Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 123 sur 161

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Dracula

Lettre de Mitchell, Sons Candy à Lord Godalming

 

1er octobre.

« Milord,

« Nous sommes toujours très heureux de pouvoir vous rendre service. Nous avons le plaisir de répondre au désir de Votre Seigneurie – désir dont nous a fait part Mr Harker – en lui donnant les informations suivantes concernant la vente et l’achat de l’hôtel sis au n° 347 de Piccadilly. Cette propriété a été vendue par les exécuteurs testamentaires de feu Mr Archibald Winter-Suffield à un gentilhomme étranger, le comte de Ville, qui a personnellement effectué l’achat et qui a payé comptant, si Votre Seigneurie veut bien me permettre d’employer une ex-pression si vulgaire. À part cela, nous ne savons absolument rien de cet étranger.

« Nous restons, Milord, les humbles serviteurs de Votre Seigneurie.

« Mitchell, Sons Candy. »

 

Journal du Dr Seward

 

2 octobre

Hier soir, je donnai l’ordre à un surveillant de rester dans le couloir et de ne pas s’éloigner de la porte de Renfield : s’il re-marquait, s’il entendait quoi que ce fût d’insolite, il devait m’en avertir aussitôt.

 

– 439 –

Après le dîner, lorsque nous fûmes tous réunis autour du feu, dans mon bureau (Mrs Harker était montée se coucher), chacun de nous expliqua où il avait été ce jour-là, ce qu’il avait fait, ce qu’il avait découvert. En vérité, Harker seul était arrivé à un résultat, et nous sommes tous persuadés qu’il est important.

Avant d’aller me mettre au lit, je retournai auprès du sur-veillant, me demandant ce qui se passait de ce côté. Je regardai moi-même par le guichet pratiqué dans la porte : Renfield dor-mait profondément ; sa respiration paraissait régulière.

Mais, ce matin, le surveillant m’a raconté qu’un peu après minuit, il a commencé à s’agiter et n’a plus cessé dès lors de ré-citer ses prières à haute voix. Quand je lui ai demandé s’il n’avait rien d’autre à me signaler, il s’est contenté de me ré-pondre que c’était tout ce qu’il avait entendu. Je le soupçonnai alors de s’être endormi, et je le lui dis sans ambages ; il nia d’avoir dormi, mais reconnut qu’il s’était « assoupi » un mo-ment. Pour se fier entièrement à ce que vous dit un homme, il faudrait le surveiller sans cesse.

Aujourd’hui, Harker est parti, désireux de suivre la piste qu’il a découverte hier, tandis qu’Art et Quincey sont allés cher-cher des chevaux. Godalming juge qu’il serait souhaitable d’avoir des chevaux à notre disposition, car lorsque nous rece-vrons le renseignement que nous attendons, il n’y aura pas un instant à perdre. Nous devrons, entre le lever et le coucher du soleil, rendre inefficace la terre que contiennent les caisses ; de cette façon, nous pourrons capturer le comte dans les moments où il est presque sans pouvoir et sans refuge aucun. Van Hel-sing, lui, est allé au British Muséum afin de consulter des ou-vrages de médecine ancienne. Les médecins des siècles passés tenaient compte de certaines choses que nous n’admettons plus aujourd’hui ; aussi le professeur veut-il rechercher des remèdes

 

– 440 – contre les sorcières et les démons qui, peut-être, nous seront utiles plus tard.

Il m’arrive de penser que nous sommes tous fous, et que lorsque nous reviendrons à la raison, on nous aura mis la cami-sole de force.

Plus tard

Nous nous sommes à nouveau réunis. Il semble décidé-ment que cette piste soit la bonne, et peut-être ce que nous ac-complirons demain sera-t-il le commencement de la fin. Je me demande si l’apaisement que nous observons maintenant chez Renfield n’est pas en rapport avec cette situation. Ses compor-tements contradictoires ont été liés à tel point aux agissements du comte qu’il peut avoir l’intuition de l’anéantissement pro-chain de ce monstre. Si seulement nous pouvions connaître ce qui s’est passé dans son esprit entre le moment de ma discus-sion avec lui et celui où il s’est remis à attraper des mouches, cela nous mettrait peut-être sur la voie. Pour l’instant, il est donc très calme. Apparemment… Ces cris, ne viennent-ils pas de sa chambre ?

Le surveillant s’est précipité dans mon bureau pour me dire que Renfield a sans doute été victime d’un accident. Il l’a entendu crier, et quand il est entré dans sa chambre, il l’a trouvé étendu à terre, le visage contre le plancher, et tout couvert de sang. J’y vais immédiatement.

 

– 441 –