Chaotic Mind
3. noir ou blanc ?
3.
noir ou blanc ?
Scarlett – 13 ans
Il y a des jours où tout va pour le mieux et d’autres où j’ai l’impression que l’enfer s’ouvre sous mes pieds pour m’attirer dans les profondeurs du néant. Ces journées où tout semble aller de travers, les « noires » comme je les appelle, j’écris dans le carnet que m’a offert Owen pour mon anniversaire. Aujourd’hui, je n’en ai même pas la force.
C’est drôle, je suis née le lendemain des jumeaux, alors nous les fêtons en même temps.
L’année dernière, j’ai demandé à madame Cross – elle veut que je l’appelle par son prénom, pourtant je n’y arrive pas – de m’accompagner afin d’acheter une guitare pour H. Une vraie. Il en avait une pour enfants, ridicule dans ses mains. Alors, j’ai économisé toute l’année pour lui en payer une pour adultes.
Je n’ose pas lui dire, mais j’adore l’entendre jouer de la guitare. Il chante mal en revanche, heureusement son talent avec les cordes camoufle son défaut vocal. Je suis moins proche de lui que je ne le suis d’Owen. H est plus mature, c’est peut-être pour ça, je ne reste qu’une enfant à ses yeux même si, lui comme moi, savons qu’avec mon vécu, je ne pense pas comme le ferait une gamine de treize ans lorsque sa vie se résume à des problèmes classiques. Quoique, peut-on considérer qu’il existe des soucis plus banals que les autres ? Je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, je n’aime pas qu’il me traite comme un bébé.
Depuis qu’il est entré au secondaire, H est insupportable. Beau, mais insupportable. Il est tous les jours en colère et passe sa vie enfermé dans sa chambre. J’avais bon espoir que la guitare le ferait sortir un peu de sa bulle, seulement j’ai simplement aggravé la situation.
Assise à même le sol, l’oreille collée contre le mur, je l’écoute gratter les cordes de l’instrument. Avant, il jouait des morceaux remplis de peps, désormais, ils sont plus tristes, mélancoliques. J’aime bien aussi, mais je suppose que ça démontre le changement drastique de son comportement.
Aujourd’hui, c’est une journée noire. Ma psy, celle que madame Cross m’oblige à aller voir, m’a donné son numéro de téléphone personnel pour la contacter en cas de jour noir. Elle veut que je lui parle, tout le temps et beaucoup trop. Qu’on discute de mes parents, de ma vie chez les Cross, de l’école et de mes amis… Je n’en ai pas envie, même en jour blanc.
J’ai parlé de mon père et ma mère avec les jumeaux l’année dernière, je voulais qu’ils arrêtent de me regarder comme un oiseau sans ailes. Je suis plus forte que j’en ai l’air, et leur parler de ma vie d’avant me semblait être le meilleur moyen de le prouver. J’ai pleuré, beaucoup, et ils se sont excusés, énormément. Et puis je leur ai fait promettre de ne plus jamais aborder le sujet, le passé appartient au passé. Ma vie d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle d’autrefois, je ne suis plus la même qu’avant non plus et c’est bien mieux ainsi.
Enfin, c’est ce que j’affirme. En réalité, hier me paraît si proche parfois. J’ai toujours cette boule au ventre lorsqu’une porte claque. Toujours cette même crainte lorsqu’une voix s’élève un peu trop. Toujours cette peur omniprésente de voir la silhouette de mon père sortir de l’ombre. Je ne veux pas l’avouer, mais ça ne disparaît pas pour autant.
La psy, Charlotte, m’avait dit que parler de mes parents me ferait du bien. Elle a menti. À croire que les adultes passent leur vie à nous duper… Après ma discussion avec les jumeaux, j’ai traversé trois semaines noires durant lesquelles j’ai refusé de sortir de mon lit. Je n’en avais pas la force, voilà tout. Manger me donnait envie de vomir, et même mon sommeil n’était pas reposant. Et puis, comme les nuages disparaissent pour laisser place aux étoiles, le noir s’en est allé. Du jour au lendemain.
