Chaotic Mind

Maze Perkins · Chapitre 33 sur 44

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Chaotic Mind

27. rendez-vous de l’autre côtÉ

27.

rendez-vous de l’autre côtÉ

 

Scarlett – 22 ans

Flash info : parler à une ancienne conquête devant une fille n’est jamais une bonne idée. Enfin, si. Imaginons que la nana en question soit votre amie et seulement votre amie, qu’aucune ambiguïté ne se soit installée entre vous, dans ce cas, aucun problème. En revanche, si vous plaisez à cette nana, dialoguer avec une de vos pétasses en chaleur – parce qu’à nos yeux, elles le sont forcément, même si ce sont des filles bien – c’est comme nous recaler. Ni plus ni moins. Sans parler du manque de respect qui nous donne envie de vous pulvériser le crâne à coups de parpaing. Qui plus est, en matière de vengeance, vous n’arriverez jamais à la cheville d’une femme mise à mal : 1. dans son amour-propre ; 2. dans son petit cœur ; et 3. le plus important, dans sa putain de fierté.

Messieurs, désolée de vous décevoir, mais aucun d’entre vous n’a le pouvoir de rivaliser face à une femme dont la fierté a été bafouée. Aucun. Oh, tu peux avoir la plus belle des caisses, elle finira par la rayer de l’aile arrière au pare-chocs avant. Ta console ? Elle passera par la fenêtre. Qu’en sera-t-il de ton ego à la fin de la soirée ? Disons qu’il sera enterré au fin fond de ton jardin.

Lorsqu’une femme se venge, rien ne l’arrête.

C’était Scarlett Black, légèrement en colère !

Je suis à deux doigts d’ouvrir un blog qui s’intitulera « Allez vous faire prendre par des chèvres, bande de connards ! » Peut-être que ça rentrera dans leurs petites têtes munies d’un seul neurone.

Du coin de l’œil, j’observe Heath parler à sa pétasse – je la déteste – tandis que je fais mine d’écouter Rafael. J’ai envie de lui écraser la tête contre le bar, de lui exploser chaque os de son visage, même les plus minuscules. En plus, soyons honnêtes, je n’ai rien à lui jalouser. Elle est fringuée avec les vêtements de sa petite sœur – certainement âgée de huit ans vu la taille. Ses cheveux sont… ternes et elle a un cul énorme. Ses seins sont trop gros pour être beaux, enlevez-lui son soutif et je parie qu’ils viennent caresser ses talons de quarante centimètres. Sa robe rose bonbon assortie à son rouge à lèvres me donne la gerbe. Tout comme sa façon de balancer ses cheveux en arrière toutes les trois secondes.

J’ai une furieuse envie de lui exploser les doigts au marteau lorsqu’elle dépose sa manucure parfaite sur le torse d’Heath. D’ici, je devine ses ricanements de hyène insupportables qui me donnent mal au crâne à distance.

Mais le pire, ce n’est pas elle. Non, c’est cette enflure de Heath Cross qui la reluque avec un regard appréciateur. Bordel, lui, je rêve de plonger ses parties dans de l’acide, au bas mot. Pourquoi ce n’est pas moi qu’il observe ainsi ?

J’ai envie de le secouer, de lui hurler que je suis là, que je l’ai toujours été. Je crois qu’il a besoin d’une piqûre de rappel : je suis la seule femme de sa vie, depuis toujours et à jamais. Il aura beau baiser la planète entière si ça le chante, c’est à moi qu’il pensera. Seul, entouré, ça n’a aucune importance : chaque pensée, chaque sentiment, chaque battement de son putain de cœur bâti en fer forgé, m’appartiennent. C’est moi, ça l’a toujours été, putain !

La réciproque est vraie, souffle une petite voix dans ma tête.

J’avale mon verre cul sec sans les quitter des yeux. Je n’arrive pas à croire qu’après son serment moralisateur, ses règles à la con et les heures de négociation que j’ai dû entreprendre pour sortir ce soir, il ne prend même pas la peine de me jeter un coup d’œil de temps en temps.

Et joyeux anniversaire, Scarlett !

Raf continue son monologue, bien qu’au fond, il est parfaitement conscient que je n’écoute pas un traître mot de ses paroles. J’entends vaguement sa voix couvrir à peine la musique, mon attention focalisée sur Heath et la pétasse. Dire que je suis en colère serait un euphémisme. J’ai la haine, la vraie.

