Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 25 sur 44

Pages du PDF

Chaotic Mind

19. adieu, mon amour

19.

adieu, mon amour

 

Scarlett – 21 ans

— Scar, murmure doucement H en s’agenouillant devant moi.

Enroulée dans un plaid chaud, les jambes repliées sous mes fesses, je détaille mon appartement d’un œil vide. C’est Sasha qui m’a aidée à choisir cette table basse en bois avec un plateau rectangulaire en verre trempé. J’ai toujours eu un goût médiocre pour la décoration, contrairement à lui.

Une larme coule le long de ma joue. J’ai cessé de les retenir il y a peut-être dix minutes ou une heure, j’ai perdu toute notion du temps. Je le revois sourire, rire et vivre comme si le monde lui appartenait. J’entends encore ses blagues douteuses et ses chansons inventées de toutes pièces pour me faire pouffer.

Il avait cette joie communicative qui, parfois, parvenait à me faire sortir des phases noires. Lorsqu’il souriait, le monde entier semblait sourire. Son hilarité était une douce mélodie à mes oreilles.

Mes doigts passent inlassablement sur la cicatrice de mon avant-bras. Mes ongles s’y enfoncent, j’aimerais rouvrir la plaie, ne plus rien ressentir. La main de H s’enroule autour de mon poignet, m’obligeant à ne plus toucher la marque gravée sous mes tatouages.

Je voudrais lui hurler de ne pas poser ses mains sur moi, de partir. Toute ma nouvelle vie s’est effondrée depuis qu’il est revenu, sorti de nulle part.

Je voudrais qu’il me laisse m’en aller, pour de bon, qu’il me libère.

Je voudrais lui dire que je ne veux plus de sa présence dans mon monde, que je ne souhaite plus de ce monde non plus.

Toutefois, comme autrefois, sa proximité semble apaiser ma douleur. Doux euphémisme.

Je n’ose pas imaginer la souffrance qui achèvera mon être s’il venait à s’éloigner. Lorsqu’il glisse ses doigts sur le relief de mon avant-bras, je ne réagis pas vraiment. Encore une fois, j’aimerais m’arracher de sa poigne, je n’en ai pas la force. Son regard se voile d’un mélange de colère, de tristesse et d’inquiétude. Sa main libre glisse sur ma joue droite, la sèche, puis passe à la gauche. Peine perdue, elles sont de nouveau humides deux secondes plus tard.

— Tu veux quelque chose ? Du jus d’orange ?

Dans d’autres circonstances, j’aurais certainement souri. Je ne me souviens plus vraiment comment cela a commencé, mais à chaque épisode noir, Owen et lui me shootaient au jus d’orange. Ce n’était pas réellement la boisson qui me réchauffait le cœur, mais leur présence, parfois entêtée, à mes côtés.

Aujourd’hui, je préférerais mille fois me noyer dans les méandres de l’alcool jusqu’à tout oublier. Ne plus me souvenir du sourire de Sasha qui semble hanter mon âme. Son rire qui résonne encore et encore dans ma tête. Sa tendresse, son amitié, sa gentillesse, sa franchise, sa folie, sa bonté… Tout ce qui faisait de lui ce qu’il était. Je voudrais boire jusqu’à oublier son corps, pendu par les bras comme du bétail dans un abattoir, nu dans ce squat pourri qu’on a trop souvent fréquenté. Ne plus me rappeler de son sang qui coulait en petites gouttes régulières sur le sol jonché de pisse et de seringues, dans un requiem qui a su briser mon cœur.

Et je me déteste.

Je me déteste tellement.

Je me déteste de l’avoir abordé dans ce bar.

Je me déteste de l’avoir suivi chez lui.

Je me déteste de ne pas avoir fui plus loin au petit matin.

Je me déteste de m’être confiée à lui.

Je me déteste de l’avoir apprécié.

Je me déteste de ne pas l’avoir fui comme je l’ai fait avec les Cross.

Je me déteste de ne pas avoir été capable de me foutre en l’air.

Je me déteste de l’avoir traîné en enfer.

Je me déteste d’être entrée dans sa vie et d’y être restée.

