Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 21 sur 44

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Chaotic Mind

16. plus rien À foutre

16.

plus rien À foutre

 

Heath – 24 ans

— Je pense sincèrement que tu vas le regretter.

Je fixe d’un œil vide mes phalanges blessées, encore saignantes. Je ne sais pas pourquoi j’ai encore contacté Rafael. Nous savons, lui comme moi, qu’il va me falloir quelques jours avant de me mettre sur un nouveau dossier. Je pourrais en profiter pour aller voir mes parents et mon frère, restés à Fargo. Toutefois, serais-je capable de les regarder dans les yeux ?

Et puis merde, je n’y suis pour rien. J’ai essayé de la convaincre, je lui ai sauvé le cul une fois, mais comme toujours avec Scarlett Black, ça ne lui suffit pas. Donnez-lui la lune, elle vous demandera l’univers, offrez-lui la vie, elle voudra la vôtre.

J’avais presque oublié son égoïsme légendaire. Que pense-t-elle ? Que je m’en fiche de la savoir morte ? Comment peut-elle imaginer une seule seconde que mes parents ne seront pas détruits par son décès ? Elle s’est tirée il y a cinq ans, sans un regard en arrière, sans se soucier de nous. Ce n’est pas pour autant qu’elle ne fait plus partie de la famille. Ce n’est pas parce qu’elle ne vit plus chez mes parents qu’ils ont cessé de s’inquiéter pour elle. Sa mort… ça les tuerait. Elle est partie et pour eux, c’est comme si leur propre enfant avait foutu le camp. Pour preuve : ils n’ont rien touché dans sa chambre. Ils attendent encore son retour. Nous ne savions pas ce qu’elle était devenue, mais ils n’ont jamais voulu croire une seule seconde qu’elle ait pu crever. Moi non plus, d’ailleurs. Jusqu’à ce que le contrat me tombe dessus, j’ai toujours imaginé Scarlett immortelle. C’est con, pourtant je ne peux pas croire qu’on puisse périr après ce à quoi elle a survécu. Elle était si jeune, si fébrile, si faible et malgré cela, son cœur n’a jamais cessé de battre. Il a toujours fait son job, alors même qu’elle subissait les pires atrocités. Qu’est-ce qui aurait bien pu l’abattre ?

Pour la première fois depuis fort longtemps, j’ai atteint un stade où je ne sais plus quoi faire. J’aurais dû m’en douter, Scarlett n’est pas du genre à faciliter la tâche de ceux qui tiennent à elle. Je suis arrivé en bout de course.

— On ne peut pas sauver ceux qui ne veulent pas l’être, dis-je froidement.

Ces mots me pulvérisent, mais je dois me rendre à l’évidence : Scarlett n’en a rien à faire d’être en danger, rien à foutre de mourir. Les autres ? Elle s’en fiche comme de l’an quarante. Rien n’a plus d’importance pour Scarlett Black que Scarlett Black. Eh bien tant pis pour elle, j’abandonne. Je ne vais pas non plus la kidnapper pour la mettre en lieu sûr. C’est une adulte désormais, elle prend ses décisions et elle les assume.

Plus. Rien. À. Foutre.

— J’aurais adoré qu’elle te sorte la même chose quand tu étais môme.

— Je ne vais pas payer ma dette éternellement !

Il soupire, moi aussi.

— Tu vas t’en vouloir toute ta vie.

Je sais qu’il dit vrai, mais que veut-il que je fasse après tout ? Scarlett reste Scarlett et notre passé, lui, nous poursuit encore. Elle m’en veut de ne pas avoir su l’aimer et je lui en veux de m’avoir trop aimé avant de m’abandonner comme si je n’avais jamais compté.

C’était une belle connerie de remuer le passé, j’aurais pu demander à Owen de la mettre en sécurité le temps que les choses se calment, après tout, c’est lui qu’elle a choisi il y a plusieurs années pour me rendre chèvre.

