Compère Général Soleil
Prologue
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Compère Général Soleil.
PROLOGUE
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La nuit respirait fortement. Il n'y avait pas de monde dans la cour. Pas un chat. Alors cette ombre plus noire que la nuit joua des pattes, tel un coryphée papillotant. L'ombre lissait son corps dans le devant-jour, par à-coups, telle une puce.
Cette nuit-là, le vieux faubourg était bleu-noir. Tout le quartier Nan-Palmiste, qui pourrit comme une mauvaise plaie au flanc de Port-au-Prince, baignait dans un jus ultra-marin, une vraie soupe de
calalou-djondjon 1. Des voiles violâtres, annonciateurs d'aurore, pla-quaient le ciel d'ébène. Et l'homme d'ombre ondulait, se lissait, faufi-lant à pas pressés dans la cour. Le devant-jour était frais, très frais ; les masures semblaient presque roses.
« Non..., non, pas un homme, pas une chatte ! », songea Hilarion. Il rit, et ses dents marbres luirent dans l'ombre.
Ce nègre était presque nu, presque tout, tout nu. Un nègre bleu à force d'être ombre, à force d'être noir.
Il continuait d'avancer.
Une frisée, une chouette-frisée ricana sinistrement sur la nuit. Le nègre trembla à ce signe de mauvais augure ; tous ses cheveux tres-saillirent, mais il continua. Hilarion, en effet, n'avait pas son bon ange, il songeait si fort, que les réflexions sortaient tout haut de sa bouche. Hilarion parlait tout fort dans la demi-nuit. Tout haut, comme les fous, dont la bouche n'a point de paix.
1 Calalou-djondjon : soupe populaire haïtienne à base de champignons.