La mère et l'assassin

Alexandra Echkenazi · Chapitre 24 sur 47

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La mère et l'assassin

Chapitre 22

 

La police n’avait pas encore découvert que Glenn avait disparu. Morgane avait pris soin d’effacer ses traces dans l’appartement et d’éviter les caméras de surveillance. Elle avait remis la camionnette au garage. Elle ne savait pas pour combien de temps encore, ni ce qu’elle allait faire de Bennec, mais pour l’instant elle maîtrisait la situation.

Morgane arriva à l’école à la pause de midi, comme prévu. Quand Marie la vit, elle accourut pour la prendre dans ses bras.

— Ça me fait tellement plaisir, de te voir. Tu es venue pour déjeuner ?

Morgane ne devait pas flancher. Elle aurait tellement aimé se confier à son amie, mais il ne fallait pas. Si la police venait à remonter jusqu’à elle, Marie aurait été sa complice. Elle avait déjà trop nui à son entourage, cette fois elle ne voulait embarquer personne dans sa chute, sa vengeance était une affaire personnelle. C’était aussi la raison pour laquelle elle avait pris ses distances avec Titouan et Alizée. Les tenir à l’écart était le meilleur moyen de les protéger.

— Oui, j’avais envie de voir un peu de monde…

— Ça te dit, une petite salade dans le parc ? Il fait beau, on sera tranquilles.

Elles sortirent de l’établissement et s’installèrent sur un banc au soleil avec une salade achetée à la boulangerie du coin, comme au bon vieux temps.

— Voir la gueule de ce type aux infos, souffla Marie, ça m’a fait quelque chose… Si je l’avais eu en face de moi… Je n’imagine même pas ce que tu dois vivre.

— Je te le confirme, j’ai des envies de meurtre.

Marie attrapa la main de Morgane.

— Tu ne pouvais pas savoir. Personne ne pouvait savoir.

— J’ai honte, mais parfois, j’ai des doutes.

— Des doutes sur quoi ?

— Sur sa culpabilité…

Marie serra un peu plus la main de Morgane.

— C’est normal. C’est difficile d’admettre que l’homme qui a fait battre ton cœur est un monstre.

— Et s’il disait vrai ? Si c’était un salaud, un sale type, mais pas un meurtrier ? Si ce n’était pas lui qui avait enlevé et tué Océane ?

— Toi, tu as regardé BFM TV, ce matin. Ne te laisse pas déstabiliser par la défense de son avocat. La police a fait son enquête, toutes les preuves sont contre lui, jusqu’à l’arme du crime…

— Je sais, mais… ce matin, il y a un truc qui m’est revenu. Au début de l’enquête, les flics m’ont interrogée sur un jeune homme, un inconnu, qui aurait traîné devant le lycée. Il aurait même abordé Océane le jour de la fête d’Halloween.

— Je sais, moi aussi, ils m’ont posé des questions.

— Et alors, tu leur as dit quoi ?

— Que cela ne me disait rien, des jeunes garçons qui viennent draguer les filles devant le lycée, j’en vois des dizaines chaque jour. Pas toi ?

— Si… Mais la police aurait dû creuser davantage cette piste. Je n’arrête pas d’y penser. Et si le meurtrier d’Océane n’était pas Glenn ? C’est peut-être pour cela qu’il ne dit pas ce qu’il a fait de son corps ?

Morgane était bouleversée. Marie lui caressa la joue avec bienveillance.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi tu reviens là-dessus aujourd’hui ?

— Je ne sais pas… J’ai tellement envie de retrouver ma fille…

Morgane ne devait rien laisser transparaître d’inhabituel.

— Tu te sentirais moins coupable, s’il était innocent, n’est-ce pas ?

Marie avait touché un point sensible. Cherchait-elle la vérité sur ce qui était arrivé à sa fille ou à s’en dédouaner ? Si Glenn était innocent, alors elle l’était d’une certaine manière aussi. Marie la prit dans ses bras.

— Ça va aller. Fais-moi confiance, il va bientôt retourner en prison et payer pour ce qu’il a fait. Tu sais quoi ? Tu as raison. Il faut que tu prennes l’air. Et si tu partais quelques jours ? Tu largues les amarres et tu vas te balader dans tes coins préférés pour prendre du recul.

Avec Glenn ligoté dans la cabine, ça risquait d’être un peu compliqué, pensa Morgane, avec ironie.

— J’ai une super idée, lança joyeusement Marie. Je vais me faire porter pâle et partir avec toi, cet après-midi !

— Non ! la coupa Morgane, un peu trop abruptement.