Je me souviens encore du jour où je les ai surpris en train de s’embrasser dans ce skatepark abandonné à la sortie de la ville. Mon frère avait ce sourire d’enfoiré qui le caractérisait parfaitement bien. Il était enfin parvenu à ses fins, Scarlett Black était à lui.

À cette époque, Scarlett était encore une gamine – quatorze ans – toutefois je connaissais ses sentiments pour moi, elle me les avait avoués d’une façon qui lui ressemblait bien : cash, sans préambule. Elle affirmait m’aimer et avec du recul, je sais qu’elle disait vrai – mais quel fut mon choc lorsque je les ai vus...

Je n’étais pas amoureux d’elle. Bien sûr, j’avais des sentiments pour Scarlett qu’aujourd’hui encore je ne saurais définir. J’étais seulement mieux quand j’étais avec elle. Je n’allais pas bien, ça, c’est une évidence. Si je devais reprendre le code couleur de Scar, je dirais qu’à cette époque, ma vie

était un noir Vantablack{7}, au bas mot.

Je traversais une sale période, mais un seul sourire de Scarlett avait le pouvoir de me sortir quelques secondes de l’ombre. Elle était vraiment importante pour moi, et je savais, putain, je savais qu’Owen n’était pas fait pour elle.

Oh, il était réellement amoureux d’elle, ça c’est certain, mais il était aussi un connard qui, comme Scarlett aujourd’hui, en voulait toujours plus. Ses motivations n’étaient pas forcément les bonnes non plus. Bien sûr, il souhaitait être avec elle parce qu’il l’aimait, mais aussi pour pouvoir l’éloigner de moi, casser notre lien qu’il ne comprenait et ne tolérait pas. Aux yeux de mon frère, Scarlett était à lui. Ça commençait déjà mal. Il voulait faire d’elle la parfaite petite amie, la modeler à son image. Évidemment, il le faisait d’une manière assez fourbe pour que personne ne s’en rende compte, pas même Scar qui changeait radicalement à son contact.

Je pense que je n’oublierai pas le sourire diabolique d’Owen lorsque je les ai surpris au skatepark. Je n’avais jamais vu autant de cruauté dans le sourire de mon frère.

— Heath ? Je t’ai envoyé la localisation de son téléphone.

— J’irai pas, marmonné-je.

— Tu y vas, contre-t-il.

— Non.

— Heath !

— Rafael !

— Tu n’as plus dix piges, bon Dieu !

Je glisse mes doigts dans mes cheveux, avant de regarder le message qu’il vient de m’envoyer. Elle se trouve à peine à dix minutes de mon emplacement, après tout, peut-être pourrais-je essayer une dernière fois ? Juste une fois, histoire d’avoir bonne conscience.

— OK, cédé-je, mais si elle refuse de nouveau mon aide, je rentre.

Il acquiesce brièvement avant de raccrocher, me laissant seul face à ma dernière chance.

Je ne sais pas si je parviendrai à la convaincre, elle est tellement butée, mais rien que pour mes parents, je me dois de tenter le coup. Je n’ai jamais été spécialement proche d’eux, je ne leur en veux pas, ils se sont pris d’affection pour Scarlett et son trouble leur a demandé beaucoup d’énergie. Scarlett a toujours eu besoin de plus d’attention qu’Owen et moi, non pas qu’elle la réclamait, au contraire, elle s’en serait bien passée. Mais il y avait constamment le risque qu’elle mette fin à ses jours.

Elle a traversé une bonne partie de son adolescence sous anxiolytiques puissants et antidépresseurs ainsi que des stabilisateurs d’humeur. Le tout réuni, Scarlett était un vrai légume. Je me souviens qu’il lui arrivait de se réveiller seulement pour prendre ses médicaments et se rendormir la seconde qui suivait. C’était une période merdique, tout le monde était sur les nerfs et s’inquiétait pour elle. Nous savions que c’était une étape obligatoire, elle devait prendre ces médocs pour aller mieux, mais j’avais le cœur brisé chaque fois que je la croisais au détour d’un couloir, le regard vide comme si le monde autour d’elle n’existait pas. Le pire ? Quand elle stoppait les anxiolytiques. C’était généralement des cures d’un mois.