Je me déteste d’avoir aimé le voir sombrer en même temps que moi.

Je me déteste d’avoir trouvé en lui un repère réconfortant, comme un phare au milieu de l’océan.

Je m’étais pourtant promis de ne plus laisser personne entrer dans ma vie. Non pas pour me préserver, mais parce que je finis toujours par brûler tout ce que je touche. Cela me dégoûte de l’avouer, mais je pense que mes parents avaient raison. Je suis destinée à détruire les autres. Je suis le mal. Brut. Une abomination. Une erreur. Un échec. Je suis la mort et la tristesse. Une honte. L’immoralité. La noirceur. Les ténèbres.

J’aurais dû crever, il y a bien longtemps. Lorsque j’avais six ans pour être exacte. Quand mon pied a ripé de la branche sans que je parvienne à me rattraper. Pourtant, ce n’était pas la première fois que je grimpais sur cet arbre. De là-haut, je voyais tout le quartier. Ma mère détestait me savoir aussi loin du sol, mais ni elle ni mon père ne sont jamais parvenus à me convaincre d’abandonner ce repère. J’avais six ans, dans mes yeux d’enfant, j’étais invincible et au fond, j’avais un peu raison. Ma chute ne m’a pas tuée moi, mais Archie. Un genre d’effet papillon : une petite action provoquant de grosses conséquences. L’histoire de ma vie, en quelque sorte. Qu’importent mes erreurs, ce n’est jamais moi qui subis réellement les répercussions, mais les autres.

Archie, Owen, Heath, monsieur et madame Cross, Sasha… Toutes ces personnes ont, un jour, payé le prix de ma présence dans leur vie. Archie et Sasha en sont morts. À croire que je porte malheur ou une connerie dans le genre.

— Je connais ce regard, marmonne H en se redressant.

Il s’installe sur le canapé, à mes côtés. Je ne sais même pas comment nous sommes arrivés ici. Lorsque je me suis réveillée, H m’installait sur le canapé. J’ai planté mon regard dans le sien et j’ai su que je n’avais pas cauchemardé. Le visage de H n’a jamais été expressif, ses yeux encore moins. Il a toujours été doué pour cacher ce qu’il ressentait. C’est peut-être pour cette raison que monsieur et madame Cross n’ont pas su ce qu’il vivait au collège et, ensuite, au lycée. Toutefois, aujourd’hui, une tonne de compassion traverse ses prunelles.

Sans la moindre hésitation, comme si nous nous étions quittés hier en bons termes, il m’attire à lui. Je dépose ma tête sur son épaule alors que ses bras s’enroulent autour de mon corps. Un instant, je ferme les yeux, appréciant l’apaisement qui s’empare de mon être. Ma respiration se régule, mon cœur se calme. Je hais de me sentir mieux – enfin, presque mieux. Je devrais souffrir à ne plus en être capable de respirer. Je devrais pleurer jusqu’à ce que même mes larmes soient asséchées. Je devrais crier jusqu’à avoir les poumons en feu. Je devrais… mourir. Me laisser crever.

Pour la première fois depuis longtemps, ce n’est pas parce que je ne veux plus rien ressentir que la mort m’appelle autant. Non, je suis seulement parfaitement consciente du pouvoir de destruction que j’ai sur les autres. Ma facilité déconcertante à les blesser, à les tuer à petit feu est évidente. Ressentir est le dernier de mes soucis. Je ne supporte plus d’être la cause de mille et une souffrances. La mienne, je peux la porter sur mes épaules, mais celle des autres ? Je ne suis pas assez forte.

— Tu n’es responsable de la mort de personne, Scar. Ni celle d’Archie et encore moins celle de Sasha. Tes parents étaient complètement fous, tu le sais. Tu n’as jamais été la moitié de ce qu’ils ont insinué.

Mes mains tremblent violemment, alors qu’un sanglot déchirant franchit mes lèvres. H resserre sa prise autour de ma taille, tandis que je niche mon visage dans son cou. Je suis pitoyable, mais s’il y a bien une personne devant qui j’accepte de l’être, c’est lui.

Toutefois, je ne peux que le contredire. S’il dit vrai, si quelqu’un veut réellement ma mort et si c’est ce type qui… qui a tué Sasha, alors je suis responsable de son décès.

