Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 91 sur 161

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Dracula

Chapitre XIV

 

 

Journal de Mina Harker

 

23 septembre

Après une nuit assez mauvaise, Jonathan va cependant mieux aujourd’hui. Je suis bien aise qu’il ait beaucoup de tra-vail, car cela l’empêche de penser sans cesse à ces choses ter-ribles… Oh ! Je me réjouis vraiment de le voir aborder ses nou-velles responsabilités, car je sais qu’il s’en montrera digne, ca-pable de les assumer, quelles qu’elles soient ! Il s’est absenté pour toute la journée et m’a dit qu’il ne rentrerait pas pour le lunch. Mes petits travaux de ménage sont faits, de sorte que je vais m’enfermer dans ma chambre pour lire ce journal qu’il a écrit durant son séjour en Transylvanie…

24 septembre

Hier soir, il me fut impossible d’écrire une ligne, boulever-sée que j’étais par ce récit incroyable. Pauvre chéri ! Que tout cela soit vrai ou seulement imaginaire, en tout cas, il a dû beau-coup souffrir ! Je me le demande : y a-t-il là-dedans une part de vérité ? A-t-il décrit toutes ces horreurs après avoir eu sa fièvre cérébrale, ou bien est-ce que celle-ci a été causée par ces hor-reurs mêmes ? Je crois que je ne le saurai jamais, puisque je n’oserai jamais sans doute lui en parler. Et pourtant, cet homme que nous avons vu hier… Jonathan semblait être certain de le

 

– 290 – reconnaître… Le pauvre garçon ! Sans doute était-ce l’enterrement de notre grand ami qui l’avait ému et troublé au point de lui remettre à l’esprit ces pensées aussi bizarres que lugubres… Lui-même y croit réellement. Je me souviens de ce qu’il m’a dit le jour de notre mariage : »… à moins que quelque grave devoir ne m’oblige à y revenir, endormi ou éveillé, fou ou sain d’esprit. » Ce comte redoutable formait donc le projet de venir à Londres… S’il est, en effet, venu à Londres avec ses nombreux millions, eh bien ! oui, un très grave devoir va nous incomber et, pour rien au monde, nous ne devrons reculer de-vant cette tâche à accomplir. Je vais dès maintenant m’y prépa-rer ; je vais transcrire ce journal de mon mari à la machine à écrire, de sorte que, s’il le faut, nous le ferons lire à d’autres per-sonnes – s’il le faut absolument. Mais, dans ce cas, de nouvelles souffrances seront épargnées à Jonathan, car c’est moi qui ex-pliquerai toute l’affaire afin qu’il n’ait pas, lui, à s’en préoccuper. D’ailleurs, s’il se remet complètement, peut-être désirera-t-il lui-même m’en parler ; je pourrais alors lui poser de nom-breuses questions, découvrir tout ce qui s’est passé et, une fois au courant de la vérité, le réconforter de mon mieux.