Dracula
Journal de Lucy Westenra
– Il n’est pas question que vous veilliez cette nuit. Je suis tout à fait bien, je vous assure ! Et s’il y a quelqu’un qui doit veiller, c’est moi qui vous veillerai !
Je ne voulus pas la contrarier. Nous prîmes ensemble le re-pas du soir et, égayé par sa charmante présence, je passai une heure délicieuse. Je bus deux verres d’un excellent porto. Puis Lucy monta avec moi, me montra une chambre voisine de la sienne et dans laquelle brûlait un bon feu.
– Voilà, dit-elle, vous vous reposerez ici. Je laisserai nos deux portes ouvertes. Vous vous étendrez sur le sofa… Je sais que, pour un empire, aucun médecin ne se mettrait au lit quand il y a un malade à l’horizon Soyez certain que, si j’ai besoin de l’un ou l’autre chose, je vous appellerai aussitôt.
Je ne pouvais que lui obéir, car, en vérité, je me sentais réellement « à bout » et, l’eussé-je même voulu, je crois qu’il m’aurait été impossible de veiller. Aussi, après lui avoir fait promettre à nouveau qu’elle m’éveillerait si elle avait besoin de quoi que ce fût, je m’étendis sur le sofa, et m’endormis bientôt profondément.
Journal de Lucy Westenra
9 septembre
Quel bien-être ce soir ! Ma faiblesse a été que, de pouvoir à nouveau penser et me promener dans la maison, me donne l’impression de vivre en plein soleil après avoir passé une saison sous un vent d’est et un ciel de plomb. Je ne sais pourquoi, Ar-
– 208 – thur me semble très proche, plus proche que d’habitude ; j’ai même l’impression de sentir sa chaude présence. Sans doute la maladie, puis la faiblesse qu’elle entraîne font que nous nous replions davantage sur nous-mêmes, que nous tournons vers nous-mêmes notre regard intérieur, tandis que la santé et la force laissent toute liberté à l’amour. Si Arthur savait seulement ce que j’éprouve en ce moment ! Oh ! le repos béni de la nuit dernière ! Comme j’ai bien dormi, rassurée par la présence de ce cher Dr Steward ! Et cette nuit encore, je n’aurai pas peur de m’endormir, puisqu’il est là, dans la chambre à côté et qu’il me suffira de l’appeler. Tout le monde est si bon pour moi ! J’en remercie Dieu ! Bonsoir, Arthur !