Je ne suis pas jalouse en règle générale, du moins pas lorsque H n’est pas impliqué. Toutefois, dès qu’il entre dans l’équation, je perds tout bon sens. Mon sang-froid prend ses cliques et ses claques direction Pluton et dans mon corps, c’est la troisième guerre mondiale. Mon cœur donne l’impression de se briser en un millier de ridicules petits morceaux de verre si tranchants qu’ils m’étripent de l’intérieur. Mes poumons se gonflent de feu tandis que mon âme se glace.

Lorsqu’il pose sa main sur sa hanche, je vrille. Je me redresse, si violemment que le tabouret sur lequel j’étais assise auparavant chute. Quand le métal rencontre le sol du bar, le bruit qu’il produit alerte enfin Heath. Rafael dépose sa main sur mon avant-bras, comme pour m’intimer de me calmer.

Mon regard, plongé dans celui de H, le reste du monde disparaît. Une dizaine de mètres nous sépare et pourtant, j’ai l’impression de ne jamais avoir été aussi loin de lui. Aujourd’hui, tout semble nous éloigner. Il est là, si près physiquement et toutefois, si loin émotionnellement. Et je déteste ça.

Malgré la pénombre, je distingue dans ses yeux un savant mélange entre l’appréciation et la déchirure brute d’un cœur en perdition. À la fois ravi d’avoir gagné cette manche et anéanti de me blesser.

C’est finalement moi qui détourne en premier le regard. Incapable de tenir face à ces différentes émotions qui se bousculent en moi. Je recule, sans prêter attention aux murmures de Raf, avant de tourner les talons. Je me précipite vers la sortie de secours derrière la piste de danse, j’ai besoin d’air. L’horrible sensation qui se déploie dans mes poumons, celle de suffoquer dans mon propre corps, me donne des vertiges. La musique semble de plus en plus lointaine et ce, avant même que je ne quitte le bar. Ma vision se floute, comme si tout le décor s’éloignait de moi, ou alors que je reculais dans ma tête, m’écartant de la réalité.

Lorsque je pousse la porte, l’air frais me percute. Je prends appui sur le mur, cherchant mon oxygène à l’aube d’une crise d’angoisse que je devine plus que violente. Mes deux mains à plat sur la brique rougeâtre, la tête penchée en avant, je compte à l’envers en partant de mille. Mon murmure saccadé résonne dans la ruelle, alors que les chiffres défilent, se ressemblent, mais ne me calment pas pour autant.

Pourquoi faisons-nous ça ? Pourquoi sommes-nous obligés de nous faire du mal ? Pourquoi sommes-nous dans l’incapacité d’avoir une relation classique, comme deux êtres parfaitement normaux ? S’il y a deux personnes en ce bas monde qui méritent un bout de normalité dans leurs existences merdiques, c’est bien H et moi. La vie s’est chargée de nous foutre à terre un nombre incalculable de fois, pourquoi persistons-nous dans ce sens ? Pourquoi sommes-nous incapables d’être juste… heureux, ensemble ?

La porte de la ruelle s’ouvre. Je ne prends pas la peine de relever la tête, j’en veux même à H de ne pas me laisser l’intimité dont j’ai besoin pour retrouver mon calme. Sa présence, proche de moi, ne fait que m’en empêcher. Les crises d’angoisse ne font plus réellement partie de ma vie depuis un certain temps. La drogue les a mises sous silence, à l’instar de l’alcool. J’avais trouvé un moyen, certes peu orthodoxe, de les contrôler. Soigner le mal par le mal n’a jamais réellement porté ses fruits, c’est comme si je remplaçais un démon par le diable lui-même, acceptant de lui ouvrir les portes de mon monde pour me pourrir davantage. Toutefois, les anxiolytiques, je les gobais tels des bonbons, sans qu’ils n’aient plus le moindre effet sur moi. Je pense que mon corps s’y est habitué, stoppant net leurs bienfaits.

— Je dois reconnaître que tu n’es pas facile à trouver, murmure une voix inconnue à ma droite. C’est plutôt malin de se planquer chez un tueur à gages.

Je me redresse doucement, parfaitement consciente que je suis dans une situation pour le moins compliquée. Je ne parviens pas à distinguer le visage de l’homme qui, tranquillement, glisse une chaîne entre les poignées de la porte avant de bloquer cette dernière avec un cadenas.

