Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 37 sur 44

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Chaotic Mind

30. comme les filles dans les livres

30.

comme les filles dans les livres

 

Scarlett – 22 ans

Lorsque je me réveille, le côté gauche du lit est vide. Je tâtonne une nouvelle fois avant de jurer dans ma barbe. Un instant, j’hésite à m’extirper des draps et à quitter le confort de mon lit. Tout est étrange ce matin, en particulier ce qu’il se passe – ou justement ce qu’il ne se passe pas – dans ma tête.

Aucune envie de crever dans l’immédiat, aucune envie de rester en boule sous la couette jusqu’à m’endormir de nouveau en espérant ne jamais me réveiller. Je ne ressens pas plus de culpabilité qu’hier, ni même un semblant de remords si violent qu’il me pousserait à ouvrir la fenêtre pour embrasser le bitume de bon matin.

En bref, je ne suis pas en noir. Pour une surprise, c’en est une. Certainement comme H, j’étais persuadée que la dépression me clouerait au lit durant les prochains jours, voire quelques semaines. Dans un sens, j’aurais peut-être préféré.

Aujourd’hui, je suis dans un gris étrange qui se rapproche davantage du blanc que du noir. C’est une couleur que je n’apprécie pas des masses en réalité. Autrefois, ma psy disait que le gris, c’était moi, sans la bipolarité. Et soyons francs, je ne suis pas certaine d’aimer la moi originelle. Le peu d’empathie que je ressens, à l’instar de mes phases maniaques, m’inquiète. Une personne lambda, même sans épisode dépressif, serait forcément plus bas que terre après les épreuves que j’ai subies ces dernières semaines.

Je devrais être dévastée, au bout du rouleau, prête à jeter les armes et me tirer moi-même une balle, histoire que toute cette merde se termine. Au lieu de quoi, ma seule préoccupation pour l’heure est de savoir si H regrette ce qu’il s’est passé hier soir. Sinon, pourquoi aurait-il quitté le lit ? Et s’il était parti ? Non, on est chez lui, ce serait vraiment très con de sa part. Et s’il n’osait même plus me regarder ?

La dernière fois qu’on a couché ensemble, nous n’avons pas eu l’occasion de parler. Et puis, ce n’est pas mon style de parlementer après une partie de jambes en l’air, on l’a fait, point barre. Et c’était foutrement bon. Intense. Violent. J’ai adoré. S’il regrette… je le tue !

Pas le bon jour pour ce genre de blague, souffle une petite voix dans ma tête.

Hum, en effet, trop tôt. Je suis dans une phase peu confortable où je ne sais pas trop quoi ressentir.

Dois-je regretter de m’être battue pour ma survie ?

Dois-je revivre la scène encore et encore histoire d’essayer de trouver comment j’aurais pu m’en sortir sans le tuer ?

Au fond, je sais que c’était lui ou moi, de ce fait, pourquoi culpabiliserais-je ? Lui, s’il m’avait tuée, aurait certainement fêté ça au champagne pour savourer sa victoire, tout en réfléchissant à comment il allait dépenser tout cet argent. Alors c’est normal que je ne ressente pas grand-chose à cette idée, non ?

Si je ne craignais pas de voir le FBI débarquer, j’utiliserais mon vieux pote Google pour m’en assurer. Toutefois, étrangement, la perspective de finir mes jours derrière les barreaux ne me tente pas des masses.

Je soupire avant de repousser la couette qui recouvrait mon corps encore nu. J’ai bien dormi. C’est assez rare pour être souligné. Généralement, en épisode blanc, je ne ferme pas l’œil, alors qu’en phase noire, je passe ma journée à pioncer. Loin d’être un sommeil reposant, durant mes épisodes dépressifs, mes « nuits » sont jonchées de souvenirs que mon esprit s’amuse parfois à déformer.

Un cauchemar récurrent est ma chute de l’arbre que mon cerveau modifie. C’est toujours la même, sauf que je me sers d’Archie pour amortir le choc. Ou alors, le jour où mon père a décidé de me tuer, lorsque H est intervenu. Tout commence précisément de la même manière. Je ressens cette crainte terrible qui me retourne la tête, tout comme ce soulagement intense qui libère mon esprit. Exactement comme ce jour-là. Toutefois, ce n’est pas dans ma gorge que se loge le couteau, mais dans celle d’Heath.

