Compère Général Soleil

1955 par Jacques Stephen ALEXIS · Chapitre 10 sur 50

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Compère Général Soleil

Unnamed

La nuit tropicale vibre, entremetteuse vêtue de noir, transparente sur ses choses de chair rose et ses stigmates de vice. La nuit tropicale semble bouger.

 

Une ribambelle de lumières crient sur la rue : le quartier-lupanar :

la Frontière. Un tcha-tcha 8 rit sur un jazz. Des femmes hurlent avec frénésie des jurons et des insultes ordu-rières :

« Cognio ! »

« La mierda ! »

« Hijo de puta ! »

Le jazz est enragé. Le swing crache, pète et se balance. Plus loin la rumba hennit comme une jument. Le tambour ronfle ; une conga lance sa voix fracassée d'hidalgo ivre :

... La hicotea no tiene cintura...

[15]

Une putain, une bouzin dominicaine sort en courant du « Paradise » endiablé. Le « Paradise » comme un château crevant de lumières par toutes les issues de la nuit. Le chant, entre les clartés spasmodiques de l'orage tropical de musique :

... La hicotea no tiene cintura...

La hicotea no puede bailar !...

Un saxo gémit son orgasme. Le piston fouaille les sens avec un hurricane sexuel et brutal. Les éclairs de sons vertigineux mettent le rythme en syncope.

La fille devant le « Paradise » a les cheveux qui lui battent les reins. Dans la nuit sans horizon, le ricanement du jazz vicieux. Titu-bante, ivre de rhum et de désespoir, en rut des sensations qui donnent l'oubli, elle se cambre et d'un coup soulève sa robe, son sexe-pain-

8 Tcha-tcha : maracas, instrument de musique tropical. quotidien face à la nuit, puis lâche une tempête de grouillades tour-mentées dans toutes les directions du vent. Aux quatre points cardi-naux, elle hèle une plainte déchirante :