Dracula

BRAM STOKER · Chapitre 139 sur 161

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Dracula

25 octobre, midi

Je sais à présent ce que les soldats peuvent éprouver en enten-dant le signal de l’attaque. Seule de nous tous, Mrs Harker ne donne aucune marque d’émotion, car nous eûmes soin de lui laisser tout ignorer et de ne rien lui laisser voir de notre impa-tience. Autrefois, j’en suis sûr, elle aurait tout remarqué, quelque peine que nous eussions prise pour dissimuler, mais, sous ce rapport, elle a beaucoup changé depuis les trois der-nières semaines. Une léthargie s’étend sur elle ; quoiqu’elle semble forte et bien portante et qu’elle ait repris ses anciennes couleurs, Van Helsing et moi nous ne sommes pas satisfaits. Nous parlons souvent d’elle, sans du reste en rien dire aux autres. Ce serait briser le cœur – et sûrement les nerfs – du pauvre Harker que de lui laisser deviner nos soupçons. Van Helsing examine attentivement, me dit-il, ses dents tandis qu’elle est en état d’hypnose, assurant qu’aussi longtemps qu’elles ne deviennent pas plus aiguës, il n’y a pas danger urgent d’une transformation. Si cette transformation s’amorçait, il fau-drait prendre des mesures. Nous savons ce qu’elles seraient, quoique nous n’échangions pas nos pensées à ce sujet. Aucun de nous ne reculera devant la tâche, si affreuse qu’elle puisse être. Euthanasie est un mot excellent et réconfortant ! J’ai de la re-connaissance pour celui qui l’a inventé.

Il y a environ vingt-quatre heures de mer des Dardanelles jusqu’ici, à l’allure que le Tsarine Catherine a pratiquée depuis Londres. Le bateau devrait donc arriver demain matin ; comme ce ne peut être plus tôt, nous avons décidé de nous retirer et de nous lever à une heure afin d’être prêts.

25 octobre, midi

Aucune nouvelle de l’arrivée du bateau. Le message de Mrs Harker au cours de la transe est le même que d’habitude, de telle sorte que nous pouvons apprendre quelque chose d’un moment à l’autre. Nous sommes dans la fièvre, à l’exception de Harker, qui reste calme. Ses mains sont d’un froid de glace et,

 

– 532 – tout à l’heure, je l’ai trouvé aiguisant le grand couteau gurkha qu’il ne quitte plus. Vilaine perspective pour le comte, la pointe de ce Kukri touchant sa gorge, et enfoncée par cette main réso-lue et glaciale !