Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 31 sur 44

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Chaotic Mind

25. Œil pour œil, cul pour cul

25.

Œil pour œil, cul pour cul

 

Scarlett – 21 ans

— Tu as l’air… frustrée, ricane Rafael tandis que je fixe la porte de la salle de bains, close. Trop close.

La bouche entrouverte, je n’arrive pas à croire qu’il ait osé me faire ça et pire encore, que je me suis laissé berner avec autant de facilité. Bien sûr qu’il allait se comporter comme un connard. C’est la spécialité de Heath Cross après tout.

C’est la première fois qu’un homme ose me faire ça. Ma fierté en a pris un sacré coup. Non, le mot n’est pas assez fort. Disons que je l’ai bouffée, avant de la vomir, de la foutre dans un mixeur avec ma colère envers lui. J’ai rajouté une pincée de ma confiance en moi assaisonnée de la honte que j’ai ressentie, et ensuite seulement, j’ai mixé le tout, avant de tout ravaler.

La comparaison est dégueulasse… Exactement comme l’acte de Heath.

Suis-je frustrée ? Oui. Mais ma colère terrasse la frustration. Dieu merci, je sais encore me servir de mes doigts. Je saurai rattraper les amusements de cet enfoiré, seule. Je n’ai jamais eu besoin de personne, pas même pour le sexe.

Toutefois, je le déteste de m’avoir fait baisser les armes. C’est moi qui joue. C’est moi qui ai les cartes, une suite royale entre les doigts, personne n’a jamais osé me bluffer comme il vient de le faire.

La brûlure dans mon bas-ventre n’est qu’un désagréable rappel de ma faiblesse face à cet homme. Naïvement, je ne l’ai pas cru lorsqu’il a affirmé qu’il ne voulait pas de moi. J’ai vu son regard, le même que tous les mecs.

J’ai appris à accepter cette lueur qui brûle dans les yeux des hommes qui me matent sans vergogne, comme si je n’étais qu’un objet qui ne mérite aucun respect. À vrai dire, je n’en ai pas grand-chose à faire. Qu’importe comment ils me voient, c’est réciproque. Si mes parents m’ont bien appris un truc, c’est qu’on ne peut pas réclamer la considération si on n’en a aucune pour la personne en face.

Prétendre que je suis quelqu’un de bien, même à moitié respectable, serait un mensonge. J’ai simulé l’amour pour ne pas m’endormir seule. J’ai joué avec le cœur d’un homme jusqu’à n’en laisser que des miettes. J’ai ignoré les sentiments d’un autre pour avoir un toit sur la tête. J’ai manipulé mon patron afin d’avoir un job. C’est ainsi : je me sers des gens. Je n’en suis pas particulièrement fière, mais je n’éprouve pas de regrets pour autant. Disons que ça m’indiffère, c’est une manière de survivre. C’est comme ça que j’ai été élevée, je suppose : bouffer ou se faire bouffer. Baiser ou se faire baiser. Survivre est un art complexe qui requiert une faible empathie pour les êtres humains.

Je subis les conséquences à chaque épisode dépressif. La culpabilité de mes actes me ronge comme un chien s’en prendrait à son os, jusqu’à la moelle. Je paye chacun de mes coups bas avec une violence inouïe, je m’auto-punis. Parfois, j’aimerais ne pas me souvenir de ces instants aussi sombres que les enfers plongés dans les tréfonds de la douleur. Je sais qu’il en va de même quand je suis en noir : j’aimerais oublier que le blanc existe.

Puisque je suis un paradoxe à moi seule, lorsque je suis en phase dépressive, j’abhorre les phases maniaques et la personne que je suis dans ces instants. A contrario, quand je suis en blanc, je déteste celle qui pleurniche dans son pieu toute la journée.

J’ai appris à dissocier celle que je suis en épisodes dépressifs et celle que je suis durant mes phases maniaques. Je ne devrais pas, mais pour moi, ce sont deux personnes totalement différentes réunies dans un corps. Ma psy m’arracherait sans aucun doute la tête et elle aurait raison : la maladie a gagné.

Lorsqu’elle a posé le diagnostic, elle m’avait parlé de ça. Ce moment, cette fraction de seconde où absolument tout change pour la personne souffrant de bipolarité : elle ne sait plus qui elle était avant. Ce trouble, bien qu’il accentue certains traits de ma personnalité, en ajoute également de nouveaux. La confiance en soi, par exemple. Ou les idées suicidaires, l’auto-culpabilisation… C’est quelque chose qui n’est pas naturel chez moi, c’est la bipolarité qui me les impose. Comme une personne borderline aura peur de l’abandon, même si elle n’a jamais été abandonnée. C’est un symptôme, en quelque sorte. Bref. Il y a bien longtemps que je ne suis plus capable de faire la distinction entre moi, Scarlett Cross et la bipolarité.