Marie la regarda avec suspicion.

— Qu’est-ce que tu me caches ?

— Rien, c’est juste que le moteur est en rade.

— Bah, c’est un voilier, non ?

— Oui, mais le temps va se gâter, la météo de cet après-midi s’annonce très mauvaise, sortir sans moteur serait dangereux…

Marie poussa un soupir de déception.

— Partie remise, alors ?

— Promis.

La cloche sonnant la fin de la pause retentit. Marie se leva.

— Il faut que j’y aille. Tu fais quoi, ce soir ? On dîne ensemble ?

— Merci, ma belle, mais j’ai besoin de calme. La semaine prochaine ?

— Tu m’appelles si ça ne va pas, OK ?

Morgane embrassa Marie et prit la direction de sa voiture. Glenn lui avait donc encore menti. Marie n’avait jamais vu de jeune homme importuner Océane devant le lycée, il avait encore utilisé une femme pour s’innocenter. Elle était sur le point de rentrer dans sa voiture quand elle vit Alizée au loin qui courait pour être à l’heure au lycée. Apercevant sa mère, elle s’arrêta net. Morgane s’avança vers elle.

— Qu’est-ce que tu fais là ? demanda l’ado.

— Je suis venue voir Marie…

Alizée fit un petit sourire de dédain.

— Je vois. Tu préfères bouffer une salade en plein hiver sur un banc avec ta copine plutôt que déjeuner avec ta fille et ton mari. Le pire, c’est que je suis pas étonnée…

— Je ne suis pas venue pour déjeuner avec elle. J’avais des choses à… régler…

Alizée voulut se remettre en route, mais Morgane la retint.

— Qu’est-ce que tu me veux ? grogna Alizée.

— Juste t’embrasser, te prendre dans mes bras. Ce n’est pas ce qui se fait, entre une mère et une fille ?

— Dans les familles normales, probablement.

Morgane accusa le coup.

— Alizée, pourquoi tu ne réponds pas à mes messages ?

— Peut-être parce que j’ai rien à te dire ? C’est bon, lâche-moi, maintenant, je vais me prendre un billet de retard à cause de toi, fit-elle en se libérant de sa mère.

— Alizée, s’il te plaît, parle-moi. Quand est-ce que tu vas me pardonner ?

Alizée lui lança un regard qui la transperça. Depuis le soir du drame, elles n’avaient plus jamais eu une conversation normale. Alizée avait commencé par se murer dans le silence, puis le mutisme avait laissé place à l’agressivité. Avec Titouan, ils avaient essayé de la protéger au maximum, mais elle n’était plus une petite fille et avait pris parti, évidemment contre sa mère. Elle savait pour elle et Glenn, elle avait même été la première à découvrir leurs échanges avec sa sœur. Elle en voulait encore plus à Morgane que Titouan. Fou de douleur après la disparition d’Océane, son mari avait pris sur lui et, bien que blessé par la trahison de sa femme, il avait décidé de lui pardonner. Le choc passé, il avait compris que, s’il ne l’avait pas négligée, rien de tout cela ne serait arrivé. Il lui avait même demandé pardon à son tour et avait insisté auprès de Morgane pour qu’elle prenne conscience qu’elle était une victime de cet homme, et non une coupable. Morgane l’avait alors rejeté. Elle l’aimait pourtant encore plus qu’au premier jour. Sa dignité face au drame et au qu’en- dira-t-on, sa force avaient redoublé son amour pour lui. Mais elle avait introduit le loup dans la bergerie, avait provoqué la fuite d’Océane puis sa disparition. Elle ne pouvait tout simplement pas se pardonner à elle-même.

— Tu me poses vraiment la question ? lui rétorqua Alizée. Tu as brisé le cœur de papa et ma sœur est morte à cause de toi, tu te rappelles ? Allez, fous-moi la paix.

— Alizée, attends ! Je voulais te demander… Tu n’aurais pas des photos ou des vidéos de la journée d’Halloween ? C’est pour vérifier si ta sœur a été importunée ce jour-là…

Alizée marqua un temps d’arrêt.

— Non, mais je rêve… C’est tout ce qui t’intéresse, en fait ? Innocenter ton amant ? Et ensuite quoi ? Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ? Je ne sais pas lequel des deux est le plus monstrueux !

Elle tourna les talons et laissa Morgane en plan. Au loin, Marie, qui avait assisté à la scène, adressa un petit sourire d’encouragement à Morgane, qui lui rendit un sourire triste en retour. Elle n’avait pas perdu qu’une fille dans ce drame, mais deux.

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