Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 39 sur 44

Pages du PDF

Chaotic Mind

32. elle va m’aimer

32.

elle va m’aimer

 

Heath – 25 ans

Dans l’ascenseur qui mène à mon appartement, je bouillonne. J’ai passé bien plus de temps que prévu à retrouver Raf qui se bourrait la gueule dans un bar dans le Queens. J’aurais pourtant dû m’en douter, aujourd’hui ça fait sept ans jour pour jour qu’il a quitté Aelys sans prendre la peine de lui dire au revoir.

Contrairement à Scar qui est partie pour des raisons qui me paraissent encore floues – en même temps, rien n’est clair avec cette nana – Raf s’est tiré pour protéger Aelys. Il n’a jamais pris la peine de me raconter les tenants et les aboutissants de son histoire avec elle. Je l’ai connu alors qu’il venait de quitter Los Angeles et accessoirement Aelys. Il était au fond du trou, mais quand je lui ai demandé pourquoi il ne la recontactait pas, il est resté vague.

Ce n’est pas un secret, lorsqu’on connaît Raf, on sait qu’il a morflé. C’est carrément écrit sur son visage, mais les seules personnes qui connaissent vraiment son passé, c’est son père, mort et enterré, et Aelys, un fantôme d’antan que je ne suis pas certain de vouloir connaître. Il n’y a qu’un type de femme pour anéantir autant un homme et j’en ai assez d’une dans mon entourage.

Quoi qu’il en soit, c’est un rituel pour Raf, se bourrer la gueule à chaque anniversaire de rupture pour oublier qu’il a perdu la femme de sa vie. J’aurais dû savoir où chercher. Je n’aime pas l’idée que Scar soit restée seule avec mon frère. Il serait capable de lui retourner le cerveau.

Je ne connais que trop bien la force de persuasion d’Owen et… on s’est enfin trouvés avec Scar, nous avons enfin une chance. Je ne veux pas que mon frère foute tout en l’air. Dès lors que je lui ai ouvert la porte au petit matin, j’ai regretté mon choix de l’avoir appelé. Peut-être parce qu’on avait enfin couché ensemble avec Scar. Peut-être car, sans un mot, elle m’avait dit tout ce qu’elle ressentait cette nuit. Je ne veux pas perdre ça. Notre relation bancale, étrange, à la limite du malsain, c’est tout ce qui a de l’importance pour moi et je sais que si Owen le décide, il a le pouvoir de tout foutre en l’air.

J’espère que le message est passé ce matin. Scarlett est à moi, je ne laisserai personne se mettre entre nous, pas même mon propre sang. J’ai grandi maintenant, je ne suis plus ce frêle garçon que son jumeau a le pouvoir d’impressionner. Je ne suis plus le genre de personne qu’on émeut.

Quand je rentre dans mon appartement, je suis frappé par le silence. Même la télévision est éteinte. Je balance ma veste dans l’entrée avant de rejoindre le salon. Mon palpitant s’arrête net lorsque je vois Scarlett, attachée sur une chaise, au milieu de la pièce. La tête penchée en avant, elle semble inconsciente. Je me précipite vers elle, le cœur au bord des lèvres.

— Scarlett !

Alors que je ne suis plus qu’à un pas d’elle, quelque chose appuie vivement sur ma nuque. Je reconnais sans mal le canon d’une arme, ce n’est pas la première fois qu’un lâche essaie de me coller une balle dans mon dos. Toutefois, d’ordinaire, Raf est présent pour couvrir mes arrières. Il a cet instinct étrange, cette espèce de sixième sens pour sentir la merde avant qu’elle n’arrive. Sauf aujourd’hui. Aujourd’hui, il a noyé cet instinct dans l’alcool, et il comate actuellement sur son canapé. Je lève les mains en l’air, cherchant mon frère du regard. Du coin de l’œil, je vois Scar qui commence à doucement s’agiter, ce qui m’arrache un soupir de soulagement. Elle est en vie.

— Je n’avancerais pas plus à ta place.

OK, celle-là, je ne l’avais pas vue venir.

Je me crispe en reconnaissant la voix d’Owen. Je ne l’aurais pas deviné, c’est certain, mais désormais, toutes les pièces du puzzle s’emboîtent peu à peu.

— Que lui as-tu fait ? demandé-je sans détourner le regard du corps de Scar.

Ses yeux s’ouvrent puis se referment dans la seconde qui suit. Elle essaie de relever la tête, sans grand succès puisqu’elle retombe l’instant suivant.

Je vais le tuer.

— Elle s’en remettra. Installe-toi, mon frère, nous devons parler.

