Les Romans de l’interdit

Benito Pérez Galdós · Chapitre 14 sur 95

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Les Romans de l’interdit

Chapitre XIII

 

Le jour suivant, un lundi, Amparo se présenta chez Rosalía après avoir fait quelques courses pour cette dernière. Une de leurs premières conversations fut horriblement désagréable, au point qu’Amparo aurait bien aimé mettre un bâillon sur la bouche de son illustre protectrice.

— Aujourd’hui, j’ai été à San Marcos, lui dit celle-ci, et j’ai rencontré doña Marcelina Polo… Comme elle est affaiblie, la pauvre dame ! Ce doit être à cause des contrariétés que lui a infligées son frère, qui, d’après ce que l’on dit, est un fauve en soutane… Elle m’a demandé de tes nouvelles et je lui ai dit que tu allais bien, que peut-être tu entrerais dans un couvent. Tu sais ce qu’elle m’a répondu ?

Amparo attendait, plus morte que vive.

— Eh bien, elle ne m’a rien dit, elle s’est contentée de se signer. Elle est entrée dans la sacristie et je suis allée entendre la messe.

À l’heure où Caballero avait l’habitude de venir, la jeune fille ne savait pas si c’était la crainte ou le désir de le voir qui étreignait son âme. Mais le généreux bienfaiteur ne vint pas, chose étrange ! et Amparo ne s’expliquait pas son absence, sauf à supposer chez lui quelque chose qu’elle-même ressentait : de la crainte, un manque de courage, de la timidité. Lui aussi était faible, surtout en ce qui concernait les affaires de cœur. Et il ne savait pas affronter les situations délicates. À la place de Caballero, vint ce jour-là un monsieur, un ami de la maison, l’homme le plus ennuyeux qu’Amparo se souvenait d’avoir vu de toute sa vie. C’était un vaniteux qui se prenait pour le type le plus achevé de beauté et d’élégance, et il jouait le petit coquin, doté d’un esprit pénétrant, et grand connaisseur de femmes. Durant toute la visite, il ne quitta pas Amparo des yeux, qu’il avait fort grands, comparables à deux œufs durs ; ils ressemblaient à ceux d’un mouton moribond. La proximité avec un nez très petit donnait des proportions démesurées aux yeux qui, selon l’opinion dudit individu, leur maître, étaient une des plus terribles armes pour les conquêtes amoureuses. Deux petites touches de carmin sur les joues contribuaient aux ravages que de telles armes étaient censées faire. Un sourire prétentieusement ironique accompagnait toujours la débauche de regards que cet individu jetait sur la jeune fille ; et ses expressions étaient aussi infatuées, exaspérantes et stupides que sa façon de regarder. Il s’appelait Torres et c’était un fonctionnaire au chômage qui cherchait à s’en sortir, Dieu seul sait comment. L’impression que cet individu et ses regards faisaient sur l’orpheline se trouve bien exprimée, si on utilise une expression populaire, en disant qu’ils lui pesaient sur l’estomac.

À part ce supplice des regards et des niaiseries, rien n’arriva ce jour-là digne d’être raconté, mais, quand la jeune fille rentra chez elle, alors que la nuit tombait déjà, elle reçut de la concierge une lettre. En voyant l’écriture de l’enveloppe, elle ressentit de la terreur, de la colère, de la rage, elle la froissa, et, en montant chez elle, elle la déchira en menus morceaux, sans l’ouvrir. Les morceaux de la lettre, les uns à l’intérieur de l’enveloppe, les autres épars, restèrent un moment par terre et, chaque fois qu’Amparo passait à côté, ils lui semblaient solliciter son attention. On pouvait même supposer qu’une main surnaturelle les avait disposés sur la natte de sparte, afin qu’ils expriment quelque chose et soient les signes d’une demande muette mais éloquente. Elle les regardait et elle les foulait aux pieds, mais les petits morceaux blancs lui disaient : « Pour l’amour de Dieu, lis-nous. » Pour effacer les traces de l’épître malvenue, Amparo alla chercher un balai qui est non seulement l’emblème de la propreté, mais aussi celui du mépris. Mais, dès les premiers coups, la curiosité l’emporta sur le dédain. Elle se pencha, et elle ramassa un papier dans la poussière où on lisait : « moribond ». Ensuite elle en vit un autre qui disait : « péché ». Sur un troisième était écrit : « oubli qui assassine ». Elle balaya plus fort et tout disparut très rapidement.