Celles-ci étaient tellement rapprochées qu’elle ne parvenait jamais réellement à se sevrer.

Je me souviens de ces journées entières qu’elle passait dans son lit, tremblante comme une feuille au vent, transpirante comme après un marathon. Je me souviens de ses gémissements de douleur et de ses supplices pour que mes parents lui cèdent un petit cachet.

C’est à cette période qu’Owen et moi avons quitté la demeure familiale pour commencer nos études universitaires, et qu’elle est partie en couille.

J’arrive finalement à l’adresse que m’a communiquée Raf. Une part de moi espère encore, l’autre en revanche n’en a plus rien à faire. Du moins, essaie de se convaincre que c’est le cas. Je tire mon téléphone et relis le message de Rafael tout en entrant dans l’immeuble huppé, profitant de la sortie d’un habitant.

[Cherche l’appartement de Sasha Martin. Scarlett et lui ont souvent été vus ensemble.]

Par pur principe, je déteste ce Sasha Martin. Simplement parce qu’il a une queue entre les jambes – certainement – et qu’il fréquente Scarlett. J’ai toujours été jaloux des hommes qui rôdaient autour d’elle, même quand elle n’en avait que faire. Quelque part, j’aurais voulu qu’il n’y ait que moi dans son univers. C’est foutrement égoïste, je le reconnais. Comment pouvais-je lui demander ça, alors que je la repoussais ? Scarlett n’était pas toute blanche non plus, elle connaissait ma jalousie et elle en jouait, avec Owen principalement.

Elle attisait le feu jusqu’à ce qu’on se brûle, tous les deux. Moi, de convoitise, elle d’envie. Un jeu malsain, certes, mais qui nous a définis durant des années. Elle voulait que je l’aime autant qu’elle m’aimait et pour ça, elle était prête à tout, même si elle n’en était pas toujours consciente. Parfois, je me dis qu’elle faisait tout ça parfaitement involontairement. Scarlett a une vision de l’amour biscornue et ça se comprend. Mais elle nous entraînait tous avec elle. Si bien qu’on a fini par l’aimer aussi mal qu’elle le faisait.

Je trouve rapidement l’étage de ce fameux Martin grâce aux boîtes aux lettres dans le hall de l’immeuble et après avoir monté les quelques marches, je suis surpris de constater que la porte est restée entrouverte. Mon sang se glace en entendant le cri de Scarlett.

— Sasha !

Je sors mon arme et pousse la porte de l’appartement. Il ne me faut que peu de temps pour comprendre qu’il y a bel et bien eu lutte ici. Le salon est sens dessus dessous, par chance, aucune trace de sang indiquant un potentiel blessé. Arme en joue, j’avance dans le couloir à pas de loup. Je repère rapidement les cheveux rouges de Scarlett, dos à moi, à l’entrée de ce qui semble être la salle de bains. Je baisse mon flingue, presque certain qu’il n’y a personne ici hormis nous.

Son dos percute mon torse alors qu’elle hurle une nouvelle fois le prénom de son ami. Elle se débat un instant avant de, finalement, se calmer. Je resserre mes bras autour de son corps tremblant, incapable de me retenir de humer son odeur fruitée qui la poursuit depuis l’enfance. Tandis que je la maintiens contre moi, des flashs d’antan me percutent. Son souffle court, annonciateur d’une prochaine crise d’angoisse, me rappelle celle qu’avait provoquée Owen la première fois qu’il lui a demandé de sortir avec lui. Mes bras encerclant sa taille me rappellent les longues minutes qu’elle a passées blottie contre moi, comme si le monde n’existait pas.

— Retrouve-le, souffle-t-elle.

