Chaotic Mind
15. un si doux poison
15.
un si doux poison
Scarlett – 21 ans
Putain d’abruti à la con !
Oh, je le reconnais, Heath Cross a toujours eu un tas de défauts qui n’ont fait que s’accentuer après le lycée : colérique, alcoolique, drogué, enfoiré, salaud, connard… mais jamais menteur. J’ai apprécié son honnêteté, même s’il arrangeait parfois la vérité pour qu’elle soit moins dure à encaisser pour moi. Toutefois, dès lors que j’ai été assez âgée pour accepter la vie telle qu’elle est, il ne m’a jamais menti.
Je pourrais croire à son histoire, j’ai même douté un instant lorsque j’ai repensé à l’échange qu’il a eu avec mon agresseur. J’ai un contrat sur ma tête ? Mais comment aurait-il pu le savoir ? Je suppose que ce genre de truc ne se trouve pas à la page quatre du Seattle Times.
En bref, mon premier amour est devenu fou. Sinon, tout va bien dans le meilleur des mondes.
Je soupire en sortant mon téléphone. J’ai besoin de voir Sasha. Je sais que ce n’est pas bien. Mon psy désapprouverait si elle entendait mes pensées – et que je continuais de la voir. Je me souviens, comme si c’était hier, de son discours infiniment long sur la différence entre l’envie et le besoin.
« Le besoin, Scarlett, est une exigence de la vie. Tu as besoin de manger. Tu as besoin de dormir. Tu as besoin de te vêtir. Les besoins sont naturels et nécessaires. La notion de plaisir n’est pas présente dans la satisfaction d’un besoin. Évidemment, tu peux aimer, manger, dormir, t’habiller… Mais si tu n’aimais pas ça, ça ne changerait rien au fait que ce soit obligatoire à ta survie. L’envie… L’envie ne te sauvera pas la vie, elle ne fait pas partie de ta survie. Bien sûr, il est normal de répondre à tes envies, tant que tu restes dans la modération. Les envies sont superflues. Tu as envie de partir en vacances, tu n’en as pas besoin. Tu as envie de t’acheter le nouveau téléphone, tu n’en as pas besoin. Tu as envie d’être le centre de l’attention, tu n’en as pas besoin. Tu comprends ? »
Bien sûr, je comprenais, et je saisis toujours. Parfois, mes envies sont si intenses qu’elles obnubilent mes pensées. Elles sont là, dans ma tête et tournent encore et encore si bien qu’elles se confondent avec un besoin. Et c’est exactement ce qui se passe avec le sexe.
Je n’en ai pas besoin à proprement parler. J’en suis parfaitement consciente. Toutefois, mon appétit sexuel est si intense durant mes périodes de blanc que je ne parviens pas réellement à le contrôler. Ça en devient vital et par extension, un besoin ou une dépendance.
Autrefois, lorsque le sexe ne faisait pas partie de ma vie, je remplaçais cette envie-besoin par l’affection de mes proches. Je me blottissais dans les bras d’Owen, je parlais des heures avec H sous son regard protecteur… J’avais besoin de cette attention, exister pour quelqu’un, même quelques ridicules minutes.
C’est une façon peu orthodoxe, je le reconnais, de se libérer, de s’évader. Mais hormis lorsqu’on s’envoie en l’air, quand compte-t-on réellement pour quelqu’un ? Je n’ai jamais été douée pour tisser des liens avec les autres. Lors de mes épisodes noirs, je suis bien trop fatiguée, déprimée et négative pour ça, rien que parler me demande une énergie que je ne suis pas certaine d’avoir. Et dans les phases blanches… Je n’en ai rien à foutre des autres.
Je sors de mes songes lorsque Sasha décroche enfin.
— Salut mon ange…
Sa voix, traînante, me fait frissonner. Je le sais et, au fond, je l’ai toujours su : Sasha et moi, nous nous faisons plus de mal que de bien. Il est ce mec trop parfait qui cherche de l’adrénaline dans une relation qui lui brisera le cœur, simplement pour sortir de son quotidien. Il a eu une vie traditionnelle. Issu d’une famille aisée sans être pour autant pétée de thunes, il n’a jamais connu le besoin. Ses parents sont des gens simples que j’ai eu la chance de rencontrer quelques fois lorsque je vivais encore avec lui. Jamais ils n’ont levé la main sur lui, je pense que même une fessée les aurait traumatisés davantage que lui. Il a grandi dans un quartier calme où il a suivi un enseignement classique. Fils unique, il a vécu une vie banale jusqu’à notre rencontre.