Mais une fois le balayage terminé, le malaise de la Emperadora fut si grand qu’elle ne put manger tranquillement. Au milieu du repas, elle se leva de la chaise branlante : elle ne pouvait rester en repos ; ses nerfs allaient craquer comme des cordes trop tendues. Elle retira la nappe, mit ses bottines, son voile, et se dirigea vers la porte ; mais une fois arrivée à l’escalier, elle recula, effrayée, retira ses bottines et rangea son voile. Bien qu’elle fût seule et qu’elle ne pût parler à personne, la vigueur de sa pensée était telle qu’elle lança à la tristesse et à la pénombre régnante de sa demeure ces extravagantes paroles :

— Non, non, je n’y vais pas… Qu’il meure.

Un peu plus tard surgit à nouveau l’intention de sortir. Elle lançait des soupirs qui auraient suscité la compassion de celui qui aurait été présent. Ensuite, elle pleurait. Était-ce de rage, de pitié, de quoi ?… Elle se coucha enfin et dormit d’un sommeil haché, entrecoupé de cauchemars noirs, horripilants. Elle était à moitié endormie, à moitié éveillée, et on entendit dans l’étroite alcôve des cris de douleur, des plaintes lamentables, comme si la malheureuse était attachée sur un instrument de torture, qu’on lui brisait les os, et qu’on lui lacérait les chairs qui constituaient d’après doña Nicanora la plus achevée des statues vivantes qu’avait produites le ciseau divin. Réveillée avant le lever du jour, dans son cerveau, comme une lumière suspendue d’une voûte, étaient allumés ces mots : « J’irai. » L’oscillation et le balancement de ces mots disaient : « Je dois y aller ; ma conscience me dit d’y aller, et mon intérêt également, pour éviter des maux plus graves. J’y vais comme si je montais sur l’échafaud. »

La première chose qu’elle dut faire, c’était de donner une explication à son absence chez les Bringas. Quand elle ne les préparait pas à l’avance, ces petits mensonges sortaient mal et au moment critique, elle se trompait, montrant qu’elle cachait la vérité. Inventant un prétexte, elle se disposa à sortir, non sans attendre que sa sœur fût partie. Il devait être dix heures quand elle descendit dans la rue, pour utiliser des termes révolutionnaires, et elle marchait avec tant de crainte qu’elle se croyait observée et même suivie par tous les passants. « J’ai l’impression que tout le monde sait où je vais, pensait-elle en courant plus qu’en marchant. Quelle honte ! »

Et l’idée qu’elle pourrait rencontrer une personne connue l’incitait à traverser brusquement d’un trottoir à l’autre et à prendre les rues les plus écartées. Elle aurait voulu se mettre un masque pour être plus tranquille, et si c’était carnaval, elle l’aurait sûrement fait. Elle traversa tout Madrid du nord au sud. Il devait être onze heures quand elle entra dans la calle de la

Fe 1 qui conduit à la paroisse de San Lorenzo, et elle reconnut de loin le terme de son voyage grâce à un grillage près d’une porte qui indiquait une boutique de friperie et de brocante. « On achète des chiffons, de la laine, du pain dur, et des meubles », disait un petit écriteau sale accroché au mur. Le portail n’avait pas de numéro. Amparo qui n’avait été là qu’une fois, quatre mois auparavant, ne pouvait le distinguer des autres portails, sinon grâce à cette enseigne et au grillage. Si près déjà du but de son voyage, elle hésitait ; elle passa à côté du rideau d’un écrivain public et elle pénétra dans une très vilaine cour où coulait un ruisseau d’eau verte qui s’unissait ensuite à un autre petit ruisseau d’un liquide rouge. C’étaient les résidus d’un atelier de teinture de paille de chaises établi au rez-de-chaussée.