Ce sont des cauchemars qui me poursuivent depuis si longtemps que, quelque part, je m’y suis habituée. Ils font partie de mon quotidien lorsque je suis en épisode dépressif. Parfois, j’y repense dans mes phases blanches, c’est… différent. La culpabilité ne me ronge pas. Je suis parfaitement consciente que je ne suis pas responsable de la mort de mon frère, ma mère n’aurait jamais dû le laisser seul, encore moins en hauteur. Je l’oublie simplement lorsque je suis en épisode noir.

Quoi qu’il en soit, cette nuit est la première depuis très longtemps où je n’ai pas fait de cauchemar. Mon visage enfoui dans le cou de H, je me suis endormie au rythme de sa respiration, alors que ses doigts glissaient dans mes cheveux. Je ne saurais dire lequel de nous a trouvé le sommeil en premier, toutefois, durant la nuit, je me suis réveillée une nanoseconde et H me tenait fermement contre lui, comme s’il craignait que je m’enfuie loin de lui.

Comme si j’en étais capable…

Mon cœur se serre lorsque mes pensées s’envolent vers Sasha. Ces derniers jours, je n’ai même pas eu le temps de laisser mon esprit voguer vers lui et… je me sens un peu coupable. J’ai l’impression de l’avoir effacé, évincé de ma mémoire. Ce n’est pas le cas, bien sûr, au fond, il est toujours là. Dans mon cœur.

J’aimerais qu’il soit ici. Non. Non, c’est faux. Je détesterais qu’il soit avec moi à cet instant. Parce que je devrais lire dans ses yeux toute la douleur du monde. Il s’est contenté d’une relation bancale avec moi, parce que je n’avais rien d’autre à lui offrir. Il serait dévasté de voir qu’avec H, j’envisage plus, un lendemain, bien qu’incertain.

J’ai beaucoup de regrets dans ma vie, des tonnes et des tonnes que j’ai tendance à oublier en blanc. Toutefois, les pires sont tous tournés vers Sasha. J’en suis consciente, j’ai brisé sa vie. Entièrement. Avant moi, il n’était pas heureux, certes, il observait son existence filer sous son nez comme un spectateur mécontent. Je l’ai rendu acteur. Acteur d’un film hard, sans réelle joie ni vrai plaisir. Parce que tout était fictif, créé par la drogue que je l’ai poussé à consommer. Accentué par l’alcool qu’il ingurgitait, sans aucun doute pour affronter le chaos de sa vie depuis que j’y étais rentrée.

J’ai tout gâché et aujourd’hui, j’aimerais seulement m’excuser. Ça ne répare rien, ça ne le ramènera pas non plus, mais je voudrais le prendre dans mes bras pour lui dire qu’il était quelqu’un, avec ou sans moi, et qu’il n’avait pas besoin d’artifices pour briller. Qu’il n’avait besoin que d’être lui. Et lui avouer qu’il me manque aussi, terriblement…

Je me décide enfin à sortir du lit, prête à affronter Heath. C’est un moment à la fois crucial et gênant. Un peu comme dans ces films à la con où les personnages qui ont passé une nuit torride la veille ne savent pas comment ils sont censés se dire bonjour le matin. Se faire la bise ? S’embrasser ? Se serrer la main ? Un check ? Un petit coucou à distance ? Ou alors, on se tire sans demander son reste ?

Cette fois, la meuf un peu conne, c’est moi. Contre mon gré, mon esprit divague à nouveau vers Sasha. Tout était facile avec lui, naturel. On baisait et puis le lendemain matin, on remettait le couvert, ou alors je rentrais chez moi le soir même. Il me manque. Non pas pour nos instants de débauche, notre perte de contrôle absolue aussi bien avec la drogue qu’avec l’alcool. Ce n’est pas dû non plus à l’attention qu’il m’offrait ou la facilité déconcertante de notre relation. Non, c’est sa présence qui me manque, son absence qui me pèse. Parfois, j’ai envie de prendre mon téléphone et de lui envoyer un message, simplement pour lui raconter une de mes nombreuses blagues absolument pas drôles, mais qui le faisaient rire. J’ai envie d’enfiler un jogging et d’aller me vautrer dans son canapé, à regarder un film nul à chier. J’ai envie de lui parler, de tout et de rien, jusqu’à en perdre la notion du temps. J’ai envie de m’installer face à lui et de dessiner les traits frôlant la perfection de son visage. J’ai envie de me blottir contre lui, d’envoyer chier ses parents, de partager un repas sur le pouce, d’aller au restaurant, de fumer une clope sur le toit de son immeuble… Avant d’être mon amant, c’était mon ami et c’est cet aspect de notre relation qui me manque le plus.

