Dracula
Journal du Dr Seward
5 juin
Le cas de Renfield devient de plus en plus intéressant au fur et à mesure que je comprends mieux l’homme. Sont très dé-veloppés chez lui : l’égoïsme, la dissimulation et l’obstination. J’espère arriver à saisir pourquoi il est à ce point obstiné. Il me semble qu’il s’est proposé un but bien défini, mais lequel ? Ce-pendant, il aime les animaux, bien qu’il y ait sans doute une étrange cruauté dans cet amour qui va à toutes sortes de bêtes différentes. Pour le moment, sa manie est d’attraper les mouches. Il en a déjà une telle quantité qu’il m’a paru indispen-sable de lui faire moi-même une observation à ce sujet. À mon grand étonnement, il ne s’est pas mis en colère, comme je le craignais, mais, après avoir réfléchi quelques instants, il m’a simplement demandé sur un ton fort sérieux :
– Vous m’accordez trois jours ? En trois jours, je les ferai disparaître.
Bien entendu, j’ai répondu oui. Plus que jamais, je vais l’observer.
18 juin
Pour le moment, il ne pense plus qu’aux araignées ; il en a pris de très grosses qu’il a mises dans une boîte. Pour les nour-rir, il leur donne ses mouches, dont le nombre diminue beau-
– 123 – coup, encore qu’il en ait attrapé de nouvelles avec, comme ap-pât, sur le rebord de sa fenêtre, la moitié des repas qu’on lui ap-porte.