La jeune fille traversa la cour d’un bout à l’autre, d’un pas pressé. Elle eut très peur qu’un groupe de femmes qui étaient là ne lui disent quelque insolence, mais il ne se passa rien de tel. Dans un coin de la cour, il y avait une porte qui ouvrait sur des escaliers dont la balustrade était en pierre. Les murs, les marches et les garde-fous avaient dû être peints du temps de

Calomarde 2, ils n’étaient que saleté et crasse, lustrés par le frôlement de tant de corps et de jupes qui étaient montés par là. Un silence triste régnait dans les escaliers, qui ressemblaient à une citerne renversée. On y montait à l’abîme, parce que plus on s’élevait, plus c’était sombre. Finalement, Amparo parvint à un endroit où pendait un cordon de chanvre. Il était moins propre que le sien, ce qui l’obligea à le saisir aussi avec son châle. Elle appela doucement et on ne tarda pas à lui ouvrir la porte, peinte en bleu à la détrempe, laissant apercevoir une colossale figure de vieille femme, dont le visage brun, lustré et tanné, ressemblait à une vieille statue de noyer. Ses cheveux couleur d’étoupe non cardée dépassaient d’un fichu noir, et sa robe était également noire avec des reflets d’ailes de mouche qui dénonçaient son origine de soutane. La voix brisée de cette femme dit ces mots accompagnés d’un petit rire, semblable au tintement d’un hochet :

— Grâce à Dieu ! On va sonner les cloches… Comme il va être content.

— Il y a quelqu’un, Celedonia ? Il y a une visite ? demanda Amparo avec beaucoup de méfiance.

— Personne ne vient jamais ici, ma fille… Il est seul et en proie à tous les diables. Quand vous le verrez… Entrez. Il n’a rien, rien d’autre que la solitude et la tristesse. Je vous dis d’entrer et vous ne voulez pas… Entrez, entrez. Pourquoi cette crainte ? Maintenant qu’il a de la compagnie, je vais chez le teinturier.

Amparo entra dans une salle pas très grande dont les deux fenêtres donnaient sur la cour. Cette pièce contenait les meubles d’une autre qui avait été plus grande, d’où son aspect de brocante. La poussière dominait partout, enveloppant les objets d’une gaze répugnante. On aurait dit une demeure dont les propriétaires se seraient absentés en la laissant aux bons soins des araignées et des souris. Dans le coin opposé à la porte, derrière une petite table aux pieds torsadés, près de la fenêtre, il y avait un fauteuil recouvert d’une toile cirée noire et déchirée. Dans le fauteuil, il y avait un homme, plutôt enfoncé qu’assis, couvert depuis la taille d’une couverture.

En le voyant, la Emperadora se dirigea rapidement vers lui. La physionomie de l’homme malade n’était que douleur physique, anxiété, trouble. Elle, troublée également, lui tendit la main, qu’il retint entre les siennes en disant :

— Loué soit Dieu… Tant de mois sans te voir ici ! Je serais mort… Je voulais mourir. Ah, Tormento, Tormento !… M’abandonner de la sorte comme un chien ; me laisser mourir dans cette solitude.

— Je n’aurais pas dû venir, j’avais l’intention de ne jamais revenir… C’est un péché horrible qui ne peut mériter le pardon.

En disant cela, il semblait qu’elle étouffait. Elle fondit en larmes, et de quelle façon !… Elle versait des larmes anciennes, des larmes d’une autre époque qui n’avaient pas jailli en temps opportun. C’est pour cela qu’elles étaient intensément salées et qu’elle les trouvait horriblement amères quand elle les avalait. Tournant le dos au malade, elle restait debout immobile, comme une de ces belles statues qui, vêtues de velours, le visage verni et un mouchoir à la main, représentent par leurs pleurs éternels le salut par le repentir.