J’aimerais lui demander quoi faire avec H, qu’il me dise une dernière fois que tout ira bien, que je sortirai de cette situation merdique. J’aimerais lui dire que je suis désolée aussi, désolée de ne pas avoir su l’aimer comme il l’aurait voulu. Lui expliquer que ce n’est pas lui, c’est juste qu’aucun mec ne peut rivaliser avec Heath Cross. Il aurait compris, je pense.

Il y a des liens si intenses, si profondément ancrés dans un cœur, que rien ni personne ne peut les défaire. J’ai souvent voulu oublier H et les sentiments que je lui porte. Impossible. C’est trop fort. Et même si ça fait mal parfois, c’est toujours aussi bon. Sasha aurait compris ce genre de lien.

Je quitte mes songes, puis ouvre l’armoire de H. J’en tire un tee-shirt noir uni que j’enfile avant d’attraper un jogging gris. Le reflet que me renvoie le miroir sur la porte que je ferme manque de me faire rire. On dirait une gamine qui a volé les fringues de son père. Je finis par retirer le survêtement qui tombe inlassablement sous mes fesses. Le tee-shirt chute sur mes cuisses alors que j’enfile mon string que je portais la veille. J’ai infiniment besoin d’un café avant de passer par la case douche. Sans parler du fait que je dois m’assurer que tout est cool entre H et moi. Nous allons devoir avoir une conversation sérieuse.

On sait, lui comme moi, ce qu’il se passe entre nous, mais il est désormais temps de prendre une décision. Tentons-nous enfin le coup ? Essayons-nous d’être un couple ? On s’aime, alors pourquoi pas ? Toutefois, serons-nous capables de nous supporter quotidiennement sans passer notre temps à nous détruire ? Serons-nous en mesure de nous aimer avec une touche de normalité ? Un tas de questions qui mérite des réponses.

Je sors finalement de la chambre, prenant soin de fermer la porte derrière moi, puis je me dirige vers le salon. Je m’arrête net en constatant que H n’est pas seul. Dos à moi, assis sur un des tabourets qui entourent le bar, l’homme semble boire un café. Heath me repère rapidement. Sa tasse à quelques millimètres de ses lèvres, il stoppe son geste pour me détailler des pieds à la tête. Le poids de son regard sur mes cuisses est si intense que je les resserre, me rappelant ses caresses de cette nuit. Lorsque son invité se retourne, mes yeux sont toujours enracinés dans ceux de Heath qui, visiblement, ne voit pas d’un très bon œil le fait qu’un inconnu m’observe dans cette tenue.

En même temps, si tu avais pris la peine de me prévenir…

Ses yeux se chargent d’une lueur dangereuse, possessive, qui m’amuse autant qu’elle me fait frémir. Je sens le regard de l’autre type sur moi, mais je ne l’observe pas, bien trop fascinée par la réaction de H. J’ai presque envie de rire – comme si un autre mec que lui pouvait m’attirer, me combler. Heath est parfois naïf, penser que je puisse me satisfaire d’un autre homme alors que je peux l’avoir, lui. C’est de la folie.

Quand, durant toute notre vie, on a désiré une personne et qu’elle est enfin à notre portée, on ne la laisse pas filer, peu importent les raisons.

— Scarlett… murmure la voix pas si inconnue que ça.

Je sursaute légèrement avant de me tourner vers elle. Mon cœur rate un battement lorsque je reconnais cette tignasse à mi-chemin entre le blond et le châtain, ses yeux si clairs qu’on pourrait les confondre avec le plus bel océan du monde. Les traits de son visage ont gagné en maturité, désormais, on reconnaît aisément les airs familiaux entre lui et son frère.

— Owen, dis-je, légèrement gênée.

La situation pourrait prêter à rire pour de multiples raisons si nous étions dans un film.

La première ? Owen est mon ex.

La seconde ? J’ai couché deux fois avec son frère, aucune avec lui.

La troisième ? Je suis partie sans lui donner la moindre explication.