Un flash me percute.

Allongée dans son lit, je fais des ombres chinoises sur le mur. Sasha, aussi déchiré que moi, y rajoute sa touche personnelle avec des gestes obscènes. J’éclate de rire lorsqu’il imite la pénétration.

— Un vrai gamin, ricané-je d’une voix pâteuse.

Il sourit avant de déposer ses lèvres dans mon cou. Il mordille doucement ma peau fine tandis que je porte la bouteille de vodka à ma bouche.

— Tu veux que je te montre de quoi le gamin est capable, mon ange ?

— Tu veux me tuer ? demandé-je en gloussant alors que sa main dévale sur ma poitrine.

— Oh, ma douce Scarlett, tu seras sans aucun doute la cause de ma mort. Toi, tu es destinée à briser des cœurs, beaucoup de cœurs.

— En plus du tien ?

— Le mien ? Tu l’as déjà démoli. Tu l’as pris, tu lui as sauté dessus pour le passer au mixeur avec ma fierté et tu m’as foutu à tes pieds. C’est ça ton super-pouvoir.

Je crois qu’il m’a vraiment aimée avant de comprendre que ses sentiments ne seraient jamais partagés. Et ça me tue encore davantage de l’admettre. Toutes les personnes qui m’aiment réellement, je suis incapable de leur céder une place, je passe ma vie à courir après l’impossible. Il savait que je causerais sa perte et malgré cela, il est resté, jusqu’à en mourir.

— Scarlett !

Je secoue la tête, le nez toujours plongé dans son cou. Je veux qu’il se taise. Il ne comprend rien. Pourtant, il a tout vu de ses propres yeux. Lui aussi, je l’ai fait souffrir.

Mon souffle s’alourdit. J’ai l’impression d’être prisonnière de mon corps, je dégage d’une main tremblante le plaid qui entoure mes épaules et m’éloigne de H. J’ai chaud. Des perles de sueur se forment sur mon front tandis que la désagréable sensation qu’un étau resserre ma gorge m’oblige à placer mes mains sur cette dernière. Je suffoque. J’entends vaguement la voix de H, sans en saisir le moindre mot. Ma vue se floute alors que je cherche désespérément mon souffle. Pliée en deux, je tente de calmer la douleur qui me lacère le ventre. Le visage de H, brouillé par mes larmes, apparaît soudainement dans mon champ de vision.

Je vois ses lèvres bouger, mais encore une fois, aucun son n’atteint mes oreilles. Je tente de lui parler, pourtant pas un mot ne franchit ma bouche. Mon corps tremble dans son intégralité alors que je commence à compter dans ma tête. J’essaie de reprendre le contrôle avec ces vieilles techniques que m’avait données mon psychiatre à l’époque, mais rien n’y fait, j’ai l’impression de crever. Non, je vais mourir.

Et puis il pose fermement ses lèvres sur les miennes. Il ne m’embrasse pas réellement, elles sont simplement là et elles me coupent le souffle. Mes yeux s’écarquillent sous le choc. Ses mains encadrent mon visage dans une poigne sévère qui m’empêche tout mouvement.

Comme si j’en étais capable…

Ses doigts caressent doucement mes joues, contrastant avec l’intensité qu’il impose à ses paumes. Il essuie mes larmes sans pour autant me lâcher.

— Reste avec moi, murmure-t-il sans décoller sa bouche de la mienne.

La caresse de ses lèvres lorsqu’il parle me retourne le crâne. Il recule, abandonne notre baiser qui n’en était pas réellement un et pose son front sur le mien. Je prends une longue inspiration, mon souffle est redevenu presque normal, contrairement aux battements de mon cœur qui, eux, ne semblent pas prêts à rendre les armes. Il pulse si violemment qu’il semble frapper ma cage thoracique, rendant ma poitrine limite douloureuse.

— Retenir sa respiration, chuchote-t-il. En cas de crise d’angoisse, c’est le moyen le plus rapide.

— Je… je ne… te connaissais… pas… spécialiste, répliqué-je sur le même ton.

