Chaotic Mind
11. ancrÉe à ton cœur
11.
ancrÉe à ton cœur
Scarlett – 21 ans
J’attrape ma veste après avoir rangé mon uniforme dans le casier qui m’a été attribué. J’ai cru que cette soirée ne finirait jamais. Des jeunes, venus de l’université de Seattle si j’en crois le sweat que portait l’un d’entre eux, ont décidé de pousser leur nuit jusqu’à la fermeture. Le groupe de mecs en chaleur ne s’est pas gêné pour me mater tout au long de leur beuverie. Si au moins, il y en avait un canon dans le lot…
Puisque je n’ai jamais foutu un orteil à l’université, je me contente des fantasmes de lycéenne sur les beaux mecs qu’on voit dans les films : les quarterbacks populaires qu’on pourrait qualifier d’aimants à nanas, les bad boys ténébreux et rebelles qui fument des joints à longueur de journée, ou encore les intellos au style BCBG qui sortent majors de leur promo. Depuis que je bosse dans ce bar, l’idée que je me faisais de l’étudiant universitaire, toujours super canon, est tombée en ruine. Ils restent des mecs d’environ mon âge, avec une queue à la place du cerveau, trois poils sur le torse, qui se pensent virils. Ils passent plus de temps à picoler et à fantasmer sur les nanas du campus qu’à étudier. Quant aux intellos cités précédemment, eux, c’est différent : ils ne daignent même pas franchir le seuil du bar.
En somme, la soirée était merdique. Comme toutes les autres. Je ne suis pas à l’aise avec la clientèle, toutefois, j’ai un loyer à payer et des factures qui s’entassent. Faire la fine bouche pour un job n’est plus une possibilité.
— Tu veux que je te raccompagne ?
Je lâche mon sac en sursautant. Un juron m’échappe tandis que je me tourne vers Jason, le propriétaire du bar. La main plaquée sur ma poitrine, je le fixe d’un regard noir.
— Pardonne-moi, dit-il en avançant d’un pas, je ne voulais pas te faire peur.
Je recule alors qu’il amorce un nouveau pas. Je ne suis pas plus à l’aise avec Jason qu’avec la clientèle. Je le trouve louche, trop gentil pour être honnête. Avec ses yeux couleur océan, ses cheveux semblables aux blés tombant sur ses épaules, il ressemble à l’un de ces surfeurs australiens qu’on voit à la télé. Il n’est pas désagréable à regarder, si on aime ce genre de mec, son visage est toujours jovial et des petites fossettes angéliques creusent ses joues. Ses lèvres sont pleines et roses, sa mâchoire est imberbe, et son sourire délicat. Il est grand et musclé. Sur le papier, il est parfait. Ma collègue, Juliet, le compare à Thor, ce qui n’est pas pour lui déplaire, soit dit en passant. Mais…
Il y a toujours un « mais ». L’histoire tragique de ma vie !
Malgré son physique de dieu nordique, Jason ne m’inspire pas confiance. Il n’a de cesse de me draguer depuis que je travaille ici et ce, qu’importe la manière, douce ou virulente, que j’utilise pour montrer mon mécontentement. Je ne suis pas ici pour m’envoyer en l’air, pour ça, j’ai Sasha. Même si j’étais intéressée – et ce n’est pas le cas – je ne coucherais jamais avec celui qui fait mes virements toutes les semaines.
— Non, merci.
Comme tous les soirs depuis deux ans, ma réponse reste la même. Au mot près et certainement à l’intonation près. Courte, rapide, froide et malheureusement, pas si efficace que ça.
— Je te l’ai déjà dit, ma jolie, les nuits sont dangereuses.
J’ai connu pire, ducon.
Et puis, honnêtement, je ne me sens pas plus en sécurité avec lui que seule. Nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-mêmes, davantage encore lorsque notre survie est en jeu. Étrangement, je n’ai pas peur des rues de Seattle, pas même de nuit, pas même dans la ruelle sombre que je dois emprunter pour rentrer chez moi. En cinq ans, je n’ai pas eu de problème, et si je venais à me faire agresser, j’ai toujours ma bombe au poivre dans mon sac.