Enfant de luxure, je brûle tout ce que je touche… et il adore ça. Sasha était une étincelle qui rêvait de devenir un feu de forêt et moi, j’étais l’essence qui lui a donné le moyen de tout embraser.
Loin d’être l’idée du siècle, il ne sait plus se contrôler. Il passe d’excès en excès et certainement pour me donner bonne conscience, je le suis. Si je sombre avec lui, je ne suis pas totalement responsable de sa chute, si ?
— Tu fais quoi ? demandé-je.
Je traverse la rue en repensant à notre première rencontre. C’était quelques semaines après mon arrivée. Je picolais dans un bar avec les derniers dollars qu’il me restait. J’allais dormir dehors, encore, mais au fond, je n’en avais rien à faire. Je voulais mourir. J’avais imaginé un tas de scénarios plus morbides les uns que les autres pour mettre fin à mes jours. Je crois même que j’avais prévu de passer à l’acte le soir même. Et puis il est venu me parler, comme une luciole sur ma route.
Je voulais crever, mais… une part de moi ne supportait pas l’idée de laisser mes parents gagner. C’est cette partie qui s’est accrochée à Sasha. C’est cette même part qui l’a ouvertement allumé. C’est toujours celle-ci qui l’a suivi chez lui. Je n’avais jamais couché avec personne d’autre que H, mais j’étais bien trop saoule pour m’en inquiéter.
Toutefois, quand nous sommes arrivés chez lui, il m’a proposé un café et c’est tout. L’alcool aidant, j’ai été plus entreprenante que j’en suis normalement capable lorsque je suis en noire. Il m’a repoussée sans un mot. Il me semble que je lui ai demandé s’il était gay, ce moment reste un peu flou.
Il a souri avant de souffler des mots qui ont scellé notre amitié… et sa descente en enfer.
« On ne couchera pas ensemble, Miss. Tu es canon, c’est clair, mais généralement, les nanas qui se bourrent la gueule seules dans un bar miteux ont davantage besoin d’une oreille que d’un coup de bite. »
Au final, je n’avais pas parlé. Il l’avait fait pour moi. Il avait passé la nuit à parler de tout et de rien jusqu’à ce que je m’endorme sur son épaule. Le lendemain matin, je suis partie alors qu’il pionçait encore. Au fond, j’avais passé la meilleure soirée depuis longtemps, mais je n’ai jamais été du genre à m’imposer dans la vie des autres. C’est lui qui m’a retrouvée, quelques heures après mon départ.
J’étais assise sur la plage à deux pas de chez lui. J’ai toujours aimé l’océan. Une force brute qui me terrifie et pourtant, m’intrigue, m’appelle. Les vagues se fracassaient sur le rivage, caressant mes pieds nus. Si inconnu, si infini, si fort, il semblait ne jamais avoir de fin. Le cri des mouettes, le vent dans mes cheveux, j’avais l’impression de n’être rien.
Parfois, rien c’est bien. Mieux que folle. Mieux que tous les mots que mes parents utilisaient pour me qualifier. Rien, c’est mieux que l’enfer. Rien, c’est mieux que la noirceur et les cauchemars. Rien, c’est suffisant lorsque le reste est trop douloureux.
Sasha était apparu de nulle part. Il avait posé sa veste sur mes épaules et s’était assis à côté de moi. Nous nous étions contentés du silence pendant de longues minutes, seulement bercés par le bruit des vagues et la caresse du vent. Je ne saurais dire pourquoi j’avais ouvert la bouche, peut-être parce que je n’avais jamais été aussi seule de toute ma vie. Je ne suis pas à l’aise avec la solitude, elle me replonge dans les abîmes d’hier. Parfois, je la recherche ; en noir, elle est une fidèle compagne qui, rarement, ne me fausse compagnie.