Je recule doucement, le cœur battant à mille à l’heure. La ruelle, à peine éclairée, ne me donne aucune visibilité sur ce qui m’entoure, encore moins sur une arme potentielle. Mon cerveau, bloqué dans un état d’entre-deux, ne parvient pas à réfléchir comme il le ferait habituellement. L’angoisse me noue l’estomac et me compresse les poumons tandis que je continue de reculer le plus doucement possible, comme si je me trouvais face à un félin prêt à bondir.

— Dis-moi, Scarlett, je m’interroge : tu couches avec lequel ?

Je ne prends pas la peine de réagir, continuant de reculer alors qu’il entame une avancée dans ma direction.

— Réponds, ordonne-t-il.

— Aucun, craché-je, cherchant à gagner du temps.

— Vilaine menteuse. Aucun homme ne se mettrait autant en danger pour défendre une inconnue qu’il ne saute même pas.

La seule bonne nouvelle, c’est que les tueurs à gages, aussi bien celui-ci que le type qui s’en est pris à moi dans mon appartement, ne semblent pas connaître le lien qui m’unit à H. Pour moi, ça ne change pas grand-chose, au fond, je sais que je vais mourir, ici, ce soir, mais je pars tout en ayant la certitude que ce qui m’a valu une prime sur la tête ne retombera pas sur Heath. C’est un mal pour un bien, quelque part. Une issue relativement prévisible. Heath m’a sauvée, il y a fort longtemps, alors qu’il n’était qu’un enfant boutonneux. Ce jour-là, il a considérablement allongé mon espérance de vie, mais lui comme moi, nous savons que ça n’aurait pas dû se passer ainsi. J’aurais dû mourir cette nuit-là. Et en essayant de me sauver, il aurait pu y rester. Je refuse que ce schéma se répète une nouvelle fois et que, aujourd’hui, la fin soit tragique pour lui.

Un léger sourire étire mes lèvres lorsque je cesse de reculer. Finalement, nous n’aurons jamais su être heureux ensemble et il est peut-être temps de rompre ce cercle vicieux. On s’aime autant qu’on se déteste, et ça ne changera jamais, à moins que l’un d’entre nous ne passe l’arme à gauche. Depuis le début, c’est écrit, on est incapables de s’aimer comme on le mérite dans cette vie. Je l’attendrai sur l’autre rive et qui sait, peut-être qu’on aura le droit à cette maudite fin heureuse.

Mais, alors que je me pensais prête à mourir, tout bascule en une fraction de seconde lorsque l’homme approche sa lame de mon cou. Comme un terrifiant rappel du passé, les flashs s’imposent dans mon esprit, réveillant toute ma terreur et, étrangement, ma soif de vivre. Tout se passe si vite que je n’ai pas le temps de comprendre réellement ce qui nous arrive, à mon assaillant et moi.

En quelques secondes, son couteau se retrouve au sol. Dans un réflexe insoupçonné de ma part, je me jette sur l’arme, me coupant la paume de la main en saisissant la lame. Allongée à plat ventre sur le sol, je geins en sentant le couteau couper ma peau avec une facilité déconcertante. Dans un énième élan survivaliste, je me retourne sur le dos, ma main tenant la lame, protégeant instinctivement la cicatrice dans mon cou. Cette marque qui, chaque jour, me rappelle la haine que me portaient mes parents, prêts à me tuer pour ne plus avoir à supporter ma présence dans leur vie.

Lorsque je croise le regard de l’homme penché au-dessus de moi, il ne me faut guère plus de quelques millièmes de seconde pour comprendre qu’en effet, plus rien ne sera comme hier. Ses yeux, exorbités, plongés dans les miens, terrifiés, il s’affaisse sur mon corps, m’écrasant de tout son poids.

Alors qu’une larme roule sur ma joue, je retire la lame enfoncée dans sa poitrine. Cette nuit, j’ai franchi un point de non-retour, allongeant d’un nom supplémentaire la liste de mes victimes.

— Je suis désolée, murmuré-je. Je suis désolée, désolée, désolée…

Au moment où mes yeux se ferment, terrassée par l’angoisse, je prie pour qu’en effet, Heath me rejoigne sur l’autre rive et me sorte la tête de l’eau, avant que je ne m’enterre, face contre terre.

 

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