— Ne t’en fais pas pour moi, je sais me défendre.
Il pince les lèvres, comme s’il retenait une série de jurons tandis que je me baisse pour récupérer mon sac. Je ferme mon casier, sors mon téléphone ainsi que mes écouteurs et, après un rapide signe de tête, je me tire sans demander mon reste.
Il y a toujours cette lueur lubrique qui brille dans le regard de Jason lorsque nous sommes seuls. Elle me terrifie, même si je ne lui dirai jamais. Juliet me conseille souvent de partir, de trouver un autre job. Je la soupçonne d’être jalouse de l’intérêt que me porte notre patron.
Je te le laisse, meuf, pas de souci !
Quoi qu’il en soit, je ne peux pas quitter ce travail. Jason, malgré son attirance qu’il ne tente même pas de dissimuler, reste un employeur plus que compréhensif. Mes phases blanches et noires se sont intensifiées avec les années. Lorsque je suis noire, les premiers jours sont un enfer sans nom, la suite n’est pas mieux, c’est vrai, mais les trois premiers jours… ce sont les pires.
Ne pas me foutre en l’air est devenu un réel combat, je parviens à peine à contrôler toute cette noirceur qui m’assaille. C’est trop violent et plus aussi fugace que lors de mon adolescence. Les crises se multiplient, je peux parfois changer de couleur plusieurs fois par semaine. Je suis exténuée et pourtant, je dors quelquefois jusqu’à quinze heures par jour. Je ne mange plus, je ne baise plus, c’est à peine si je trouve la force de respirer. Bref, c’est la merde. Lorsque les crises les plus violentes se produisent – celles qui suivent une longue période de blanc – je suis tout bonnement incapable de sortir de mon lit.
Alors, j’envoie un message pitoyable à Jason, quand j’y pense, pour prendre quelques jours de repos. Il ne m’en a jamais tenu rigueur, même si je le préviens une heure avant de prendre mon service. Il m’arrive parfois d’oublier, soit parce que je dors, soit parce que les ténèbres sont si profondément ancrées dans ma tête que je ne cogite à rien d’autre. Là encore, ça ne semble pas le déranger outre mesure. Je pense qu’il me prend pour une folle, et après tout, il n’a pas réellement tort.
On pourrait croire que le blanc est plus facile à gérer. Ce n’est pas le cas, encore moins les premiers jours. Quand j’y pense, je me rends au travail. C’était plutôt rentable pour Jason, puisque je suis une vraie pile électrique qui assure le service seule sans le moindre souci, le tout en divertissant les clients. Toutefois, il y a aussi ce que je me refuse de voir. Les excès en tout genre, qui me retournent le crâne et peuvent me faire passer pour une tarée aux yeux de toutes les personnes qui franchissent le seuil du bar.
Lorsque j’ai quitté le Dakota du Nord, j’ai aussi mis de côté ma thérapie et, accessoirement, le traitement qui stabilise mon humeur et les antidépresseurs. Tout arrêter du jour au lendemain a été d’une violence inouïe. Je suis tombée dans le noir profond, sans une once de blanc, pendant près d’un an et demi. Certains passages de cette période restent flous dans ma mémoire, certainement que je ne souhaite plus réellement m’en souvenir. La cicatrice qui barre mon avant-bras gauche sur toute sa longueur est, à elle seule, le témoin de ma perte de contrôle absolu.
Non pas que j’aie davantage de maîtrise aujourd’hui, mes changements de couleur répétés en sont la preuve, mais je ne suis jamais tombée aussi bas que durant ce laps de temps. C’est Sasha qui m’a sauvée. Alors que je squattais chez lui, il m’a retrouvée les veines ouvertes dans sa baignoire.