Il la regardait avec des yeux torves et craintifs. Il pleurait peut-être aussi, mais c’était à l’intérieur. Son visage était semblable à un masque fondu dans un bronze verdâtre, et le blanc de ses yeux était jauni comme un ivoire vieilli. Voulant dominer la situation, le malade repoussait avec un effort violent la tristesse et l’affliction du moment. Écoutons-le parler avec un ton impatient :

— Petite Tormento, n’en parlons plus pour l’instant. Je suis très mal et j’ai tendance à me troubler grandement. La joie de te voir après un si long temps dépasse tout. Assieds-toi.

— Oui, dit en se retournant celle que l’affligé appelait avec un nom si étrange. Je suis venue pour accomplir une œuvre de miséricorde, je suis venue visiter un ami malade et rien de plus. Ces folies sont terminées pour toujours.

— Bon, bon. C’est terminé, mais calme-toi maintenant et assieds-toi.

Tormento regarda de tous côtés ; c’était un examen rapide et attentif. Elle clignait de ses yeux rougis et le fichu n’avait pas séché toutes les larmes qui brûlaient sur ses joues. Un sourire légèrement moqueur anima ses lèvres et elle lui dit ainsi :

— Que je m’assoie, et où ? Tout est si recouvert de poussière. On dirait que l’on n’a pas balayé ici depuis trois mois. C’est une horreur.

— Je n’ai pas permis que l’on balaie ou que l’on touche à quoi que ce soit… répliqua le misanthrope, jusqu’à ce que tu viennes.

— Jusqu’à ce que je vienne… Doux Jésus !

— De telle sorte que si tu ne venais pas… je me laissais mourir dans cet abandon. Tu vois à quel point j’ai besoin de toi.

Tormento chercha de quoi nettoyer une chaise, puis elle s’assit face au malade.

— Et que dit le médecin ?

— Le médecin !… Celedonia a voulu en appeler un à plusieurs reprises, mais j’ai dit que si elle en amenait un, je le jetterais par la fenêtre. Mon remède est différent, c’est qu’une personne que je connais me regarde et vienne me voir, qu’elle ne m’oublie pas.

Il disait cela comme un enfant pleurnicheur à qui la maladie a donné le droit d’être gâté.

— Assez, assez… tout ça, c’est du passé, du passé, du passé, dit Tormento en luttant pour se débarrasser du poids qui oppressait son âme.

— Ne me gronde pas.

— Je vais partir.

— Sûrement pas… Je serai sage. Ce que je t’ai dit est si vrai que quand tu t’éloignes, tu fais mon malheur, et que ton retour est mon salut, car aujourd’hui, seulement en te regardant, j’ai l’impression que je suis guéri et les forces me reviennent. Quels mauvais moments j’ai passés. Cela fait un mois que je m’alimente à peine. Je passe des semaines entières sans dormir… Celedonia dit que c’est le foie, et moi je lui dis : « Qu’on me l’amène, qu’on me l’amène… et tu verras comment je ressuscite. » Et toi, si inhumaine, si oublieuse… ! Combien de lettres ne t’ai-je pas écrites depuis trois mois ? Je ne sais plus. En voyant que tu ne me répondais pas et que tu ne me rendais pas visite, je me suis résigné. Mais, il y a quelques jours, j’ai cru mourir et je n’ai pas pu résister davantage, je t’ai envoyé un mot.

— Mon Dieu, s’exclama Tormento sans forces pour résister au poids de sa conscience. J’espère ne pas me repentir d’être venue. Tout ça, c’est du passé, c’est effacé, c’est comme si ça n’avait jamais existé… Est-ce que toute une vie consacrée au repentir sera suffisante pour obtenir le pardon de Dieu ?

Son effroi l’obligeait à parler de façon impersonnelle, car les mots « je », « tu », « nous » lui brûlaient les lèvres.

— Si la souffrance purifie et si la douleur brûle, dit le malade, en se donnant un coup violent avec la paume de la main, si la douleur guérit l’âme, je suis plus pur qu’un ange… Maintenant, s’il est nécessaire d’étouffer des sentiments déjà bien enracinés, s’il ne suffit pas de faire comme si on n’aimait pas, mais qu’il faille vraiment cesser d’aimer, alors il n’y a pas de rémission pour moi. Je ne peux ni ne veux me sauver.

