Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 44 sur 44

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Chaotic Mind

Épilogue

 

Scarlett – 32 ans

Marie me prend dans ses bras avant même que je n’aie le temps de franchir le seuil de la porte. Par-dessus son épaule, je vois son mari filer une légère tape sur le dos de son fils. Ils m’ont formellement interdit de les appeler monsieur et madame Cross. Les débuts ont été périlleux, mais aujourd’hui, les nommer par leurs prénoms n’est plus un problème.

— Vous avez fait bonne route ? me demande-t-elle en s’éloignant d’un pas, me laissant respirer. J’ai entendu que la chaussée que vous prenez habituellement était fermée. Un arbre si j’ai bien compris, c’est tout de même affolant que…

J’ai arrêté d’écouter, je crois que H aussi. J’adore Marie, mais bon Dieu ce qu’elle est bavarde. Je pénètre dans le chalet tandis qu’elle continue son monologue sous l’oreille attentive de Raf qui, lui, n’est pas encore habitué à passer à autre chose quand Marie est lancée.

Je rejoins Louis et dépose un baiser sur sa joue. Son état de santé se dégrade semaine après semaine, mais il s’accroche. Un an, pratiquement jour pour jour, après la mort d’Owen, les médecins ont trouvé une masse dans son poumon. Après presque neuf ans de chimio, six rechutes et beaucoup trop de faux espoirs, il a décidé d’arrêter tous les traitements. H et Marie lui en ont voulu. Pas moi. Je réalise qu’il peut en avoir marre de se battre pour des résultats si peu satisfaisants. La chimio le rend malade et désormais, il a plusieurs tumeurs trop importantes pour être opérées. Je crois que les métastases retrouvées dans son cerveau il y a deux mois ont précipité sa décision. C’était la fois de trop, voilà tout.

— Je suis heureux d’être avec vous ce soir, murmure-t-il pour que je sois la seule à entendre.

Il semble de plus en plus fatigué, mais il s’accroche, pour Marie. Derrière son sourire, on est tous parfaitement conscients qu’elle n’est pas prête à dire au revoir à l’amour de sa vie. Je la comprends, même si j’ai déjà eu quelques discussions houleuses avec elle à ce sujet. Évidemment, moi non plus je n’ai pas envie de voir partir Louis et je pense que lorsque viendra l’heure pour H de s’en aller, si je ne suis pas morte avant, je le suivrai dans la seconde. On ne peut pas vivre sans son âme sœur une fois qu’on l’a trouvée et qu’on a goûté au paradis à ses côtés. Néanmoins, je ne supporterais pas de le voir souffrir pour moi. Je ne conçois pas que Marie ne le laisse pas partir.

— Je suis heureuse de te voir, affirmé-je.

Il sourit en hochant la tête avant de déposer un tendre baiser sur mon front.

Mon regard navigue dans la pièce. D’abord, sur Raf. Il n’a pas beaucoup changé, égal à lui-même, toujours aussi canon et toujours aussi insupportable. Il n’a pas trouvé la femme qui partagera sa vie, quelque chose me dit qu’il n’a pas encore fait le deuil de sa relation avec Aelys. Je comprends. J’ai été à sa place, par chance, H est réapparu dans ma vie comme un boulet de canon propulsé à toute vitesse. Je n’aurais jamais pu aimer un autre homme comme j’aime le mien. Toutefois, j’ai essayé de parler à Raf, il n’y a rien de comparable à un premier amour.

Déjà, car c’est nouveau et qu’ensemble, on découvre un nouvel univers qu’on n’aurait jamais pu imaginer. Ensuite, parce que pour la première fois, on confie notre cœur à une autre personne, on lui fait confiance pour en prendre soin, sans assurance, sans garantie et tant que ça fonctionne, c’est magique. Le jour où ça lâche, en revanche, le monde entier s’effondre. Plus rien n’a de sens et personne, je dis bien personne, n’égalera celui à qui nous avons tout donné. Cependant, rien ne nous fera souffrir autant que lui. Les histoires qui suivront seront peut-être intenses, violentes, douloureuses, parfaites, imparfaites, mais elles ne seront jamais comme la première.