Quoi qu’il en soit, j’avais parlé. Longtemps. Je lui avais raconté ce qui m’était arrivé avec les frères Cross, ignorant volontairement le passage sur mes parents. Je lui avais dit que je n’avais plus de toit sur la tête, mais que ça allait, je le vivais bien. Je ne cherchais pas à ce qu’il m’aide, j’avais juste besoin d’une oreille.
Lorsque je lui avais dit mon âge – seize ans à l’époque – il avait juré avant de se lever. Il m’avait demandé de le suivre et, persuadée qu’il allait me traîner au premier commissariat, j’avais refusé. Il m’avait simplement proposé un café pour qu’on parle, tranquillement. J’avais fini par céder et cette nuit-là, ainsi que les suivantes, j’avais eu un toit sur la tête et de la bouffe dans mon assiette. Il avait vingt-et-un ans, comme H et Owen. J’avais l’habitude de converser et de vivre avec des mecs de son âge, c’était facile.
Mais j’étais encore en noir… Je m’en veux de lui avoir imposé la vision de moi, au plus bas et n’ayant pas peur des mots, à moitié morte. Après tout, il a tout fait pour que je me sente bien dans un monde qui n’était pas fait pour moi… Une fois de plus, il a été là, avant que je le traîne dans mes ténèbres.
— Hé, mon ange, tu m’écoutes ?
Je sursaute légèrement. Prise dans mes songes, j’ai même arrêté de marcher.
— Désolée, soufflé-je.
— T’inquiète. Combien de temps avant que tu arrives ?
Je regarde autour de moi. Les passants s’accumulent dans les rues, la route est, comme d’habitude, bouchée.
— Vingt minutes, je pense.
— Parfait. Tu as faim ?
Je souris légèrement avant de glisser ma lèvre inférieure entre mes dents. Un délicieux frisson traverse ma colonne vertébrale en m’imaginant nue, dans ses draps. J’ai un rapport particulier avec le sexe.
J’aime l’adrénaline qui parcourt mon être et brûle mes veines comme de l’acide.
J’aime le sexe, mais pas seulement.
J’aime les sensations euphorisantes qui s’emparent de mon corps, plus agréables que la meilleure dose de n’importe quelle dope.
J’aime cette façon de me sentir vivre, à fond, comme si rien ne pouvait me mettre à genoux.
Contrairement au commun des mortels, je ne prends pas de plaisir dans la partie charnelle du sexe. Ce n’est pas la pénétration qui me fait jouir ni les préliminaires. Ce ne sont pas les caresses de mon partenaire ou ses baisers langoureux qui me font atteindre le septième ciel. Non, mon trip à moi, c’est l’abandon. Le cerveau qui se vide, les battements du cœur qui accélèrent, la respiration qui se saccade… Il n’y a plus rien hormis le silence entrecoupé de gémissements. La paix du corps et de l’esprit. Les ténèbres, terrifiées par le plaisir, s’envolent vers de lointaines contrées, laissant mon être si vide de noirceur, si intense de rayonnement que j’en ai le souffle coupé.
Je suis accro à cette sensation que je ne retrouve que dans un pieu.
Accro à la brûlure des chairs qui se frottent.
Accro aux ongles qui s’enfoncent dans ma peau, me faisant geindre de douleur et paradoxalement, atteindre un niveau de plaisir qui frôle le paroxysme.
Accro aux dents qui poignardent mon derme, m’arrachant une larme de douleur, me propulsant loin dans les nuages.
Accro à ces mains qui empoignent mes hanches si fort que leurs empreintes restent encrées dans ma peau plusieurs jours.
Accro à la jouissance, celle qui me fait vibrer, celle qui me transporte dans un monde fait d’une multitude de couleurs éclatantes, loin, très loin du blanc et du noir.
Je suis accro au sexe.
Une putain de vraie dépendance.
Le pire ? Je m’en fiche comme de l’an quarante.