Brisant la bulle d’hier dans laquelle je m’étais enfermé, sa voix se brise et chute de plusieurs octaves. Je tente de faire abstraction du pic qui pénètre ma poitrine et qui s’enfonce sans ménagement dans mon cœur. Sa détresse parle d’elle-même. Elle tient à cet homme. Je le déteste davantage.

Aucune honte ne m’assaille lorsque je me mets à espérer qu’il soit mort dans d’atroces souffrances. De l’agacement, tout au plus. Contre moi-même et ce qu’elle est encore en mesure de réveiller chez moi. Contre ma haine, qui ne parvient pas à surpasser les autres sentiments qui perdurent en moi. Et j’aimerais être si loin d’ici, sans pour autant avoir envie de desserrer mon emprise sur elle.

— J’ai une condition.

— Tout ce que tu veux, déclare-t-elle en s’échappant de mon étreinte.

Un semblant de vide se répand dans mon être lorsqu’elle recule d’un pas, s’éloignant de moi. Je tente d’ignorer cette sensation, mais à quoi bon ? Je sais depuis longtemps que je ne suis pas entièrement moi quand elle n’est pas dans mes bras.

— Dès que je l’aurai retrouvé, tu viens avec moi, ordonné-je. Tu cesses ton cinéma à deux balles. Rien à foutre que tu sois en blanc ou en noir. Ta vie, Scarlett, aura toujours plus d’importance à mes yeux que ce que tu peux bien penser de moi.

Je m’arrête un instant. Mes iris plongés dans les siens, je cherche à reconnaître son expression faciale. Impossible. Elle est, comme souvent, impassible. Pourtant, je sais qu’une tonne de choses fusent dans sa tête, je le vois dans ses yeux. Des émotions aussi contradictoires que son esprit et sa personnalité.

Mes mots sont choisis avec soin. J’aime mieux paraître qu’être faible. En baissant les armes avant qu’elle ne m’oblige à le faire, je garde un semblant de contrôle sur la situation. Un bout de mon cœur espère qu’elle est toujours aussi entichée de moi qu’autrefois. Que, comme c’était le cas il y a encore cinq ans, mes paroles soient une prière pour elle.

Cacher ma haine, mes ressentiments et tout ce qu’elle m’inspire. Lui laisser croire qu’elle est toujours le centre de mon univers. C’est peut-être un peu le cas, d’ailleurs. Lui offrir ce qu’elle désire dans le simple but d’obtenir ce que moi, je veux.

— Je préfère te voir en colère, reprends-je, je préfère que tu me détestes plutôt que de devoir assister à ton enterrement.

— C’est d’accord.

J’ai un mouvement de recul. Je m’attendais à devoir négocier encore une bonne dizaine de minutes, sortir mes arguments les plus convaincants, jouer la carte magique de mes parents et user de mon joker Owen. Qu’elle cède si facilement, bien que ça me réjouisse, me percute tel un train lancé à pleine vitesse. Elle tient à ce mec. Elle y tient vraiment.

Alors que j’ai passé ces cinq dernières années, incapable de baiser une meuf sans imaginer sa chevelure blonde, ses yeux océan et ses lèvres charnues, elle, de son côté, s’est éprise d’un autre mec.

Je devrais me réjouir et peut-être même me sentir libéré, après tout, si elle est parvenue à avancer, pourquoi pas moi ? Elle m’a toujours aimé plus fort que je ne l’ai fait, alors, tout est possible. Pourtant, c’est la haine qui me tord le bide. Une colère froide qui me donne envie de buter ce fumier, seulement pour qu’elle souffre. J’ai parfois si mal vécu son absence que j’avais le désir de me flinguer. Pourquoi pas elle ? Comment a-t-elle pu me virer de sa vie aussi facilement ?