De sa main libre, il m’indique la chaise à côté de celle de Scarlett. Pour autant, je ne bouge pas, cherchant une porte de sortie. J’ai plusieurs armes planquées dans mon appartement, seulement la plus proche se trouve sous la table basse du salon, il aura largement le temps de faire de mon dos une passoire. Je pourrais essayer de lui subtiliser son arme, mais les chances qu’il tire avant sont énormes. Je ne peux pas prendre le risque d’être blessé, sans quoi Scarlett se retrouvera sans défense face à mon frère. Je sais aussi que si je m’assieds, je scelle certainement mon destin, notre destin.

Une petite voix dans ma tête me rappelle qu’il s’agit d’Owen, mon frère. Il ne tirera pas, pas sur moi, pas sur Scar. Non pas par manque de courage, mais parce que ce n’est pas lui. Toutefois, celui que je connais, celui avec qui j’ai partagé le ventre de notre mère, n’aurait pas drogué Scarlett. Bordel, non, il n’aurait pas touché à un seul de ses cheveux.

— J’ai dit : assis ! hurle mon frère.

Scarlett finit par complètement ouvrir les yeux. Elle tourne la tête de gauche à droite avant d’essayer de bouger les bras. Peine perdue. Une corde lie ses jambes aux pieds de la chaise tandis que ses mains semblent attachées dans son dos.

Elle plante ses yeux d’une infinie beauté dans les miens. Rien qu’à croiser son regard, je constate qu’elle n’a pas encore quitté la phase maniaque. Je ne saurais dire si c’est bien, ou tout l’inverse. Scarlett est capable de grandes choses dans cet état. Catastrophiques ou au contraire, grandioses. Si elle parvient à canaliser ses pensées plus de quelques secondes, alors peut-être que c’est elle qui nous sortira de là.

D’un pas tendu, j’avance vers la chaise, juste à côté de celle où Scarlett est attachée. Elle me suit du regard, une lueur paniquée dans les yeux. J’essaie de paraître le plus serein possible, mais en réalité, je ne sais absolument pas comment nous allons nous en sortir.

Dans ma tête, c’est le chaos. Malgré tout, je n’arrive pas à comprendre pourquoi mon frère nous fait ça. Est-ce lui qui a mis une prime sur Scarlett, ou profite-t-il seulement de la situation ?

Je m’installe le plus lentement possible, cherchant encore une solution. Dès que je serai attaché, nos chances de sortir d’ici en vie se réduiront de moitié. À peine me suis-je assis qu’Owen passe dans mon dos, son arme toujours braquée sur moi. Il attache des menottes à mes poignets avant de repasser devant nous.

— Pourquoi ? murmure Scarlett.

— Tu connais déjà la réponse. Je pense que le comment t’intrigue davantage, non ? Commençons par le commencement…

 

Owen – 25 ans

J’attrape une chaise que je traîne sur le parquet pour la positionner face à eux. Mon regard reste focalisé sur Heath, je sais que Scarlett ne tentera rien de stupide. Elle m’aime trop pour ça. Bien sûr, elle ne s’en rend pas encore compte, j’ai été trop gentil avec elle. Maintenant, j’ai compris, Scarlett n’a pas envie qu’on soit cool avec elle, elle veut un connard. Ce n’est pas grave, je l’aime assez pour changer.

Heath ne modifierait rien pour elle. Son amour a des limites, contrairement au mien, Scarlett le comprendra avec le temps. Je lui offrirai la vie qu’elle souhaite au fond de son cœur, et elle m’aimera pour ça. Elle me remerciera tous les jours de l’avoir libérée de l’emprise malsaine de mon frère.

— Tout a commencé quand tu es arrivée à la maison, mon amour. Je faisais tout pour toi, mais tu ne voyais que mon frère. Ça me rendait dingue ! Tu n’avais pas besoin d’un lâche dans ta vie, à cette époque tu ne comprenais pas à quel point il était faible, alors j’ai dû aviser. Payer Kevin pour qu’il s’en prenne à Heath était d’une facilité déconcertante. Je volais l’argent des parents et je te faisais accuser.

Comment mes chers parents auraient-ils pu remettre en cause ma parole ? Heath a toujours su s’attirer des problèmes, alors que moi, j’étais l’enfant parfait. Je suis parfait ! Heath n’était qu’une merde sur un trottoir, Scarlett devait le comprendre.

C’était sans compter sur son besoin maladif de l’aider. Je n’avais pas prévu qu’elle se reconnaisse en lui, je n’avais pas prévu que la douleur de mon frère résonne en elle. Ma Scarlett a tout l’air d’aimer souffrir. Je suis sûr que chacun des hématomes de mon frère, chacune de ses réactions, lui rappelait ce qu’elle avait vécu. Et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de l’aider. Peut-être avait-elle pitié ?