De toute manière, ce n’est pas la seule. En blanc, j’enchaîne les dépendances diverses et variées : le sexe ne me poursuit pas dans le noir ; l’alcool, qui, lui, reste et je dirais même augmente en phase noire ; la drogue, que je suis parvenue à chasser de ma vie, hormis les joints, en noir comme en blanc ; et pour finir, la nicotine. Ma consommation de cigarettes augmente considérablement en période noire. Je peux fumer jusqu’à trois paquets par jour. Mon compte bancaire est en PLS, mais au fond, là encore, je m’en fiche pas mal.
Ces dépendances font partie de mon quotidien depuis des lustres. J’ai commencé à fumer des clopes à mes treize ans et des joints à mes quatorze ans. Je suis tombée dans les drogues plus dures vers mes seize ou dix-sept ans, je ne m’en souviens plus exactement, je ne garde que de vagues souvenirs de ma très longue phase noire. L’alcool date de mes quinze ans environ et le sexe… depuis mes seize ans. C’est ancré en moi, comme mes tatouages.
Encore prise dans mes pensées, je me reprends et susurre d’une voix volontairement provocante.
— Seulement de toi.
— Putain, Scarlett… dépêche-toi, déclare-t-il avant de raccrocher.
Je souris, ravie de mon petit tour avant de reprendre ma marche. Coucher avec Sasha, c’est facile. Il ne s’attend pas à ce que je tombe amoureuse de lui et il ne me demande rien de plus que ce que je suis en mesure de lui offrir. Il aime mon corps, non, il le vénère comme si j’étais une putain de déesse. Il aime baiser et non faire l’amour, et c’est parfait. C’est ce que je veux.
Rien à foutre de la sensualité quand on a la passion.
Toutefois, ce que j’apprécie le plus, c’est ce qu’il me permet de faire. Dans mon cerveau dysfonctionnel, le sexe se rapporte toujours et encore à H. Alors, dans mes moments d’extase, le visage de Sasha se modifie. Ses yeux clairs, vides comme si son âme avait foutu le camp par peur de côtoyer ma noirceur, ternis par la drogue, brillants à cause de l’alcool, changent. Ils deviennent noirs, intenses, sauvages, méprisants. Son regard se transforme en celui de H lorsqu’il m’a baisée pour la seule et unique fois. Le visage en diamant de Sasha change, prend des traits plus virils, plus froids, plus forts aussi. Sa lèvre inférieure gonfle légèrement, offrant à sa bouche un côté plus charnu. Son menton, imberbe, se recouvre d’une fine toison brune de quelques jours, mal taillée. Sa mâchoire devient carrée. Son expression faciale douce, quasiment délicate, devient dure, presque méchante. Et lorsqu’enfin, Sasha est H, je jouis. Je jouis en criant cette lettre, cette appellation qui me vient de l’enfance, avant ma chute de l’arbre. Je jouis en pensant à H, en baisant avec H. Jamais avec Sasha, même si c’est sa queue qui est en moi, ce n’est pas lui qui m’arrache mon orgasme.
Sasha ne s’en est jamais offusqué, ou alors il ne l’a pas montré. Désormais, c’est devenu la norme, la nôtre du moins. Une fois, il m’a avoué que, lui aussi, il pensait à une autre quand on baisait. Bien sûr, mon ego en a pris un sacré coup et j’ai même filtré ses appels pendant quelques jours, avant de revenir sur terre. Je ne peux pas lui imposer de ne songer qu’à moi alors que je ne pense qu’à H. Je suis quelqu’un d’égoïste, le nier serait un mensonge dont même moi je ne suis pas capable. Toutefois, je suis aussi une partisane du donnant-donnant. J’imagine sa frustration quand je crie le surnom de mon premier – et seul – amour lorsque je jouis alors que lui à la décence de ne pas prononcer le prénom de la nana qu’il baise lorsqu’il est en moi. Alors je le laisse faire et lui aussi. C’est malsain, mais après tout, c’est notre délire. On évolue dans l’impur depuis des années et c’est certainement ce qui nous maintient en vie.
