French Conversation and Composition
104. L'idée Fixe
Un employé de l'octroi d'une petite ville d'Allemagne vit un jour
arriver un paysan français qui portait plusieurs pots de miel. Pour
vexer notre compatriote, le fonctionnaire découvrit tous les pots l'un
après l'autre, sous prétexte de voir s'ils ne contenaient aucun objet
de contrebande. Le miel étant ainsi découvert attira une nuée de
mouches qui le gâtèrent tellement qu'il fut impossible au paysan de
le vendre. Il porta plainte devant le bourgmestre, et demanda qu'on
lui rendît au moins ce qu'il avait payé pour le droit d'entrée. Le
bourgmestre examina l'affaire, puis il déclara que l'employé ne
méritait aucun reproche, et que les mouches, auteurs de tout le mal,
devaient seules être punies: il permit donc au paysan de les tuer
sans pitié partout où il les rencontrerait. Le rusé paysan pria le
bourgmestre de lui donner sa décision par écrit, et dès qu'il eut l'écrit
entre les mains, une mouche vint lui fournir l'occasion de faire
repentir le juge de sa mauvaise plaisanterie. Elle s'était posée sur la
joue du bourgmestre, et le paysan s'empressant aussitôt d'exécuter
la sentence, appliqua sur la mouche, si bien placée à sa portée, un
soufflet plus que suffisant pour l'écraser. Le bourgmestre chancela
sous le coup et se mit en fureur contre le paysan; mais celui-ci se
contenta de lui montrer le papier qu'il avait signé et se retira fort
tranquillement.
104. L'IDÉE FIXE
Un vieux monsieur habitant la banlieue de Paris avait pris un billet
de saison pour la ville, bon jusqu'à une certaine date. Étant tombé
malade quelques jours après, il ne put faire usage de son passe
qu'un jour ou deux avant l'expiration de la date. Il essaya, mais en
vain, de le faire proroger. Pour se venger, il se mit à voyager
continuellement de chez lui à la ville et de la ville chez lui, et finit par
changer de train à chaque station.
Quelqu'un ayant remarqué ses étranges mouvements, lui demanda
quelles affaires si importantes et si pressantes il pouvait bien avoir.
«La Compagnie m'en donnera pour mon argent jusqu'au dernier
sou, quand je devrais en mourir,» répondit le bonhomme.