Quoi qu’il en soit, ça n’a pas eu l’effet que je recherchais. Pourtant, j’ai préféré continuer. Parce que je connais Heath. Il se sentait faible et par conséquent, aucunement légitime d’approcher Scarlett. Mon frère a toujours eu cette envie, voire ce besoin, d’être le héros de l’histoire. Néanmoins, face à Kevin, il était la victime. Comment aurait-il pu protéger Scarlett s’il n’arrivait pas à se secourir lui-même ? Alors, en effet, il ne chutait pas dans l’estime de ma Scarlett, mais lui se tenait éloigné pour ne pas paraître faible à ses yeux.

— Quand il t’a rejetée, j’ai cru que ce serait plié. Après tout, je te connais, je sais que tu n’es pas du genre à courir après qui que ce soit. Lorsque tu m’as embrassé, j’ai su que j’avais gagné une bataille, mais pas la guerre. Je voyais les regards que vous échangiez. Et cette haine qui doucement s’installait, parce que c’était plus simple de se haïr plutôt que de s’aimer, pas vrai ?

J’ai détesté cette période ! Scarlett était à moi, pourtant j’étais parfaitement conscient que chacune de ses pensées était dirigée vers Heath. Je savais que quand elle m’embrassait, elle rêvait que ce soit lui qui y réponde. Parfois, la nuit, lorsqu’elle dormait, elle murmurait son prénom en se blottissant contre moi. Chaque fois je serrais les dents, persuadé qu’à force de se faire la guerre, ils finiraient par oublier qu’ils étaient amoureux l’un de l’autre.

Après tout, j’avais un avantage certain. Nous étions ensemble, elle s’endormait dans mes bras, elle m’embrassait, elle me tenait la main dehors… Bref, tous ces trucs que font les gens en couple.

Scarlett n’a jamais eu la même conception du couple que le reste du monde. Pour elle, être avec quelqu’un n’implique pas forcément d’avoir des sentiments. Je l’ai compris bien plus tard, bien trop tard. C’était surtout une solution pour qu’on lui lâche la grappe. Puisqu’elle n’était pas comme les autres, puisque tout le monde s’attendait à un faux pas de sa part, se mettre en couple était principalement une façon de prouver qu’elle pouvait être stable. Ce n’était qu’une façade pour cacher ses réels désirs qui, à coup sûr, auraient prouvé au monde entier l’étendue de sa folie.

Il faut un certain mal-être pour aimer avec autant d’intensité, avec autant de douleur. Si elle avait aimé Heath à la vue de tous, tout le monde n’aurait eu d’yeux que pour elle – et pas dans le bon sens du terme. J’étais la façade qui lui permettait de planquer ses sentiments. Je ne veux plus de ça, désormais, elle m’aimera moi et seulement moi, comme elle aurait dû le faire depuis le premier jour.

Je lui ai tout donné, moi ! J’étais là dans les moments en blanc, j’étais là pour ceux en noir. Je lui ai tenu la main quand elle avait peur, je l’ai empêchée de me repousser lorsqu’elle ne se trouvait pas à la hauteur de mon amour. J’ai mis ma vie entre parenthèses pour elle ! C’est moi qu’elle aurait dû aimer, et s’il faut que je lui retire son libre arbitre pour qu’elle le comprenne, qu’il en soit ainsi.

— J’ai tout fait pour toi, tu m’entends ? Tout ! Et pourtant, tu t’es comportée en parfaite salope. Cette nuit-là, je t’ai entendue sortir du lit et je t’ai suivie. Je vous ai regardés du haut des escaliers. Tu t’es toujours refusée à moi, pourtant, tu l’as laissé te baiser comme une chienne, te traiter comme telle ! Il n’y avait rien d’amoureux dans votre acte, c’était répugnant.

Scarlett secoue la tête sans détourner son regard perdu du mien. Je me rappelle de cette nuit comme si elle datait d’hier. Je me souviens des gestes de Heath, des gémissements de douleur de Scarlett, des soupirs satisfaits de mon frère. Cet enfoiré l’a baisée, elle souffrait et il aimait ça. Elle avait mal et pourtant, elle se laissait faire, à aucun instant elle ne l’a repoussé. Je revois les traits de son visage, son appel à l’aide silencieux. Une part de moi voulait intervenir, cesser ce massacre, mais l’autre, la principale, aimait la voir souffrir, agoniser sous les coups de reins de Heath. Je ne cessais de me répéter qu’après ça, elle ne serait plus en mesure de l’aimer.

Il l’a souillée. Il n’a fait preuve d’aucune douceur, d’aucune empathie. Il a été égoïste, elle lui a tout donné et lui n’a pensé qu’à son plaisir. Comment aurait-elle pu le regarder en face après ça ?