Quand j’arrive au pied de son immeuble, quarante-cinq minutes après notre appel, dans un quartier beaucoup moins miteux que le mien, je ne prends pas la peine de sonner à l’interphone. Lorsque j’ai quitté son appartement pour voler de mes propres ailes, Sasha m’a laissé le double de ses clefs. Parce que, malgré sa déchéance, il reste un homme bien, voire parfait, il voulait que je sois toujours en mesure de trouver un chez-moi, même lorsqu’il n’est pas là. Il dit que son appartement sera toujours le nôtre. Il n’a d’ailleurs jamais dérangé ma chambre, pourtant je n’y dormais que très rarement, seulement au début de notre colocation lorsqu’il ramenait d’autres filles chez lui.
J’ai eu énormément de mal à m’habituer à dormir seule. En réalité, je trouvais toujours une excuse pour ne pas pioncer dans un lit si personne n’était avec moi. Je ne compte même plus le nombre de fois où je me suis endormie sur la table du salon, assise sur une chaise, la tête entre les bras. Ça ne changeait rien à mes cauchemars, mais je n’étais plus seule dans un lit que je trouvais bien trop grand. Rapidement, j’ai fini par squatter le pieu de Sasha, avant même qu’on ne couche ensemble, simplement pour sentir une présence près de moi.
Je monte les quelques marches qui me séparent de son appartement au premier étage du bâtiment. Un fin sourire étire mes lèvres quand je constate que la porte est entrouverte. Il a l’habitude que j’oublie les clefs. Même lorsque je vivais ici, je sonnais chez la voisine pour ne pas déranger mon colocataire-amant-ami, sachant que, généralement, son état ne lui permettait pas de se traîner jusqu’à l’interphone. Lui ne fermait jamais la porte de l’appart. Une mauvaise habitude qui me plongeait dans une angoisse intense chaque soir. Comme un rituel, je me levais et j’allais vérifier que la porte était bien fermée à double tour, plusieurs fois par nuit. Un TOC que j’ai abandonné en emménageant seule.
Je rentre dans l’appartement, mal à l’aise. Je ne saurais dire pourquoi, mon instinct me souffle que ce n’est pas comme d’habitude. J’en viens à trembler tant mon mauvais pressentiment est intense.
Dans le salon, mon sang se glace. L’appartement est sens dessus dessous. Ça aurait pu être normal, depuis qu’il se drogue et qu’il boit à outrance, le ménage est devenu une option que Sasha ne se prive pas d’oublier. Toutefois, là, c’est tout autre chose. Je suis face à un champ de bataille. Sur le sol, la télé est renversée, tout comme les lampes. La table basse en verre est pulvérisée, des éclats ont volé sur le canapé et sur le tapis gris. Les cadres photo de ses parents et lui, autrefois soigneusement suspendus au mur, sont désormais sur le parquet, la vitre fracassée.
— Sasha, hurlé-je en m’avançant dans le couloir.
J’ouvre toutes les portes. Celle de sa chambre qui ne semble pas être plus dérangée que d’ordinaire ; celle de ma chambre, qui n’a toujours pas bougé. Je termine par la salle de bains, d’une main tremblante j’appuie sur la poignée. Je pénètre dans la pièce en parfait état. C’est la seule pièce que Sasha a toujours pris soin de nettoyer, qu’importe son état. Lorsque mon regard tombe sur la baignoire, mon sang se glace. Les souvenirs affluent dans ma mémoire.
Cette sensation de libération, mêlée à la crainte d’un monde incertain. Cette envie de lâcher prise et cet appel de la vie. Plus je m’enfonçais dans l’abîme de la Mort, plus mes besoins devenaient flous. Je n’étais plus certaine de vouloir mourir, mais je ne voulais pas vivre pour autant. La douleur dans mon avant-bras était insupportable si bien que j’ai été incapable d’infliger le même sort à l’autre.
Je recule, paniquée. Alors que je crie une nouvelle fois le prénom de mon ami, mon dos rencontre un torse chaud et ferme. Je me débats avant que des bras se referment autour de moi. Mon cerveau ne met qu’un instant à reconnaître son odeur, mon corps, lui, ne met pas plus d’une seconde.
H me maintient debout tandis que je comprends qu’il vient de se produire quelque chose de grave ici : Sasha a disparu.
— Retrouve-le, soufflé-je.
OceanofPDF.com