Après un long séjour à l’hôpital, une désintox obligatoire et une thérapie de quelques semaines, j’ai pu quitter les hôpitaux. Sasha m’a séquestrée – et ce n’est pas une blague – chez lui. Je n’avais pas le droit de sortir, il avait mis sous clef tous les objets tranchants et le verre, il m’enfonçait lui-même les médicaments qui me mettaient KO dans la gorge et m’obligeait à manger. Durant tout ce temps, je l’ai haï. Mais lorsqu’enfin le blanc est venu toquer à ma porte, j’ai compris qu’il m’avait sauvé la vie, à sa manière.
J’ai repris mon existence en main. J’ai trouvé un appartement miteux dans les quartiers sud de Seattle, ce job chez Jason et depuis, je me tiens loin – très loin – de toutes les drogues. J’ai compris que c’était ça qui m’avait mise dedans, je veux dire, vraiment dedans. Après tout ce que j’ai traversé, c’est finalement une pipe à crack qui m’a foutue à terre.
Le blanc n’est pas facile à gérer non plus. Pour les autres. En ce qui me concerne, je ne vois rien d’inhabituel. Il est plus supportable d’être trop joyeux que de rêver de se foutre en l’air.
Je sors de mes songes lorsque la fraîcheur automnale frappe mes joues. Je resserre ma veste contre ma poitrine en fonçant, tête baissée, sur le trottoir inanimé. Avant de lancer ma playlist aléatoire, je consulte l’heure. Il est près de trois heures du matin, je ne suis pas fatiguée. Comme chaque période blanche, mon cerveau tourne à plein régime. Lorsque je rentrerai chez moi, je m’installerai sans aucun doute derrière mon bureau, la musique à fond. Les voisins taperont aux murs, comme tous les soirs depuis plusieurs semaines, et je leur dirai d’aller se faire enculer ! Pendant ce temps, je laisserai mes mains agir, dessiner tout ce qui me passe par la tête.
Plus jeune, j’aimais écrire. Aujourd’hui, chaque mot que je tente de taper sur mon ordinateur ou de noter dans mon journal me plonge obligatoirement dans le noir. Rien de joyeux ne quitte jamais mon cerveau, même lorsque je dessine. Toutefois, mes croquis sont, généralement, moins violents que mes mots, et plus imagés, aussi. Il y a un fossé entre écrire « mes parents me tapaient sur la gueule tous les putains de jours qui composent une année » et dessiner une petite fille en pleurs en bas d’un arbre. Les deux ont la même signification, mais les mots sont bien souvent plus terribles qu’une image.
Les autres détestent quand je suis en blanc, Sasha aussi, même s’il préfère me voir ainsi. Je parle trop, je passe de joyeuse à irritable en fonction du blanc, je suis incapable de rester en place, je crois un peu trop en moi. Le mois dernier, je voulais ouvrir une galerie d’art avec seulement mes dessins, Sasha m’a mis le stop de ma vie. Je passe mon temps à crayonner parce que j’ai beaucoup plus d’inspiration que dans mes phases mixtes – apparues récemment et je dois le reconnaître, foutrement reposantes – ou dans le noir - où je n’en ai pas du tout. Je ne dors que très peu, mais en réalité, je n’ai pas besoin de plus, le peu que j’ai me suffit amplement. Et je baise aussi, beaucoup, jusqu’à l’overdose. Sasha a vraiment du mal à suivre le rythme que je lui impose, parfois.
C’est parce qu’il me connaît incontestablement bien, qu’il m’a vue plus bas que terre, qu’il a côtoyé les enfers avec moi et qu’il en est sorti pour me tirer de force à sa suite, que je me sens en confiance. Lorsque j’ai besoin de m’envoyer en l’air, c’est lui que j’appelle. Lui et personne d’autre. Parce qu’il sait ce dont j’ai besoin et parce qu’il ne m’en veut pas si je me trompe de prénom.
Je m’arrête net sur le trottoir lorsque Fire Meet Gazoline de Sia résonne dans mes oreilles. Un frisson d’effroi chute le long de ma colonne vertébrale. Mes mains tremblent si fort que je n’ose attraper mon téléphone, par peur de le faire tomber. J’ai, très certainement, dû ajouter cette chanson à ma playlist lorsque j’étais noire, parce que d’ordinaire, je me l’interdis. Je m’interdis tout ce qui se rapproche de lui.
