Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 14 sur 161

Pages du PDF

Dracula

19 mai

J’ai voulu revoir cette chambre en plein jour, car je dois à tout prix connaître la vérité. Quand j’arrivai à la porte, au-dessus de l’escalier, je la trouvai fermée. On avait essayé de la remettre en place contre le montant, la boiserie était même abîmée. Je m’aperçus que le verrou n’était pas mis, mais que la porte était fermée de l’intérieur. Je crains donc de ne pas avoir rêvé, et, dorénavant, il me faudra agir en partant de cette quasi-certitude.

19 mai

Assurément, je suis pris dans les filets du comte ; inutile d’espérer encore pouvoir m’en échapper. Hier soir, il m’a de-mandé de son ton le plus charmant d’écrire trois lettres, l’une d’entre elles disant que j’avais presque terminé mon travail ici et que je repartirais dans quelques jours, l’autre que je repartais le lendemain même, la troisième enfin que j’avais quitté le château et que j’étais arrivé à Bistritz. J’eus fort envie de me révolter contre une telle contrainte, mais, d’autre part, je sentais qu’il eût été fou de discuter la volonté du comte puisque j’étais abso-lument en son pouvoir ; et refuser de lui obéir, c’eût été sans doute faire naître en lui des soupçons et le mettre en colère. Dé-jà, il sait que j’en sais trop et que si je vis, je peux être dangereux pour lui. Ma seule chance, s’il existe encore une chance… con-siste à essayer de prolonger la situation actuelle. Peut-être une occasion ou l’autre se présentera t-elle qui me permettra malgré tout de m’évader… Je vis ces yeux se remplir de cette fureur qui y brillait, quand, d’un geste brusque, il avait repoussé cette belle et étrange créature. Et il m’expliqua que les services des postes étaient fort irréguliers et que mes lettres rassuraient mes amis ; puis il me dit que, pour ce qui était de la dernière lettre, il la fe-rait garder à Bistritz jusqu’à la date où je devrais réellement partir, à supposer que mon séjour se prolongeât, il me dit avec une telle conviction que m’opposer à lui sur ce point n’eût fait que provoquer de nouveaux soupçons. Je feignis donc de

 

– 82 – l’approuver, et je lui demandai quelles dates je devais inscrire sur mes lettres. Ayant réfléchi un moment, il me répondit :