Gaspard des montagnes - Tome IV

Henri Pourrat · Chapitre 43 sur 44

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Gaspard des montagnes - Tome IV

Congé .................................................................................. 311

CONGÉ

 

 

Face au soleil et face au mont trempé de rosée par l’aurore,

Est l’esplanade à la vue longue où balancent les lents bouleaux.

Ils bruissent au fil de l’air parmi les tilleuls et les ormes,

Et des ruines à l’abandon jaillissent mille cris d’oiseaux.

Rien n’est mort. On respire ici l’haleine encore de la rose :

Et cette rose maintenant, elle sent meilleur qu’aucune autre,

Parce qu’elle est redevenue sauvage.

 

Vous qui vaquez dans la chaleur des plaines,

Vendant la toile, achetant le chiffon,

Ou qui peinez sous les sombres haleines

Au P.-L.-M. ou dans les Bois-Charbons,

Il vous faut être au dur argent qu’on gagne :

Les soirs, pourtant, regardant devant vous,

Vous retrouvez d’autres soirs et le goût

Du pain de seigle et du vent de montagne.

 

À la racine de ce mont hanté des piverts et des huppes,

Là où les trois étangs carrés étagent leurs dalles d’eau brune

 

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Entre les jardins de sorbiers et la rampe des pins obscurs,

Là sont les cours et l’entrepôt, la fontaine, la tour caduque,

Le frêne pleureur et le vent. Là souvent je suis revenu

Rebâtir dans l’air un château qui me regardât sous la lune

D’un feu de lune à toutes ses fenêtres.

 

Ce soir, vous qui vivez à tant de lieues

Du vrai pays, des foins et des moissons

Où sont les puys couleur de pierres bleues,

Hommes, amis, pays et compagnons,

Rappelez-vous l’histoire à cent histoires

Qui vient de loin sur le vent et qui court

De bourg en bourg, de labour en labour,

Faite d’un souffle et de notre mémoire.

 

La vieille histoire sans bon sens, et qui n’a ni père ni mère,

Se lève de l’ombre et s’emmêle à la chronique des veillées.

On a parlé de cinq ou six aux yeux vifs, aux lèvres mouillées,

D’une au grand cœur ; de vingt garçons, d’un surtout et ce qu’il valait

Son sang l’a chanté celui-là ! Ils sont à six brasses sous l’herbe,

Mais tant que vous, vous êtes bons pour bûcher, rire et faire tête,

 

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Ha ! n’est-ce pas qu’ils ne sont pas si morts ?

 

Va, maintenant, va vers eux, vieille histoire,

Va vers les plombs et les soixante puys,

À ces pays d’air bleu, de pierre noire,

Pays du peuple aux os durs, nos pays !

Va vers ceux-là que l’Auvergne accompagne,

Si loin soient-ils par le monde étouffant,

Va, vieille histoire, aussi loin que le vent,

Vers tous ceux-là qui sont de la montagne.

 

Il est large notre pays, aussi large que les deux bras,

Mais plus large encor qu’on ne dit, car elle est partout, la mon-tagne.

Partout où l’herbe du matin palpite et brille au vent sauvage,

Partout où court le conte fol, où passe une odeur de campagne,

Où l’homme d’aplomb sur ses pieds travaille d’un cœur monta-gnard

Et, parce que la feuille est verte et qu’il est devant tant d’espace,

Rit à la vie, sous le soleil de Dieu.

 

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