Dracula
30 juillet
Dernière nuit sans doute. Heureux que nous approchions de l’Angleterre. Beau temps, toutes les voiles sont déployées. Je me suis couché, n’en pouvant plus ; j’ai dormi profondément ; mais le second m’a réveillé en m’annonçant que les deux hommes de quart avaient disparu, de même que celui qui tenait la barre. Nous ne sommes plus que quatre à bord – moi, le se-cond et deux matelots.
1er août
Deux jours de brouillard et pas une voile en vue. J’avais es-péré qu’une fois dans la Manche nous pourrions recevoir du secours… Comme il nous est impossible de manœuvrer les voiles (je n’ose pas les faire amener, de crainte que l’on n’arrive plus à les déployer) nous devons courir vent arrière. On dirait que nous sommes chassés, vers un terrible destin. Le second est maintenant plus découragé qu’aucun des deux matelots. Il est dur de tempérament, mais on dirait que toute son énergie s’est retournée contre lui-même et le ronge de l’intérieur. Les deux hommes, eux, ne songent même plus à avoir peur ; ils conti-nuent simplement à travailler avec patience, s’attendant au pire. Ils sont Russes, le second est Roumain.
2 août, minuit
Endormi depuis quelques minutes à peine, je viens de m’éveiller en entendant un cri poussé, m’a-t-il semblé, à mon
– 145 – hublot. Mais il m’a été impossible de rien voir, à cause du brouillard. En toute hâte, je suis monté sur le pont, où j’ai ren-contré le second qui accourait, lui aussi. Il me dit avoir égale-ment entendu ce cri mais que, arrivant presque aussitôt sur le pont, il n’a pas vu l’homme qui était de quart. Encore un dispa-ru. Que le seigneur veuille nous protéger ! D’après ce que dit le second, nous sommes maintenant dans la mer du Nord, et seul Dieu peut nous guider à travers ce brouillard qui semble avan-cer vers nous ; mais Dieu semble nous avoir abandonnés !