Il sourit doucement en glissant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Son souffle chaud s’écrase sur mes lèvres entrouvertes, tandis que mes poumons semblent reprendre vie. La douleur dans mon estomac se dissipe lentement, mais sûrement. Dans ma tête et dans mon thorax, c’est toujours le chaos, mais ça, c’est un peu mon quotidien.

— Il y a pas mal de choses que tu ignores à mon sujet, Scar.

Je hoche la tête. Nos nez se frôlent dans mon geste. Je prends doucement conscience de ses mots. La dernière fois que j’ai vu H, c’était un adolescent qui se cherchait entre alcool et drogues en soirée et en cours, la journée. Aujourd’hui, c’est un homme qui… tue des gens. Cette constatation me fait sursauter. Je m’éloigne de lui, collant mon dos contre le dossier du canapé. Je replie mes genoux contre ma poitrine sans oser le regarder. Il tue des gens. Peut-être a-t-il fait bien pire que ce qu’on a fait subir à Sasha…

Sasha…

Je ferme les yeux et comme si son visage était tatoué sous mes paupières, il apparaît tout sourire. Ses iris gris rieurs, espiègles. Son rictus joueur. Ses traits à la fois fins et virils. Sa beauté brute aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Sa voix, rauque, résonne dans mon esprit alors que je le revois critiquer la déco de mon appart avant qu’il n’y mette son grain de sel.

— Que se passe-t-il dans ta petite tête, Scar ?

— Tu tues des innocents ? le questionné-je d’une petite voix.

Parce qu’après tout, c’est ce qu’était Sasha. Innocent. Il n’avait rien demandé. Il est seulement sorti dans le mauvais bar un soir et a croisé la mauvaise fille. Il a juste fait du grand Sasha : il a été le rayon de soleil de ce monde, la lumière au bout de mon tunnel, la bonté incarnée... et ça s’est retourné contre lui.

L’absence de réponse de H annonce la couleur, toutefois, puisque je suis visiblement maso, je lève les yeux pour planter mon regard dans le sien. Il tente de se dérober, mais j’attrape vivement son menton.

— Des enfants, Heath ? le questionné-je de plus en plus soucieuse.

— Putain, non, tu me prends pour qui, Scarlett ?

Je scrute ses prunelles, cherchant la vérité dans le néant de ses yeux. Ses iris, toujours aussi sombres qu’à l’époque, m’empêchent de trouver ses pupilles, cachées dans un trop-plein de noir.

Son expression, neutre, me fait froid dans le dos. Il ne semble ressentir aucun remords face à son activité professionnelle, comme si… c’était normal. Je relâche ma prise et m’éloigne légèrement. Un instant, dans les méandres de mon esprit, une théorie tirée par les cheveux s’impose en maître dans ma tête : et s’il avait tué Sasha ?

De nouveau, ma respiration s’alourdit. Non, il n’aurait jamais fait ça. Si ? Pourquoi ? Je me lève doucement, mes forces m’ayant quittée il y a longtemps. Je me traîne dans la cuisine où j’attrape, sans même la regarder réellement, la première bouteille que je trouve. J’entends Heath grogner depuis le salon alors que mon cerveau imagine mille et un scénarios où la conclusion reste la même : Heath Cross brûlant la peau de Sasha pour graver des mots qui me sont directement adressés.

J’avale une longue gorgée cul sec.

Il n’aurait pas fait ça, si ?

Une nouvelle gorgée.

Pourquoi ?

Encore.

Quel serait l’objectif final ?

Une nouvelle.

Et si ce n’est pas lui, alors qui est-ce ?

Encore une.

Qui souhaite tellement ma mort qu’il s’en prend à ceux que j’aime ?

Une autre.

Qui sera le suivant ?

Une nouvelle.

Qu’ai-je fait de si terrible pour être menacée ?