Je n’ai pas grand-chose à dire sur les Cross, non plus. Ils sont gentils et me traitent bien. Avec eux, j’ai appris que je ne méritais pas le traitement que m’infligeaient mes parents et surtout, que je n’étais pas responsable de ma chute de l’arbre et des drames que ça a engendrés. Je me sens bien chez eux, mais ça n’évite pas les jours noirs, je pense que rien ne le peut.
Pour l’école… c’est pareil. Grâce à Owen et H, j’ai rattrapé mon retard, je suis bonne élève et j’aime apprendre. La seule chose qui me dérange, c’est de devoir me lever chaque matin aussi tôt. Et les amis, c’est simple, je n’en ai pas. Par choix. J’ai appris que lorsqu’on donne trop de confiance à quelqu’un, il finit tôt ou tard par nous blesser.
Alors il n’y a qu’Owen et moi, face au reste du monde, et c’est parfait ainsi. Je sais qu’il ne me fera jamais de mal, c’est comme ça. Il est la seule personne en qui j’ai entièrement confiance. Même si je suis consciente que je peux compter aussi sur H, il est parfois trop en colère pour que je puisse me fier à lui. Je n’aime pas les gens qui s’échauffent facilement, ils me ramènent sans cesse à mes parents. Je n’ai pas envie de les comparer à H parce que je sais qu’il n’est pas comme eux, alors, lorsqu’il est enragé, je le laisse seul.
Owen est mon ami. Le meilleur de tous. Mais H est bien plus que ça. Il n’est pas mon ami, encore moins mon frère, il est juste lui, et c’est amplement suffisant. Même si parfois, il me fait peur, je suis consciente que, quelque part au fond de moi, H représente beaucoup plus pour moi que je ne l’avouerai jamais.
Je me demande si c’est ça, être amoureuse. J’en entends souvent parler durant les pauses ou au réfectoire, le midi. Même si je n’ai pas d’amis, rien ne m’empêche d’écouter le sujet préféré qui passionne tant les filles de ma classe. Les garçons sont le centre d’intérêt de toutes les meufs et les mecs ne parlent que de nanas. Il arrive parfois qu’Owen me parle de ses relations, parce que lui en a eu, évidemment. Après tout, il a seize ans et comme il dit, le lycée, c’est un autre monde.
Bien sûr, il y a des garçons que je trouve beaux, mais aucun qui crée cette boule dans mon ventre, comme des fourmis qui se baladent. Dans les romans que je lis, les personnages féminins parlent de papillons, je préfère les fourmis, parce que je ne suis pas certaine d’apprécier cette sensation. Bref, il n’y a qu’une personne qui provoque cette impression dans mon ventre. Il n’y a qu’un garçon devant lequel je rougis pour un simple sourire. Il n’y en a qu’un qui me fasse rire, même si ses blagues ne sont pas réellement drôles. Il n’y en a qu’un que je pourrais regarder durant des heures sans jamais m’en lasser. Il n’y a que lui qui ne me dérange pas, à aucun moment, que je sois en jour blanc ou en noir.
C’est étrange, puisque je ne suis pas proche de H comme je le suis d’Owen. D’un point de vue purement mathématique, je devrais ressentir tout ça avec Owen, mais il faut croire que ce sentiment n’a rien de mathématique, encore moins de logique.
Deux coups à la porte de ma chambre me sortent de mes songes. Je sursaute et me décolle du mur avant que celle-ci ne s’ouvre. Owen apparaît, un large sourire aux lèvres et une brique de jus d’orange à la main.
Il ne ressemble pas à son frère, aussi bien physiquement que mentalement. J’aime les comparer à deux anges. Owen est la lumière, le bon côté. Il me fait vraiment penser à un ange, avec ses cheveux blonds et ses yeux verts. Il passe sa vie à sourire, même lorsqu’il a toutes les raisons du monde de pleurer. H est la noirceur, un ange déchu, triste et usé par la vie, à seulement seize ans. Il est mélancolique et, souvent, enfermé dans une bulle où personne ne peut l’approcher.