Je ferme les yeux un instant et prends une longue inspiration. J’ai trouvé comment la mettre en sécurité. Lorsque Raf aura enfin découvert qui a mis une prime sur elle, je buterai cet enfoiré et j’effacerai Scarlett de ma vie. J’oublierai tout ce qu’elle était, tout ce qu’elle aurait pu être. Je tirerai un trait sur notre passé et le futur qu’elle a avorté. Définitivement, je mettrai un point final à cette histoire où elle n’a laissé qu’une virgule. Alors, je pourrai enfin retrouver une vie normale. J’aurai fait ma part du marché, tout le monde sera content et vivant.

— Il a des ennemis ? demandé-je plus froidement que je ne l’aurais voulu tout en me dirigeant vers le salon pour examiner de plus près la pièce.

Elle ne répond pas dans l’immédiat alors que je regarde les dégâts autour de moi. À moins qu’il se soit tapé la crise de nerfs du siècle, il n’aurait jamais pu foutre son appartement dans cet état. Malgré les bouts de verre de la table basse, il n’y a aucune trace de sang.

Je me tourne vers Scarlett qui triture ses doigts en fixant le sol, telle une gamine prise la main dans le pot de bonbons. Je hausse un sourcil et toussote pour attirer son attention. Elle relève ses yeux en direction des miens, à cet instant, elle me fait penser à une biche sous les feux d’une bagnole.

— Scarlett, m’impatienté-je.

Je ne vais pas non plus passer ma vie à chercher son mec. J’ai des choses bien plus importantes à faire, comme m’assurer que Scar est en lieu sûr. Ici, à Seattle, elle ne le sera jamais, on doit quitter la ville et fissa. Sasha Martin est le dernier de mes problèmes.

D’ailleurs, pourquoi ai-je accepté ? J’aurais pu la mettre dans mon coffre et me tirer. Rien à foutre de son avis, m’a-t-elle demandé le mien avant de m’abandonner il y a cinq ans ?

Plus j’y pense et plus j’ai la haine. J’avais enfin baissé les armes, abandonné toutes les raisons qui me poussaient à refuser ses avances. J’avais mis de côté les années qui nous séparaient, évincé sa relation avec Owen, oublié ses humeurs trop changeantes… Je m’accordais enfin le droit d’être heureux, en quelque sorte. Après tout, n’en avais-je pas le droit ? N’avais-je pas déjà assez souffert dans ma vie ? N’avais-je pas mérité un peu de répit, un peu de bonheur ? Cette garce, sur un coup de tête, elle m’a tout repris. Le pire ? J’ai pleuré son départ.

J’avais aboli les larmes de ma vie après avoir passé à tabac cet enfoiré de Kevin, pourtant, j’ai chialé comme un gosse quand j’ai compris qu’elle n’était pas seulement sortie prendre l’air. Non, elle s’était tirée et elle n’était jamais revenue.

Et regardez quel con est là aujourd’hui ? Prêt à tout pour ses beaux yeux, encore. Prêt à anéantir la vie approximativement stable que je m’étais construite pour m’assurer que son cœur battra toujours demain.

— Marcus, murmure-t-elle.

— Mais encore ? Putain, Scar que veux-tu que je foute d’un prénom ?

Elle sursaute face à mon ton aussi froid qu’un hiver en Antarctique et aussi dur que ses glaciers. Rien à foutre. J’en ai marre de jouer aux devinettes. Non, en réalité, j’en ai ras le cul d’essayer de sauver les fesses d’une demoiselle qui n’en a visiblement, elle aussi, plus rien à faire de vivre ou de mourir.

— Notre… son dealer.

Tétanisé, je ne suis plus en mesure de respirer. Mon regard plonge dans le sien. Putain ne me dites pas qu’elle a fait… ça ? Évidemment, je la sais sujette aux dépendances, ce matin encore, j’ai senti l’alcool sur elle. Mais de là à se shooter, volontairement ? Non.

— Quel genre de drogue, Scarlett ?

