsain dans tout mon être. Un plaisir que j’accentue en approchant mes lèvres de son oreille que je mordille doucement.

— Dis-moi, bébé, que ressens-tu ? demandé-je à voix basse. Comment te sens-tu de te savoir si proche d’un meurtrier ? Je te dégoûte, maintenant ?

Je l’entends déglutir difficilement avant qu’elle ne secoue la tête en signe de négation. Oh, ma petite Scarlett, tu ne me facilites jamais la tâche… J’appose ma main sur sa taille et la rapproche de moi d’un coup sec. Ses jambes glissent sur les draps alors que tout son corps se crispe.

— Et si je te disais que toutes les nanas que j’ai baisées, j’ai rêvé de les buter juste après parce qu’aucune n’avait ce petit truc en plus que tu as ? Si je te disais que je suis incapable de jouir si je ne pense pas à toi ? Que je rêve de te faire souffrir comme j’ai souffert de ton départ ? Que depuis mon arrivée à Seattle, je rêve de m’enfoncer dans ta petite chatte comme au bon vieux temps ? Tu me crois ? Tu as peur, maintenant, Scarlett ?

Son corps se contracte davantage, même si je ne pensais pas cela possible. Ma main sur sa taille raffermit sa prise, je crame toutes mes chances de la posséder de nouveau, j’en suis conscient. Toutefois, il est plus simple de contenir un désir lorsque la personne en face vous regarde avec dégoût ou peur plutôt qu’avec tout un tas d’émotions comme le fait Scarlett.

Elle ne répond pas.

Je repense à toutes ces nanas que j’ai baisées dans l’espoir d’y trouver un peu de Scarlett Black, en vain. Toutes les fois où j’ai imaginé mille et un sévices pour qu’elle ressente ma douleur, qu’elle la vive avec la même intensité que moi. Son départ a brisé quelque chose en moi et son retour dans ma vie, chez moi qui plus est, ne fait qu’accentuer cette fracture entre celui que j’étais ado et celui que je suis aujourd’hui.

Elle recule son visage avant de planter, à nouveau, ses yeux dans les miens. Une multitude de larmes qu’elle tente de retenir brouille le bleu de ses iris.

Vas-y, Scar, déteste-moi. Laisse-moi partir.

Contre toute attente, elle plaque ses lèvres sur les miennes. Un frisson, à la fois agréable et horrible, me traverse le dos lorsque sa langue vient caresser ma peau. Il me faut un instant pour comprendre la situation avant d’en rire doucement. Sans hésitation, je lui donne accès à la mienne. Le piercing sur sa bouche provoque une sensation nouvelle qui, si je dois être honnête, ne me dérange pas autant que je ne l’aurais imaginé.

Mes doigts passent sous son débardeur, caressent la peau fine de son ventre. Je serre les dents en sentant ses côtes sous mes doigts, si bien que j’en mords sa langue. Elle gémit pendant que ma main remonte vers sa poitrine.

Lorsque je rencontre enfin son sein, je ne peux retenir un grognement. Je l’empoigne fermement jusqu’à lui arracher un gémissement suivi d’un soupir qui me retourne le crâne. Nos langues s’entremêlent, se livrant un combat sans foi ni loi dont aucun de nous ne ressortira vainqueur. Ma queue se réveille, enflant dans mon caleçon.

Nous nous séparons un instant, simplement le temps que je lui retire son débardeur et, alors que j’allais l’embrasser de nouveau, je stoppe tous mes gestes. Mon regard tombe sur ses côtes jusqu’à ses flancs, un tatouage en lettres capitales : HEATH. De l’autre côté, en bien plus petit, mais toujours assez visible pour me foutre hors de moi : OWEN, gravé à l’encre noire.

Évidemment. Elle n’a jamais été capable de nous dissocier. C’est toujours H et Owen. Owen et Heath. Je recule en grimaçant.

— Tu fais quoi ? demande-t-elle vivement en se redressant.

— Je suis dégoûté pour toi, ne t’en fais pas.

Sans un mot ni un regard de plus, je quitte pour de bon sa piaule.

Je pense que je ne serai jamais en mesure d’accepter ce lien qui relie encore mon frère à Scarlett. Elle n’est pas en mesure de choisir entre nous deux. Quelque part, ça me rassure, peut-être même que ça me fait plus de bien que si je l’avais baisée jusqu’à l’aube. Parce que, grâce à ça, je ne ressens absolument plus aucune culpabilité à l’idée de la laisser seule face à ses noirs qui la noient et ses blancs qui l’étouffent.

Scarlett Black est, ce soir, officiellement devenue une cible, que je protège, certes, mais je reviens à l’essentiel : c’est un job comme un autre, plus un devoir.

 

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