Sans quoi, je me souviens de tout. Je me rappelle de sa main droite, grattant les cordes, de la gauche, les pinçant avec force jusqu’à en saigner. Je me remémore de son regard, perdu dans le vide, attiré dans les limbes. La douleur de ses traits, comme si jouer était son enfer personnel, mais le seul moyen de se libérer. Je me souviens de mon cœur qui battait à un rythme effréné et de ma respiration qui se coupait sous une telle beauté. Il jouait de la guitare pour ne pas sombrer, je l’écoutais pour ne pas succomber. Parce qu’au final, sa noirceur a toujours été l’ennemie de la mienne.
J’arrache mes écouteurs d’un geste vif, le cœur au bord des lèvres. Je prends une longue inspiration, puis expire doucement, je recommence, plusieurs fois, jusqu’à éloigner les flashs douloureux qui s’imposent dans ma mémoire. Je me répète cette phrase, celle qui me raccroche à la réalité depuis que je suis petite. Ces mots que j’avais gravés à la force de mes ongles sur le plancher délabré de ma chambre, dans la maison de toutes les horreurs.
Il m’arrive de repenser à lui parfois, à son jumeau également. Le début et la fin d’une histoire qui fut la mienne, une des plus douloureuses de ma vie, mais que je chéris avec hargne. Comme une page qui se tourne, j’ai pensé qu’avec le temps, la douleur disparaîtrait. J’aurais dû, il y a cinq ans déjà, fermer le livre et le jeter au feu, laissant derrière moi une bien triste histoire : celle d’une fille qui a appris à vivre au travers d’une histoire impossible, vouée à une fin peu glorieuse.
J’ai toujours eu ce don étrange, celui de mettre de côté ce qui me semblait trop compliqué à affronter. C’est ce que je fais de mieux lorsque je suis en blanc. Toutefois, les jumeaux font partie de moi, gravés dans ma tête et dans ma chair. Ils sont indissociables de moi. Qu’importe où je vais, avec qui je me trouve, qu’importe la distance qui me sépare de leurs âmes, l’une si claire, l’autre si sombre… ils restent auprès de moi.
Parfois, puisque mon état psychologique est déjà un désastre et qu’un peu plus ou un peu moins ne change pas grand-chose, je leur parle. Quelquefois à voix haute ou alors, à travers mes dessins. Je leur raconte ma vie, ce que j’ai parcouru depuis que j’ai quitté le Dakota, les rêves qui s’emparent de moi lorsque je suis blanc, les cauchemars qui me démolissent quand je suis noir. Je leur parle de mes doutes, de mes craintes, de mes joies et de mes réussites. De mes descentes en enfer, de plus en plus violentes, et de mes montées au paradis, de plus en plus euphoriques.
Je ne suis pas folle au point d’entendre ou même attendre une réponse de leur part, mais le simple fait de les garder près de moi, d’une certaine manière, me permet de ne pas me perdre dans les abysses de ma vie.
Partir ou périr, tel était le choix que j’ai dû prendre. De temps à autre, je me dis que j’aurais peut-être dû rester. Mourir à leurs côtés me semble être un aboutissement plaisant, un clap de fin digne de moi. Une suite logique. Parce que mon amour pour lui m’aurait tuée, j’en suis certaine. Et l’amour que me portait son frère n’aurait fait qu’accélérer les choses.
Je pense sincèrement que parfois, deux êtres sont destinés à être ensemble, mais jamais pour le meilleur. Le prix à payer pour l’aimer était bien trop cher pour moi. Voir dépérir son frère, telle une fleur perdant ses pétales, les uns après les autres, c’est comme si on m’arrachait le cœur et qu’on le piétinait jusqu’à l’agonie de mon âme.
Je ne pouvais pas en aimer un sans faire souffrir l’autre. Et aucun des deux ne pouvait souffrir sans me détruire.