Si jusqu’ici ma voix était froide, elle est désormais polaire ainsi que légèrement inquiète et foutrement en colère, putain ! Comment peut-elle être conne à ce point ? Elle ne se souvient pas de son état lorsqu’elle était en manque ? Ne se rappelle-t-elle pas de ses larmes ? De ses cris ? Putain, elle s’était pissé dessus, ça aussi elle l’a oublié ?

— Crack, chuchote-t-elle, honteuse. Je… j’ai arrêté, mais pas Sasha…

Je jure en passant mes doigts dans mes cheveux. Oh, je pensais l’avoir vue au fond du trou il y a des années. Visiblement, Scarlett Black n’a de cesse de pousser à la déception. Quand on pense qu’elle ne peut pas faire pire, elle prend un malin plaisir à nous prouver le contraire.

— Putain, Scarlett !

Le changement est instantané. Comment ai-je pu croire une seule seconde qu’elle avait honte de ses agissements ? Elle redresse le menton, hautaine. Croise les bras sur sa poitrine, sûre d’elle. Plante ses yeux dans les miens, arrogante à souhait. Je la déteste lorsqu’elle est à ce degré de blanc. Je la hais.

— Un problème, mon chou ? demande-t-elle de sa voix haut perchée.

Je la fusille du regard. Un instant, j’hésite à me tirer. Toutefois, ma bonne conscience me rappelle à l’ordre. Je connais cette Scarlett-là. Plus manipulatrice, tu meurs.

— Comment Sasha est-il tombé dans la drogue ? la questionné-je bien que je sois certain de déjà connaître la réponse.

Un rire lui échappe. Le genre de rire qui ferait frémir Satan en personne. Elle balance ses longs cheveux sur son épaule gauche en passant le bout de sa langue sur son piercing à la lèvre.

— Oh ! C’est une très longue histoire…

J’avance d’un pas, elle en fait de même. Bientôt, nous nous retrouvons face à face, un mince filet d’air séparant nos deux corps. Son souffle s’écrase sur ma bouche lorsque je baisse la tête pour la regarder dans les yeux. Un combat sans foi ni loi prend alors place. Elle, arrogante, méprisante, hargneuse. Moi, furieux, déterminé, déçu, et ma foi, n’ayons pas peur des mots, triste de constater le mal qu’elle est capable de causer.

— J’ai tout mon temps.

— Mais pas Sasha, contre-t-elle.

— Parce que tu en as réellement quelque chose à foutre ?

Elle se met sur la pointe des pieds, imposant son visage frôlant la perfection à quelques millimètres du mien. Lorsqu’elle reprend la parole, ses douces lèvres caressent les miennes.

— Évidemment. Sinon, comment expliques-tu que je sois encore dans la même pièce que toi ?

— Je ne suis pas un objet, Scarlett, je ne suis pas là seulement pour régler tes merdes.

Elle ricane doucement avant d’approcher ses lèvres de mon oreille. Le métal froid de son piercing frôle mon lobe tandis qu’elle murmure sur le ton d’une confession.

— Et pourtant tu es là.

Elle passe sa langue sur ma peau fine m’arrachant un frisson à la fois désagréable et délivrant. Lorsqu’elle recule, je reprends mon souffle. Après une œillade méprisante, elle fait claquer l’objet de mon effroi contre son palais et reprend la parole.

— Tu le sais aussi bien que moi, H, qu’importe où je me trouve sur cette fichue planète, je n’ai qu’à taper dans les mains pour que tu apparaisses. C’est moi ton crack, ton meilleur trip… Tu es accro à moi, Heath, le nier serait un mensonge plus gros que toi. Maintenant que tout est clair, tu m’aides ?

Elle n’attend aucune réponse et se dirige vers la porte. Je la regarde s’en aller avant de jurer dans ma barbe. Je déteste l’avouer, mais elle a raison.

Je suis totalement accro à Scarlett Black et je compte bien passer assez de temps avec elle, jusqu’à l’overdose.

Jusqu’à ce qu’elle me dégoûte.

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