La quatrième ? Je suis amoureuse de son frère. Et enfin, une cinquième pour la route, je suis à moitié à poil devant lui.

Sinon, tout va pour le mieux.

Owen se lève et s’approche de moi d’une démarche assurée. Il dégage toujours ce même magnétisme, ce petit truc en plus que je ne saurais décrire. Un immense sourire étire ses lèvres alors qu’à peine arrivé à ma hauteur, il me prend dans ses bras. Les miens restent ballants, tombant de chaque côté de mon corps. Par-dessus son épaule, je lance un coup d’œil interrogateur à H, j’aimerais bien qu’on m’explique ce qu’Owen fout ici. Il ne répond pas, son regard haineux focalisé sur son frère.

Owen s’écarte de moi, ses mains remontent sur mes bras pour se déposer sur mes épaules. Il m’observe de la tête aux pieds et, bien que je n’aie jamais été pudique, je dois reconnaître que son regard légèrement insistant sur mes cuisses me met mal à l’aise. Il finit par planter ses yeux clairs dans les miens, un sourire nostalgique aux lèvres. Il ne semble pas m’en vouloir, ou alors a-t-il enfin appris à faire semblant ?

Dans mes souvenirs, Owen était un véritable livre ouvert, incapable de cacher la moindre de ses émotions. Tout ce qui lui passait par la tête se lisait sur son visage, dans ses yeux et dans ses mouvements. Aujourd’hui, son sourire révèle une joie intense de me revoir, je ne suis pas certaine de partager cela. Évidemment, je suis ravie de constater qu’il va bien, il est vrai qu’entre tout ce qu’il s’est passé, je n’ai pas pris la peine de demander des nouvelles d’Owen à son frère. Peut-être qu’au fond, c’était secondaire.

Notre relation, avec du recul, est sans aucun doute la plus malsaine que j’aie connue. On peut lui trouver bon nombre de défauts, la naïveté n’en a jamais fait partie. Il savait que j’aimais son frère, pourtant il s’accrochait à moi comme une moule à son rocher. Qui fait ça ? Qui reste en couple avec une fille qui ne l’aime pas comme il le voudrait ? Et puis, il aurait pu avoir toutes les nanas du monde, Owen était du genre populaire et franchement canon, les meufs lui couraient après par dizaines. Je n’ai jamais compris sa fascination pour ma personne, bien que je ne l’aie pas rejeté.

C’était mon meilleur ami et si sa bouche n’avait pas été scellée à la mienne quatre-vingts pour cent de mon adolescence, j’aurais même dit qu’il était comme mon frère. Sauf que je ne tape pas dans l’inceste, donc cette comparaison est carrément bizarre.

— Comment tu te sens ? demande-t-il. Heath m’a raconté ce qu’il s’est passé, tu dois être… terrifiée.

Ce n’est pas le mot que j’aurais choisi. Choquée serait plus adapté. J’étais terrifiée face à mes parents. Ça, c’était de la terreur, la vraie, celle qui te paralyse, qui te démolit le bide. La terreur qui t’empêche de fermer l’œil la nuit, qui t’oblige à être sur tes gardes matin, midi et soir, sept jours sur sept. Celle qui te dicte tes actes, te coupe le souffle, te plonge dans un noir constant et horrifique. Ce que je ressens aujourd’hui, ce n’est pas de la terreur. À peine une légère peur, je me sens en sécurité avec H bien qu’il ait failli hier. Je sais qu’il donnerait sa vie pour la mienne, qu’il me protégera jusqu’à son dernier souffle et peut-être même après.

C’est ce qui différencie Owen de H. Lorsque mon père a essayé de me tuer, Heath n’a pas hésité à entrer chez moi pour comprendre la provenance de mes cris. Quant à Owen, il est parti chercher de l’aide. Si H n’était pas monté, je serais morte. Mine de rien, il a surpris mon père et a laissé le temps au sien d’arriver. Heath fonce, Owen réfléchit. Sauf que lorsque notre survie se joue à la seconde, on n’a pas le temps de cogiter.

— Je tiens le coup, déclaré-je assez vaguement pour ne pas le faire flipper.

