Dracula
Journal de Lucy Westenra
– Inutile de me tenir ; je peux retourner seul, et tranquil-lement !
En effet, nous rentrâmes sans la moindre difficulté, mais ce calme, chez mon malade, ne me dit rien qui vaille, et je ne dois pas oublier ce qui vient de se passer…
Journal de Lucy Westenra
Hillingham, 24 août
Comme Mina, je vais tenir un journal. Puis, lorsque nous serons à nouveau ensemble, nous parlerons longuement de tout ce que j’aurai noté ici. Mais quand sera-ce ? Que n’est-elle ici maintenant, car je me sens si malheureuse ! La nuit dernière, j’ai eu l’impression de refaire les rêves que je faisais à Whitby ; peut-être est-ce à cause du changement d’air, ou parce que je suis revenue à la maison… Le plus terrible, c’est que je ne me rappelle rien… Mais j’ai continuellement peur, sans pourtant savoir de quoi. Et je me sens si faible, comme épuisée… Quand Arthur est venu déjeuner avec nous, il a parut tout triste en me voyant, et je n’ai même pas eu le courage de m’efforcer d’être gaie. Je me demande s’il ne me serait pas possible de partager la chambre de maman, cette nuit. J’y dormirais tranquille. Je trouverai un prétexte pour le lui demander.
25 août
Encore une mauvaise nuit. Ma proposition n’a pas semblé plaire à maman. Elle-même n’est pas très bien, et sans doute craint-elle de m’importuner souvent si nous dormons dans la même chambre. J’ai donc essayé de ne pas céder au sommeil et
– 180 – j’y ai réussi quelque temps, mais les douze coups de minuit m’éveillèrent : je m’étais donc endormie malgré tout ! Il me semble qu’on grattait à la fenêtre, ou bien était-ce un plutôt un battement d’ailes ? Mais je n’y pris point garde et, comme je ne me souviens de rien d’autre, je suppose que je me rendormis aussitôt. De nouveaux cauchemars. Si je pouvais me le rappe-ler… Ce matin encore, je suis horriblement faible ! Mon visage est d’une pâleur effrayante, et j’ai mal à la gorge… Je crois aussi que j’ai quelque chose aux poumons ; je respire souvent avec difficulté. J’essayerai de me montrer un peu plus joyeuse devant Arthur, sinon il sera de nouveau très malheureux.