Compère Général Soleil

1955 par Jacques Stephen ALEXIS · Chapitre 11 sur 50

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Compère Général Soleil

Unnamed

« Aï...ïï...ïe..., la mierda !... »

Et le quarteto sanglote une meringue inconsolable sur la joie dou-loureuse et poignante des femmes perdues, des putains saoules qui se débattent dans les hypogées de leur vie désespérée.

Les filles publiques sont comme des poules, prisonnières, parce qu'enfermées dans un cercle tracé sur le sol. L'amour à perpétuité jusqu'à l'usure. Le bagne à perpétuité dans les arcanes d'un monde mal fait, d'un monde à l'envers qui a besoin de l'amour-salaire, de l’amour-rente viagère, de l'amour sans amour, de l'amour porte-mon-naie et de la virginité des couvents contre l'amour. Les putains... Le bail à vie des couvents du vice...

 

La nuit noire, la nuit tropicale, innocente et complice, la nuit vierge et noire qui respire...

 

Hilarion court toujours, la faim maintenant retrouvée est dans son ventre, plaie brûlante, lancinante. Il court toujours, mais il est sorti de son anesthésie... Il a les yeux clairs, les mâchoires serrées, il parle tout seul, il rit, il va.

« Parce que nous sommes gueux, pour nous pas de frontières, nos enfants doivent vivre et grandir à côté des lupanars hurlants, à côté des putains saoules comme des toupies, à côté [16] de la déchéance et de la frénésie du vice. Et de ça, personne ne s'indigne, de ça, per-sonne ne s'émeut, personne ne se choque 1 »

Là, trois marines 9 ivres sont aux prises avec un taxi qu'ils refusent

de payer. Des faux-poings 10 luisent dans leurs mains. Ils titubent :

« God damn you ! »

Hilarion court toujours, décidé. Il parle et rit tout seul.

 

9 Marines : fusiliers marins américains. 10 Faux-poing : coup-de-poing américain.