Je me vois mal lui dire : « Bah écoute, frérot, avec du recul, je m’en tape le vagin par terre. C’était lui ou moi, et tu connais ma spécialité pour la survie. Si c’était à refaire ? Je n’hésiterais pas une seule seconde. Rien. À. Foutre. Tellement que je me suis envoyée en l’air avec ton frère cette nuit, tu vois, ça prouve que je ne suis pas si traumatisée que ça. C’est bon, tu peux rentrer chez toi du coup, que je puisse enfin décider de comment dire bonjour à H, tu sais, l’homme de ma vie. » Ce genre de discours je pourrais le tenir avec H, hormis la dernière partie – plutôt crever que de lui avouer que je me trouve dans la même situation que les nanas couillonnes dans les bouquins pour couillonnes. Il ne serait pas choqué pour un sou, après tout, il tue des gens pour se nourrir ! Mais Owen ? Bordel, il ferait un arrêt cardiaque dans la seconde, le pauvre.

Il est trop pur, pas assez abîmé par la vie. C’est dingue de le constater d’ailleurs. Il a grandi avec un frère bousillé et une nana complètement folle. Et lui, il s’en est tiré totalement sain d’esprit. Qu’il me donne son secret !

Il hoche doucement la tête, sans quitter mon regard. Pour ma part, je jette un coup d’œil à H qui fixe les mains de son frère sur mes épaules. Il n’a toujours pas desserré les dents. Sa jalousie manifeste réveille mon bas-ventre, m’excite au plus haut point.

OK, très bien, je suis amoureuse de lui et alors ? Je l’ai toujours été ! Ce n’est pas pour autant que le jeu s’arrête, bien au contraire, je ne vais pas lui faciliter les choses. Quand le jeu s’arrêtera, on pourra donc dire que notre amour est bel et bien mort.

— Je suis là maintenant, on va trouver qui te fait ça, je te le promets.

Hum hum, si tu le dis.

Je capte enfin le regard de H, je manque de jouir comme ça, juste face aux puits sans fond qui lui servent de prunelles. Il n’est pas en colère, non, il est carrément fou de rage et… j’adore ça. OK, on est repartis pour une phrase tellement cliché que j’ai pu lire dans mes bouquins olé olé mêlant loups-garous – les mâles alpha, c’est oui ! – et humaines en chaleur : revendique-moi, bordel de merde !

— Je suis content de te revoir, reprend Owen.

Visiblement, il est aussi aveugle qu’autrefois. Sans rire, mon eye contact avec H est si chaud qu’il ferait fondre la banquise plus rapidement que le réchauffement climatique (une minute de silence réclamée pour les ours polaires !). On pourrait presque croire qu’on baise avec nos yeux, une nouveauté pour ma part, mais bordel ! C’est aussi bon que des préliminaires.

— Moi aussi, réponds-je en lui jetant un bref coup d’œil.

Je ne mens pas, il m’a vraiment manqué. Pas aussi intensément que Heath, mais tout de même. Alors qu’Owen pose de nouveau sa main sur mon bras, la patience de son frère se rompt. Il s’approche d’un pas déterminé, bousculant le tabouret où était installé Owen quelques secondes plus tôt au passage. Lorsqu’il arrive à notre hauteur, il ne prend même pas la peine de repousser la main de son frère, il m’attire vers lui d’un geste ferme, ses doigts sur ma nuque et, sans la moindre hésitation, il plaque ses lèvres sur les miennes.

Son geste, il faut le reconnaître, est un peu puéril et… inutile. Toutefois, je ne peux empêcher un sourire niais d’étirer ma bouche.

C’est bon, je suis prête pour jouer dans la prochaine comédie de Noël…

Sa paume claque mes fesses, me faisant sursauter, avant qu’il ne plaque mon bassin contre le sien. Il m’embrasse fermement, presque méchamment, comme pour me punir d’avoir laissé son frère me toucher. Je manque de rire. Une de ses mains malaxe ma fesse tandis que l’autre s’enroule autour de mes cheveux.

Et il m’embrasse, encore et encore, jusqu’à en avoir le souffle coupé. Jusqu’à ce que ma vue se brouille. Jusqu’à ce que j’en tremble. Il m’embrasse avec tant d’avidité qu’une seconde, j’oublie la présence de son frère, juste à côté de nous.

Il rompt finalement le baiser avant de jeter un regard noir à Owen. Mon sourire s’efface lorsque je comprends que leur relation ne s’est absolument pas améliorée. Bien au contraire. Ils sont irrécupérables.

— Oh, murmure H, faussement soucieux, j’ai oublié de te parler de ce point. Désolé frérot.

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