La mère et l'assassin
Chapitre 34
Le directeur était très contrarié. À cause de cette pimbêche, son école allait passer dans la liste noire des établissements scolaires comptant des incidents majeurs. Dire qu’il avait pensé à appuyer sa demande de titularisation comme institutrice dans son école, cela ne risquait plus d’arriver ! Entre les foldingues des déléguées de parents d’élèves et les hystériques des syndicats de profs, il avait assez de fouteuses de merde comme ça sur le dos. Le prochain qui aurait le poste, ce serait un homme, eux au moins se contentaient de faire cours, sans chercher à jouer les justiciers ni à se mêler de la vie privée des élèves et de leur famille. Il se serait bien passé d’un tel coup de projecteur. Le directeur craignait pour la suite de sa carrière. À cause de cette folle, il avait à présent une enquête sur le dos visant à déterminer les raisons pour lesquelles il avait minimisé les inquiétudes de l’institutrice et pourquoi cette affaire avait terminé entre les mains de la police au lieu de remonter au rectorat. Il avait eu beau expliquer que rien n’alertait dans le comportement de l’enfant et que l’institutrice avait probablement exagéré la situation, la mère ayant été orientée en hôpital psychiatrique et le jeune garçon placé, ses arguments étaient inaudibles. Il avait tenté d’étouffer une affaire de maltraitance et à présent il était sur la sellette. À quelques mois de sa retraite !
On frappa à sa porte.
— Entrez ! hurla-t-il, de mauvaise humeur.
Morgane apparut.
— Vous vouliez me voir, monsieur le directeur ?
— Asseyez-vous, Morgane.
Dommage, pensa-t-il, cette petite était quand même bien jolie.
— Vous avez des nouvelles de Jules ? Il n’est pas revenu depuis que la police a emmené sa mère.
— Depuis que vous avez fait embarquer sa mère, vous voulez dire… Il ne reviendra pas. Il est parti en foyer suite au placement en hôpital psychiatrique de sa mère et inscrit dans une autre école.
Morgane se figea.
— Il n’a pas de famille ? Il va rester jusqu’à quand en foyer ?
— Ah ça, vous auriez dû y penser avant de jouer les enquêtrices de l’ASE.
Morgane se décomposa.
— Il rentrera chez lui une fois que sa mère ira mieux, tenta de se rassurer Morgane.
— Ça m’étonnerait qu’elle sorte de sitôt. Selon les renseignements que j’ai réussi à obtenir auprès du rectorat, la mère avait tenté de noyer l’enfant pendant son bain, en plus de l’avoir étranglé…
Comment une mère peut-elle faire une chose pareille ? pensa Morgane.
— Vous avez au moins ce mérite : grâce à vous, cette psychopathe n’est plus en liberté. Heureusement qu’elle ne mettait pas les pieds à l’école, Dieu sait ce qu’elle aurait pu faire à l’un d’entre nous !
Morgane imaginait le petit garçon de sept ans séparé non seulement de sa mère, mais aussi de ses amis, sans aucun repère, pas même l’école. Elle lui avait promis que tout irait bien, elle avait donc menti. Un terrible sentiment de culpabilité l’écrasa.
— Sinon je suis au regret de vous annoncer que votre titularisation ne pourra finalement pas se faire chez nous.
— Je ne comprends pas, vous m’aviez pourtant dit que le poste était pour moi…
— Vous savez ce que c’est : les voies de l’Éducation nationale sont impénétrables… Je suis certain qu’avec vos compétences vous trouverez un autre établissement très vite.
Morgane hocha la tête. Elle se leva, complètement abattue, et sortit du bureau. C’était donc ainsi qu’on traitait le personnel qui faisait son devoir. Elle se dit qu’elle avait fait une belle connerie en se mêlant d’une affaire qui ne la regardait pas. Elle termina l’année à Surcouf comme un zombie et fut nommée à la rentrée suivante à l’école de l’Émeraude. Sa vie reprit. Mais elle ne donna plus jamais « Le loup et l’agneau » à apprendre en récitation.
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