Ça ne veut pas dire qu’elles ne méritent pas d’être vécues, au contraire, je pense même qu’elles doivent l’être avec toute l’intensité possible.

J’ai eu la chance de rencontrer l’amour de ma vie alors que je n’étais qu’une enfant. Toutefois, s’il a toujours été le bon, il nous a fallu longtemps pour trouver le bon moment. Et c’est un peu ça, l’amour. On peut rencontrer la bonne personne, celle qui, on le sait, nous rendra plus qu’heureuse, celle avec qui on veut partager sa vie, si ce n’est pas le bon moment, alors ça ne marchera pas. Comme dit si bien Raf : avant l’heure, je ne suis pas là, après l’heure, je suis déjà parti. L’amour peut se résumer à cette phrase, enfin, je crois.

Peut-être qu’Aelys reviendra dans la vie de Rafael, qu’elle bousculera son univers comme H a pulvérisé le mien, en attendant, il se doit de vivre avec toute l’intensité du monde. Il le mérite. Sentant certainement mon regard sur lui, il se détourne de Marie et m’adresse un large sourire accompagné d’un clin d’œil séducteur. Je ricane en secouant la tête pour seule réponse.

Mes yeux tombent ensuite sur la photo d’Owen accrochée au-dessus de la cheminée. Depuis son décès, Marie met toujours une assiette supplémentaire à sa place. Comme s’il était encore un peu avec nous. Quelque part, c’est le cas. Dans nos souvenirs, dans nos cœurs… Je lui ai pardonné, complètement. Je crois qu’en réalité, je ne lui en ai jamais voulu, alors je me suis pardonnée à moi-même parce que l’enfant et l’ado qui ont partagé ma vie n’auraient pas voulu me voir culpabiliser. Après sa mort, lorsque H, Marie et Louis ont vidé son appartement, ils sont tombés sur un diagnostic psychiatrique. Owen souffrait de multiples troubles de la personnalité qui ont, sans aucun doute, joué sur ses agissements. Non traités, ils ont fini par avoir sa peau. Il n’était pas responsable de ses actes et nous ne l’étions pas non plus de n’avoir rien vu. Il a pris la décision de se taire, de ne pas se faire soigner, comme je l’ai fait avant lui, et les conséquences ont été désastreuses.

Bien que je regrette de ne pas avoir remarqué sa souffrance, de ne pas avoir su l’aider, je ne culpabilise plus. Owen aura toujours une place importante dans ma vie et dans mon cœur. Je ne regretterai jamais de l’avoir connu, d’avoir vécu ce que j’ai vécu avec lui. Et plus tard, je parlerai de lui à mes enfants, je leur dirai que leur oncle était un homme exceptionnel qui n’a jamais su trouver sa place dans ce monde bien trop grand pour lui. Je leur raconterai les moments géniaux que nous avons passés dans ce chalet avec leur père et lui. Et je leur dirai d’être heureux d’avoir un oncle comme lui, même s’il ne fait pas partie de leur vie, je sais que de là où il est, il doit être heureux.

Les bras de H entourent ma taille avant qu’il ne dépose un doux baiser sur ma tempe. Je ferme les yeux et me love contre son torse. En dix ans, nous avons fait du chemin tous les deux. Il continue ses activités, mais nous sommes d’accord sur un point : je ne veux rien savoir, je ne veux pas être mêlée à tout ça. Il m’a seulement assuré que, désormais, Raf choisissait des contrats qui lui correspondaient davantage : en bref, mon mec tue des méchants. Je ne tolère toujours pas, mais ça soulage ma conscience. De plus, je sais qu’il a l’impression d’aider à sa manière et peut-être qu’il a raison. Il élimine des enfoirés qui ne méritent même pas de fouler ce sol et parfois, la justice n’est pas à la hauteur de leur crime.