C’est aussi pour cette raison que j’ai si peur de revoir un psy. Je suis terrifiée qu’il me trouve le traitement magique avec le dosage parfait grâce auquel je n’aurai plus aucun trouble. Évidemment, ne plus être esclave de mes émotions, ne plus être sur des montagnes russes constantes, ça me paraît si apaisant… J’en rêverais la nuit. Mais qui suis-je réellement ? Sans la joie intense, la colère destructrice et la douleur débordante, qui suis-je ? Comment je réagis, émotionnellement parlant ? Comment je me comporte au quotidien ? Dans tout ce qui me définit aujourd’hui, qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ?

Un raclement de gorge me sort de mes songes. Il me faut un instant pour me souvenir de la question, qui n’en est pas réellement une, de Rafael. Toujours les yeux fixés sur la porte, je jure dans ma barbe. Je suis certaine que cet enfoiré est en train de se branler.

— À peine, grogné-je.

On ne me comprend sûrement pas, tant pis, mes pensées se sont déjà envolées dans la salle de bains. Je l’imagine nu, l’eau coulant en fines gouttes sur son corps sculpté dans le marbre. Un soupir à peine dissimulé quitte mes lèvres lorsque j’imagine ses doigts sur sa queue, sa main empoignant sa longueur pour entamer de lents va-et-vient. Mon bas-ventre se contracte de nouveau sous l’effet de mon imagination très fleurie. Je peux presque entendre les battements de son cœur augmenter à mesure que la jouissance approche. Tout comme sa respiration se saccader et les grognements qu’il retiendra sans doute pour ne pas attirer l’attention. Je sens presque sa verge palpiter entre mes doigts, se gorger de plaisir avant d’exploser.

C’est officiel, je déteste ce mec. Je le hais. Fort. Très fort.

— On peut s’arranger si tu veux, joli cœur.

Lui aussi, je l’abhorre. Je me tourne doucement vers lui et plante mon regard dans ses yeux mi-vert, mi-marron. Leur couleur me déstabilise un instant, à l’instar de leur profondeur. Leur intensité débordante est fascinante, pas aussi destructrice que les prunelles sombres de Heath, mais ils ont un charme… atypique.

— Parce que tu penses sincèrement que j’ai besoin d’une queue pour jouir, l’intrus ?

Il ricane avant de se décoller du mur, l’espace entre nous se réduit à mesure qu’il avance dans ma direction. Pas impressionnée pour un sou, je ne détourne pas mon regard du sien. Et puis quoi encore ? Les bras croisés contre ma poitrine, je l’observe rapidement de la tête aux pieds.

Des boots noires, un jean large, un polo semblant provenir de la penderie de son grand-père, il a l’air de se fringuer avec des vêtements du siècle dernier. Pourtant, et contre toute attente, ça lui va étrangement bien. Il a les traits du visage légèrement fins, une mâchoire saillante et un nez qui aurait pu être parfait s’il n’avait pas été cassé. Je devine sa fracture sans mal puisqu’une petite déformation perdure. Sa lèvre inférieure est charnue, contrastant avec la finesse de la supérieure. Des pommettes hautes et un grain de peau naturellement hâlé. Ses cheveux presque noirs, à mi-chemin entre l’ondulé et le bouclé, sont relevés en demi-chignon, laissant l’arrière de sa tignasse tomber sur sa nuque. Malgré tout, je devine ses oreilles percées.

Dire qu’il n’est pas agréable à regarder serait un mensonge. Autant être franche : Rafael est foutrement canon. Peut-être même trop. Ses légères imperfections, comme son nez et les quelques stigmates d’une acné prépondérante certainement développée durant l’adolescence, lui ajoutent un charme que je ne saurais définir. Il casse le mythe. Sa beauté n’est pas parfaite, c’est ce qui le rend si attirant.

Ajoutons à cela cette absence totale de confiance en soi que je distingue dans son regard et il devient parfaitement à mon goût. Oh, évidemment, il reste un homme et l’ego des mecs surpasse de loin leur manque d’assurance, aussi, il cache relativement bien sa timidité. Toutefois, on ne me la fait pas. J’ai fréquenté Heath, les gars. Quand il était gosse, quand il se faisait taper sur la gueule, lorsqu’il se faisait insulter… Je sais reconnaître un homme qui se donne un genre quand j’en vois un.

