La mère et l'assassin

Alexandra Echkenazi · Chapitre 30 sur 47

Pages du PDF

La mère et l'assassin

Chapitre 28

 

 

Sur la route, Nina appela l’école primaire de l’Émeraude et demanda à parler à Morgane Le Dantec. La femme à l’accueil lui indiqua qu’elle avait pris un deuxième jour de repos. Elle devait donc se trouver sur son bateau. Il y avait de fortes probabilités pour qu’elle refuse de la recevoir. Pire, qu’elle appelle Le Guen pour l’informer que quelqu’un de son équipe l’importunait. Elle était prête à prendre le risque. Il fallait qu’elle sache si Morgane Le Dantec était liée de près ou de loin à la disparition de Bennec.

À la capitainerie, on lui indiqua l’emplacement du voilier de Morgane. Quand elle arriva sur le quai, elle vit que les rideaux de la cabine étaient tirés et la passerelle relevée. Il n’y avait aucun moyen de monter à bord.

— Il y a quelqu’un ? tenta-t-elle d’une voix forte.

À l’intérieur, un rideau bougea.

— Madame Le Dantec ? C’est la police, j’aurais quelques questions à vous poser.

Elle entendit un petit remue-ménage dans la cabine, puis la porte s’ouvrit. Morgane apparut en face d’elle sur le pont.

— Capitaine Nina Kaminski, se présenta Nina.

— Qu’est-ce que vous me voulez ?

— Juste vous parler, ce ne sera pas long.

— Vous travaillez avec le commissaire Le Guen.

— Oui…

— Cet incapable qui n’a pas réussi à retrouver le corps de ma fille en trois mois. Si vous n’avez rien de nouveau, vous pouvez faire demi-tour.

— Attendez ! En fait, il ne sait pas que je suis…

Nina se plaqua soudain une main sur la bouche.

— Désolée…

Elle se plia en deux.

— Qu’est-ce qui vous arrive ?

La capitaine pensa que, si ses nausées avaient attendri Le Guen, peut-être auraient-elles le même effet sur Morgane ? Elle se précipita au bord du quai et fit mine de s’apprêter à vomir. Prise de pitié, Morgane abaissa sa passerelle et alla la rejoindre.

— Ça va ?

Nina, encore blême et vaseuse, fit « oui » de la tête.

— Fausse alerte…

— Vous êtes enceinte de combien ?

— Comment vous avez deviné ?

— Je suis passée par là deux fois…

— Huit semaines.

— C’est pour septembre, alors ?

— C’est ça…

— Comme ma grande.

Nina sentit l’émotion dans la voix de Morgane. Elle décida d’en profiter pour monter à bord.

— Je peux aller me rafraîchir chez vous ?

Morgane hésita quelques instants, puis finit par accepter.

— Entrez.

Nina la suivit et pénétra dans la cabine. Elle remarqua immédiatement que le ménage venait d’être fait. Le bateau sentait l’eau de Javel.

— C’est nickel, chez vous.

— Des rats sont montés à bord, alors j’ai fait le grand ménage, se justifia Morgane.

Nina scanna rapidement l’intérieur du voilier.

— C’est sympa, je pensais pas que ça pouvait être si grand.

— Merci. Il a le charme de l’ancien. C’était celui de mon père. Une tisane pour vous requinquer ?

— Avec plaisir.

Alors que Morgane s’occupait de la tisane, Nina appuya discrètement sur la barre espace de l’ordinateur posé sur la table du salon et vit apparaître la photo du jeune homme à la cicatrice. Elle sortit rapidement son portable et fit une photo.

— Qu’est-ce que vous faites ? La salle de bains est là-bas, allez vous mouiller un peu le visage.

— Merci beaucoup.

Une fois là-bas, Nina en profita pour inspecter les affaires de Morgane. Elle s’était récemment maquillée. Un rendez-vous galant ? Pas vraiment l’ambiance, se dit Nina. Cette femme avait renoncé à toute vie privée depuis la mort de sa fille. Ou alors elle s’était faite belle pour Bennec ? Nina remarqua que Morgane avait oublié une bague sur le rebord du lavabo. Elle avait dû l’enlever pour se laver les mains et la laisser là. Elle l’attrapa pour la lui rendre, quand elle vit une petite tache brune sur le métal. Elle regarda de plus près : on aurait dit du sang séché. Elle la glissa dans sa poche. Elle ouvrit le petit placard sous le lavabo et en sortit une boîte à bijoux. Elle fouilla et réprima un cri de victoire lorsqu’elle tomba sur une boucle d’oreille semblable en tout point à celle qu’elle venait de découvrir chez Bennec.

— Vous dérangez pas, surtout !

Elle se retourna, et vit Morgane qui la fusillait du regard.

— Qu’est-ce que vous cherchez ?

— De quoi m’essuyer les mains, désolée.

Morgane lui tendit la serviette qui était accrochée sur le côté du lavabo. En échange, Morgane lui rendit sa bague.

— Vous l’aviez oubliée. Il faudra la nettoyer, elle a une petite tache, là… marron… ou peut-être rouge…

Elle vit Morgane se décomposer.

— Merci.

Morgane prit sa bague et retourna dans le salon. Nina la suivit.

— Je veux que vous partiez, lui lança Morgane froidement. Vous n’avez aucune autorisation pour être là. Et je suis fatiguée.

— Pourquoi ? La nuit a été courte ?

— Ça suffit, maintenant ! Sortez de chez moi !

Mais Nina ne bougea pas.

— Je suis là parce que Glenn Bennec a disparu.

— Vous pensiez qu’il allait sagement attendre son procès aux assises ? Évidemment, qu’il a disparu ! rétorqua Morgane.

— Je sais que vous nous avez suivis, hier matin. J’ai votre immatriculation. Et un témoin oculaire.

— Et alors ? Ce n’est pas interdit, si ?

— Je sais aussi que vous êtes montée dans son appartement.

— Quelle idée… Qu’est-ce que je serais allée faire chez lui ?

— Et ça, c’est quoi ?

Nina sortit alors la boucle d’oreille qu’elle venait de trouver chez Bennec.

— C’est la même que celle dans votre boîte à bijoux.

— Dehors !

Morgane attrapa Nina par le col et commença à la pousser à l’extérieur.

— Morgane, attendez, j’ai de bonnes raisons de penser que Glenn Bennec est innocent. Ne faites pas de bêtises. Si vous l’avez enlevé, il n’est pas trop tard. Dites-moi où il est. Vivant, il nous servira plus que mort.

— Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il est innocent ?

— J’ai lu et relu le dossier de la disparition d’Océane.

— L’enquête est rouverte ?

— Non, c’est moi, c’est une initiative personnelle… Le Guen n’est pas au courant.

— Je vois.

— Rien ne colle, dans ce dossier. Bennec n’est pas tout blanc, mais le couteau, les habits, je n’y crois pas.

— Vous avez une piste ?

— Non, pas pour l’instant. L’urgence est de retrouver Bennec vivant.

— À chacun son urgence. Au revoir, capitaine Kaminski, vous connaissez le chemin.

À bout d’arguments, Nina sortit et regagna sa voiture.

OceanofPDF.com