En parlant de justice, j’ai passé mon diplôme de droit. Désormais spécialisée dans les droits de l’enfance, je plaide dans des tribunaux pour enfants et défends ces gosses qui ne méritent pas de connaître l’enfer. Aujourd’hui, j’ai le pouvoir d’aider une poignée de ces mômes à s’en sortir avant qu’il ne soit trop tard, je peux hurler pour tous ceux qui n’ont plus de voix. Parfois, c’est dur. Je me reconnais dans certains cas et rester professionnelle n’est pas facile lorsque le visage des parents de l’enfant que je défends est remplacé par celui des miens.

Je fais de mon mieux. Je m’en suis sortie car j’étais bien entourée. Parce que j’ai eu la chance de tomber dans une famille aussi formidable que les Cross. Grâce à Marie, Louis, Heath et Owen, je suis heureuse aujourd’hui, j’ai traversé l’enfer, et alors ? Je suis plus forte que ce que mes parents pensaient. Je suis toujours debout. Je veux que tous les mômes que je défends aient la même chance que moi et pour ça, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle. Aucun enfant sur terre ne mérite de vivre ce à quoi j’ai survécu et aucun parent sur terre ne mérite la pitié lorsqu’ils se transforment en monstre. Je suis fière de faire ce que je fais.

Mes géniteurs ne sont jamais réapparus et je n’ai pas cherché à savoir ce qu’ils devenaient. Ils ne méritent pas de faire partie de ma vie. Je me suis assez torturé l’esprit par leur faute, aujourd’hui j’ai le droit d’être heureuse. Et j’ai tout pour l’être.

J’aime H, chaque jour un peu plus. Parfois, je me dis que ce n’est pas possible de l’aimer plus fort et puis je le regarde et finalement, je pense que je ne l’aimerai jamais assez. Bien sûr, ce n’est pas facile tous les jours. Il m’a fait pleurer, je lui ai rendu au centuple. Il y a des fois où je ne peux même pas rester dans la même pièce que lui sans vouloir l’étriper, d’ailleurs, il garde une cicatrice d’un de ces jours, lorsque je lui ai balancé un vase sur la tête. Un bout de verre lui a tranché le front, mais je crois qu’il ne m’en veut plus. Parfois, il se tire sans me donner de nouvelles pendant plusieurs jours – je sais de source sûre qu’il déprime sur le canapé de Raf. Et souvent, je fais pareil – et me retrouve au même endroit que lui. Il y a des jours où je le déteste parce que je ressens trop de choses avec lui. Mais malgré tout ça, il n’y a pas une seconde qui s’écoule sans que je ne l’aime à mourir.

— Tu devrais faire attention, Scarlett, tu as pris du poids depuis septembre, bientôt, tu ne pourras plus rentrer dans tes tailleurs.

Marie et son tact naturel, bonjour.

— Si je ne mangeais pas pour deux, je l’aurais très mal pris, rétorqué-je.

Un blanc de quelques secondes s’installe dans la pièce avant que H ne pose ses mains sur mon ventre, confirmant ce que tout le monde avait certainement compris. Marie hurle littéralement de joie, affirmant qu’elle va être grand-mère tandis que Louis attrape ma main et la serre fermement. Raf nous sourit, ce n’est pas une surprise pour lui, il l’a deviné lorsque j’ai refusé la seule bière que je m’autorise lorsqu’on passe une soirée ensemble.

Raf tend sa bouteille vers nous et souffle :

— À ta santé, mon p’tit pote.

Je souris en déposant ma main sur celle de H.

Rhett Owen Sasha Cross.

Heath m’embrasse le sommet du crâne et aujourd’hui, je peux l’affirmer sans mentir : je suis heureuse.

Je m’appelle Scarlett Cross, trente-deux ans, toutes mes dents, et c’était mon histoire. Celle d’une fille qui a appris à être heureuse dans le chaos.

 

Clap de fin.

 

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