Et parce que je suis une femme pour le moins étrange, ça m’attire plus que ça ne me rebute. J’ai toujours été comme aimantée par la partie la plus sombre des autres. Les mecs tourmentés, qui semblent porter le poids du monde sur leurs épaules, c’est mon trip. Je suis visiblement conne, ou suicidaire. Un peu comme ces filles qui tombent toujours amoureuses du connard, bad boy des bacs à sable qui, elles le savent, vont leur briser le cœur. Moi, j’aime les mecs qui ont un vécu, un vrai, mais qui malgré tout font genre que tout va bien. Peut-être que je me reconnais un peu en eux. Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir.

Il affiche un léger sourire, alors qu’un rien nous sépare. Pendue à ses lèvres, j’attends avec une impatience non dissimulée sa prochaine répartie, qui ne tarde pas à venir :

— Avoue que c’est tout de même mieux…

— Mes doigts sont souvent bien plus endurants qu’une queue.

— Des mots si vulgaires dans une bouche si insolente…

— Ça fait tout mon charme, réponds-je du tac au tac.

Un léger rire lui échappe tandis qu’il me surplombe de toute sa hauteur, je dirais un bon mètre quatre-vingt-cinq, à vue d’œil. La tête légèrement rejetée en arrière, je l’observe, un sourire satisfait aux lèvres.

Derrière moi, dans la salle de bains, l’eau continue de couler. Je me demande si, bien que nous chuchotions presque, Heath parvient à nous entendre. C’est connu, pour attiser le désir d’un homme, provoquez sa jalousie, montrez-lui que vous n’êtes pas à lui et il fera tout pour y remédier, certainement un instinct animal ou un truc dans le genre.

— J’ai bien une idée pour qu’elle reste insolente sans que tu aies besoin de parler, murmure-t-il.

J’éclate d’un rire franc. Oh, les hommes, vraiment tous les mêmes…

Je pose mes doigts sur son torse, les monte, puis les descends. Je retiens un juron face à la fermeté de ses pectoraux ainsi que de ses abdominaux. Bordel, ils sont tous montés comme des dieux dans cet appartement ou… ?

— Laisse-moi deviner. Je serais à genoux devant toi, tu descendrais ton pantalon et ton caleçon à tes chevilles et je te sucerais, c’est bien ça ? le questionné-je d’une voix suave.

Il déglutit difficilement avant de hocher la tête.

— Ça n’arrivera jamais, conclus-je.

Je le bouscule pour rejoindre ma chambre, ravie d’avoir repris un peu d’assurance. Heath veut jouer ? Qu’il en soit ainsi. J’ai toujours su manier les pions en ma faveur.

Ma main glisse sur ma poitrine nue, chutant doucement sur mon ventre. Je grimace en sentant mes côtes sous mes doigts, comme un rappel de mes épisodes dépressifs. Je chasse rapidement ces images et saute cette partie de mon corps qui me dégoûte constamment, qu’importe la phase dans laquelle je me trouve.

Arrivée à mon intimité, je ferme les yeux une nanoseconde, seulement le temps d’imaginer les doigts rudes de Heath sur moi. Je n’ai jamais su prendre du plaisir sans penser à lui, sans le chercher, sans l’espérer. Ma sexualité, dans son intégralité, tourne autour de lui. Si je couche avec un homme, je ne vois qu’Heath. Si je me masturbe, j’imagine les doigts de H. C’est ainsi, depuis ma première fois et certainement jusqu’à la dernière.

Peut-être parce qu’il a été le premier. Je ne sais pas. Je ne pense pas. Ça m’a tout l’air d’être bien plus profond que cela, sans mauvais jeu de mots. Je ne suis pas certaine que toutes les femmes se représentent leur premier amour pour jouir.

Quoi qu’il en soit, j’imagine les traits de son visage, à la fois doux et sauvage. Ses iris si sombres qu’ils se confondent avec ses pupilles. Son corps, sculpté dans la pierre. Sa voix, rauque. Ses mains à la place des miennes lorsque mes doigts cajolent mon clitoris.

Quand j’ouvre de nouveau les yeux, je stoppe tous mes mouvements. Dans l’ombre de l’embrasure de la porte, H se tient droit comme un I. Les bras tombant le long de son corps, les lèvres légèrement entrouvertes, il observe ma silhouette nue étalée sur les draps, sans vergogne. Je sens la brûlure de son regard sur chaque parcelle de ma peau, à mi-chemin entre la caresse charnelle et un coup de fouet violent.

Quand ses yeux rencontrent les miens, il semble ébahi, surpris. Pourtant, ce n’est pas faute de l’avoir prévenu, je sais me satisfaire seule, bien qu’il s’agisse d’un acte que j’aurais préféré le voir accomplir.