Tormentito n’eut pas la force de dire quoi que ce soit contre ça. Son caractère faible succombait face à une résolution si catégorique. Elle baissa les yeux en inclinant la tête. Ce poids fut si grand qu’elle ne put le supporter. Une minute plus tard, sur le ton le plus simple et le plus banal du monde, l’autre prononça ces paroles :

— Tu sais, je me sens tellement bien depuis que je t’ai vue que j’aimerais déjeuner.

— Mais quoi… il n’y a pas… ?

— Oh, ma fille, je suis si pauvre, mais si pauvre… Je vis, si ça s’appelle vivre, d’aumônes. Il y a quelques jours, toutes mes ressources se sont épuisées. J’ai touché une petite somme de ce que me devait le photographe Pizarro, tu te souviens ? J’en ai employé une partie pour venir en aide à la malheureuse famille du chaisier qui vit en haut, et le reste je l’ai dépensé. Je dois encore toucher trois mille réaux et quelques que me doit Juárez, et en outre je toucherai ce que rapportera la vente des meubles et du matériel de l’école. La mairie me les a pris, mais je n’ai pas encore touché un centime. Sans le père Nones, on m’aurait mis dans un hospice.

Amparo disparut dans la maison et revint peu après.

— Mais il n’y a rien, pas même du charbon.

— Rien, rien, pas même du charbon, dit-il en croisant les mains.

Tormento disparut à nouveau. Il l’entendit s’activer dans la cuisine et sa voix sympathique disait : « Mais c’est une horreur. »

— Que fais-tu ?

— Je nettoie un peu, répliqua-t-elle de loin, et sa voix se mélangeait avec le son des marmites et de la vaisselle.

Peu après, elle entra dans le salon, très affairée, en enlevant son voile et son châle. La femme d’intérieur se révélait en elle.

— Mais, et cette Celedonia, où est-elle ? demanda-t-elle avec une grande impatience.

— Celedonia ? Tu peux toujours lui courir après… Si elle a rencontré quelqu’un avec qui bavarder… Qu’est-ce que tu lui veux ?

— C’est pour l’envoyer faire les courses, appeler le charbonnier, le porteur d’eau… Je ne peux supporter de voir la maison dans cet état, ni, si c’est en mon pouvoir, qu’une personne reste sans manger.

— Une personne qui t’aime tant… Tu as parlé comme l’Évangile… Non, ne te repens pas.

— Une personne qui nous a secourues, moi et ma sœur, en des jours de misère.

— Bof ! Ne compte pas sur Celedonia. Cette pauvre femme est très bonne, mais elle ne sert qu’à manger le peu que j’ai. Quand elle a ses crises de rhumatismes, elle est prostrée et elle crie d’un côté pendant que je gémis de l’autre, sans que nous puissions nous consoler ni nous venir en aide l’un à l’autre. Cette maison est un purgatoire. Écoute, ma fille, il vaut mieux que tu ailles toi-même chercher ce que tu veux me donner. Je mangerais de tes mains des pierres cuites à l’eau… Va…

— Et si on me reconnaît ? dit-elle, craintive.

Elle réfléchit un instant. Changeant ensuite d’avis, elle mit son châle sur ses épaules et un foulard qu’elle portait auparavant autour du cou sur sa tête, elle prit le panier des courses et elle se disposa à sortir.

— Je vais oser, affirma-t-elle avec tristesse. Je fais ainsi une autre œuvre de miséricorde, et Dieu me protégera.

« Tu es divine et si pleine de grâce ! pensa le malheureux homme en la voyant sortir. Elle ressemble aux femmes séraphiques qui jouissent d’une place au paradis… Je veux dire sur la voûte de la coupole de San Antonio

de la Florida 3. »

Et le soupir qu’il poussa dut s’entendre jusqu’à Rome.

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