— Cette nuit-là, tu as demandé à Scarlett pourquoi elle s’endormait dans mes bras alors qu’elle t’a toujours aimé, déclaré-je en regardant Heath. Je me suis souvent posé la question, tu sais ? Elle a tourné encore et encore dans ma tête durant toutes ces années. Je me disais « si elle ne pouvait pas avoir Heath, pourquoi ne pas être restée célibataire ? » Désormais, j’ai la réponse. J’étais un fichu pansement. Je n’ai pas servi à grand-chose finalement, elle a juste caché la plaie pour qu’elle ne s’infecte pas, mais ma présence n’a jamais servi de point de suture.

Heath m’observe avec une expression indéchiffrable. Seul son regard parle pour lui : le vide, le néant. J’ai envie de lui hurler que c’est sa faute. Il a empoisonné l’amour de ma vie, il me l’a volée.

Sans Scarlett près de moi, la vie n’a aucun sens. Depuis son départ, j’existe seulement dans le but de la retrouver. J’ai monté une entreprise afin d’être en mesure de l’assumer financièrement pour qu’elle puisse se consacrer à l’écriture comme elle le faisait avant. J’aimais tellement la regarder griffonner dans ses journaux, assise en tailleur sur le lit, ses cheveux blonds encadrant son visage angélique. Elle aussi aimait que je la mate. En réalité, elle aime être le centre de l’attention, que le monde tourne autour d’elle et pour ça, elle est prête à tout, quitte à jouer sur plusieurs tableaux. Elle aime plaire, qu’on la remarque, elle a besoin d’exister à travers les autres.

Elle apprendra à se contenter de mes yeux.

Scarlett est un joyau, une pierre si précieuse qu’elle a une valeur inestimable. Lorsqu’on possède un trésor si rare, on ne laisse personne la contempler par peur d’attiser la jalousie et d’attirer les voleurs. Quand elle sera à moi entièrement, corps et âme, je la garderai précieusement cachée. Après tout, ne dit-on pas que pour vivre heureux, il faut vivre cachés ? Elle est mon monde et bien plus que ça encore. Je refuse qu’un autre homme l’approche de nouveau, la souille par sa simple présence, gâche sa pureté par un regard.

— J’ai mis une prime sur toi, mon amour. Je m’excuse. Je le devais. Heath devait te retrouver, tu devais comprendre par toi-même qu’il n’était pas fait pour toi, que tu serais bien mieux avec moi. Malheureusement, je n’ai pas su me montrer assez patient – ou peut-être l’ai-je trop été, finalement. Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, la prime est levée, tu es en sécurité désormais, grâce à moi. Nous allons pouvoir être heureux.

Je pointe mon arme vers Heath, je sais que c’est la dernière chose qu’il me reste à faire. Mon premier plan a échoué, mais je savais que revenir dans sa vie, comme une fleur après de si longues années, n’aurait rien changé. En me revoyant, elle aurait cherché à retrouver mon frère, c’était certain. Je devais faire quelque chose de plus grandiose, afin de l’impressionner. Je voulais lui montrer que moi aussi, je pouvais me comporter comme un connard si c’était ce qu’elle souhaitait.

Croyez-le ou non, je ne suis pas heureux de devoir tuer mon frère. Même après tout ce qu’il a fait, je ne voulais pas en arriver à des extrêmes pareils. Tuer ce Sasha m’a déjà beaucoup coûté, mais il mettait à mal mon plan, il éloignait Scarlett de Heath. Elle devait comprendre qu’aucun homme ne l’aimerait aussi fort que moi, sinon, pourquoi aurais-je fait tout ça ?

— Attends !

Je me tourne vers Scarlett qui m’observe avec… amour. Mon cœur rate un battement. Je reconnais ce regard, je le reconnaîtrais entre mille, c’est ainsi qu’elle observait Heath lorsqu’on était adolescents. Je ne parviens pas à me détacher de ses yeux si profonds, de sa beauté angélique. Même avec toutes les modifications – que je trouve hideuses d’ordinaire – qu’elle a apportées à son corps, elle est magnifique. Elle n’a aucune imperfection physique. Je dois encore modeler certains aspects de sa personnalité, quitte à la briser pour la reconstruire, toutefois ce n’est qu’un détail, nous aurons tout le temps pour ça.

— Oui, mon amour ?

Je sais ce qu’elle veut. Bien sûr, elle ne souhaite pas voir mon frère mourir, moi non plus, mais c’est une étape inévitable. Je dois le faire pour que nous puissions être heureux. Pour qu’elle m’aime moi et seulement moi.

— Tu ne penses pas…, commence-t-elle, avant de marquer un temps de pause, cherchant ses mots. Tu ne penses pas qu’il devrait voir notre amour ? Il devrait voir que toi, tu as réussi là où il a échoué. Toi, tu me rendras heureuse, pas vrai ?

Je hoche vivement la tête.

— Il devrait le voir, pour qu’il se rende compte de son échec, qu’il souffre comme tu as souffert, n’est-ce pas ?

 

OceanofPDF.com

OceanofPDF.com