C’est peut-être pour cette raison que je suis plus attirée par lui. Owen me fait du bien, mais… il n’y a aucune once de négativité en lui. Il ne comprend pas – et il ne le pourra jamais – la douleur qui lacère mon ventre lorsque je me réveille en pleine nuit, après avoir revécu ce moment de ma vie où j’ai bien cru y rester. Cette infime seconde, suspendue entre la vie et la mort où la faucheuse te paraît plus attrayante qu’un avenir aussi sombre que le fond d’une cave. H… il comprend. Il pense que je ne sais pas ce qu’il vit depuis plus de trois ans, mais il se trompe.
Je vois les bleus sur son corps. Je perçois la peur dans son regard lorsqu’il va au lycée. Je discerne ses mains trembler quand il entend un verre tomber ou un bruit inhabituel. Je connais cette terreur, je vis avec elle depuis des années. Je partage sa souffrance, car aussi tragique que soit cette vérité, elle fait écho à la mienne.
— Comment tu vas ? demande Owen en s’asseyant à mes côtés.
Il n’attend pas de « ça va » ou de « ça ne va pas ». Les couleurs, c’est Owen qui les a instaurées. Je vis dans un monde sans demi-mesure, comme dit si bien ma psy. Tout est blanc ou noir. Jamais d’entre-deux, il était plus simple d’utiliser les couleurs, ainsi il sait comment se comporter avec moi. Pourtant, ces derniers temps, je lui mens. D’ordinaire, je suis pour la vérité, peu importe qui la dit. Totalement contre le mensonge, que ce soit pour protéger ou non. Mais il m’est devenu insupportable de le voir souffrir chaque fois que je réponds « noir ». Alors, je lui mens. Il n’y a qu’à H que je dis la vérité, quand ça l’intéresse.
— Blanc, affirmé-je, accompagné d’un grand sourire. Et toi ?
— Blanc.
Comme toujours, pensé-je.
— Je t’ai ramené du jus d’orange, poursuit-il, fier de lui.
C’est notre petit rituel depuis que je suis ici : avant de nous coucher, on débriefe de nos journées respectives en buvant une brique de jus. Généralement, j’écoute Owen parler sans réellement m’étendre sur le sujet. Je n’aime pas discuter. Avant, je pensais que je ne devais pas le faire, aujourd’hui, je n’en ressens pas le besoin. Je trouve ça… surfait. Je préfère porter une oreille attentive à ceux qui m’entourent plutôt que les déprimer avec mes pensées noircies par mon passé. Je suis davantage douée pour écouter que pour parler, chacun ses compétences. Owen est, quant à lui, doué pour combler les blancs.
— Une fille m’a demandé de sortir avec elle, aujourd’hui.
Je tourne doucement la tête vers lui. La situation est plutôt comique : il me parle de sa vie sentimentale, alors que le garçon dont je suis – j’en suis presque certaine – amoureuse joue un air triste dans la chambre juste à côté de la mienne. Comme si moi, Scarlett Black, treize ans, folle d’un mec qui me voit encore avec des couches-culottes, pouvait être de bon conseil face à Owen Cross, l’homme aux multiples conquêtes !
— Et ? demandé-je, légèrement curieuse.
Owen sort avec des filles depuis des lustres, il est même arrivé qu’il déserte ma chambre pour faire le mur et passer la soirée avec l’une d’entre elles. C’est rare, évidemment. Il se débrouille toujours pour rester la nuit avec moi. Dormir avec quelqu’un atténue l’impact de mes cauchemars. Bien sûr, qu’Owen dorme avec moi ou non, je fais tout de même de mauvais rêves, en revanche ma réaction est moins violente quand il est présent à mon réveil.
— J’ai refusé.
— Laisse-moi deviner, trop collante ? Trop bavarde ? Trop chiante ?
