La mère et l'assassin

Alexandra Echkenazi · Chapitre 22 sur 47

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La mère et l'assassin

Chapitre 20

 

Marie était dans la cour de l’école, en train d’expliquer à ses élèves de CE2 les règles du volley, quand elle vit Morgane débouler. À son visage fermé et sa mâchoire crispée, elle sut tout de suite que quelque chose n’allait pas.

— C’est bien, super service, fit-elle à un élève. Vous voulez bien m’attendre sagement ? Je dois discuter avec la directrice, je reviens tout de suite.

Elle se précipita vers Morgane.

— Morgane !

Mais Morgane traçait sa route comme si elle ne l’entendait pas.

— Morgane ! tenta-t-elle une nouvelle fois. J’essaie de t’appeler depuis hier soir, mais tu ne réponds pas. Océane m’a appelée juste après ton départ. Je l’ai baratinée, mais… Tu as pu parler avec elle ? Morgane ! Tout va bien ?

Essoufflée, Marie interrompit sa course. Morgane était déjà loin devant et se dirigeait vers le gymnase du lycée. Marie jeta un œil à ses élèves en train de mettre le bazar dans la cour, elle ne pouvait pas courir derrière Morgane et les laisser seuls. À contrecœur, elle fit demi-tour et les rejoignit.

Morgane ouvrit la porte du gymnase à la volée. Elle connaissait l’emploi du temps de Glenn par cœur. Elle se l’était procuré pour pouvoir le croiser à sa guise en simulant un heureux hasard. Cette fois, elle y allait le cœur palpitant non d’amour, mais de haine.

Il était là, en train d’arbitrer un match de basket entre ses élèves de seconde. Elle vit ce qu’elle n’avait jamais vu jusque-là. Il était entouré de jeunes filles enamourées qui gloussaient à ses blagues et à ses œillades. Cette vision lui donna envie de vomir. Elle traversa le terrain comme une flèche, essuyant quelques remontrances des ados, et arriva devant Glenn qui se figea quand il la vit.

— Morgane ? Tu as des nouvelles ? Le cours est bientôt terminé, si tu veux…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Morgane lui assena une gifle si puissante qu’il resta sonné quelques secondes. Les élèves, qui s’étaient arrêtés de jouer, assistaient au spectacle, médusés.

— Elle a le seum, la directrice, gloussa l’un d’eux.

Mais il ne trouva pas d’alliés dans la moquerie. Tout le monde sentait qu’il se passait quelque chose de grave entre ces deux-là.

— Sale porc ! Je sais tout !

— Je comprends pas… De quoi tu parles ?

— De ma fille ! Comment as-tu osé poser tes mains sur ma fille ?

Les élèves étaient stupéfaits.

— Je vais tout t’expliquer, c’est elle qui…

Elle ne le laissa pas terminer et tenta de lui donner une nouvelle gifle, mais, cette fois, Glenn l’arrêta net en lui bloquant le bras. La force avec laquelle il lui tenait à présent le poignet et son regard déstabilisèrent Morgane.

— Maintenant, tu te calmes, et on va parler.

— Je n’ai rien à te dire. À cause de toi, Océane a disparu !

— Il n’y a qu’une seule responsable ici, c’est toi. C’est toi, sa mère, non ?

Morgane prit la pique en plein cœur. Comment avait-elle pu se voiler la face durant tout ce temps ? Elle ne connaissait pas Glenn, ne savait rien de sa vie, de son passé. Sa belle gueule, ses yeux doux et ses paroles sucrées avaient suffi à lui faire baisser la garde. Elle avait calqué sur lui ses fantasmes d’un homme parfait qui n’existait pas. Elle se prenait la réalité en pleine face d’une manière on ne pouvait plus cruelle.

Un brouhaha se fit à l’entrée du gymnase. Glenn lâcha d’un coup le poignet de Morgane. Elle se retourna et découvrit le commissaire Pierrick Le Guen accompagné de deux policiers qui s’avançaient vers eux. Morgane alla à leur rencontre, pleine d’espoir, persuadée qu’ils venaient lui annoncer avoir retrouvé Océane saine et sauve. Quand il l’aperçut, Le Guen se figea.

— Qu’est-ce que vous faites là ? lui demanda-t-il.

— Vous avez du nouveau ? l’interrogea-t-elle. Vous avez retrouvé ma fille ?

— Commissaire, on peut y aller ? s’impatienta l’un des autres policiers.

Le Guen lui fit un signe de tête en guise de réponse, et les deux hommes s’avancèrent vers Bennec.

— Madame Le Dantec, souffla Le Guen à Morgane, je n’ai pas de bonnes nouvelles…

Morgane se décomposa.

— Océane est blessée ? Vous l’avez retrouvée ?

Arrivés devant Bennec, les deux agents l’attrapèrent chacun par un bras et entreprirent de lui passer les menottes. Dans un premier temps, Glenn, comme paralysé, ne montra aucune résistance.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Morgane, blême. Qu’est-ce que vous faites ?

À ce moment, Glenn commença à se débattre. Les policiers furent surpris par la force du professeur de sport. L’un d’eux se prit même une droite. Le Guen accourut pour les aider, laissant Morgane seule et perdue, craignant de comprendre ce qui était en train de se passer.

— Glenn Bennec, vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre d’Océane Le Dantec, lui annonça alors Le Guen.

— Meurtre ? s’écria Morgane, abasourdie.

Les flics l’embarquèrent, sous le regard stupéfié des élèves. Morgane se précipita alors vers Le Guen.

— Pourquoi vous l’arrêtez ? Où est Océane ?

Le Guen la regarda avec toute l’empathie qu’il réussit à trouver en lui.

— Madame Le Dantec, je suis désolé. On a retrouvé les habits ensanglantés de votre fille et un couteau de pêche, identifié comme étant celui de Glenn Bennec, à proximité de son domicile.

— Ce n’est pas possible, vous devez vous tromper. Océane est encore en vie ! Glenn n’aurait jamais fait ça !

Elle chancela. Le Guen passa un bras sous le sien pour la soutenir.

— On a découvert l’existence d’une plainte contre lui d’une élève mineure avec qui il aurait eu des relations dans son ancien lycée de Brest. Et, visiblement, ce n’était pas la première fois qu’il avait des problèmes avec une élève…

— Non, c’est faux ! hurla-t-elle, dans une supplique. Il n’aurait pas pu être recruté ici comme prof avec un casier ! Vous vous trompez ! Océane est vivante ! Elle est vivante !

Des larmes se mirent à couler sur ses joues.

— La plainte a été retirée, poursuivit Le Guen. Il n’avait pas de casier, il a pu se faire embaucher à l’Émeraude.

Morgane s’effondra. Marie arriva à la rescousse. Elle fit signe à Le Guen qu’elle s’en occupait. Elle prit Morgane dans ses bras, mais celle-ci s’évanouit.

— Appelez une ambulance ! hurla Marie. Comment avez-vous pu faire ça devant elle ? lança- t-elle à Le Guen. C’est inhumain !

— Je ne savais pas qu’elle serait là, se défendit Le Guen, contrit.

Marie commença à bercer doucement Morgane, comme une enfant.

— Ma pauvre chérie, lui souffla-t-elle.

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