Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 127 sur 161

Pages du PDF

Dracula

Journal de Jonathan Harker

 

3-4 octobre, bientôt minuit

J’ai cru que la journée d’hier ne finirait jamais. Quelque chose me poussait à m’endormir ; une obscure confiance me disait qu’au réveil je verrais un changement et que désormais tout changement serait favorable. Avant de nous séparer, nous avons discuté de notre prochaine démarche, sans résultat. Tout ce que nous savions, c’est qu’il reste une caisse où le comte peut se réfugier et que lui seul sait où elle se trouve. S’il choisit de rester caché, il peut nous tenir en échec des années, et pendant ce temps… cette perspective est trop horrible, je n’ose l’envisager. Je ne suis sûr que d’une chose, c’est que s’il y eut jamais une femme douée de toutes les perfections, c’est bien ma pauvre chérie qui supporte ainsi ses souffrances ! Je l’aime mille fois plus encore pour la douce pitié dont elle a fait preuve hier soir, une pitié qui a fait paraître basse ma haine pour ce monstre. Assurément, Dieu ne laissera pas le monde s’appauvrir par la perte d’un tel être. J’en ai le ferme espoir. Nous allons à la dérive maintenant, et nous n’avons qu’une ancre, la foi. Dieu merci, Mina dort d’un sommeil sans rêves. J’ai peur de ce que pourraient être ses rêves, nés de ces affreux souvenirs. Elle n’a plus été si calme, que je sache, depuis le crépuscule. Alors, pour un instant, j’ai vu sur son visage une paix semblable au prin-temps après les giboulées de mars. Au moment même, j’ai cru que la douce lumière rosée du soleil couchant se reflétait sur son visage, mais je crois maintenant que c’était une lumière inté-rieure… Je n’ai pas sommeil, bien que je sois épuisé, mortelle-ment épuisé. Pourtant je dois essayer de dormir ; il faut penser à la journée de demain, et il n’y aura pas de répit pour moi tant que…

Plus tard

 

– 494 –