Dracula
31 mai
– Vous êtes fatigué, mon ami ? Mais allez donc vous mettre au lit. C’est là que l’on se repose le mieux. D’ailleurs, je n’aurai pas le plaisir de faire la conversation avec vous ce soir, car j’ai beaucoup de travail. Mais allez dormir, je vous prie…
Je passai dans ma chambre, me couchai, et, aussi étrange que cela puisse paraître, je dormis paisiblement, sans rêver. Le désespoir porte en lui son propre calmant.
31 mai
Ma première pensée, ce matin, en m’éveillant, fut d’aller prendre quelques feuilles de papier et des enveloppes dans mon sac de voyage, de les mettre en poche, afin de pouvoir écrire si j’en avais l’occasion à un moment quelconque de la journée. Mais, nouvelle surprise, nouveau choc !
Tous mes papiers avaient disparu, du plus insignifiant jus-qu’à ceux qui m’étaient nécessaires et indispensables pour mon voyage, une fois que j’aurais quitté le château. Je réfléchis un moment, puis je songeai à aller ouvrir ma valise et la garde-robe où j’avais rangé mes vêtements.
Le costume que je portais pour voyager n’était plus là, ni mon pardessus, ni ma couverture de voyage… J’eus beau cher-cher, je ne les trouvai nulle part… Quelle machination tout ceci cache-t-il encore ?
17 juin
Ce matin, alors que j’étais assis sur le bord de mon lit à me mettre martel en tête, j’entendis claquer des fouets au-dehors et résonner des sabots de chevaux sur le sentier rocailleux qui mène à la cour du château. Le cœur battant de joie, je me préci-
– 85 – pitai à la fenêtre et je vis deux grandes charrettes qui entraient dans la cour, l’une et l’autre tirées par huit chevaux robustes et menées par un Slovaque en costume national, sans oublier la peau de mouton, et pourtant la longue hache. Faisant aussitôt demi-tour, je courus vers la porte dans l’intention de descendre et de tenter de les rejoindre près de l’entrée principale, car, me disais-je, on avait dû leur ouvrir de ce côté. Et, de nouveau un choc : de l’extérieur, on avait fermé ma porte à clef !