Il éclate de rire et je fais mine de sourire. Lorsque je suis dans un jour noir, rien ne m’amuse vraiment. C’est comme si rien n’avait de sens ou, au contraire, tout en prenait. Naviguer dans le flou est plus simple que de faire face à la vraie vie puisque, dans ma réalité, l’espoir n’a plus réellement sa place. L’espoir est le moteur de celui qui ignore la véritable nature de l’être humain. Dans mon monde à moi, même lui a fini par désespérer, et cela, depuis ma chute de l’arbre.
— Non.
Il prend une mine sérieuse qui me fait tiquer, mais je ne dis rien, attendant la suite.
— Elle n’était pas toi.
Je recule comme s’il venait de me gifler. Celle-ci, je dois le reconnaître, je ne l’ai pas vue venir. J’ouvre, puis referme la bouche, totalement coite. Et surprise. Et choquée. Et mal à l’aise. Et…
— Mais je n’ai que treize ans !
C’est la seule excuse que j’ai trouvée. Je n’aime pas faire du mal aux autres et je sais que les mots, davantage encore lorsqu’ils sont utilisés pour rejeter quelqu’un, sont d’une extrême violence. Je les vois comme des balles. Elles perforent notre peau et se logent dans nos chairs si profondément qu’on se retrouve dans l’impossibilité de les retirer. Je fais toujours attention de les choisir avec soin.
Owen soupire doucement en rejetant sa tête en arrière, l’appuyant contre mon matelas.
— Un jour, tu nous as demandé, à Heath et moi, de ne pas te traiter comme une enfant. Tu as dit quelque chose de très intelligent. « L’âge sur ma carte d’identité n’a aucune importance, ce n’est pas un bout de papier qui me définit, c’est mon vécu. Et j’ai déjà vécu dix vies. » Tu es plus mature que n’importe quelle fille de mon lycée, Scarlett.
Je me souviens de ce jour-là comme si c’était hier. C’était juste avant que je leur raconte tout ce qui s’était passé avec mes parents. Toutefois, je ne parlais pas de… ça. Owen est mon ami, le plus cher, le perdre me détruirait, sans aucun doute. Je ne suis pas amoureuse de lui, et même si c’était le cas, je ne veux pas de ce genre de relation. Pas avec un garçon de trois ans mon aîné qui n’aurait, soyons honnêtes, pas les mêmes envies que moi.
Dans mon malheur, j’ai eu de la chance. Mes parents m’ont très clairement expliqué ce qu’un homme et une femme faisaient dans leur relation conjugale. Ma mère me disait souvent, en rigolant, de mettre un pull sur mes oreilles parce qu’elle allait « baiser » avec mon père. Plus tard, j’ai compris ce que ça signifiait en les surprenant. Owen me l’a confirmé. C’est ce qu’il fait lorsqu’il ne dort pas avec moi. Ce n’est pas ce que je veux.
— Ça n’a rien à voir, contré-je.
— Vraiment ?
— Oui, bon Dieu. Ça n’a même aucun rapport. Je ne suis pas comme les filles qui veulent sortir avec toi.
— C’est exactement ce que j’aime chez toi.
Je me redresse précipitamment. Cette conversation me met mal à l’aise. Le regard – certes, pas nouveau – d’Owen me dérange. Il est vrai que depuis plusieurs semaines, il ne m’observe plus comme avant, mais… je n’avais pas compris et désormais, je me sens particulièrement embarrassée à l’idée d’avoir dormi avec lui.
— J’aimerais rester seule, s’il te plaît, demandé-je en chuchotant.
Owen se relève d’un bond, donnant l’impression que le sol l’a brûlé. Il tente de m’approcher, mais je recule jusqu’à me coller à mon bureau. Mon cœur bat si fort dans ma poitrine qu’il me fait mal, je me sens prise au piège, comme avant. Instinctivement, mon attention se porte sur le parquet en bois blanc. Je ne veux pas voir la réaction dans ses yeux. Le regard… c’est pire que tout. Surtout chez Owen. Lorsqu’il est blessé ou en colère, quand il est heureux… tout passe dans ses iris clairs.
— Tu n’es pas sérieuse, Scarlett ?
