Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 30 sur 161

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Dracula

1er juillet

Ses araignées deviennent aussi encombrantes que ses mouches, et je lui ai ordonné aujourd’hui de s’en débarrasser. Devant son air désolé, j’ai précisé qu’il devait en faire dispa-raître une bonne partie au moins. Le visage rayonnant, il m’a promis qu’il le ferait. Comme la première fois, je lui ai donné un délai de trois jours. Pendant que j’étais avec lui, j’ai été assez dégoûté quand une grosse mouche à viande, gonflée de je ne sais quelle pourriture, s’est mise à voler dans la chambre ; il l’a attrapée et, l’air ravi, l’a tenue un instant entre le pouce et l’index, puis, avant même que je me doute de ce qu’il allait faire, il l’a mise en bouche et mangée. Je lui ai dit sans ménagement ma façon de penser, mais il a répliqué avec calme que cela était très bon et très sain, que cette mouche était pleine de vie et qu’elle lui transmettait la vie. Une idée me vint alors, ou plutôt le soupçon d’une idée. Il faut que je sache comment il se débar-rasse de ses araignées. Un problème assez sérieux le préoccupe évidemment, car il prend sans cesse des notes dans un calepin. Des pages entières sont remplies de chiffres, comme s’il faisait des calculs compliqués.

8 juillet

Dans sa folie, il suit réellement une méthode, et l’idée qui m’était venue prend forme peu à peu. Elle sera bientôt parfai-tement claire et, ô activité mentale inconsciente ! Vous aurez à céder le pas à une activité mentale consciente. À dessein, je n’ai pas vu mon malade pendant quelques jours ; ainsi, j’étais cer-tain, s’il s’était produit un changement dans son état, de le re-marquer. Il ne paraît pas y en avoir, si ce n’est qu’une autre ma-

 

– 124 – rotte le possède. Il a pu attraper un moineau et l’a déjà apprivoi-sé, d’une manière bien simple, je m’en rends compte : les arai-gnées sont beaucoup moins nombreuses. Celles qui restent, ce-pendant, sont bien nourries, car il attrape toujours des mouches en laissant près de la fenêtre une bonne partie de ses repas.