Je soupire, sentant les prémices du noir se répandre dans mon être. Une fatigue fulgurante me terrasse et je dois puiser dans mes ressources pour reprendre ma marche.
Une ombre passe sur le mur à ma droite. Vivement, je tourne la tête, regardant tout autour de moi. Il n’y a personne. Je presse le pas lorsque j’entends un bruissement dans l’herbe jonchant le trottoir. Je n’ose pas me retourner, par peur de ne rien trouver. Je ne suis pas devenue folle à ce point, je le refuse et si tel est le cas, je ne veux pas le constater à l’aube d’une crise noire. Ça ne ferait qu’aggraver la situation.
Quand mon changement de couleur est provoqué par mes souvenirs liés aux jumeaux, mes crises sont deux fois plus violentes. La mort m’appelle dans un requiem terrifiant, la solitude me ronge, même si Sasha pointe le bout de son nez. Et j’ai l’impression de les sentir partout autour de moi. Plus je les sens, plus je coule, encore et encore. La chute est infinie lorsqu’ils hantent mon esprit sombre. Si, en plus, je rajoute une inquiétude supplémentaire, je crains de ne plus rien contrôler comme ce fut le cas trois ans et demi auparavant.
Je sors mon téléphone, laissant mes écouteurs chuter sur ma jambe. Si je ne suis pas dingue et qu’il y a bien quelqu’un derrière moi, alors il sera peut-être inquiété par la possibilité que j’appelle les flics. J’en profite pour prévoir quelques jours de congés auprès de Jason.
[Je me suis tordu la cheville sur le retour.
Je ne pourrai pas assurer demain, je pense à une grosse entorse. Désolée. Xoxo, Scarlett.]
Malgré mon fameux « xoxo » que je glisse chaque fois que je m’absente, je sais qu’il finira par me virer. Hormis si je cède à ses avances, mais ça, il peut toujours se foutre le doigt dans l’œil et se gratter le dernier neurone qui lui reste.
Peut-être que je devrais lui dire. Il ne comprendrait pas davantage, cela dit, personne ne comprend jamais. Ce n’est qu’un mot qu’on pose sur l’enfer qui me poursuit chaque jour. Un simple mot. Rien de plus. Dix lettres qui sont censées expliquer tout ce qui fait de moi celle que je suis. Le prononcer rendrait les choses plus réelles qu’elles ne le sont déjà.
Je pousse un soupir de soulagement lorsque j’atteins la porte de mon immeuble, après avoir traversé la ruelle sombre au pas de course. Je l’ouvre en jurant. Elle ne se ferme plus depuis des lustres. Certes, le loyer est le moins cher de la ville, je ne suis qu’à quelques miles de la plage et à vingt minutes à pied du bar, mais niveau sécurité, on repassera.
Dire que l’immeuble est insalubre serait un faible mot. Au plafond, des câbles électriques dénudés pendent alors que de la moisissure témoigne de l’humidité qui règne ici. L’ascenseur est en panne depuis que j’ai emménagé bien que le propriétaire m’ait assuré que ce serait réglé dans les jours à venir. C’était il y a environ trois ans. Dans la cage d’escalier, des flaques d’urine répugnantes dégagent une odeur nauséabonde. Bref, c’est dégueulasse.
Je monte les marches deux par deux, prenant soin d’éviter la pisse. Lorsque j’arrive au quatrième étage, je pénètre dans le hall. J’enfonce la clef dans la serrure et ouvre ma porte. Comme à chaque fois, je ferme cette dernière à double tour en envoyant valser mes pompes. Généralement, je prends le temps de les ranger, mais je sais qu’à mon réveil, le rangement de mon appartement sera le dernier de mes soucis. J’ai besoin d’une douche, puisque ça aussi, ce sera secondaire lorsque je serai noir.
Toutefois, mes plans changent à la seconde où j’entre dans mon salon. Une silhouette, massive, assise sur mon fauteuil, braque une arme dans ma direction.
Je hurle.
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