Les secondes semblent s’écouler comme des heures alors que nous nous fixons sans un mot. Lui, se demandant certainement s’il doit sortir, me laisser l’intimité propice à cet instant ou profiter de cette vision qu’il se refuse. Moi, me demandant si je dois, oui ou non, pousser le vice dans des extrêmes que je ne pensais jamais atteindre.

Je ne suis pas du genre pudique, encore moins devant lui. H est certainement la seule personne à m’avoir vue nue, pour de vrai. Pas seulement sans mes fringues, non, il connaît chaque parcelle de mon âme comme s’il en avait dessiné les contours.

Toutefois, il faut un certain degré d’intimité pour se masturber devant quelqu’un. Même face à une personne qui nous connaît sur le bout des doigts. Il n’empêche que l’idée est plus que tentante. Une manière de lui rendre la pareille, de lui jeter à la figure ce qu’il se refuse et enfin, de lui prouver que je n’ai pas – physiquement – besoin de lui pour jouir.

Alors, avec une légère appréhension, mes doigts reprennent leur activité initiale, sans que je détourne mon regard du sien. Ma gêne s’évapore lorsqu’il jure dans sa barbe et mes doigts, auparavant hésitants, s’activent pour cajoler mon clitoris gorgé de sang. Un soupir m’échappe quand j’enfonce mon index dans mon intimité sous le grognement de H qui, pourtant, ne quitte pas la chambre.

Un gémissement abandonne mes lèvres lorsque mon majeur rejoint mon index dans de lents va-et-vient calculés. Ma main libre cajole ma poitrine, pinçant légèrement mes tétons, j’en oublie presque la présence de H, focalisée sur mon plaisir et mon imaginaire.

Dans mon esprit, c’est lui qui caresserait mes seins, qui mordillerait leurs bouts jusqu’à me faire gémir. Mes doigts seraient remplacés par sa queue. Mes ongles s’enfonceraient dans son dos jusqu’à le faire geindre pour le punir de m’avoir tant fait languir. Et il m’embrasserait. Il m’embrasserait à en perdre haleine, à en avoir le souffle coupé. Il m’embrasserait et on détesterait ça. On détesterait aimer ça. On haïrait d’être incapable de résister à ça. Mais ce serait explosif, magique, plus intense que ça ne l’a jamais été. Parce que, qu’importent nos ressentiments, on en a envie. Tellement, qu’on en crève.

Mon regard chute sur le torse nu de H. Je prends un instant pour admirer mon prénom gravé dans sa peau, comme une évidence ou un rappel. Un mémo pour toutes les pétasses qui l’ont un jour côtoyé, du genre « désolé les meufs, mon cœur appartient à cette femme, même si l’avouer à haute voix me trouerait le cul. »

Et ça me fait mouiller davantage. Oh, on peut le dire, je suis totalement piquée de Heath Cross, depuis toujours et certainement pour toujours. Mais il en va de même pour lui. Si chaque parcelle de mon âme lui appartient, si tous les battements de mon cœur lui sont destinés, c’est pareil de son côté. On s’aime. Mal, c’est certain, on s’aime aussi mal qu’on vit. On se déteste aussi fort qu’on s’affectionne. Rien ni personne ne pourra le changer.

Je continue mon inspection, mes yeux glissant sur ses abdominaux dessinés, les quelques poils partant de son nombril pour rejoindre l’objet de mes désirs, enfoui dans un jogging gris. Sur le bas de son ventre, la ceinture de son caleçon, Calvin Klein.

On ne va pas se mentir, cette marque est une machine à fantasmes.

Et grâce à la clarté de son pantalon, je devine sans mal la marchandise qu’il me refuse sans cesse. Il ne fait aucun doute que son excitation est un reflet de la mienne. La bosse qu’il est incapable de cacher en est la preuve.

J’accélère mes mouvements, cherchant à me libérer. Le regard de H passe de mes yeux, à mes lèvres, puis mes seins et enfin mon intimité avant de refaire tout le chemin inverse. Il évite soigneusement le prénom de son frère gravé dans mon flanc, comme s’il s’agissait d’un supplice qu’il ne peut s’infliger. Étrangement, je pense que c’est cette constatation qui m’arrache mon orgasme.

Mon corps se tend comme un arc prêt à lâcher sa flèche. Mes orteils se rétractent, si violemment que c’en est douloureux. Prise de spasmes, mon corps tremble telle une feuille au vent, tandis qu’un long gémissement quitte mes lèvres.

Lorsque j’ouvre de nouveau les yeux, en sueur, presque fébrile, Heath a disparu.

 

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