La mère et l'assassin

Alexandra Echkenazi · Chapitre 21 sur 47

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La mère et l'assassin

Chapitre 19

 

 

La nuit était passée et Océane restait introuvable. Après avoir terminé son appel avec Titouan, Morgane avait prévenu la police de la disparition de sa fille. Les flics l’avaient rassurée : au vu des éléments qu’elle leur avait communiqués, Océane lui donnait une bonne leçon et allait rentrer bientôt. Ils avaient néanmoins transmis à leur patrouille de nuit. Cinq heures plus tard, le ton avait changé. Pierrick Le Guen, le flic qui faisait les cent pas dans leur salon alors que deux enquêteurs fouillaient la maison à la recherche d’indices, n’était plus du tout aussi rassurant.

— Mes collègues n’ont rien découvert pour l’instant qui nous permette de retrouver votre fille. Nous allons donc commencer le porte-à-porte ce matin. Et, si vous nous y autorisez, nous allons lancer un avis de recherche.

Assise à côté de Titouan sur le canapé, Morgane avait du mal à assimiler ce qui était en train de se passer.

— Bien sûr, mettez tout en œuvre pour retrouver notre fille, réussit-elle seulement à dire.

— Vous avez essayé de borner son portable ? demanda Titouan.

— Oui, et c’est ce qui nous inquiète. Il n’émet plus depuis 23 heures hier soir. À l’heure où elle vous a vue avec Glenn Bennec.

Morgane poussa un gémissement involontaire. Elle avait cru que sa petite aventure n’aurait pas de conséquences. Elle s’avérait désastreuse.

— Elle l’a peut-être éteint ?

— On peut tracer un téléphone éteint. Non, la carte SIM a été détruite. Soit par elle, soit, et c’est plus inquiétant, par quelqu’un d’autre.

Morgane se décomposa. Elle chercha un peu de réconfort en tentant d’attraper la main de Titouan, mais il la repoussa avec une froideur qui la glaça. Il la tenait pour responsable de ce qui arrivait à leur fille et il avait raison. Sans son comportement d’ado attardée, ils ne seraient pas en train de vivre ce cauchemar.

— L’hypothèse optimiste, poursuivit Le Guen, c’est qu’elle s’est fait voler son téléphone et que le malfaiteur a détruit la carte SIM comme c’est toujours le cas à des fins de revente. Il y a eu plusieurs vols à l’arraché ces dernières semaines dans le quartier.

— Et l’hypothèse pessimiste ? osa Titouan, livide.

— Nous n’en sommes pas encore là…

— Je veux savoir !

— L’autre possibilité, c’est que votre fille s’est fait enlever. Ce serait alors son ravisseur qui aurait détruit sa carte SIM.

— Mon Dieu, laissa échapper Morgane, dévastée.

Elle se mit à pleurer en silence. Gêné, Le Guen sortit dans le jardin pour passer un coup de fil et les laissa seuls. Morgane aurait tellement aimé que Titouan la prenne dans ses bras, qu’il lui dise que tout allait bien se passer, qu’Océane s’était probablement endormie quelque part à l’abri de la pluie après s’être fait voler son téléphone, qu’elle était en colère, que c’était pour cela qu’elle n’était pas rentrée tout de suite, mais qu’elle allait revenir, lui pardonner, comme lui, et que leur vie allait reprendre comme avant. Au lieu de cela, il prit ses clés et se leva pour partir.

— Tu vas où ? demanda-t-elle.

— Chercher notre fille, cracha-t-il.

Elle le vit échanger quelques mots avec Le Guen qui acquiesça et lui serra la main, et il monta dans sa voiture. Morgane entendit alors l’escalier grincer. C’était Alizée, qui avait assisté à toute la conversation.

— Ma chérie, attends ! Ne t’inquiète pas, ta sœur va rentrer !

— Tais-toi ! Tout ça, c’est à cause de toi !

Morgane monta les marches quatre à quatre, mais trop tard, Alizée s’était enfermée dans sa chambre. Morgane plaqua son oreille contre la porte et l’entendit pleurer. Cela lui brisa le cœur.

— Ouvre-moi, dit-elle dans un sanglot, s’il te plaît. Je vais tout t’expliquer.

— Je me fous de tes explications ! lui hurla Alizée, en rage. Je me fous de toi ! Dégage ! Je veux plus jamais te voir !

Morgane prit le coup en plein cœur. Elle resta un long moment assise devant la porte d’Alizée, avant de comprendre que celle-ci ne lui ouvrirait pas. Elle ne s’était jamais sentie aussi seule et perdue. Elle se leva et se traîna jusque dans la chambre d’Océane. Mais elle avait oublié que des policiers s’y trouvaient encore à la recherche d’un indice qui aurait pu les aider à la retrouver. Quand elle poussa le battant, elle tomba sur un flic qui la fixa, mal à l’aise. Il tenait dans ses mains gantées un cahier.

— Qu’est-ce que vous faites avec le journal intime d’Océane ?

— Vous confirmez que c’est le sien ?

— Oui, je ne l’ai jamais lu, mais je sais qu’elle y note ses pensées et ses états d’âme.

Le Guen entra à ce moment dans la chambre.

— Vous avez trouvé quelque chose ? demanda-t-il au policier.

— Peut-être… répondit le bleu gêné.

Il le tendit à Le Guen, mais, n’y tenant plus, Morgane l’attrapa et commença à lire. Au fur et à mesure qu’elle avançait dans le texte, elle sentit ses jambes céder sous elle. Son souffle se fit de plus en plus court. Elle s’effondra par terre, le cahier grand ouvert sur l’écriture enfantine d’Océane. Le nom de Glenn Bennec était écrit au moins une centaine de fois sur une double page, entouré de cœurs et de mots d’amour.

— Salaud, souffla Morgane, à bout de nerfs.

— Vous ne pouviez pas savoir, fit Le Guen, bienveillant.

Morgane sentit son corps défaillir.

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