Sa voix claque dans l’air tel un coup de fouet. Je sursaute face à la froideur de son ton. Avant, lorsque mon père me parlait de cette façon, j’abandonnais dans la seconde afin de limiter les dégâts. Cependant, monsieur et madame Cross m’ont expliqué que je ne devais pas céder à l’intimidation. Ils disent qu’un « oui » sous la contrainte n’est pas un réel « oui ». Je pense qu’ils ont raison.
— Regarde-moi, Scarlett.
Je ferme plus fort les paupières, jusqu’à entendre un intense bourdonnement dans mes oreilles. Mes mains tremblent, tout comme le reste de mon corps. Mes jambes peinent à supporter mon poids, mais je n’ose pas lui demander de reculer. Ma voix est comme bloquée dans ma gorge. J’aimerais lui hurler qu’il me fait peur, qu’à cet instant, il me rappelle tellement mon père que j’en ai la nausée, mais j’en suis incapable.
— J’ai dit : regarde-moi ! crie-t-il.
Je sursaute avant de rapidement lever les yeux vers lui. Je sens une larme rouler sur ma joue, je m’étais pourtant promis de ne plus jamais pleurer devant qui que ce soit. Charlotte, ma psy, dit qu’il n’y a pas de honte à se laisser aller, que bien souvent, les larmes permettent de faire sortir tous nos maux. Peut-être qu’elle a raison, pour ma part, je pense que c’est une preuve de lâcheté. Et je ne dois plus me montrer lâche. Toutefois, en cet instant, je ne peux me retenir.
J’entends encore mon père me hurler de le regarder avant de me gifler parce que je l’avais fait. Et de fil en aiguille, mon esprit remonte à cette nuit-là. Ma panique augmente tout comme le rythme de ma respiration et les battements de mon cœur.
Cependant, l’expression d’Owen s’adoucit, juste lorsque la porte de ma chambre s’ouvre. Je devine les lèvres de H qui bougent, mais je n’entends pas un mot, je ne peux détourner mon regard de celui d’Owen, choquée par sa réaction.
Rapidement, Owen disparaît pour laisser sa place à H. Il pose ses mains sur mes épaules et me secoue légèrement. Au loin, j’entends les suppliques d’Owen qui s’excuse encore et encore alors que je plonge dans les yeux sombres d’H pour y trouver mon ancrage.
— Scar… quelle couleur ? demande-t-il dans un murmure à peine audible.
— Noir, réponds-je sans hésitation, noir, noir, noir…
Je le répète lorsqu’il m’attire dans ses bras, me serrant avec force contre son torse. Je pleure. Tellement. Je pleure à en tremper son tee-shirt. Je pleure sans être capable de m’arrêter. Je pleure ma peur. Je pleure la douleur dans mon cœur. Je pleure d’avoir blessé Owen. Je pleure l’idée qu’un instant, j’ai pu le comparer à mon père. Et par-dessus tout, je pleure le fait qu’il se soit comporté comme lui. Je pleure, même lorsque H murmure à mon oreille des mots rassurants.
— Ça va aller, chuchote-t-il, je suis là.
Je hoche la tête. D’ordinaire, je me sens en sécurité avec Owen, mais… avec H, je me sens invincible. La nuance est immense. Owen m’enferme dans une bulle rassurante alors que H me donne la force dont j’ai besoin pour me battre seule face à mes démons. Je me sens plus forte.
— Tu te souviens, Scar ? Les nuages cachent les étoiles parfois, pourtant, elles ne disparaissent jamais réellement, contrairement à la douleur. Un matin, tu souffres et puis le soir même, tu comprends que tout est éphémère. Comme les nuages qui cachent les étoiles, rien ne dure jamais éternellement, pas même la douleur.
J’acquiesce doucement, d’un geste de la tête. Je me répétais cette phrase quand mes parents étaient en colère, ou lorsque j’avais trop mal. Ça me permettait de me concentrer sur autre chose, de me déconnecter de la situation, de ne pas abandonner. C’était ma façon à moi d’oublier la noirceur de mon univers tout en restant consciente de la douleur que je ressentais.
— Reste avec moi ce soir, le supplié-je.
— Toujours, Scar. Toujours.
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