Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 109 sur 161

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Dracula

Journal du Dr Seward

Je n’ai pas sommeil, et la lecture m’aidera à rester calme.

 

Journal du Dr Seward

 

30 septembre

Mr Harker est arrivé à neuf heures ; il avait reçu le télé-gramme de sa femme au moment de quitter Whitby. À le voir, on devine que c’est un homme extraordinairement intelligent, et énergique. Si son journal dit vrai, et je n’en doute pas si j’en juge par ce que je viens de vivre moi-même de stupéfiant, d’incroyable presque – il est également très courageux. Car il fallait beaucoup de sang-froid pour descendre une seconde fois dans ce caveau. Après avoir lu ce récit, je m’attendais à rencon-trer un homme très fort assurément, mais non ce monsieur par-faitement serein et ayant toutes les qualités d’un homme d’affaires, avec qui nous avons déjeuné aujourd’hui.

Plus tard

Après le repas, Harker et sa femme sont remontés dans leur chambre et, comme je passais devant leur porte, il y a un instant, j’ai entendu qu’on tapait à la machine. Vraiment, ils

 

– 364 – sont tenaces ! Selon l’expression de Mrs Harker, ils mettent bout à bout, et dans un ordre chronologique, les moindres bribes de preuves qu’ils possèdent. Harker possède maintenant les lettres échangées entre ceux qui ont reçu les caisses à Whitby et la firme Carter, Paterson Cie de Londres. Il se propose de lire la transcription dactylographiée que sa femme a faite de mon journal. Je me demande s’ils y trouveront quelque chose qui puisse nous éclairer. Ah ! le voici…

Chose étrange, il ne m’était jamais venu à l’esprit que cette maison dont le parc touche au nôtre pouvait être celle qui sert de refuge au comte ! Dieu sait pourtant que le comportement de Renfield aurait dû nous mettre sur la voie. À présent, nous sommes également en possession des lettres relatives à l’achat de la maison. Si nous les avions eues quelques jours plus tôt, nous aurions pu sauver la pauvre Lucy ! Mais assez ! On devien-drait fou !… Harker est toujours en train de travailler. Il m’a dit que, lorsqu’ils descendraient pour le dîner, lui et sa femme se-raient à même de nous présenter un récit assez cohérent de tous ces faits. Dans l’intervalle, il serait bon, selon lui, que je voie Renfield puisque, jusqu’ici, il nous a somme toute inconsciem-ment avertis des allées et venues du comte. Je ne vois pas en-core bien la possibilité de la chose, mais peut-être lorsque j’aurai comparé les dates… Il est heureux que Mrs Harker ait recopié mon journal à la machine ; sans cela, nous n’aurions jamais retrouvé ces dates ! Quand j’entrai dans sa chambre, Renfield était tranquillement assis dans un coin et il souriait paisiblement. À ce moment, il me sembla absolument sain d’esprit. Je m’assis et me mis à bavarder avec lui d’un tas de choses ; en me répondant, il faisait preuve d’un réel bon sens. Puis, spontanément, il parla de son retour chez lui – sujet que, à ma connaissance, il n’avait jamais abordé depuis qu’il séjourne ici. Je crois bien que si je n’avais pas eu cette conversation avec Harker et si je n’avais pas lu les lettres maintenant en sa posses-sion, ni revu les dates auxquelles Renfield a eu ses différentes crises, je lui aurais permis de partir après quelques jours à peine

 

– 365 – de mise en observation. Quoi qu’il en soit, je me demande vrai-ment ce qui se passe. Toutes ces crises, j’en suis maintenant à peu près convaincu, avaient lieu lorsque le comte se trouvait dans le voisinage. Que signifient donc ses dispositions ac-tuelles ? A-t-il, d’instinct, la certitude que le vampire finira par triompher ? N’oublions pas que lui-même mange les êtres vi-vants et que, dans ses délires, devant la porte de la chapelle de la maison abandonnée, il parlait toujours du « Maître ». Cela pourrait confirmer nos suppositions. Mais je le laissai bientôt ; il me semble un peu trop lucide pour que l’on puisse sans dan-ger lui poser des questions dont il devinerait le but : se rendre compte de son état. Si jamais il allait se mettre à penser !… Oui, je le laissai. Je me méfie de ses périodes de calme. Aussi ai-je dit au surveillant d’avoir l’œil sur lui et de tenir prête une camisole de force.