Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 150 sur 161

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Dracula

31 octobre

Terrible aventure que la nôtre ! Nous fonçons dans l’obscurité ; le froid qui semble monter de la rivière pour nous transpercer et toutes ces mystérieuses voix de la nuit autour de nous, c’est peu de dire que nous en sommes profondément im-pressionnés, tandis que nous dérivons vers des lieux, vers des chemins inconnus, vers un univers de choses épouvantables. Godalming ferme la porte de la chaudière.

31 octobre

Toujours la même poursuite. Le jour est venu. Godalming s’est endormi et je veille. La matinée est glaciale ; la chaleur du foyer nous fait du bien quoique nous ayons de lourdes pelisses. Nous avons dépassé quelques allèges mais aucune n’avait à bord un coffre de la dimension de celui que nous cherchions. Nous épouvantions les hommes en tournant vers eux notre lampe électrique ; ils tombaient à genoux et se mettaient à prier.

1er novembre, au soir

Rien de neuf aujourd’hui. Nous n’avons rien découvert de ce que nous cherchons. Nous suivons maintenant la Bistritza : si notre supposition est fausse, nous avons perdu toutes nos chances. Nous avons examiné tous les esquifs, grands et petits. Ce matin, un équipage nous a pris pour un bateau du gouver-nement et nous a traités en conséquence. Cela nous parut un moyen de faciliter les choses ; aussi, à Fundu, où la Bistritza se

 

– 564 – jette dans le Seret, nous nous sommes procuré un pavillon rou-main que nous arborons à présent. Le tour a réussi pour tous les bateaux que nous avons visités. On nous a témoigné les plus grands égards sans opposer la moindre objection à nos ques-tions. Quelques Slovaques nous ont parlé d’un grand bateau qui les avait dépassés, à une vitesse plus grande que la normale, avec à bord un équipage double. Cela s’était passé avant Fundu, de telle sorte qu’ils n’auraient pu dire si le bateau avait pris la Bistritza ou continué à remonter le Seret. Aucune nouvelle, à Fundu, d’un bateau de cette espèce ; il doit y avoir passé pen-dant la nuit. J’ai sommeil ; c’est peut-être le froid qui commence à m’affecter, et la nature exige du repos de temps en temps. Go-dalming insiste pour prendre la première veille. Dieu le bénisse pour sa bonté à l’égard de ma pauvre Mina !