Je finis la bouteille en me laissant glisser sur le sol. Je ne suis pas une fille bien, je ne pourrai jamais le nier. Et je suis la première à penser que ma fin est la seule chose qui serait capable de me libérer et d’essuyer mes péchés. Si je dois mourir de la main d’un autre, qu’il en soit ainsi, toutefois, s’il pouvait au moins décliner son identité, histoire que je sache qui maudire en enfer pour avoir pris la vie de Sasha…

Je glisse mes doigts dans mes cheveux et tire légèrement dessus. Pourquoi ne suis-je pas dans la phase de déni ? Ce n’est pas ça la première phase du deuil, normalement ? Espérer qu’il passe le pas de ma porte en me montrant les caméras. Refuser de croire que tout ceci est réel. Me persuader que je manque une nouvelle fois de sommeil et que j’hallucine. Pourquoi je n’espère pas ?

H apparaît dans la cuisine et s’assied en face de moi. Je fuis son regard, incapable de trouver une pensée cohérente dans mon esprit. Je devrais le haïr, peut-être suis-je trop occupée à me détester moi-même. Mine de rien, ça demande beaucoup d’énergie de se haïr. Il devrait au moins m’écœurer, il tue des êtres humains. Mais là encore, je ne peux pas être dégoûtée de deux personnes en même temps, c’est trop dur pour une phase aussi sombre.

— À quoi tu penses ? me questionne-t-il.

Je sursaute légèrement, surprise par sa prise de parole. Je secoue la tête, incapable de prononcer le moindre mot. Et s’il l’avait vraiment fait ? J’aurais pleuré sur l’épaule du meurtrier de Sasha, ce qui fait de moi… un putain de monstre. Rien de nouveau en enfer, vous me direz.

— Scarlett ? insiste-t-il.

Mais pourquoi aurait-il fait ça ? Me punir de l’avoir laissé il y a cinq ans ? Après tout, il a plus qu’exprimé son amertume à ce sujet… Ne devrait-il pas se réjouir de mon chagrin ?

— Tu as tué Sasha ?

Mes mots sont sortis tous seuls, peut-être que mon cerveau est incapable de rester dans le doute. Je n’ai jamais apprécié l’incertitude, comme tout le monde, je pense. Pour ma part, elle m’angoisse, me plonge dans un état de presque transe qui me démolit de l’intérieur.

— Regarde-moi, ordonne-t-il durement. Putain Scar, regarde-moi !

Je sursaute, resserre mes bras autour de mes genoux et relève timidement les yeux vers lui.

— Je n’ai pas tué ton mec, d’accord ? OK, ça m’a foutu la haine de constater que tu as pu avancer alors que moi… moi je suis resté cinq ans en arrière. Jamais je ne t’enlèverai une parcelle de bonheur. Tu entends ? Jamais. Tu le mérites trop.

Je reste longtemps plongée dans son regard, cherchant la moindre trace d’incertitude qui trahirait un mensonge. Lui ne détourne pas le sien, se prêtant volontiers à mon examen.

— Il est mort, murmuré-je d’une voix brisée.

H hoche doucement la tête sans pour autant esquisser le moindre geste pour me toucher. Je l’en remercie.

— Je suis désolé.

Je prends une longue inspiration. Le décès de Sasha ne doit pas demeurer impuni. Je refuse de crever tant que l’enfoiré qui lui a fait ça respire encore.

— Apprends-moi à me défendre, ordonné-je, mal assurée.

— On ne doit pas rester à Seattle, commence-t-il avant que je ne le coupe.

— Ici, ailleurs, je m’en fiche. Sasha… ce n’était pas mon petit ami.

Il lâche un soupir de soulagement à peine masqué.

— C’était mon ange gardien.

C’était l’étoile qui perçait les nuages pour me guider lorsque je me perdais dans les méandres de ma vie. C’était le rayon de soleil qui brisait les remparts de ma noirceur pour y imposer un peu de lumière. C’était… lui.

— Et je refuse que celui qui lui a fait ça me tue également. Il n’aura pas cette satisfaction.

H acquiesce doucement avant de se relever. Il me tend sa main que j’observe un instant, hésitante. Combien de fois, ces cinq dernières années, ai-je rêvé qu’il me tende la main en ignorant celle de Sasha ? Je m’en saisis finalement, légèrement tremblante.

— Prépare tes affaires, on se tire. Si ce fils de pute veut jouer, ce sera sur mon territoire et selon mes règles.

OceanofPDF.com

 

OceanofPDF.com